vendredi 30 mai 2008

Interview de Ximena Chavez Balderas

Voici des réponses à une série de questions que j'ai envoyées à Ximena Chavez Balderas, auteur d'une étude, publié en mai 2008, très poussée sur les Rituels funéraires au Templo Mayor de Tenochtitlan ... Je la remercie publiquement d'avoir répondu si rapidement et si gentillement.


- Comment vous est venue l'idée d'une thèse sur les rituels funéraires au Templo Mayor?
Ximena Chavez Balderas : "Ce genre d'idées a l'habitude d'être un mélange de chance et d'intérêts personnels. En ce qui concerne ces derniers, j'ai toujours aimé le thème de la mort et lorsque j'ai eu la chance de travailler avec Grégory Pereira au Michoacan, mon intérêt professionnel s'est porté sur l'étude des squelettes. Cela s'est combiné à la chance fantastique de travailler avec Edouard Matos Moctezuma et Leonardo Lopez Lujan qui m'ont parlé de ces découvertes et m'ont invitée à réaliser cette recherche."

- Avez-vous pu comparer ce qui a été fait au Templo Mayor avec d'autres enceintes sacrées comme la Grande Pyramide de Tlatelolco ou celle de Cholula, voir même celles de Teotihuacan ?
XMB : "La question, mieux formulée, est de savoir si on a trouvé des restes de crémation de "dirigeants" ou de "gouvernants" comme au Templo Mayor. La recherche a évidemment une partie comparative, que ce soit à travers les sources historiques ou les preuves trouvées sur d'autres sites. Les informations de chroniqueurs nous permet de savoir que des funérailles semblables ont eu lieu dans d'autres sites comme Tlatelolco ou Texcoco et que les restes des dignitaires pouvaient être enterrés sous le Temple Mayor de chaque ville.
Quant aux découvertes, malgré l'existence de grandes différences, la crémation de dignitaires et de personnages des élites est documentée à Teotihuacan, en Occident (Michoacan et Jalisco), au Guerrero, au Michoacan, au Veracruz, à Cholula, etc. Un cas daté du Formatif a été reporté récemment à Tayata, Oaxaca. Cette coutume est sans aucun doute devenue plus populaire sur l'Altiplano Central, au Postclassique tardif.
Il reste à mentionner que le traitement funéraire a connu des changements technologiques très importants à travers le temps : les contextes funéraires de Teotihuacan sont différents de ceux du Templo Mayor."

- Parlons des offrandes 10 et 14 du Templo Mayor, contenues dans des urnes en céramique Fine Orange, si je me souviens bien. A quoi ont pu servir les petites têtes de canard découvertes à l'intérieur de ces urnes? Le canard a-t-il un symbolisme particulier ?
XMB : "Une magnifique série de 14 pièces d'obsidienne en forme de tête de canard a été trouvée à côté des restes incinérés d'un individu adulte de sexe masculin. Cet animal était un des nahualli du dieu Ehecatl-Quetzalcoatl et la représentation de cet oiseau a été rapporté pour un grand nombre de contextes exclusivement funéraires."

-La présence d'un serpent à plumes et d'un serpent-silex sur les reliefs de chaque urne pourrait être interprété comme un antagonisme entre deux personnages appartenant à deux lignages différents ?
XMB : "L'urne de l'Offrande 10 a en effet un serpent de silex derrière l'image de Mixcoatl (là où on attendrait plutôt un serpent de nuages). En revanche, l'urne de l'offrande 14 a un serpent à plumes derrière Tezcatlipoca (ce qui résulte être intéressant si on considère que Quetzalcoatl est adversaire et victime mythique du dieu au miroir fumant). Cela a été interprété comme une opposition entre le reptile et les personnages, mais aussi comme une allusion à deux lignages différents, comme vous le mentionnez."

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jeudi 22 mai 2008

Une pièce de théâtre chez les Mayas

L'Universidad de Monterrey a récemment proposé la pièce de théâtre Enemigos, oeuvre de Sergio Magaña. Cette oeuvre est inspirée d'un des rares textes maya quichés préservés des autodafés de l'Inquisition espagnole : Le Rabinal Achi.

La scénographie situe l'action à l'époque Classique en pleine jungle maya. On peut d'ailleurs les efforts faits pour ce décor, mais aussi pour les costumes, les peintures corporels et les chorégraphies châtoyantes qui alternent avec les scènes de dialogues.


Sur la forme, il n'y a rien à dire. Là où le bas blesse, c'est la progression de l'action. Car si la trame de l'action est classique, voire shakespearienne, il n'y a pas d'action. Pour résumer un jeune guerrier tombe amoureux d'une jolie princesse de la tribu voisine promise au bellâtre du coin. La lutte brêve aboutit à la capture du premier par le second et au sort funeste et obligatoire qui l'attend : le sacrifice après décision du monarque local.

Pourquoi n'y a-t-il pas vraiment d'action ? Tout simplement parce que l'auteur Sergio Magaña a respecté le style verbeux et pompeux des anciens Mayas (il suffit de voir les stèles mayas classiques pour voir comment est présenté un souverain!). Or pour le théâtre, ce style ne passe pas. La dynamique n'existe donc pas. Subsiste ce côté parnassien et donc souvent très ennuyeux de la pièce.
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jeudi 15 mai 2008

Découverte de la pyramide principale de Tazumal

C'est ce que rapporte Erik Boot sur son blog Maya News Update. Cette pyramide est la plus haute du Salvador. Le site est fouillé depuis 2004 par une équipe d'archéologue de l'université japonaise de Nagoya (celle pour laquelle travaille Saburo Sugiyama, spécialiste de Teotihuacan). Pour procéder à de plus amples recherches, la pyramide a été refermée et des photos ont été mises à la disposition du public dans le musée du parc de Tazumal. Les scientifiques japonais ont dégagé la base de l'autel principal de la pyramide, percée à trois reprises depuis 2004. Reste à découvrir l'histoire de cette cité.
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mercredi 14 mai 2008

Arqueologia Mexicana 91

Voilà le dernier disponible avec un dossier très ambitieux ce mois-ci : il s'agit ni plus ni moins de la religion mexica...

Difficile de faire tenir en quelques articles ce que des centaines d'ouvrages ont parfois bien du mal à démêler... Il n'en reste pas moins que la brochette de spécialistes et de chercheurs feraient pâlir n'importe quel organisateur de congrès ou de colloque.
Car si l'introduction est pompée sur un précédent article publié en 2000 (décidément ça devient une manie après la publication du hors-série tronqué sur Chichen Itza), on peut lire dans l'ordre :

Alfredo Lopez Austin, dans "Los Mexicanos ante el cosmos", propose une lecture et une étude sur le concept très évolutif et changeant de "cosmovision", notamment sur la façon dont les études depuis l'arrivée des Espagnols ont perçu et modifié ce concept au gré des découvertes...

Johanna Broda, dans "El mundo sobrenatural de los controladores de los meteoros y de los cerros deificados", explique que le culte et la religion des Mexicas est avant une religion agricole, basée sur le cycle du maïs. Elle détaille notamment l'importance des montagnes dans cette religion.

Guilhem Olivier, dans "Los 2000 dioses de los Mexicas", explique combien l'iconographie a facilité la compréhension du panthéon et du polythéisme des mexicas mais aussi leur organisation sociale et politique.

Michel Graulich (mon cher directeur de thèse que je devrai recontacter rapidement), dans"Ochpanitzli, la fiesta de las siembras de los antiguos mexicanos", revient sur une vingtaine très importante du calendrier mexica. Il détaille les différents rituels et cérémonies organisés en s'appuyant sur les textes et les codex.

Yollotl Gonzales Torres, dans "Historia de los estudios sobre la religion mexica" effectue une revue des principaux chercheurs et curieux qui se sont penchés sur le cas complexe de la religion mexica.

Laura E. Romero, dans "La nocion de persona" s'interroge sur les conceptions de populations nahuas de la Sierra Negra de Puebla quant à leur perception du monde et la place de l'être humain dans celui-ci.

Ajoutez un article fort intéressant de Leonardo Lopez Lujan sur les différents levées de la Pierre du Soleil, depuis sa mise au jour près de la cathédrale de Mexico jusqu'à son emplacement actuel dans la salle Mexica du MNA.

Prenez le temps de considérer ce très beau papier de Carlos Viramontes et de Luz Maria Flores sur l'art rupestre au nord-est de Guanajuato et il faudra attendre de pied ferme le prochain numéro de la revue dans deux mois. Il y sera question d'un sujet méconnu voir inconnu du grand public : les cultures préhispaniques du Guanajuato.

Bonne lecture à tous...
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Ouvertures de nouvelles zones archéologiques au public

Le magazine Arqueologia Mexicana annonce dans plusieurs brèves l'ouverture prochaine de plusieurs sites archéologiques à travers tout le pays.

Histoire de garder les touristes prêt de Cancun ou de Tulum, l'INAH a commencé un projet de fouilles, de restauration dans le parc national de Tulum. L'année passée, les archéologues dirigés par Alejandro Martinez Muriel ont nettoyé, consolidé et topographié Tankah sur plus de 100 ha. Le site sera ouvert d'ici à trois ans aux touristes, après d'autres consolidations et fouilles.

En fait d'après le magazine ce sont dix sites qui vont être ouverts au public dans tout le pays entre l'année passée et 2012 :
Flèche Teul, Zacatecas;
Flèche Chiapa de Corzo, Lagartero et Plan de Ayutla, Chiapas;
Flèche Cañada de la Virgen et Peralta, Guanajuato;
Flèche El Pañhu, Hidalgo;
Flèche Tehuacalco, Guerrero;
Flèche Santo Nombre, Puebla;
Flèche Tancama, Queretaro.

L'INAH a signé plusieurs accords avec les collectivités locales ou les états concernés quant à l'exploitation touristique et à la sauvegarde de ces sites.
Voilà donc de nouvelles visites à prévoir pour celles et ceux qui souhaiteraient connaître l'histoire si riche du Mexique.
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mardi 13 mai 2008

Rituels funéraires au Templo Mayor de Tenochtitlan

Ximena Chavez Balderas, anthropologue et restauratrice au Templo Mayor, México, vient de présenter à la presse son premier ouvrage d'importance publié par l'INAH. Il reprend le thème de son doctorat et s'intéresse à plusieurs offrandes découvertes dans les différentes étapes de construction du Grand Temple.

Son travail est dirigé sur l'analyse des restes incinérés de plusieurs personnes et ensevelies parfois dans des contextes étranges et parfois surprenant comme, par exemple, les offrandes 10 et 14. Composées de deux urnes en céramique Fine Orange, l'une est décorée d'un relief représentant Tezcatlipoca et un serpent à plumes, la seconde d'une probable image de Mixcoatl accompagné d'un serpent de silex. Cette dernière contenait des petites têtes de canard en obsienne noire et des cendres.



Urne funéraire 10, Musée du Templo Mayor, photo. Bertrand LOBJOIS (2002)

A qui appartenaient ces cendres ? C'est tout le problème d'un matériel sensé ne donner aucune information. Ximena Chavez s'est donc intéressé tant à ce matériel qu'au contexte de fouilles... Chavez propose plusieurs conclusions et hypothèses. La première est que l'incinération est un traitement funéraire réservé à l'élite nobiliaire et religieuse de la société mexica. Il s'agirait d'un rituel ancien en Mésoamérique.

Chavez a insisté sur la découverte de 7 sépultures avec restes d'os incinérés dans la partie Huitzilopochtli de la double pyramide, ce qui les relie à la guerre et au pouvoir dans la cité. Léonardo Lopez Lujan, également présent lors de cette conférence, a émis l'hypothèse qu'il s'agirait peut-être des restes des premiers tlatoanis de la cité lacustre.

Les travaux de Chavez se démarque des textes coloniaux selon lesquels la crémation était réservée à des individus malades ou âgés. Or, à en croire les résultats, certains individus avaient entre 21 et 24 ans u moment de leur incinération.

Le livre sera prochainement publié en anglais par l'Université du Colorado, mentionne le communiqué de l'INAH.

Vous pouvez lire cette présentation à la place en anglais sur le site de Mike Ruggeri et en espagnol sur le blog d'Erik Boot.
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jeudi 1 mai 2008

Retour de plusieurs pièces archéologiques volées au Mexique

Les douanes américaines ont remis une centaine de pièces (sculptures et céramiques précolombiennes) au consulat mexicain de Dallas. Comme dans le cas des objets rendus l'année dernière aux autorités du Honduras, les autorités US semblent un peu plus fermes quant au trafic d'art. Elles étaient destinés apparemment à des commanditaires américains peu scrupuleux et extrêmement riches...
Des chercheurs de l'INAH ont supervisé l'analyse des pièces parmi lesquelles se trouverait un masque olmèque daté de 1000 avant Jésus Christ.

Cliquez sur le lien pour lire l'article original en anglais. L'information m'a été envoyée par la liste d'aztlan.org .

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