dimanche 30 novembre 2008

Epigraphie maya sur le site du Monde

Même si le sujet est rebattu et connu, je tenais à mentionner un article paru dans le Monde du 30 novembre. En effet le quotidien ne fait pas véritablement de publicité pour la prochaine conférence des Mayanistes européens : il propose en fait un résumé de l'histoire de l'épigraphie maya. Rien de révolutionnaire, rien de nouveau, sinon le plaisir de lire les interventions de Marie-Charlotte Arnault et de Philippe Nondedeo.
Cliquez sur le titre de ce post pour en savoir. Si vous êtes intéressés, nous gardons copie de cet article dans le courrier électronique du blog.
On signale également un article, publié dans La Jornada de mercredi 3 décembre, entièrement consacré à cet événement.
L’anthropologue française Anne-Christine Taylor, directrice du Departement de Recherche au Musée du Quai Branly, explique notamment l’importance de l’approche multidisciplinaire des conférences – qui aborderont la civilisation Maya d’un point de vue historique, archéologique et ethnologique – et la possibilité de participer aux ateliers consacrés à l’épigraphie maya.

Le lien pour lire l’article ici.
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lundi 24 novembre 2008

Vers un retour des pièces du Cenote de Chichen au Mexique ?

C'est pour le moins l'ambition déclarée lors de la VIe Table ronde de Palenque par William Fash, mayaniste et directeur du fameux Peabody Museum, appartenant à la toute aussi prestigieuse université américaine d'Harvard. Il a notamment expliqué à l'Associated Press que son intention était de rendre une cinquantaine de jade retrouvés au cours de fouilles que Edward Thompson avait entreprises entre 1904 et 1910 au fond du cenote principal de la cité yucatèque. Les équipes de Thompson avaient en fait mis à jour des centaines de pièces de tous types (jades, ors, bois, tissus, etc.). Elles avaient été transférées au Peabody pour y être étudiées. Tatiana Proskouriakoff avait fait un travail admirable sur la reconstitution de certaines, avant son décès en 1985.



William Fash indique que ce retour est nécessaire pour les chercheurs mexicains qui travaillent sur le jade. Mais l'article de l'Associated Press rappelle à juste titre que les pièces découvertes par Thompson avaient été illégalement sorties du territoire mexicain. Fash explique que les ors, les bois et les matériels périssables avaient été retournés en deux fois dans les années 1960 et 1970.

Peu regardant, Thompson avait pourtant offert deux objets à la grand-mère de Bill Mellish, retraité des télécommunications. Celui-ci a décidé de son propre chef de rendre au Mexique ce "cadeau" de Thompson.

Pour en savoir plus sur ces objets, je vous recommande deux ouvrages (le premier est disponible sur Amazon et le second dans les bonnes bibliothèques d'archéologie précolombienne) :

COGGINS, Clemency C. et Orrin CHASE(éds.)
1984. Cenote of Sacrifice, Maya treasures from the Sacred Well at Chichen Itza. University of Texas Press, Austin.

COGGINS, Clemency C.
1992. Artifacts from the Cenote of Sacrifice, Memoirs X:3 Peabody Museum. Peabody Museum Press, Harvard University.
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samedi 22 novembre 2008

Sixième Table ronde de Palenque

Alors que s'est achevé un des colloques les plus importants pour nos amis mayanistes, il est temps de faire un petit bilan des avancées et des récompenses qui y ont été annoncées.
A tout seigneur, tout honneur : Flavio Silva de la Mora, archéologue, a été récompensé du premier prix pour son travail sur les chemins mayas ou sacbé (sicix bäbih en langage ch'ol), notamment aux alentours de Palenque.
L'article en espagnol est ici.


L'archéologue allemand Nikolai Grube, de l'université de Bonn en Allemagne a provoqué un petit séisme en avançant que la ville de Calakmul avait eu un rayonnement politique et économique beaucoup plus important que ce qu'on avait imaginé à présent. Dans une dépêche de l'INAH, le chercheur allemand fonde son hypothèse sur l'extension de la représentation du glyphe dynastique Kaan originaire de Calakmul, présent dans des sites aussi divers que Uxul, Quintana Roo; Oxpemul, Campeche; Morral Reforma, Tabasco; Naachtun, Cancuen, La Muñeca, Piedras Negras, in Guatemala, and Caracol, Belize. L'hégémonie de Calakmul aurait débuté avec l'accession au trône de Yuhkno´m Ch´een en 636 et se serait en 736 avec la victoire de Tikal sur Calakmul.

Grube participe ainsi directement à une polémique qui a enflé depuis la découverte à Dzibanche d'une tombe sous l'Edifice des Cormorans de la dite cité, situé au Quintana Roo. Enrique Nalda, directeur du programme de fouilles sur le site, a révélé la mise à jour d'un poinçon déposé sur le pelvis d'un individu. Sur l'objet, une inscription a révélé la mention suivante : ."C'est l'offreur d'os de Yuhkno’m Ut(?) Tu […] Chan, divin seigneur de Kaan"

Les analyses anthropologiques ont révélé que l'individu enterré était âgé de 30 à 35 ans et mesurait 1,62 m environ. Son crâne montrait des traces de déformation tabulaire, typique chez les Mayas classiques. Les datations au C14, les études stratigraphiques et les comparaisons avec la céramique de type Caracol ont permis de dater la tombe entre 550 et 600 de notre ère.

D'autres tombes ont été découvertes sous le même édifice des Cormorans. Selon Nalda, tous avaient des points communs troublants : un seul individu y était présent avec au minimum un masque de jadéite et un poinçon pour pratiquer l'autosacrifice. Leur corps était couvert d'une peau de jaguar. Cette série d'éléments ont fait penser à Nalda qu'il s'agit d'individus ayant eu un statut social identique et étant proche de Yuhkno’m Ut(?) Tu […] Chan.

Le problème est que le lignage apparaît officiellement dans les inscriptions de Calakmul à partir de 630.
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mercredi 12 novembre 2008

Découvertes à El Pueblito, Queretaro

Une fois n'est pas coutume... le quotidien El Universal rapporte les résultats de fouilles de sauvetages effectuées avant la construction d'une piscine municipale à El Pueblito, sur la commune de Corregidora, dans l'état de Queretaro.

Au total, ce sont 25 éléments architecturaux qui vont être restaurés par l'INAH. Parmi les différents objets rencontrés par les archéologues, il convient de mentionner une sculpture en brique représentant Quetzalcoatl et mesurant environ un mètre de haut, des vaisselles en céramiques et en silex, des encensoirs, des pipes et des pointes de flèches, des morceaux d'obsidienne et de coquillages.Une quinzaine de briques rouges ont été retrouvées en arc de cercle, laissant penser qu'elles constituaient un foyer.

Enfin un petit autel de deux mètres de côté sur trente-cinq centimètres de haut a été mis à jour : des encensoirs, des ponçons de pierre, des morceaux de coquillages brûlés et des pointes de projectiles ont été retrouvés à cet endroit. Sous l'autel, une urne plus ancienne a été découverte, contenant des morceaux de céramique et une figurine en pierre verte.



Selon Daniel Valencia, archéologue chargé du projet, tout semblerait indiquer qu'il s'agisse d'une offrande laissée dans la pyramide du complexe cérémoniel d'El Pueblito. Les éléments architecturaux découverts appartiendrait à des structures habitationnelles. Le site était probablement liées à la culture toltèque, passablement étendue à cette époque.

Pour plus d'informations, cliquer sur le titre de ce post. Erik Boot s'est fait écho de cette nouvelle sur son site Ancient Mesoamerica Update.
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mardi 11 novembre 2008

Arqueologia Mexicana 94

Et voilà la dernière levée du magazine de vulgarisation archéologique de l'INAH. Au programme ce mois-ci un menu assez dense.Le dossier principal tente de déchiffrer un aspect pour le moins peu connu et peu étudié mais de première importance pour les anciens peuples de la Mésoamérique : la musique. Le thème est donc décliné à travers 5 articles. Arnd Adje Both propose un petit historique et montre que la musique, dès la présence de l'homme dans cette région du globe, est étroitement reliée aux rites. Il explique aussi comment les techniques de fabrication ont évolué et comment les instruments se sont diversifiées selon les régions et les peuples qui composaient la mosaïque mésoaméricaine. D'ailleurs, nous invitons à visiter le site de ce chercheur allemand sur l'archéomusicologie mésoaméricaine.

Luis Antonio Gomez propose ensuite un petit catalogues des différents instruments de musique. Il parle notamment des différents chicahuaztlis ou bâton de semailles, attribut de divinités de la fertilité comme Xilonen ou Xipe Totec.

Homme personnifiant Xipe Totec et tenant son chicahuaztli à pointe rouge typique.
Codex de Florence, préface du livre I, p. 12
Retrouvé le 11 novembre 2008 sur http://celia.cnrs.fr/FichExt/Am/A_23_09.htm

Il parle ensuite du fameux teponaztli, instrument à percussion, utilisé en l'honneur des anciens mais aussi donnant le rythme au futur sacrifié qui dansait et chantait lors des banquets des marchands. Il était même utilisé comme autel de sacrifices lors de Panquetzalitzli, "Lever des bannières".

Teponaztli mixtèque, Postaclassique tardif,
Retrouvé le 20 novembre 2008 sur http://www.precolumbianwood.com/images/mayan.42.jpg

Tout aussi célèbre, le huehuetl était en fait un tambour de bois (noyer, chêne, ahuehuetl...) sur lequel était tendue une peau. Il était présent chez les Mayas ou chez les Zapotèques et était utilisé entre autres lors des rites de fondation d'une ville.



Divnité lunaire jouant du huehuetl
Codex Borbonicus, planche 5, détail.
Retrouvé le 20 novembre 2008 sur http://www.mexicolore.co.uk/uploadimages/367_03_2.jpg

Il est aussi de l'ayotl, la carapace de tortue, qu'on frappait à l'aide de baguette. Une des plus célèbres représentations de ce type d'instrument est celle de la procession de musiciens visibles à Bonampak, au Chiapas.



Peinture murale, Structure 1, Bonampak
Photo de Jacob Rus, 2004, retrouvée le 11 novembre 2008 sur http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d7/Bonampak_painting.jpg/800px-Bonampak_painting.jpg

On nous parle aussi des coyolli ou oyohualli, sonnettes récupérées sur les serpents du même nom. Certains étaient fabriqués en cuivre. Ils étaient notamment utilisés lors de rituels pour Coyolxauhqui d'après ce que nous dit l'auteur.

La dernière catégorie était celle des instruments à vent, composée en grandes parties de flûtes (tlapitzalli)D'abord simple et réalisé à partir d'os, elle devient plus élaborée en étant double puis triple. Les artisans céramistes en fabriquaient en céramique de toutes les formes (rondes, allongées, globulaire.. et de toutes les tailles. Elles avaient une connotation phallique évidente.

L'autre instrument à vent était la conque marine dont Quetzalcoatl avait joué dans les quatre points cardinaux lors de son séjour au royaume des morts. Son importance était telle que ce type de conque fut sculpté et déposé au Templo Mayor. D'autres dieux comme Tepeyollotl ou Xochipilli l'utilisaient.



Joueurs de conque, Peinture murale, Temple 1, Préclassique, Las Higueras, Veracruz, conservé au Musée archéologique de l'Université du Veracruz, Xalapa.
Retrouvé le 11 novembre 2008 sur : http://www.mexicolore.co.uk/uploadimages/303_02_2.jpg .

La liste n'est pas exhaustive mais elle donne une idée suffisamment précise pour vouloir faire l'effort de chercher plus d'informations sur la toile. Les articles suivants parlent de l'évolution de la musique pendant l'époque coloniale jusqu'à l'indépendance mexicaine.

Je vous recommande l'analyse intéressante d'une pièce appelée "Autel des Animaux de la Mort". Derrière ce nom digne d'un film de terreur à la John Carpenter, se cache une pièce sculptée originale retrouvée en 1940 dans le centre historique, Calle Donceles.


Altar de los Animales de la Muerte, Culture Mexica,
Postclassique récent, Museo Nacional de Antropologia, Mexico DF.
Retrouvé le 11 novembre 2008 sur http://www.mexico-tenoch.com/magico/cat189.gif

L'article d'anthropologique physique du mois a pour thème la déformation crânienne en Mésoamérique et rapporte les différentes méthodes employées par les peuples mésoaméricains pour modifier dès l'enfance l'apparence. Il a été rédigé par Vera Tiesler et Arturo Romano Pacheco.

Maria Cordeiro Baqueiro a rédigé un très beau sur le travail de reconstitution effectué par son équipe sur le panache en jade de Yuknom Yich'ak K'ak (Griffe de Jaguar), ahaw de Calakmul. Les restaurateurs ont étudié différents panaches représentés sur des stèles de différentes cités mayas classiques pour nous proposer une vision particulièrement frappante d'un attribut royal.



Yuknom Yich'ak K'ak (Griffe de Jaguar), ahaw de Calakmul
Reconstitution de sa tombe au Musée archéologique maya, Campeche.
Photo de Francisco Ruiz, retrouvé le 11 novembre 2008 sur http://farm2.static.flickr.com/1427/553015818_54adc5f0f9.jpg?v=0

A noter pour le prochain numéro de la revue, le dossier principal sera sur les volcans. Nul doute qu'il y sera certainement question des fouilles fructueuses effectuées sur le Nevado de Toluca.
Enfin, le prochain numéro hors-série sera le fac-simile de la deuxième partie du Codex Nutall. Mieux vaut tard que jamais !

EDIT du 3 octobre 2009.

Nous recommandons la consultation du dossier Aztec Music, disponible sur le site Mexicolor.uk.

Le site tlapitzalli propose une série de recherches sur les instruments à vents du Mexique ancien et contemporain.



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mercredi 5 novembre 2008

Sacrifices humains à Zultepec, Tlaxcala

Il y a maintenant deux ans, la Jornada et les revues spécialisées en archéologie avaient publié plusieurs articles sur une très importante découverte, qui avait eu lieu dans le site archéologique de Zultepec, état de Tlaxcala.
La découverte de presque 500 squelettes, enterrés dans le centre cérémoniel du site, avait amené les archéologues à s’interroger sur les raisons d’une telle hécatombe, et à commencer une série d’analyses qui avaient pour but une meilleure compréhension du contexte – voir s’il s’agissait d’un sacrifice ou d’un massacre dû à une guerre – et des restes humains découverts.

Enrique Martinez, archéologue et directeur du projet de recherches, a ainsi démontré la présence de plusieurs origines ethniques (Espagnols, Africains, Taïnos) d’animaux domestiques, qui voyageaient pour rejoindre la capitale aztèque, Tenochtitlan. Ces individus, auxquels les chroniques historiques du XVI siècle font allusion, auraient été sacrifiés et seraient ensuite devenus l’objet de rites de cannibalisme, de la part des prêtres et des hauts dignitaires.

Bien évidemment, toutes ses informations ont été tirées de l’analyse des restes osseux. Parmi les gens sacrifiés étaient présents des hommes et des femmes appartenant à l’ethnie européenne – des Espagnols – ainsi que des Tainos – indigènes des îles du Caribe – des Noirs, des Métis, des Mayas, des Totonaques, ainsi que des femmes enceintes de 18-20 ans et des enfants de 4-5 ans.
Les restes de plusieurs animaux, eux aussi provenant d’Espagne, ont en outre été retrouvés, comme par exemple chèvres, vaches, chevaux et poulets.

Les analyses menées par Martinez ont permis de découvrir que les rites sacrificiels se sont déroulés au long de six mois, puisque, selon l’avis de l’archéologue, ce centre cérémoniel ne connaissait pas les sacrifices humains et il fallait donc modifier son enceinte sacrée pour permettre la réalisation de plusieurs fêtes religieuses.

Cette importante découverte est un remarquable témoignage des moments les plus obscurs de l’histoire de la Conquête du Mexique, et plusieurs hypothèses ont été proposées à ce sujet. Fort probablement, lors du voyage de retour de Hernan Cortes vers Tenochtitlan, après avoir vaincu les résistances de Panfilo de Narvaez et son armée, une partie de sa suite avait été laissée dans la région de Zultepec, et elle aurait ensuite été attaquée par les Aztèques.
Martinez, en revanche, estime que ces sacrifices sanglants auraient été décidés par le frère de l’empereur Motecuhzoma, Cuiltlahuac, le chef de la révolte aztèque contre les Espagnols.

En attendant l’avancement des recherches et les résultats définitifs des analyses des restes humains retrouvés, on vous offre ici un documentaire entièrement consacré à cette impressionnante découverte.
On attend vos commentaires et vos opinions…










La série a été diffusée aux Etats-Unis sur la chaîne PBS et, semble-t-il, inédite en France. Le titre anglais est The Aztec massacre.

Bibliographie 
Grunberg, Bernard. "Les conquistadors noirs de Mexico". In N. Ragot, S. Peperstraete et G. Olivier (éds.), La quête du serpent à plumes, arts et histoire en Mésoamérique en hommage à Michel Graulich, Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, vol.146, Brepols, Paris-Bruxelles, pp.445-458
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