mardi 30 juin 2009

Archaeological Haecceities

En cliquant sur le titre de cet article, vous pourrez parcourir le blog écrit d'un archéologue mayaniste suédois, Johan Normark. "Encore un qui va s'ajouter à la longue liste de références en ligne !", allez-vous me dire. Certes mais Mexique Ancien aime particulièrement ce genre de blogs où l'écriture sait se montrer critique et partir en guerre contre les trop nombreux canulars et autres lectures new age, complètement déconnectés d'une véritable observation scientifique des faits...



Qui plus est, Normak aime s'en prendre au courant néo-créationniste qui a tendance à prendre de l'ampleur dans l'enseignement universitaire un peu partout dans le monde. Etant donné l'usage récent de Mexique Ancien afin de démontrer le nouvel ordre mondial, il est bon savoir que la communauté de bloggers archéologues n'est pas insensible à la pseudo-science. Histoire de ne pas se sentir seul dans la nasse.

Attention! Archaeological Haecceities est rédigé en anglais.
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jeudi 25 juin 2009

Le projet Apupato, Michoacan

Complètement passé inaperçu aux yeux de l'INAH, le projet Apupato dirigé par le Dr Fisher du département d'anthropolgie à la Colorado State University a pourtant attiré l'attention du site du National Geographic aux Etats-Unis et de différents portails et fora de discussions. Pour rédiger cet article, nous avons pris le parti d'aller chercher l'information à la source, c'est-à-dire sur la page internet The Lake Patzcuaro Basin Archaeological Project.

Situons d'abord, Apupato est une ancienne île située dans le bassin du lac de Patzcuaro au Michoacan. Cette partie du Mexique est connu pour avoir été le siège de l'expansion de l'empire tarasque, appelé aussi Purépéchas ou P'urhépecha, grand rival insoumis des Aztèques au XVe et XVIe siècle. Tzintzuntzan, aux pyramides appelées yacatas, en était la capitale. Apupato est aujourd'hui vu comme une colline appelée Cerro El Vado. Pourtant les couches géologiques montrent clairement qu'il s'agissait d'une île.


L'équipe pluridisciplinaire de Fisher a mené une première campagne de reconnaissance en 2006 et une seconde en 2007. Elles ont permis la cartographie de seize zones d'occupation préhispaniques. Le site internet du projet propose d'ailleurs une animation flash qui résume bien l'histoire de l'occupation de cette île. Selon les premières hypothèses d'interprétation, Apupato était certainement fréquentée par l'élite locale.

Une des découvertes intéressantes est sans contexte ce petit temple situé à proximité d'une petite plateforme, comme en témoigne ce plan.



Le temple nécessitera certainement quelques fouilles et par conséquent devra être restauré, comme l'exige la loi mexicaine.




L'autre découverte importante est certainement la présence très marquée de terrasses pour l'agriculture.




Actuellement l'équipe est en mission de reconnaissance près du Cerro Bella Vista et dans la région de Mal Pais où ils ont cartographié 200 habitations anciennes. On peut suivre les péripéties de cette petite expédition sur le blog du projet.


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mercredi 24 juin 2009

Exposition Guerre et tribut : la présence mexica au Guerrero

Du 26 juin au 31 janvier 2010, les visiteurs du Musée du Templo Mayor auront la possibilité de visiter une exposition au thème peur courant mais néanmoins très intéressant.


Affiche de l'exposition retrouvée le 24 juin 2009 sur le blog Arqueología Militar.

Ce blog est d'ailleurs tenu par un des deux commissaires de l'exposition. Marco Cervera propose d'ailleurs d'autres clichés que nous reproduisons avec son autorisation.
De manière plus générale, la presse nationale sur internet en a beaucoup parlé : les quotidiens El Universal et Milenio.

De quoi s'agit-il au final ? Le site internet de l'INAH est à ce sujet moins laconique que Cervera mais étant donné la somme de travail qu'implique la préparation d'une exposition, on ne lui en tiendra pas rigueur.


Vue frontale de la sculpture d'un guerrier Tzitzimitl en résine.
Photo retrouvée le 23 juin 2009 sur Arqueología Militar.

Sur cette photo, on peut voir le guerrier Tzitzimitl chargé d'accueillir le visiteur. Mesurant 1,65 m de haut, la peau mat, l'air menaçant, il est fait de résine. Il porte un uniforme blanc en coton, un macuáhuitl (masse en bois incrusté de petits éclats effilés d'obsidienne) et une rondache en bois recouverte de plumes. En fait ce sont différentes données ont permis cette reconstitution : des recherches archéologiques et anthropologiques et des documents coloniaux, comme le folio 67r du Codex Mendoza visible un peu plus bas..


Détail du visage du guerrier Tzitzimitl.
Photo retrouvée le 23 juin 2009 sur Arqueología Militar.

Au total, ce sont 130 pièces qui seront proposées au visiteur : la majeure partie (87) vient du musée régional de Chilpancingo, Guerrero ; le reste (43) est originaire du Templo Mayor de Tenochtitlan. Elles illustreront plusieurs points importants de la civilisation mexica.



Vue inférieure du guerrier Tzitzimitl.
Photo : V. Roux, mise à notre disposition le 11 septembre 2009.

D'une part, il s'agira de mettre en évidence l'étendue de l'Empire mexica et son système de soumission par l'impôt. Les archéologues ont notamment reconstitué un tribut avec des éléments modernes en se fondant sur le Codex Mendoza :maïs, haricot, chía, huauhtli, cacao, miel, nappes de coton, naguas, huipils, jícaras, copal, coquillages marins, clochettes de cuivre, hachettes de cuivre, coton, chapelet de pierre vertes, reproductions d'armes et de boucliers, répliques de tablettes en or.


Codex Mendoza, folio 67r.
Disponible le 23 juin 2009 sur wikipedia.org, s.v. "Codex Mendoza".

Il convient de rappeler que le tlatloani Moctezuma Ier avait agrandi considérablement l'empire, notamment en allant jusqu'au Xoconusco maya, dans l'actuel état du Chiapas. L'empire attint son apogée géographique sous le règne d'Ahuizotl, Moctezuma II essayant tant bien que mal d'en maintenir l'organisation. Pendant 72 ans, Chontales, Tepuztèques, Amuzgos, Cohuixcas, Tlapanèques et Yopis furent ainsi soumis au tribut.


Carte des provinces tributaires de l'empire aztèque au XVIe siècle.
Disponible le 23 juin 2009 sur wikipedia.org, s.v. "Aztèques"

Si la Triple Alliance a pu conquérir tant d'espace, c'est évidemment grâce à la guerre. Mais il s'agit d'une guerre extrêmement ritualisée, autant que l'acceptation de rendre tribut pouvait l'être pour les vaincus. Les motifs de ces guerres étaient aussi bien politiques qu'économiques et surtout religieux. D'une part, il fallait maintenir l'ordre du monde et le déroulement du temps au moyen de sacrifices humains. Or les conquêtes permettaient d'en fournir les victimes. Lors de la fête de tlacaxipehualiztli o "dépécement de personnes”, dediée à Xipe Tótec.

Il s'agit aussi de continuer à gratifier les guerriers pour leur service rendu, s'ils survivaient et à augmenter la richesse d'une capitale, Tenochtitlan, où on pouvait trouver tout ce que cette partie des Amériques produisait alors.

Dès lors, la place occupée par les marchands (pochtecas en nahuatl) étaient extrêmement importantes. Ils étaient chargés de créer et de maintenir des relations commerciales avec des zones parfois retirées de la Mésoamérique. Mais une de leur prérogative était d'espionner d'éventuels ennemis. Ils pouvaient même agir sous forme de commandos dissimulés.

En ce qui concerne le Guerrero présenté dans cette exposition comme témoin de ce tribut, les Aztèques s'y étaient installés pour contrôler l'approvisionnement en cuivre, en or et en cinabre. En l'occurence la Matricula de Tributos énumère les provinces soumises au tribut dans cette région : Tlachco, Tepecocuilco, Cihuatlán, Tlappan, Tlacozahutitlan, et Quiyauhteopan. A ce titre une vidéo explique les différentes tactiques de combat utilisées par les Mexicas.

Références bibliographiques :
BATALLA ROSADO, Juan José.
2007. "The scribes who painted the Matricula de tributos and the Codex Mendoza". In Ancient Mesoamerica, 18, Cambridge University Press, Cambridge, p. 31-51.

Codex Mendoza.
Disponible le 23 juin 2009 sur Wikimedia, s.v. "Codex Mendoza" : http://commons.wikimedia.org/wiki/Codex_Mendoza.


SEPÚLVEDA y HERRERA, María Teresa.
La Matricula de tributos. Arqueologia Mexicana Especial 14, Editorial Raices-INAH, Mexico.

SERGHERAERT, Maëlle
200. Les manifestations de l'expansion Mexica (1430-1520).Thèse de Master, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne.

2005. "Les conséquences de l'expansion militaire aztèque : synthèse sur les intérêts d'une approche archéologique". In De l'Altiplano mexicain à la Patagonie: Travaux et recherches à l'Université de Paris 1, Cyril Giorgi (éd.), pp. 107-115. British Archaeological Reports, International Series, vol. S1389. Archaeopress, Oxford.

[édition du 26 juin 2009] Nous avons rajouté deux références rédigées par notre consoeur Maëlle Sergheraert, suite à un commentaire fait par Michael Smith, de l'Université d'Arizona. Ce dernier exprime ses doutes sur l'expansion proposée par l'exposition. Selon lui, il existe des preuves archéologiques irréfutables que les Mexicas avaient entretenus des rapports commerciaux avec des villages au Morelos, un siècle avant de les conquérir militairement. Smith craint une confusion entre expansion militaire et expansion économique qui ne vont pas nécessairement de pair. [fin de l'édition]

[édition du 10 décembre 2009] L'INAH a récemment mis sur Youtube une petite pub pour cette exposition.



La deuxième, plus longue, détaille un peu le contenu de l'exposition.



[fin de l'édition]
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vendredi 19 juin 2009

Huiquipedia...

Wikipedia est devenue une des références de recherches pour bon nombre d'écoliers, de lycéens et d'étudiants qui veulent s'éviter de trop laborieuses recherches sur papier. La première encyclopédie en ligne complètement gratuite provoque régulièrement l'ire des professeurs et chercheurs pour son manque de références scientifique et l'absence de rigeur de la part de ses rédacteurs. Nous ne discuterons pas ici ces problèmes. A mes heures perdues, j'aime apporter quelques modifications sur le portail consacré au Mexique ancien mais mes interventions restent marginales.

Il est en revanche amusant de voir comment les articles concernant un thème peuvent changer d'une langue à une autre. Je vous renvoie à cet article concernant Ek Balam publié sur ce blog. L'une des grandes forces de Wikipedia est la grande diversité de langues disponibles. Parmi elles, on peut voir le nahuatl. Oui! Vous avez bien lu ! Wikipedia en nahuatl. D'ailleurs le titre de cet article est là pour le prouver.

hébergement gratuit de photos & vidéos avec www.photomania.com

Quel est l'intérêt de proposer le nahuatl comme langue de la fameuse encyclopédie ? En fait nous en voyons plusieurs. La première est de promouvoir la langue de Nezahualcoyotl sur et en dehors du territoire mexicain. N'oublions pas qu'il y a environ 1,5 million de personnes qui parlent le nahuatl au Mexique. C'est d'ailleurs la première langue autochtone parlée dans le pays.

Les responsables de cette version ont donc décidé de garder la graphie du nahuatl classique. Cela ne signifie pas que les articles restent centrés sur le passé préhispanique de l'idiome. Après tout, comme n'importe quelle langue vivante, le nahuatl s'enrichit au contact d'autres langues et de la modernité.

Alors à quand une version en maya chontal, tzetzal ou quiché ?
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jeudi 18 juin 2009

L'INAH signe un partenariat stratégique avec Google

Mais pourquoi la firme de Mountain View, en Californie, a-t-elle proposé ces services à l'INAH? Nous savons que l'industrie touristique mexicaine est en crise depuis quelque temps déjà, bien avant le séisme financier mondial de l'automne dernier. De plus l'image du Mexique est passablement écornée à l'étranger après la crise sanitaire (et surtout la tempête médiatique) qui a accablé le pays en avril et mai dernier.

Google, toujours à la recherche de recettes publicitaires, va proposer donc d'utiliser le patrimoine archéologique et historique du Mexique pour améliorer sa position dominante sur le web local. Le patron de Google Mexico parle de 27 millions de connectés à Internet mais il semble oublier des récents articles sur la fracture numérique que connaît le pays par rapport à d'autres pays d'Amérique centrale et latine, et à plus grande échelle, avec ses partenaires américains et canadiens de l'ALENA et les pays de l'UE.

Pourquoi donc un tel article sur ce blog? Tout simplement pour montrer que l'INAH, sous la direction d'Alfonso de Maria y Campos continue de se détourner de sa mission première, à savoir l'exploration et la sauvegarde du patrimoine archéologique, historique et ethnologique, pour devenir une annexe du Secrétariat du tourisme, succombant à une dérive mercantile et mercantiliste qui pourrait s'avérer lui être néfaste à plus ou moins long terme.

Officiellement l'accord signé hier cherche à "augmenter l'intérêt des utilisateurs d'Internet pour des thèmes d'anthropologie, d'archéologie et d'histoire, et ceci dans une stratégie qui permettra une meilleure connaissance et une sensibilisation à l'importance de la conservation des biens culturels du Mexique, en plus de la promotion de la visite physique des 173 zones archéologiques et des 116 musées sous responsabilité de l'INAH".

D'ailleurs cet accord a d'ors et déjà donné naissance à un projet appelé Pongamos a México en el Mapa con Google (Mettons le Mexique sur la carte avec Google). En fait ce sont trois applications de Google qui seront spécialement adaptés pour promouvoir le patrimoine mexicain : Youtube, Googlemaps et Google Earth. En ce qui concerne Youtube, l'internaute pourra regarder la chaîne INAHTV. Sur Googlemaps, l'internaute pourra récupérer un guide d'adresses et des routes incluant des sites à visiter, avec la possibilité de voir la distance à parcourir. Enfin un filtre sera créé pour Google Earth : on pourra ainsi récupérer la localisation d'un site par ses coordonnées satellites mais aussi des plans des musées, des zones archéologiques et des lieux historiques. Mais dans un pays où les conducteurs découvrent à peine la navigation par satellite, ce genre d'information reste limité.

Je vous propose de regarder cette petite vidéo disponible sur Youtube.



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mercredi 17 juin 2009

Quoi de neuf au Templo Mayor de Mexico ?

The Star est un quotidien canadien de Toronto. Sur son édition en ligne du 16 juin 2009, on peut y lire un article de Leslie Scrivener sur l'avancée des fouilles à l'endroit où était placée le grand monolithe de Tlaltecuhtli. Le titre est un rien tapageur, comme souvent dans la presse généraliste : "Lost Aztec tomb lies under Mexico City". Ce dernier retombe à plat dès le premier paragraphe quand Scrivener utilise l'adjectif "likely", à traduire par vraisemblable. Ah les effets d'annonces qu'il faut faire pour vendre du papier ! D'ailleurs le très sérieux Times annonçant la prochaine exposition Moctezuma au British Museum, proposait un article similaire sur son site web la semaine passée.

Il faut dire que l'auteur a eu l'occasion d'interviewer l'archéologue Leonardo Lopez Lujan et de lui poser des questions plus ou moins pertinentes. L'une d'elles concerne la lenteur de l'avancée des fouilles. Lopez Lujan rappelle à juste titre que le terrain n'aide pas les archéologues : gorgé d'eau, il faut pomper en permanence ce qui rend la tâche encore plus ardue, notamment en ce qui concerne la préservation des restes et des objets découverts. Il ne faut pas oublier que Tenochtitlan reposait au milieu de la lagune et donc qu'elle n'avait pas un sous-sol solide. Même après les différents travaux d'assèchement, il reste des poches d'eaux souterraines.


L'archéologue Ximena Chavez Balderas,
en train de récupérer des échantillons de matières organiques sur le monolithe de Tlaltecuhtli.
Crédit : INAH-Proyecto Templo Mayor.
Retrouvée le 16 juin 2009 sur
http://media.thestar.topscms.com/images/a0/5f/4901a74f436690a8d1a104d332a1.jpeg

Cependant Lopez Lujan rappelle la belle découverte réalisée il y a peu par son équipe : un squelette de canidé (pas nécessairement un chien d'ailleurs), des pendants d'oreilles en turquoise, un collier de jadéite et une clochette en or. La présence de cet animal psychopompe, c'est à dire "accompagnateur des âmes" selon l'étymologie grecque, tend à renforcer l'hypothèse d'une tombe, certainement d'un personnage important. Ces objets s'ajoutent aux 4 conteneurs comptant environ les 3000 objets retrouvés depuis le début des fouilles en 2007.

Expliquant que, sous ses offrandes, des sceaux de plâtre en parfait état bloquaient le passage, le scientifique mexicain estime que ce qui se cache derrière n'est pas inondés. Il s'avance même à énumérer ce que son équipe va découvrir : "les restes incinérés d'un ou plusieurs souverains, des nains, des albinos, des musiciens sacrifiés lors des funérailles".

Convaincu qu'en cet endroit reposent les restes de plusieurs tlatloques, Lopez Lujan estime qu'en aucun cas, il ne peut s'agir des restes de Moctezuma. Sa mort, pour laquelle plusieurs versions ont été présentées, n'aurait pas été suivie d'une cérémonie funéraire traditionnelle : une fois son corps incinéré, ses cendres ont été bues par les personnes qui assistaient aux funérailles.

Nous respectons énormément le travail fait par le Dr Lopez Lujan. Il dirige une équipe compétente et professionnelle, consciente d'avoir peut-être à découvrir l'un des plus grands trésors de l'histoire mexicaine et peut-être de l'humanité. Mais comme nous l'avons déjà manifesté sur ce blog, ses déclarations, bien que sorties de leur contexte, ne font pas état de prudence et de relativité. Nous espérons sincèrement qu'il découvrira ce qu'il prétend découvrir.

La référence aux sources coloniales pour rapporter les circonstances des funérailles de Moctezuma pose également problème. Ximena Chavez Balderas, éminente collègue de Lopez Lujan sur ce chantier, rapporte dans son ouvrage sur les rituels funéraires au Templo Mayor, que les corps ne pouvait être complètement incinérés et qu'il restait toujours des fragments osseux.

A l'instar de notre collègue et ami, livrons-nous au jeu des hypothèses. Si on découvre le corps de plusieurs individus, les différents ornements ne permettront pas une identification complètement sûre. Et pour peu que plusieurs corps portent des ornements indiquant un même statut, une identification ADN permettrait d'établir un lien de parenté directe. Mais cela ne suffirait toujours pas à déterminer clairement l'identité des individus, sauf peut-être en comparant cet ADN à des descendants actuels de la famille royale de Tenochtitlan. Mais le recoupement par ADN sera encore plus dur à faire si on découvre uniquement des urnes funéraires contenant des cendres ou des fragments osseux exposés aux flammes.

Bref, nous n'osons pas imaginer que le Dr Lopez Lujan n'ait pas pris en considération ces hypothèses, au risque peut-être d'aller au devant de certaines désillusions, en dépit de tout le matériel déjà découvert et qui attend toujours d'être analysé, étudié, observé et commenté. Car une autre erreur serait de ne pas laisser les chercheurs nationaux et internationaux accéder à ce matériel qui contribuera sans doute à une meilleure connaissance de la civilisation mexica.

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mardi 16 juin 2009

Nouvelles photos des peintures murales d'El Rosarion, Querétaro


Le quotidien en ligne Rotativo de Querétaro propose de nombreux clichés des peintures murales d'El Rosario dans son édition du 11 juin. Nous avons évoqué déjà à deux reprises cette "découverte" faite par l'INAH mais il nous a semblé important de diffuser ces manifestations artistiques qui sortent de l'ordinaire. Vous pourrez lire l'article de Janet López en cliquant sur le titre de cette note. Les photos sont créditées A 28. Malheureusement, nous n'avons pas pu trouver un plan du site qui nous permettrait de situer ces peintures et leur orientation respective.











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Publication du Codex Badiano en CD-Rom

L'INAH annonce la sortie de la version numérisée du Codice de la Cruz-Badiano, pour demain. Le Codex Badiano, longtemps conservé au Vatican, a été remis en personne par le pape Jean-Paul II lors de son voyage au Mexique en 1990,. Il a été ensuite placé en dépôt dans la réserve de la Biblioteca Nacional de Antropología, située dans le MNA, à Mexico.



C'est un document extrêmement précieux puisqu'avec le livre XI de la Historia general de las cosas de Nueva España, rédigée sous la houlette de Fray Bernadino de Sahagún et la Historia Natural de Nueva España, écrite par le médecin espagnol Francisco Hernández, deux autres documents sans titres composés par le moine Francisco Jiménez, et un autre en maya, il décrit les recettes médicinales des autochtone au moment ou peu après l'arrivée des Espagnols.
L'édition et les commentaires de ce CD-Rom ont été préparés par l'historien mexicain Miguel León-Portilla. L'INAH propose en effet une série de CD-Rom à prix accessibles et contenant des reproductions digitales de codex, fonctionnant seulement sous environnement Windows (à défaut, on utilisera WINE sous distribution Ubuntu). On peut citer parmi ceux-ci le Codex Becker.


Recette pour un corps blessé.
Planche du Codex Badiano pour tlahçolteoçacatl, tlayapaloni, axocotl y chicomacatl.
Retrouvée le 16 juin 2009 sur wikipedia :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/be/Badianus.jpg

Le Codex Badiano porte le nom de l'indigène qui traduit du nahuatl au latin ce document, Libellus de Medicinalibus Indorum Herbis, qui parle essentiellement d'herboristerie. Juan Badiano était un tlacuilo (mot nahuatl qu'on pourrait traduire par scribe) originaire de Xochimilco. Il fut charger de mettre sur papier les connaissances médicales récupérées par le médecin Martin de la Cruz. Le codex est constitué de 70 feuilles, soit 140 pages ornées de 185 illustrations en couleur, comportant par ailleurs des concepts rédigés au moyen de glyphes.

Pour plus d'informations :

Article "Códice Badiano" , disponible le 16 juin 2009 sur http://es.wikipedia.org/wiki/C%C3%B3dice_Badiano .

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dimanche 14 juin 2009

Débat autour de la "découverte" d'El Rosario

Il semblerait que nous devons revenir à plus de prudence en ce qui concerne l'annonce faite par l'INAH sur son site suscite un débat passionnant sur la liste Aztlan.
En premier lieu, il convient de mettre en valeur tout le travail explicatif et récapitulatif de Roberto Romero. Il reprend la chronologie proposée par le quotidien El Sol de San Juan del Rio pour montrer que les influences teotihuacaines à El Rosario sont connues depuis le début des fouilles en 1958 par Roberto Gallegos.

Michael Ruggeri, annonceur de la "découverte" sur Aztlan, se demande si El Rosario n'a pas été une des premières colonies de Teotihuacan ou si les peintures visibles à El Rosario n'ont pas directement influencé les artistes qui ont ensuite peint les murs de Teotihuacan.

Michael Smith se joint à la perspective centraliste de Roberto Romeros en mettant clairement en cause une conquête de cette partie du Querétaro par Teotihuacan. Il propose ainsi de voir les traits culturels teotihuacains de El Rosario comme une décision consciente des élites locales pour des raisons locales. Smith pense que ces élites ont cherché à montrer "leur sophistication" ou leur contact avec Teotihuacan. A titre de comparaison relative, il compare la décision des élites de El Rosario à ce que faisaient certaines élites de l'Antiquité eloignées de Rome et qui copiaient son style de vie ou son architecture.


Crédit photo : D. Alvarez. Disponible le 15 juin 2009 sur le site du quotidien El Sol de San Juan del Rio, édition du 12 juin 2009 : http://i.oem.com.mx/ef4bbaf2-3d1f-4cbd-a82e-3116972352b8.jpg

Lloyd Anderson propose une autre hypothèse : "un trait culturel originaire d'un endroit différent de du "centre" où il est le plus connu, mais qu'il partage à égalité avec d'autres endroits, avant de se développer et de s'étendre". Anderson cite notamment l'exemple du style dit "olmèque" qui s'est notablement diffusé à partir d'éléments "pré-olmèques" présents à une échelle géographique encore plus étendue. Il explique que les centres puissants ont ainsi tendance à éclipser des zones qui avaient moins d'importance politique ou économique. Enfin Anderson rappelle qu'il est difficile de changer le nom d'un style alors que celui-ci se révèle être inapproprié.

Pour apporter un bémol à l'analyse très poussée d'Anderson, il convient de rappeler qu'un centre de pouvoir ne se résume pas à avoir une influence politique ou économique notable. Dans les sociétés précolombiennes, le développement des civilisations précolombiennes, il est important de mettre en avant la religion et la mythologie qui permettent d'expliquer ces traits culturels. Cholula, ville du pélerinage à Quetzalcoatl au moins pendant le classique, jouissait d'une aura toute particulière qui faisait de Quetzalcoatl une divinité davantage révérée par les autres populations que par les Mexicas qui l'avaient remplacé par Huitzilopochtli.

A la fin de cet article, on est en droit de s'interroger sur cette sortie médiatique qui peut induire le curieux et/ou le professionnel en erreur. Il convient de prendre avec un certain recul les gros titres. Quel était l'objectif de ces archéologues en annonçant une découverte qui, en fait, n'en est pas une ?

Référence bibliographique :
Smith, Michael E. and Lisa Montiel (2001) "The Archaeological Study of
Empires and Imperialism in Prehispanic Central Mexico". Journal of
Anthropological Archaeology
20:245-284.


Mise à jour : El Sol de San Juan del Rio faisait état hier de l'appui financier du gouvernement de l'état de Querétaro pour transporter et sauvegarder les peintures. Partager

vendredi 12 juin 2009

Découvertes de peintures murales de style teotihuacain à El Rosario, Queretaro

La presse mexicaine rapporte de manière extensive la découverte historique faite par une équipe d'archéologues du Centro INAH de Queretaro sur le site d'El Rosario. Parmi les archéologues concernés figurent Juan Carlos Saint Charles Zetina et Carlos Viramontes. Située sur la municipalité de San Juan del rio, la zone archéologique d'El Rosario est fouillée régulièrement depuis 1958. El Rosario a connu une longue occupation qui s'est achevée à l'Epiclassique (entre 750 et 900 après Jésus Christ).


Carte situant la zone d'El Rosario, retrouvé sur googlemaps le 12 juin 2009.

Pendant la campagne de fouilles réalisée de mars à mai de cette année, les archéologues ont fouillé le portail d'accès au centre cérémoniel du site. Ils ont découvert quatre panneaux peints de style teotihuacains. C'est la première fois qu'on découvre des restes de peintures murales de style teotihuacain hors de l'Etat de Mexico, où est située la ville de Teotihuacan. Les techniques de construction et de peinture confirment ce lien avec l'ancienne grande métropole du Haut Plateau central.

Ainsi les peintures ont été réalisées, pour une première sur un aplat d'argile recouvert de calcaire et pour une seconde directement sur un aplat d'argile.
La vivacité des tons employés témoigne du bon état de ces peintures : on retrouve du jaune, du rouge, du noir, et du bleu-vert. Le répertoire iconographique est composé de couteaux recourbés en obsidienne, de coeurs sanglants, d'un personnage (humain ou animal) entouré de volutes, d'un bouclier, d'un brasero à manche et d'un panache.

Dans le quotidien en ligne El Universal, on peut apprécier ce détail :


Crédit photo : EFE,
Disponible le 12 juin 2009 sur le site d'El Universal, édition du 10 juin 2009.

Le quotidien La Jornada propose une vue plus globale de deux panneaux :


Crédit photo : INAH/ Melitón Tapia.
Disponible le 12 juin 2009 sur le site de La Jornada, édition du 11 juin 2009

Ce dernier cliché est également disponible en cliquant sur le titre de cet article.

Le graffiti, dessinés à traits bruts, représente possiblement des oiseaux, des pétales et des figures anthropomorphes et géométriques dont l'objectif était probablement rituel, selon les archéologues

Le portique fouillé date du classique. Menaçant de s'effondrer, une équipe pluridisciplinaire (géologues, archéologues, géographes) avait été dépêchée pour trouver une explication aux effondrements ayant lieu dans la région.

Les fouilles ont également mis à jour des fragments de textiles, des troncs de bois, du charbon, des couteaux en obsdienne et des tessons de céramique teotihuacaines. Des trous dans la zone ont permis l'identification de quatre étapes de construction de la structure principale : trois sont du Classique, la dernière de l'Epiclassique. Des offrandes ont été retrouvées dans chaque phase : elles consistaient en des cendres sur des foyers de pierres rougies, de petits tas de sable, de petits os d'animaux (peut-être de chauve-souris), de matériel lithique et de poteaux de bois. L'ensemble semble identique à des offrandes faites à Teotihucan.

Face à cette découverte, l'INAH de Querétaro va demander le soutien financier de l'état de Querétaro pour récupérer, transporter et faire garder ces peintures au Musée régional où elles seront restaurées et étudiées. Il s'agit aussi d'éviter des fouilles sauvages qui sont fréquentes sur le site et donc empêcher tout enlèvement des peintures.

A titre de comparaison, voici une peinture murale visible à Teotihuacan et proposée sur le site Arssummum, disponible le 12 juin.


Il s'agit des aras peints visibles dans le Complexe de Quetzalpapalotl.
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mercredi 10 juin 2009

Et si les Aztèques avaient utilisé des crânes et des flèches pour compter

Au hasard de mes errances sur la toile, j'ai trouvé cet article intéressant paru sur le site Scientific American. La mathématicienne Maria del Carmen Jorge y Jorge, chercheuse à l'UNAM, a exploré le Codex Vergara et a émis l'hypothèse que les Aztèques n'utilisaient pas uniquement le système traditionnellement connu de points et barres qui existait en Mésoamérque depuis les Mayas. Un point représente une unité et une barre vaut 5 unités.

Le Codex Vergara est un document colonial préparé sur du papier européen et signé par le juge Vergara, probablement aux alentours de 1540. A l'instar du cadastre napoléonien en France, En effet ce document fait l'inventaire des terrains et de leurs dimensions. Si on en croit la description de M. Thouvenot, le Vergara (conservé à Paris) est une partie d'un document dont la seconde moitié, le Codex Santa Maria Asunción est conservé à Mexico.


Codex Santa María Asunción : milcocolli : f. 8v
In Thouvenot, 1998. Disponible en ligne le 9 juin 2009 sur
http://celia.cnrs.fr/FichExt/Am/A_23_05_fichiers/image005.jpg

Selon les observations faites par Jorge y Jorge, ce sont 367 terrains dont la surface a été dûment mesurée : 60 % en multipliant longueur par largeur. Mais 69 terrains ont été mesurés en utilisant le nombre premier 211 qui ne peut être obtenu en utilisant le système vigésimal normalement en vigueur à l'arrivée des Espagnols. Pour Jorge y Jorge, il semblerait donc que les Aztèques utilisaient des "fractions" ou plutôt "monades" car le terme "fraction" n'est pas approprié selon la mathématicienne.

Pour les Aztèques utilisaient le tlalquahuitl comme unité de mesure basique. Mais apparemment pour la moitié d'un tlalquahuitl, ils dessinaient une flèche. Ainsi pour un terrain de 210, il pouvait multiplier 20 tlaqualhuihuites pour 10 tlalquahuihuites et une demi-flèche.

Deux flèches correspondraient donc à un tlaquahuitl, un coeur à 2/5 d'un tlalquahuitl, et trois mains à trois tlalquahuihuites. D'autres subdivisions comme le bras et l'os étaient également utilisées. Jorge y Jorge émet l'hypothèse que la flèche correspondrait à une mesure allant de l'épaule jusqu'à la main, le coeur à la distance entre cette organe et la main, et la main comme la longueur de deux mains étirées. Mais prudente, la mathématicienne explique qu'il ne s'agit que d'une interprétation car aucune donnée archéologique ne vient l'appuyer. D'ailleurs une certaine confusion à la fin de l'article semble lui donner tout à fait raison...

Références bibliographiques et internet.

THOUVENOT, Marc.
1998. "Valeurs phoniques et unités de langue dans les glyphes des Codex Xolotl et Vergara". In Amerindia, n°23, CELIA-CNRS, Paris. Disponible le 5 juin 2006 sur : http://celia.cnrs.fr/FichExt/Am/A_23_05.pdf

WILLIAMS, Barbara J. and H.R. Harvey.
1988 "Content, Provenience, and Significance of the Codex Vergara and the Códice de Santa Maria Asunción", American Antiquity, 53(2), pp. 337-351.

1997 The Códice de Santa Maria Asunción, Facsimile and Commentary: Households and Lands in Sixteenth-Century Tepetlaoztoc, University of Utah Press, Salt Lake City.


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mardi 9 juin 2009

Hypothèses de travail d'E. Nalda pour les fouilles d'Ichkabal, QR

Le site officiel de l'INAH propose un article intéressant mais digne de la presse à sensation britannique. Faut-il croire que les lecteurs manquent pour essayer d'attirer le chaland ? Toujours est-il que nous préférons rester prudents. Pour bien comprendre le problème, penchons sur la brève proposée par l'INAH.



Fouilles à ichakabal,
Photo : INAH, disponible le 9 juin 2009 sur :
http://dti.inah.gob.mx/images/stories/boletines/2009/junio_09/05_junio/ichkabal_web.jpg

Ichkabal est un site du Classique ancien et moyen situé au Quintana Roo, à quelques 90 kilomètres de la lagune de Bacalar, sur la municipalité Othon Pompeyo Blanco. Les équipes d'archéologues y travaillent depuis vingt-deux ans. Actuellement c'est Enrique Nalda qui dirige le projet : quatre structures seront fouillées puis restaurées pendant cette campagne de deux ans. Nous avions déjà parlé de cette campagne de fouilles dans un article en avril dernier. Selon ce dernier, Ichkabal serait en fait un des fiefs de la dynastie Kaan (Serpent en yucatèque) qui a dominé la région à cette époque, notamment parce que le site a été occupé pendant les quatre premiers siècles de notre ère. Sa superficie a atteint environ huit kilomètres de diamètres.

Selon d'autres experts, la dynastie Kaan aurait eu El Mirador (Guatemala) comme fief d'origine. Selon Nalda, la taille des édifices présents à Ichkabal permettrait de resituer l'origine des Kaan : rappelons qu'une des structures actuellement fouillées mesure 200 m de côté pour 46 m de hauteur. Or ces dimensions laissent peu de doutes sur le caractère important d'Ichkabal. Des fouilles préliminaires avaient notamment mises à jours des sous-structures datées du Préclassique supérieur, d'autres peut-être du Préclassique ancien (vers 500 avant Jésus Christ). Ces datations avaient été rendues possibles grâce à des céramiques et à l'architecture de style Peten.

Nalda espère bien proposer une théorie nouvelle sur la présence de motifs teotihuacains dans la zone maya. Les liens entre la grande cité du centre du Mexique et la zone Maya ne sont plus à prouver. En revanche Nalda souhaiterait prouver que la "présence" de Teotihuacan à Ichkabal est symbolique dans la mesure où des traces de Teotihuacain apparaissent plus tard sur d'autres sites. Nalda veut démonter l'hypothèse d'un abandon général des sites mayas à l'orée du Postclassique dans la mesure où un site voisin comme Dzibanché a connu une occupation continue jusqu'à l'arrivée des Espagnols.

L'autre objectif des fouilles dirigées par Nalda sera de montrer que les Mayas pratiquaient une agriculture sur brûlis. Cette hypothèse est proposé depuis les années 1970 mais n'a jamais pu être démontrée archéologiquement parlant.

L'INAH a mis en ligne une petite vidéo présentant les fouilles et le projet Ixkabal.



Mise à jour du 2 août 2009 par Cacalotl.

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jeudi 4 juin 2009

Dégats mineurs à Xunantunich, Belize

Le tremblement de terre qui a eu lieu le 28 mai dernier sur la côte nord du Honduras a provoqué de nombreux dégâts et victimes. Mesuré à 7,3 sur l'échelle ouverte de Richter, le séisme a fait s'effondrer des immeubles sur leurs occupants alors endormis. Au Bélize voisin, c'est la pyramide du Castillo, sur le site de Xunantunich, près de Succotz, qui a été endommagée. Les autorités archéologiques locales espèrent rapidement engager des travaux de consolidation et de restauration. Cette structure, haute de 40 m, a déjà subi des dommages partiels lors de précédents séismes dans la région.


Agrandir le plan
Situation de Xunantunich, Quintana Roo.
Le site correspond au B sur la carte.


Le Castillo, Xunantunich, Belize
Photo retrouvée le 4 juin 2009 sur http://es.wikipedia.org/wiki/Archivo:Belize-elcastillo.jpg ,
article "Xunantunich" (version espagnole)

Xunantunich a été occupé tout au long du Classique (du IIIe au IXe siècle pour être précis). La zone centrale de Xunantunich mesure 2,6 km². Les premières fouilles y ont été faites à la toute fin du XIXe siècle, avant que des programmes de recherches plus importants soit mis en place au XXe siècle dans les années 1930 et 1990.
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lundi 1 juin 2009

Le serpent à plumes de Santa Cecilia

Santa Cecilia Acatitlan est situé à quelques encablures de la capitale du México. Située à trois kilomètres de la pyramide double de Tenayuca, une pyramide aztèque restaurée se cache à côté de l'église. Un petit musée contient les principales sculptures et pièces découvertes au fil des différentes campagnes de fouilles. Parmi les objets découverts, il y a cette sculpture massive. Elle mesure 45 cm de haut pour 70 cm de diamètre maximum.


Serpent à plumes de Santa Cecilia Acatitlan, Edo de Mexico.
Photo prise le 30 septembre 2009 par B. LOBJOIS.

Observons le corps du serpent à plumes enroulé sur lui-même. Sur la partie supérieure, on peut reconnaître un grand coquillage (Gigas strombus) coupé dans sa longueur. Ce coquillage était appelé ehecacozcatl en nahuatl. Blas Castellon identifie cet attribut comme étant un signe de Vénus (2002 : p. 32). Mais le coquillage est avant tout considéré comme une représentation symbolique de la matrice. Pour Graulich notamment, le coquillage est en étroite relation avec la création de l'humanité. Les mythes relatant cette épisode donnent une place particulière au dieu Quetzalcoatl.

Si le corps de l'animal est parfaitement conservé, au point de voir des mouvements se dégager du corps emplumé, la tête et la gueule ont malheureusement été détruites. On ignore si un silex était présent sur la langue bifide ou si des plaques à motif de natte avaient été sculptées au-dessus de ses yeux.

Il ne fait aucun doute que ce serpent à plumes était une représentation du dieu Quetzalcoatl-Ehecatl postclassique sous l'apparence d'un de ses nanahualtin, le serpent à plumes. Les textes coloniaux comme le Codex Borbonicus décrivent le dieu avec ses attributs typiques : bec d'oiseau, bonnet conique en peau de jaguar, peinture noire des prêtres, peinture faciale typique faite de noir, d'une rayure verticale sur le nez et une partie du front, la bouche entourée de rouge (1991 : pl. 3). L'ehecacozcatl apparaît en pectoral.


Représentation de Tepeyollotl et de Quetzalcoatl, Codex Borbonicus, pl. 3.
Photo prise par B. LOBJOIS à partir du fac-simile publié en 1991.

Toutefois l'association entre le serpent à plumes et le coquillage n'est pas récente. Les premières associations datent en fait de Teotihuacan, si on prend en compte les reliefs peints des talud-tableros de la Pyramide du Serpent à plumes.


Détail du tablier nord-ouest,
Pyramide du Serpent à plumes, Teotihuacan, Edo de Mexico.
Photo prise en mai 2002 par B. LOBJOIS.

Sur les reliefs ornant la majestueuse pyramide de Xochicalco, on peut voir coquillages et serpents à plumes encore plus précisément. Ils sont directement présents sur le corps des créatures.


Serpent à plumes, Pyramide des serpents à plumes, Xochicalco, Morelos.
Photo prise le 12 octobre 2004 par B. LOBJOIS.

Le coquillage a plusieurs significations, toutes en relation avec la fertilité. Le coquillage représente la matrice, origine de la vie. C'est aussi l'instrument dans lequel on souffle, reproduisant ainsi le vent qui apporte les pluies, à l'instar de ce qui rapportent les informateurs de Sahagún.

Références bibliographiques :
Castellon Huerta, Blas.
2002. « Cúmulo de símbolos La serpiente emplumada ». In Arqueologia Mexicana, enero-febrero 2002, vol. IX, núm 53, Editorial Raices-INAH, p. 28-35.

Codex Borbonicus.
1991. El libro del Ciuacóatl. Homenaje para el año del Fuego Nuevo libro explicativo del llamado Códice Borbónico. Ferdinand Anders, Maarten Jansen et Luis Reyes García (éds.), Sociedad Estatal Quinto Centenario-Akademische Druck–und Verlagsanstalt- FCE, Madrid/Graz/Mexico.

Isis y la Serpiente Emplumada
2007. Catalogue de l'exposition Isis y la Serpiente Emplumada, Fundación Monterrey 2007, UNESCO-INAH-CONACULTA-Superior Council of Antiquities, Mexico.

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