mardi 27 octobre 2009

Mexique ancien sur le site du Grand Journal

Tout est dans le titre de cette note. Merci à Bastien et à Nicolas du Grand Journal pour leur proposition d'entretien. En espérant prendre une bière un de ses quatre et de parler d'archéologie...
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samedi 24 octobre 2009

Le Colloque International “Teotihuacan cité des dieux”, Ière partie

Nous vous avons promis un résumé et des informations supplémentaires en ce qui concerne le Colloque International consacré à Teotihuacan qui a eu lieu le 8 et 9 octobre dernier dans le Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du quai Branly… Chose promise, chose dûe ! Voici un résumé relatif aux interventions les plus intéressantes.

La première journée a commencé avec l’intervention d'Alejandro Sarabia Gonzalés, directeur de la Zone Archéologique de Teotihuacan. Le titre de sa présentation, « El complejo arquitectonico de la Piramide del Sol », nous emmène directement au cœur des différentes problématiques archéologiques mises en évidence par ce colloque.

Même si les fouilles de la Pyramide du Soleil ont commencé en 1905 grâce aux travaux de Leopoldo Batres, les connaissances spécifiques relatives à cet édifice restent minces. Le problème principal souligné par Sarabia est que la Pyramide du Soleil a été étudiée comme étant un édifice isolé, et pas comme la partie d’un ensemble d’édifices qui faisaient partie du centre religieux de la cité.


La Pyramide du Soleil, Teotihuacan.
Photo : B. LOBJOIS le 30/10/2004.

Après un bref aperçu des découvertes effectuées par les archéologues, à savoir le squelette d’un enfant sans matériel associé ainsi que quatre sculptures présentant des traces de peinture rouge et retrouvées dans la plateforme adossée à la pyramide, Sarabia aborde la partie centrale de l’analyse, c’est-à-dire une hypothèse de travail en ce qui concerne la décoration de la façade de la plateforme adossée à la Pyramide. La découverte de plusieurs fragments de sculptures représentant des félins a fait penser que la façade en était complètement ornée, dans un style comparable à celui de la Pyramide du Serpent à Plumes. Leopoldo Batres avait d’ailleurs supposé la même chose ; malheureusement on n’est pas encore en mesure de savoir si les deux édifices sont contemporains.

La décoration aurait été plus particulièrement composée par une série de têtes de félins alignées, et entourées, en haut et en bas, pas deux frises de chalchihuitl, symbole de fertilité. La Pyramide du Soleil pouvait un temple consacré au félin en tant que symbole d’une divinité.

La deuxième exposition, présentée par Sergio Gómez et Julie Gazzola, avait pour titre « Grupos de poder y cosmogonia. Escenificaciones rituales en el complejo de la Ciudadela ».

Ce travail avait le but de présenter les résultats des dernières campagnes de fouilles menées dans la Pyramide du Serpent à Plumes et la Ciudadela, une zone rituelle d’extraordinaire importance dans le centre sacré de Teotihuacan, fort probablement le lieu où les seigneurs accédaient au pouvoir,. Elle est placée exactement au centre de la croix qui divisait en quatre partie la cité, représentation du centre de l’univers.


Maquette de la Ciudadela, Musée de la ZAT.
Photo retrouvée le 24/10/2009 sur
http://www.common.wikipedia.org/Teotihuacan

Ruben Cabrera avait supposé l’existence d’une phase antérieure de la Ciudadela. Avant la construction de ce dernier ensemble d’édifices, en effet, il en existait d’autres, localisés par les archéologues et  interprétés comme liés au pouvoir politique. La découverte de fragments de grandes frises en est un exemple : ce qui reste d’un édifice également consacré au Serpent à Plumes mais antérieure à la Ciudadela. Une autre découverte a été la présence de pierres peintes avec du cinabre qui avaient été utilisées pour fermer l’accès à un tunnel qui pénétrait jusqu’au centre de la Pyramide du Serpent à Plumes. Dans ce contexte, la relation entre le tunnel et l’inframonde est évidente, celui-ci ayant été probablement reproduit culturellement à partir de la création d’un espace aquatique, tout comme on peut observer au Templo Mayor de México-Tenochtitlan.

Dans cette phase appelée Pre-Ciudadela, les fouilles ont détecté la présence, de ce qui, probablement, était un terrain consacré au jeu de balle. Les études menées sur le sujet laissent à penser qu’il a ensuite été détruit. Cette phase remonterait à une époque comprise entre 1-200 ap. J.-C. Sergio Gomez attire  particulièrement l’attention sur un ancien plan d’époque coloniale de la ville de Teotihuacan, où la Ciudadela est appelée « Tonalli y Tlaxiloya », c’est-à-dire « le soleil se couche » en langue nahuatl. Cette expression a été mise en relation avec la présence du terrain de jeu de balle, où se déroulait la lutte entre le soleil et les forces de la lumière contre les ténèbres et les forces de l’inframonde.

Les auteurs ont ensuite concentré l’attention sur les traces d’un important drainage localisé dans cette phase, caractérisé par la présence de 40 individus mutilés et décapités. L’hypothèse émise par les archéologues est que, après la destruction du champs de jeu de balle, l’intention fut de créer intentionnellement un espace rempli d’eau dans la Ciudadela ; un espace rituel qui pouvait accueillir une grande quantité de personnes et où avaient lieu les rites religieux les plus importants. Le mur qui entoure la Ciudadela n’aurait pas été construit parce qu’il s’agissait d’une forteresse militaire, mais probablement pour séparer les espaces profanes des espaces sacrés.

Le Colloque a continué avec les travaux présentés par Linda Manzanilla, dont le titre était « Sedes de poder y rituales de los gobernantes : el caso de Xalla, un conjunto palaciego en Teotihuacan ». Cet exposé a présenté le résumé des connaissances acquises sur les édifices faisant partie du Conjunto de Xalla, localisé au nord de la Pyramide du Soleil. La présence de plusieurs représentation d’une fleur à quatre pétales a été interprétée par Alfredo López Austin comme le possible glyphe emblème de la ville.



Le jaguar de Xalla
Photo : B. LOBJOIS. Prise le 20 novembre 2008.



Xalla pourrait en effet être l’ensemble d’édifices où habitaient les souverains de Teotihuacan, et l’iconographie de cet ensemble, caractérisée par la présence de félins, comme dans la Pyramide du Soleil, renforce cette hypothèse. Dans la place centrale de Xalla a été découvert un temple, vert à l’intérieur et rouge à l’extérieur, dont les façades est, nord et sud présentaient également une iconographie caractérisée par la présence du dieu de l’orage et de félins. Plusieurs figurines retrouvées dans l’ensemble font référence à la fertilité, tandis que d’autres ont été interprétées comme étant des représentations du dieu du feu et du dieu de l’orage.

Il y a également une statue sur l’identité de laquelle les spécialistes ne sont pas d’accord. Cette sculpture, qui représente un homme, a été vue comme l’image d’un ancêtre du groupe au pouvoir à Xalla, tandis que d’autres spécialistes supposent qu’il s’agit plutôt de la représentation d’une victime sacrifiée à coups de flèches, puisque les membres inférieures de la sculptures présentent des projectiles taillés en très bas-relief. A l’époque mexica on sait bien que le rite appelé tlacacaliztli, pendant lequel des prisonniers de guerre étaient tués à coups de flèches, était lié à Xipe Totec, dieu de la guerre et de la fertilité. L'iconographie teotihuacaine recèle à peu près toutes les formes de sacrifices : arrachement du coeur, par fléchage, démembrement et décapitation.



Homme fléché, sculpture, Teotihuacan.
Photo : B. LOBJOIS, prise le 14 décembre 2008.



Détail d'une pointe de flèche, sculpture, Teotihuacan.
Photo : B. LOBJOIS, prise le 14 décembre 2008.

Rendez-vous prochainement pour découvrir ensemble la IIème partie du Colloque !
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Des corps enterrés retrouvés à Tamtoc, San Luis Potosi

37 corps ont été mis à jour cette année et l'année passée par des archéologues de l'INAH dans le site de Tamtoc, situé dans l'état de San Luis Potosi, au nord-est du Mexique. Datés pour la plupart du Postclassique moyen entre 1100 et 1200 après Jésus-Christ, ces restes humains ont été soumis à des analyses médicales et légistes.

Il en résulte qu'une partie d'entre eux souffraient d'infections qui ont provoqué des déformations osseuses sévères. Leurs corps avaient été placés à proximité de la stèle 32 située dans la partie nord du site, appelée la Noria. Sur cette stèle, les archéologues ont noté la présence d'un calendrier lunaire si bien qu'ils ont proposé d'interpréter cette partie du site comme lié à un culte de la fertilité. Mais le problème est que la stèle 32 date du VIIe siècle après Jésus-Christ. Découverte en 2006, elle mesure 8 mètres sur 12 mètres.


Dessin du relief de la stèle 32, Tamtoc, Classique Moyen.
Retrouvée le 23 octobre 2009 sur

30 autres corps avaient été retrouvés les années précédentes. En dépit de ces 60 squelettes, les anthropologues physiques et les médecins légistes estiment avoir besoin de plus d'informations pour véritablement établir un patron pour expliquer l'origine de ces infections et la raison des enterrements dans cette partie du site. Néanmoins on a pu établir que les femmes étaient majoritairement présentes parmi les corps retrouvés, même si hommes et enfants y figuraient aussi. Ils étaient enterrés sous de petits tumuli d'environ 50 centimètres de diamètre pour 30 à 40 centimètres de hauteur. Ils sont répartis selon un axe est-ouest, a priori en relation avec la courser du soleil. Lors de ces fouilles, des pointes de projectiles, des pièces de colliers et des bracelets ont été découverts.



Tamtoc est un site de culture huastèque. Il s'appelait d'ailleurs Tamohi, ce qui signifie "Lieu des tourbillons d'eau" en huastèque. Il se situe sur la rive droite de la rivière Tampaón. Décuvert par une mission française en 1929, il a notamment été fouillé par Guy Stresser-Péan dans les années 1960. Depuis le Proyecto Tamtoc se poursuit. Il est ouvert au public depuis 2006.

Références bibliographiques et électroniques
  • Stresser-Péan, Guy et Claude Stresser-Péan. 2001. Tamtok, sitio arqueológico huasteco: Su historia, sus edificios. Tomo I. Consejo Nacional para la Cultura y los Artes - CONACULTA, Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos - CEMCA, El Colegio de San Luis, Instituto de Cultura de San Luis Potosí, Instituto Nacional de Antropología e Historia - INAH, Mexico.
  •  Stresser-Péan, Guy et Claude Stresser-Péan. 2005. Tamtok, sitio arqueológico huasteco: Su vida cotidiana. Tomo II.Consejo Nacional para la Cultura y los Artes - CONACULTA, Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos - CEMCA, El Colegio de San Luis, Instituto de Cultura de San Luis Potosí, Instituto Nacional de Antropología e Historia - INAH, Mexico.
  • Article "Cultura Huasteca" sur Wikipedia en espagnol.


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Découverte d'un Temple à Melchor Ocampo, Hidalgo

Voici une information, pas si fraîche que cela mais qui vaut largement d'être mentionnée. Lors de fouilles préalables à la construction d'un gazoduc qui doit relier tepeji del Rio à Atotonilco dans l'état d'Hidalgo, des archéologues de l'INAH ont découvert les restes d'un temple daté aux alentours de l'an 1000, soit au tout début du Postclassique ancien.



Vestiges toltèques de Melchor Ocampo, Hidalgo. Postclassique ancien.
Photo de Dinorath Mota pour El Universal, retrouvée le 23 octobre 2009 sur : http://www.eluniversal.com.mx/img/2009/09/Est/toltecas.jpg

La présence de vestiges avait été mentionnée par feu l'archéologue Guadalupe Mastache. Mais ce sont ces fouilles qui ont permis de retrouver quelques marches accédant à une plateforme. Quelques morceaux de céramique, apparemment de brasero et d'encensoirs, ainsi que des crânes ont été récupérés à l'occasion.
Afin de préserver ces vestiges, l'INAH et l'entreprise de construction ont décidé de modifier le tracé du gazoduc. Preuve qu'archéologie et développement urbain peuvent aller de pair...
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vendredi 23 octobre 2009

Quelques explications sur le rituel du Volador

Pour comprendre tous les tenants et aboutissants du rituel des Voladores il nous faut remonter aux premières représentations du rituel dans le codex Tepeucila ou encore dans le codex de Florence. D'abord il ne faut pas croire que le rituel des Voladores est originaire de Véracruz. L'archéologie tend à prouver que ces premières traces sont originaires du Nayarit, comme en témoigne ce retable miniature de la Yale Art Gallery et daté entre 300 avant et 200 après Jésus-Christ (Urcid, 2006 : p. 71).

Les Aztèques pratiquaient également le rituel des Voladores : la planche XXVII du Codex Azcatitlan est d'ailleurs explicite.



Codex Azcatitlan, pl. XXVII.
Photo retrouvée le 20 octobre 2009 sur http://losvoladoresdepapantla.blogspot.com/

Dans son commentaire du codex, Barlow explique en note de bas de page l'origine et la signification de ce rite. Il indique notamment plusieurs sources coloniales comme Motolinia ou Duran. Selon le premier, le jeu du Volador était effectué pendant la vingtaine de Xocotl Hueztli, vingtaine du "Fruit qui tombe" qui avait lieu du 14 au 31 août à l'époque coloniale. En fait, c'était le mois des défunts et le rituel du Xocotl consistait en l'érection d'un mât au sommet duquel on posait une image en pâte de maïs du dieu Xocontecuhtli. On effectuait des danses autour du mât. Puis une course était organisée pour aller chercher l'image du dieu en escaladant le mât (Graulich, 1987 : 285, 287). Le mât est ensuite abattu.

En ce qui concerne l'interprétation et la signification de cette vingtaine, lisons encore Graulich. On y apprend que Xocotl est la dernière vingtaine de la saison sèche. En fêtant ainsi les morts, on les réintègre au monde des vivants qui sont au firmament. En abattant le mât, on répétait la rupture de l'arbre de Tamoanchan, le paradis perdu. On reproduisait de manière symbolique la faute originelle. Les guerriers fécondent ainsi la terre.

A tout bien considérer, on parle surtout des rituels utilisant un mât. Mais Graulich et Urcid énumère les occurences de textes coloniaux ou représentations péricoloniales du rituel du volador.

Urcid comme Graulich reconnaissent la part prépondérante des écrits de Stresser-Péan pour expliquer la diffusion et la persistance du rituel des voladores parmi les populations autochtones.

Références bibliographiques et électroniques :

  • le bloc-notes Los Voladores de Papantla.

  • Codex Azcatitlan. 1995. Commentaire de R. Barlow, introduction de M. Graulich, Bibliothèque Nationale de France / Société des Américanistes, Paris.

  • Graulich, Michel. 1987. Mythes et rituels du Mexique ancien préhispanique. Classe des Belles Lettres, Académie Royale de Belgique. 

  • Herrera Meza, María del Carmen. 1997. El Códice de Tepeucila: el entinatado mundo de la fijeza imaginaria. INAH, Mexico. 

  • Stresser-Péan. 2005. "El Volador. Datos históricos y simbolismo de la danza". In Arqueología Mexicana, vol. XIII, núm. 75, Editorial Raices-INAH, Mexico, p. 20-27. 

  • Urcid, Javier. 2006. "Antigüedad y distribución de la danza de los Voladores". In Arqueología Mexicana, vol. XIV, núm. 81, Editorial Raices-INAH, Mexico, p. 70-74.

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    12a Conferencia de Arqueología de la Frontera Norte

    Du 14 au 16 octobre 2009, des experts mexicains et américains se sont réunis sur le site archéologique de Paquimé (traduit de la langue opata en espagnol par Casas Grandes), dans l'état de Chihuahua, afin d'évaluer les relations de cette ville avec les cultures de l'Occident.

    L'archéologie a encore du mal à reconnaître la valeur des cultures et sites du nord du Mexique. Il faut dire que les crédits alloués sont rares que les publications accessibles au grand public. Eduardo Gamboa Carrera, directeur du Centre Culturel Paquimé estime à 1500 le nombre de sites enregistrés rien que pour l'état de Chihuahua.

    Nommée au patrimoine de l'humanité en 1998, Paquimé est le résultat de migrations et d'influences externes. Elle dispose d'une architecture singulière : des murs de terre moulée pouvant atteindre quatre étages, mêlant des éléments originaires de Mésoamérique comme des cultures indiennes du sud-ouest des USA. Les édifices religieux ne sont visibles que sous forme de monticule où ont été retrouvés des représentations d'aigles et de perroquets. de croix, de serpent.

    Le jeu de balle y était également présent si on en juge la présence de deux terrains au nord et au sud du site. Gamboa estime qu'à chaque terrain devait correspondre un lignage. Datés du Postclassique ancien, ces terrains de jeu de balle seraient à l'origine de conflits internes qui auraient conduits à l'abandon de la cité.

    Un autre de communiqué de l'INAH daté du 16 octobre 2009, les archéologues Otto Schondube, Patricia Carot y Marie-Areti Hers ont proposé une nouvelle approche pour la colonisation et la diffusion de la culture toltèque. Au lieu de considérer que la diffusion s'est faite du sud vers le nord, ils estiment plausible une diffusion du nord vers le sud, via deux axes. Le premier passait sur la face est de la Sierra Madre Occidentale, notamment à travers les états du Zacatecas, Durango et Jalisco. Le deuxième longeait la côte pacifique à travers les états de Sinaloa et Sonora. Les concepts mésomaéricains furent utilisés et adaptés au contexte hostile et rude du nord du pays avant de retourner vers le centre et le sud du pays, après la chute de Teotihuacan. Les restes de céramiques Chupicuaro tendraient à prouver cette hypothèse selon Schondube. L'unique détail, d'après mes quelques connaissances sur la chronologie de la tradition Chupicuaro, c'est que cette population est antérieure à Teotihuacan... Il y a donc un problème chronologique évident.

    La docteure Patricia Carot a suite exposé ensuite le résultat des fouilles qu'elle mène conjointement avec Marie-Josée Areti-Hers sur le site de Cienega de Zacapeu. Elles y ont retrouvé des céramiques à forte influence iconographique du sud-ouest des USA. La tradition "Loma Alta" à l'origine de cette iconographie était originaire du Michoacan au Classique ancien avant d'avoir un contact prolongée avec des peuples du nord entre 500 et 1200 après Jésus-Christ. Ce contact a trouvé forme dans les céramiques produites alors dans cette tradition.
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    mercredi 21 octobre 2009

    Les Voladores de Papantla-El Tajín classés au Patrimoine immatériel de l'UNESCO

    Je pense que la toute nouvelle secrétaire de l'UNESCO sera reçu avec des vivas au Mexique. A l'instar de la France, qui figure parmi les pays les plus souvent cités au Patrimoine mondial de l'Humanité, le Mexique augmente régulièrement sa présence dans cette liste. L'année dernière, c'était la cuisine de Oaxaca qui avait été directement nommée, de même que la Guelaguetza, danse typique de cette région.


    Aujourd'hui c'est le Véracruz et plus particulièrement Papantla qui est mis à l'honneur. Cette petite localité peut désormais se vanter d'être nommée deux fois au patrimoine de l'humanité. En 1992, c'est la zone archéologique d'El Tajín qui avait reçu cet honneur. Tajín est un mot totonaque qu'on peut traduire par "Lieu du Tonnerre". Mais qui étaient donc les Totonaques ? Il s'agit du dernier peuple ayant occupé le site entre le Ier et le XIIIe siècle de notre ère! A titre de comparaison, des villes comme Teotihuacan ou Palenque n'ont été occupées "seulement" que sept à huit siècles...


    Désormais c'est une tradition, voir même un rite précolombien qui est inscrit au Patrimoine immatériel de l'humanité.



    Rituel du volador. Codex Tepeucila, pl. 6.
    Photo : Ignacio Guevara/Raices. Retrouvée le 20 octobre 2009 sur http://www.arqueomex.com/images/FOTOSNUM81/01F01.jpg .




    Voici un cliché de ce rituel qu'on peut également voir à l'entrée du Musée National d'Anthropologie, à Mexico. Moyennant piécette à la fin du spectacle, les voladores escaladent le mât avant d'effectuer une longue et vertigineuse descente.



    Disponible le 30 septembre 2009 sur le site de l'INAH.


    Pourtant il serait incorrect de penser que ce rituel est exécuté par les seuls Totonaques. Des ethnologues et antropologues modernes comme Guy Stresser-Péan, Theodor Preuss ou Alain Ichon font état de rituels similaires dans d'autres parties du Mexique ou d'Amérique centrale. Michel  Graulich s'en fait largement l'écho à travers plusieurs exemples. 

    Selon lui, il est intéressant de voir que les voladores totonaques, coiffés de leur chapeau pointu, rappelle Ehecatl, le dieu du vent et donc annonciateurs de la pluie fertilisante. Leurs voisins huaxtèques sont présentés par Ichon (1969 :  327-339) comme des "Anges de l'air" apportant pluie et foudre.  Pour eux, il s'agit de la danse des aigles, représentation des morts et compagnons du Soleil couchant tombant sur terre et apportant la fertilité (Stresser-Péan, 1948 : 328-329).

    Larsen (1937 : 180-181) explique aussi qu'à Xicotepec on effectuait le rituel pour s'attirer les bonnes grâces des esprits de la terre et de bénéficier ainsi d'une bonne récolte. Les voladores sont alors identifiés à des "oiseaux qui dominent les vents" . 
    On peut observer des explications similaires chez les Chortis ou les Huichols.




    Curieusement l'annonce de cette nouvelle a pris de court l'INAH, puisqu'aucun communiqué de presse n'est visible sur le portail internet institutionnel. La presse nationale et internationale, traditionnelle ou numérique s'en fait pourtant largement l'écho quand on google un petit peu comme dans cet article retrouvé le 29 septembre 2009 sur le site du Grand Journal.


    Références complémentaires :
    • Article "El Tajin", retrouvé sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, version française.
    • Article "El Tajin", retrouvé sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, version anglaise,
    • article "El Tajin", retrouvé sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, version espagnole,
    • un site en espagnol, Voladores de Papantla, retrouvé le 29 septembre 2009 (contient des photos et des vidéos),
    • le bloc-notes Los Voladores de Papantla.
    • Herrera Meza, María del Carmen. 1997. El Códice de Tepeucila: el entinatado mundo de la fijeza imaginaria. INAH, Mexico. 
    • Stresser-Péan. 2005. "El Volador. Datos históricos y simbolismo de la danza". In Arqueología Mexicana, vol. XIII, núm. 75, Editorial Raices-INAH, Mexico, p. 20-27. 
    • Urcid, Javier. 2006. "Antigüedad y distribución de la danza de los Voladores". In Arqueología Mexicana, vol. XIV, núm. 81, Editorial Raices-INAH, Mexico, p. 70-74.
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    dimanche 18 octobre 2009

    34ème annniversaire des fouilles de Cacaxtla

    L'INAH de l'état de Tlaxcala a commemoré le 34ème anniversaire de Cacaxtla, site archéologique occupé à l'Epiclassique par des populations olmeca-xicalanca et mayas. Un des faits intéressants s'avère la quantité d'enfants sacrifiés lors de différents rituels effectués dans le Palais. 200 crânes d'enfants figurent parmi les 300 retrouvés tout au long des différentes campagnes de fouilles, notamment à la fin des années 1970.

    La plupart aurait été sacrifiée si on en croit les différents objets retrouvés à proximité directe des corps comme des fragments de pierres, d'ossements et de céramiques, des figurines représentant des opposums ou des grenouilles, des pointes de projectile en silex et en obsidienne.
    Dans le Patio Hundido, c'est des tombes qui ont été découvertes. Les corps ont été désarticulés post mortem afin d'être placés dans une fosse recouverte de pierres.

    Les autorités archéologiques locales ont notamment mis en valeur l'importance des offrandes retrouvées toujours dans le Patio Hundido : des coquillages marins Strombus, utilisés probablement comme trompettes; des os de spatule travaillés pour l'autosacrifice, des grattoirs et des couteaux en obsidienne.



    Enfin le monticule B avait probablement la plus grande quantité de mobiliers retrouvés à Cacaxtla avec deux énormes couteaux d'obsidienne mesurant 50 cm chacun, trois pectoraux de jadéite, des sifflets, des branches de corail, des coquillages marins et les restes d'un masque Tlaloc.

    L'interprétation de tous ces éléments nous oriente obligatoirement vers la fertilité et la demande de pluie. Les enfants étaient en effet les victimes "préférées" de Tlaloc. La présence de différents objets marins comme les strombus (également visibles à Teotihuacan ou au Templo Mayor de Tenochtitlan), les coraux, les pièces de jadéite, les grenouilles renforcent cette hypothèse. Les aiguilles pour l'autosacrifice et les énormes couteaux d'obsidienne concourent également à faire de Cacaxtla une cité profondément orientée sur le culte de la fertilité. Du reste les peintures murales de l'édifice A confirment cette association.

    Pour retrouver des articles sur Cacaxtla, n'oubliez pas de cliquer sur le libellé de cette ville.
    Nous vous conseillons également de jeter un coup d'oeil au blog en ligne de l'Instituto de Investigaciones Estéticas de l'Unam, consacré à la peiture préhispanique au Mexique. Deux articles tout récents sur Cacaxtla sont maintenant disponibles.
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    vendredi 16 octobre 2009

    Registre des pétroglyphes de Boca de Potrerillos

    L'INAH explique comment l'archéologue Moises Valadez Moreno a mobilisé une équipe de 50 personnes dans le but d'actualiser le registre des quelques 4000 pierres et rochers rupestres de la zone archéologique de Boca de Potrerillos, située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Monterrey, dans l'état du Nuevo Leon. Le site a été occupé pendant près de 8000 années dans un environnement climatique très différent d'aujourd'hui.

    Appelé Sistema Reticular de Identificación y Registro, ce système sera probablement expérimenté en Afrique du sud pour y cartographier et enregistrer des manifestations similaires d'art rupestre. Chaque pierre des 600 hectares que compte le polygone de Boca de Potrerillos est ainsi localisée par GPS, permettant un décompte plus facile. Des photos numériques de haute résolution sont également prises afin d'établir des modèles en trois dimensions fidèles.

    Le projet compte avec le soutien logistique de l'Université du Texas, à Austin, notamment en ce qui concerne la datation des pétroglyphes au Carbone 14. Ce sont jusqu'à présent vingt phases d'occupation ou de présence qui ont pu être observés sur le site.  Il s'agit  de  chasseurs-cueilleurs nomades qui utilisaient le défilé qui menait à un lac, aujourd'hui asséché, où venaient s'abreuver les cerfs. La chasse est un des quatre thèmes iconographiques de Boca de Potrerillos. On peut également observer des éléments prouvant un culte à l'eau, mais aussi des éléments naturels et de paysage environnants. Dans la partie supérieure du site, on peut observer des représentations d'objets célestes et atmosphériques (nuages, soleils, tempêtes...)

    Boca de Potrerillos est le seul site d'art rupestre ouvert au public dans le nord du pays. Afin d'y accueillir plus confortablement les visiteurs. Le chemin qui mène au site sera réparé et un pont suspendu permettra la traversé d'une rivière asséchée qui complique son accès. Si vous êtes intéressés par une petite excursion dans le désert, n'hésitez pas à contacter votre serviteur.
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    Il y a 490 ans, le massacre de Cholula

    Le 16 octobre 1519, Cortés forçait une fois encore son destin en allant perpétrer ce qui constitue sans aucun doute un des tout premiers génocides en Amérique. Désireux de marquer considérablement la conscience des Mexicas en général et de l'empereur Moctezuma en particulier, le chef des Conquistadores espagnols marchent vers le lieu saint par excellence qu'est Cholula. C'est là que se trouve le sanctuaire principal de Quetzalcoatl à l'époque, là où tout nouveau dirigeant se doit d'aller pour faire valoir son pouvoir et les attributs qui le symbolise. Car Cortès a été avisé d'une embuscade qu'on allait lui tendre lors de son arrivée.



    Fragment du Codex de Cholula. Retrouvée le 15 octobre 2009 sur http://dti.inah.gob.mx/images/stories/boletines/2009/Octubre_09/15_oct/codice_cholula_web.jpg
    Ce triste anniversaire est l'occasion pour l'INAH de l'état de Puebla de proposer au public une exposition intéressante de documents des 16e et 17e siècles représentant le funeste massacre. Intitulée La Conquista a fuego y sangre: los 490 años de la matanza de Cholula, cette exposition propose une vision de l'événement tant par les Espagnols que par leurs victimes. Complétée par un résumé des lettres rédigées par Cortés à Charles Quint, de documents écrits par des religieux et des historiens autochtones, l'exposition aura lieu à l'Hotel Real de Naturales, situé à Cholula, près de Puebla. Puis elle passera dans les villes de Tlaxcala, Xalapa, Querétaro, Morelia, Pátzcuaro y du Distrito Federal.

    Nous vous renvoyons à une note rédigée précédément pour en savoir plus sur le massacre de Cholula.
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    mardi 6 octobre 2009

    Pour continuer à parler de Teotihuacan

    AUjourd'hui l'INAH a mis en ligne un mini-site en français sur l'exposition qui sera officiellement inauguré ce 6 octobre au Musée du Quai Branly.
    C'est d'ailleurs la première fois que la langue de Brasseur de Bourbourg est ainsi visible sur le site officiel de l'INAH. Ce mini-site propose en fait une traduction du minisite qui avait été proposé l'an dernier pour la présentation de l'exposition à Monterrey.

    A lire sans modération pour une fois que tout (ou presque) est en français.

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    lundi 5 octobre 2009

    Revue de presse : Teotihuacan, cité des dieux.

    Le quotidien Le Monde propose un article sur l'exposition, bourré d'erreurs et d'approximations. A Véronique Mortaigne, auteur de ce papier, je conseille de venir passer plus de temps sur ce blog pour se rendre compte de ce que sera l'exposition. D'une part l'exposition proposé au MQB est accompagné de conférences et d'événements. Mais il est incorrect de dire que Monterrey a eu une version simplifiée de l'exposition. La scénographie était absolument somptueuse, de par la taille de la salle d'exposition de la Nave Lewis (3000 m2). Il aurait été correct d'ajouter que l'exposition est restée plusieurs mois au Musée National d'Anthropologie à Mexico dans une salle aux dimensions autrement plus réduites, tout comme cela sera le cas au MQB.
    Dans la série "omission regrettable", il aurait été convenable de mentionner dans la première partie de l'article que Quetzalcoatl est le dieu "serpent à plumes" et pas uniquement le dieu "serpent". La rectification en fin d'article peut provoquer la confusion pour une personne guère habituée à Teotihuacan et à la Mésoamérique...
    Cela dénote non pas tant d'un manque de culture générale, mais plutôt de recherches préliminaires complètes avant d'écrire un papier.
    Ne gâchons pas notre plaisir : pour une fois qu'on parle positivement du Mexique dans le Monde, autant en profiter !

    Le quotidien mexicain El Universal revient également sur l'événement parisien en insistant sur la visite spéciale du directeur de l'INAH pour participer à l'inauguration de l'exposition aux côtés de l'ambassadeur du Mexique en France et de Frédéric Mitterant, ministre français de la Culture. On y apprend notamment que l'exposition marque le début des festivités françaises pour le centenaire de la révolution mexicaine et le bicentenaire de l'Indépendance. Rappelons en effet que 2010 sera l'année du Mexique en France.
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