dimanche 30 mai 2010

Diana Magaloni en mission à Florence.

La directrice du Museo Nacional de Antropologia a entrepris une mission à Florence dans le but d'étudier le célèbre Codex de Florence. L'INAH nous propose un compte-rendu de cette mission et une présentation du manuscrit le plus important de l'époque coloniale.

Codex de Florence, IX, 51.
Disponible le 28 mai 2010 sur 

Les douze livres répartis dans trois tomes (originellement quatre) ont été peints par vingt tlacuilos mexicas et rédigées à partir de témoignagnes d'indigènes et selon des techniques européennnes. Le frère franciscain Bernardino de Sahagun supervisait le travail de rédaction effectué par quatre maîtres indigènes. Professeur de latin au Colegio de Santa Cruz, dont il ne reste aujourd'hui que l'église Saint Jacques, Sahagun est toujours considéré comme le premier anthropologue des Amériques.

Portrait de Bernardino de Sahagun,
retrouvé le 30 mai 2010 sur http://goo.gl/8jAo


Ses copistes ont transcrit les informations recueuillies auprès deet plusieurs anciens de Tlatelolco et Texcoco sur deux colonnes, l'une en nahuatl, l'autre en espagnol. 2686 dessins en couleur illustrent les textes. Ils ont travaillé dans un contexte difficile, quand la peste extermina plus de 80% de la population indigène. Sans compter qu'ils ont dû replonger dans leur propre passé pour mieux le raconter à leurs conquérants.

Le travail de compilation commença à partir de 1547 mais dura jusqu'à 1585. Pourtant le travail de Sahagun et de ses secrétaires ne fut pas bien vu par les autorités religeuses et politiques. Vers 1565, on lui retire ses travaux pour ne les lui rendre qu'en 1573. On lui propose une traduction en espagnol de l'ensemble des informations qu'il a récupérées: ce sera l'Historia General de las Cosas de Nueva España. Mais en 1577, le roi Philippe II d'Espagne décide d'interdire l'étude des traditions païennes. Les travaux de Sahagun lui sont donc définitivement retirés et ne seront publiés que de manière posthume.

Terminons cette nécessaire digression pour revenir au sujet du jour. La directrice du MNA a eu la possibilité de feuilleter le travail original conservé dans un musée de Florence, en Italie. Elle s'est notamment attardée sur le livre XI, de manière à comprendre quels étaient les pigments que les tlacuilos avaient utilisé pour les illustrations du codex. Magaloni a expliqué que ce n'étaient pas les couleurs qui avaient un contenu symbolique. A l'intérieur même d'une couleur, chaque tonalité avait sa propre signification. Enfin elle extime que le document doit être intégré dans la Bibliothèque Mexicaine Numérique, qui doit être proposée au public prochainement.

Références :
Article "Bernardino de Sahagun" sur Wikipedia en français, consulté le 30 mai 2010.
Article "Bernardino de Sahagun" sur Wikipedia en espagnol, consulté le 30 mai 2010.
Arqueologia Mexicana, vol. VI, num. 36, Editorial Raices-INAH, Mexico.
GRUZINSKI, Serge. 1991. L'Amérique de la Conquête peinte par les Indiens du Mexique, UNESCO/Flammarion, Paris.
LEÓN-PORTILLA, Miguel. 1999. Fray Bernadino de Sahagún en Tlatelolco. Secretaría de Relaciones Exteriores, Mexico.
VICENTE CASTRO, Florencio & José Luis RODRIGUEZ MOLINERO.
1986. Bernardino de Sahagún. El primer antropólogo en Nueva España. Ediciones Universidad Salamanca, Salamanque.

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samedi 29 mai 2010

Utilisation de nouvelles technologies pour l'épigraphie mayiste

Le site internet de l'INAH rapporte différentes études réalisées sur des textes hiéroglyphique de Tonina, au Chiapas. Selon l'archéologue Carlos Pallán Gayol, responsable du Acervo Jeroglífico e Iconográfico Maya (Ajimaya) de l'INAH, il y aurait plus de 15000 textes hiéroglyphiques portés à la connaissance des épigraphistes. Tonina est, après Copan au Salvador, le site archéologique mésoaméricain avec le plus grand nombre de textes connus.

Au total, ce sont 300 qui figurent autant sur des sculptures, des stèles ou encore des vaisselles. Cela indique l'importance de Tonina dans la région pendant le Classique. Pallán Gayol rappelle que les premières traces d'écriture maya remonte au Ve siècle avant notre ère. Cependant, face à l'érosion présentée par certaines pièces, l'oeil nu ne suffit pas toujours. C'est pour cette raison que l'utilisation du RTI (Reflection Transformation Imaging) permet de "détecter des traits difficile à détecter à première vue".
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jeudi 27 mai 2010

Quelques précisions sur l'expo Moctezuma II au DF

Sur Internet, on peut lire dans une note publiée le mercredi 28 mai quel sera contenu de l'exposition Moctezuma, Tiempo y destino de un gobernante. Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la tenue de cette exposition au Musée du Templo Mayor, à partir de la mi-juin. On a appris ainsi la semaine passée que le monolithe de Tlaltecuhtli avait été déplacé de l'endroit où il avait été découvert vers le vestibule du Musée.

Masque en bois, Offrande 126, Templo Mayor.
Culture Mexica, Postclassique tardif.
Disponible le 28 mai 2010 sur http://bit.ly/aDIPT0


Il faut rappeler que de nombreuses pièces présentées au British Museum l'hiver dernier n'y seront pas présentes. Pour compenser ce manque, l'INAH a donc décidé de mettre en avant le résultat des fouilles entreprises depuis 2006 dans la Casa de las Ajaracas. Tout d'abord, on présentera pour la première fois le monolithe de Tlaltecuhtli dans une exposition, car il avait présenté au public pendant quelques jours, après sa découverte. Quatre-vingt-dix pièces choisies parmi seize offrandes seront proposées en revanche pour la toute première fois : des masques et des sceptres en bois de l'offrande 126, des couteaux de silex décorés avec des coquillages et rappelant les attributs de Quetzalcoatl de l'offrande 125 (Chavez Balderas et alii, 2010), des insignes en or, deux des vingt-cinq encensoirs portables monochromatiques ou finement peints de l'offrande 130.

La note de l'INAH s'attarde sur les objets en bois. Il faut dire que ce type de matériau supporte mal l'humidité de l'ancien lac, surtout après autant de temps. Réalisés en pin, ils font partie de l'offrande 126 dont l'annonce de la découverte remonte à juin 2008. On peut d'ailleurs voir un des masques dans le petit diaporama proposé en annexe de la note. C'est d'ailleurs une bonne partie de l'offrande 126 qu'on pourra regarder : conques, coquillages, oursins et coraux importés constituaient la majeure partie du mobilier retrouvé par les archéologues et identifiés par les archéologues. Vous retrouverez deux notes sur cette offrande en cliquant ici et ...

En observant la photo exposée plus haut, on peut se rendre compte que ces petits visages humains ont les yeux fermés et la bouche. En ce qui concerne les sceptres, ils représentent le Serpent de feu, ou xiuhcoatl, attribut de Huitzilopochtli ou de Tlaloc et symbolise la foudre.

On pourra également voir le squelette de loup de l'offrande 120, enterré avec des boucles d'oreille en bois, des petits coquillages et un anneau en nacre.

Nous vous proposerons une série de notes rapidement sur cette exposition.

Référence bibliographique :
CHAVEZ BALDERAS, Ximena, AGUIRRE, Alejandra, MIRAMONTES, Ana; et ROBLES, Erika. 2010. "Los cuchillos ataviados de la Ofrenda 125, Temlo Mayor de Tenochtitlan". In Arqueologia Mexicana, vol. XVII, num. 103, Editorial Raices, p. 70-75.
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samedi 22 mai 2010

Une petite visite du MNA en vidéo...

Si vous n'avez pas eu l'occasion de connaître les riches collections du Museo Nacional de Antropología, situé dans le bois de Chapultepec, à México.

Tout d'abord, je vous recommande de bien utiliser le plan que nous fournit l'INAH sur son site.


Ensuite je vous invite à consulter la liste que nous avons constituée à partir des vidéos mises en ligne par l'INAH sur son compte youtube. Nous l'avons préparée selon le sens de la visite normale du musée.

Bonne visite !
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jeudi 20 mai 2010

Chiapa de Corzo sur National Geographic

En cliquant sur le titre de cette note, vous accèderez à une petite galerie de photos prises par l'archéologue Bruce Bachand, un des responsables du projet archéologique Chiapa de Corzo et professeur-chercheur à la Brigham Young University.
Tout le monde ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare et Byron, je vous en propose une traduction édulcorée et commentée à la sauce Mexique Ancien. 

Voici par exemple une vue aérienne du monticule 11 où on peut se rendre clairement compte de la profondeur de la zone de fouilles. L'archéologue au casque rouge est debout sur ce l'endroit où les trois premiers corps ont été retrouvés. Bachand a d'ailleurs précisé l'orientation astronomique de cette pyramide. Elle répète une orientation déjà visible à Uaxactun, au Guatemala: elle est alignée au lever du soleil lors des équinoxes et des solstices.


Vue aérienne 1 du monticule 11, Chiapa de Corzo.
Photo B. Bachand, disponible le 20 mai 2010 sur 

Vue aérienne 2 du monticule 11, Chiapa de Corzo, Chiapas.
Photo B. Bachand/National Geographic. 
Disponible le 20/05 sur : http://goo.gl/kvuE

Continuons avec la sortie de terre du corps de l'homme âgé de 50 ans, personnage principal de cette tombe. On peut y voir Lynneth Lowe, co-responsable du projet, en train de dégager le squelette de cet individu ayant probablement appartenu à l'élite.

Dégagement d'un squelette, Monticule 11, Chiapa del Corzo
Photo B. Bachand, disponible le 20 mai 2010 sur :

Enfin, attardons-nous sur cette macro sur la bouche d'un des personnages d'élites enterrés dans cette tombe. On peut noter les pierres qui ont été utilisées pour orner les dents. Il semblerait qu'un peu de cinabre soit également présent. Hautement toxique, le cinabre sera utilisé également dans les tombes de Pakal et de la Reina Roja, à Palenque. Il est donc particulièrement utilisé dans des contextes mortuaires. Mais, à notre connaissance, il s'agit encore d'une remise en cause de la chronologie acquise jusqu'à aujourd'hui.

Mâchoire décorée et peinte de cinabre.
Enterrement du Monticule 11, Chiapa de Corzo, Chiapas.
Culture Zoque, Préclassique ancien.
Photo : B. Bachand, disponible le 20 mai 2010 sur :
http://tinyurl.com/2cjoy68 .

La découverte a fait le tour du monde. Voici un article du New York Times, une dépêche sur le site de Radio Canada (en français), une autre sur le site du Nouvel Obs, ou encore sur le site du Spiegel (en allemand) ou encore sur Direttanews (en italien).

Edition du 31 mai 2010.
Vous pouvez cette vidéo explicative des fouilles de Chiapa de Corzo sur la chaîne INAHTV.
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mercredi 19 mai 2010

Une tombe découverte à Chiapa de Corzo

C'est un sacré coup de pied dans la chronologie du Préclassique que viennent de donner des fouilles récentes à Chiapa del Corzo, au Chiapas. Nous avions déjà évoqué ces travaux qui devraient à terme permettre l'ouverture de cette nouvelle zone archéologique en 2012, conformément aux souhaits du président mexicain, Felipe Calderon Hinojosa. Rappelons tout de même que Chiapa est un site de culture zoque situé au Chiapas sur le fleuve Grijalva. Les premières traces d'occupation remontent au Formatif moyen, vers 1200 avant Jésus Christ. Les Zoque entretenaient certainement des liens avec des Olmèques, qui vivaient sur la côte du Golfe.

Le projet Chiapa de Corzo est placé sous la responsabilité de trois institutions : l'INAH, le Centro de Estudios Mayas, appartement à l'Instituto de Investigaciones Filológicas de l'Universidad Nacional Autónoma de México, et la Brigham Young University, dans l'état d'Utah. Ajoutez à cela des fonds privés comme la National Geographic Society ou le Programme Fulbright-Robles Garcia, et vous comprendrez que les investissements consentis sont importants et ont donc besoin de résultats à la mesure de leurs engagements. L'équipe d'archéologues dirigeant le projet compte également plusieurs têtes : Bruce Bachand, Emiliano Gallaga et Lynneth Lowe.

Mais la nouvelle communiquée sur le site de l'INAH va sans doute faire baisser la pression que nos collègues ont dû ressentir, à mesure que l'échéance de l'ouverture s'approche.  La découverte d'une tombe collective va certainement bouleverser quelques idées que l'on se faisait tant de l'utilisation des pyramides au Préclassique, que des liens que Chiapa de Corzo entretenait avec d'autres parties de la Mésoamérique, et la zone olmèque en particulier.

L'équipe de fouilleurs travaillent depuis quelques temps sur le Monticule 11 du site. Et sentant qu'ils touchaient au but, ils ont fouillé pendant vingt-quatre heures. l renfermait une ancienne étape de construction sous forme d'une pyramide haute de six à sept mètres. La tombe mesurant trois mètres sur quatre contenait les restes de quatre corps. Le personnage principal comptait avec un pectoral comptant plusieurs milliers morceaux de jadéite. Il portait un pagne soigneusement incrusté de miniscules perles, des pendants de jadéite représentant différents animaux dont un crocodile, des petites cuillères de style olmèque, un masque avec des yeux en obisdienne verte, un miroir en pyrite, quinze céramiques dont certaines noires et polies, ou noires et blanches avec des motifs de poiçon et de négatif. Des bracelets étaient placés sur ses genoux, chevilles et poignets.

A ses côtés reposaient les corps d'un enfant en bas âge et d'un jeune adulte d'une vingtaine d'années. Il sembleraient de victimes sacrificielles dont le but était d'accompagner le mort.

Vue des fouilles nocturnes du Monticule 11, Chiapa de Corzo, Chiapas.
Photo : INAH, disponible le 18 mai 2010 sur http://goo.gl/8Izg .

Mais ce n'est pas tout. En poursuivant leurs recherches au pied de cet homme, les archéologues ont retrouvé ce qui semble les restes d'une femmme d'une cinquantaine d'années mais dans une position orthogonale à la première. Comme l'homme dont nous parlions, sa bouche était couverte d'un coquillage et sa dentition montre des signes de mutilation et d'incrustations à caractère esthétique. Elle reposait dans une tombe de 3 mètres sur deux mètres, en position dorsale allongée et la tête tournée vers l'est. Elle aussi semble avoir été enterrée vers lâge de 50 ans.

Ossements féminins, Monticule 11, Chiapa del Corzo, Chiapas
Culture zoque, Préclassique ancien.
Photo : Bruce Bachand/INAH. Disponible le 18 mai 2010 sur :


Parmi le mobilier sorti de terre, on notera la présence d'une quinzaine de céramiques visibles sur le cliché suivant :
Céramiques. Enterrement  du monticule 11, Chiapa de Corzo.
Culture Zoque, Préclassique ancien.
Photo INAH, disponible le 18 mai 2010 sur : 

Que pouvons-nous conclure aux termes des premières analyses ? Il convient d'abord de reconsidérer le moment ou les cultures mésoaméricaines ont commencé à utiliser les pyramides comme tombe. L'origine de cette tradition est probablement maya-zoque. Gardons ensuite à l'esprit que la quantité et qualité des offrandes indiquent des contacts avec d'autres peuples de Mésoamérique, en partie avec les Olmèques mais également avec le Haut Plateau Central où se trouvaient les principaux gisements d'obsidienne, ou encore la vallée de Motagua, qui comptait d'imposants stocs de jadéite. Mais ce qui a frappé les archéologues, c'est la grande similtude de l'indumentaire et des céramiques portés par ce personnage avec ce qui a été découvert dans certaines tombes olmèques à la Venta, Tabasco, datées aussi du Préclassique moyen. Mais pour conforter ces hypothèses, il conviendra de faire des tests ADN et C14 supplémentaires et de fouiller de véritable structures.


A l'heure où nous terminons ce message, le site de l'INAH a été actualisé et propose un dossier encore plus complet disponible en cliquant sur ce lien. Vous y retrouverez des photos, un diaporama de la zone archéologique, un autre sur la tombe en tant que telle, un premier fichier pdf expliquant le contexte de la découverte et un second proposant la situation géographique de la tombe.


En attendant, voici une petite vidéo que l'INAH s'est empressé de mettre sur Youtube.

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mardi 18 mai 2010

Transfert du monolithe de Tlaltecuhtli

A travers deux articles très complets, le quotidien La Jornada rapporte sur sa version en ligne les préparatifs et le transport du fameux monolithe découvert le 3 octobre 2006 vers le Museo del Templo Mayor. Souvenez-vous : la pierre de Tlaltecuhtli ressemble à ceci.

Monolithe de Tlaltecuhtli, andésite, mexica.
Postclassique, Museo del Templo Mayor.
Photo La Jornada. Disponible le 18 mai 2010 sur : http://www.jornada.unam.mx/2010/05/18/fotos/a04n1cul-1.jpg

Souvenez que le monolithe est le plus grand dans son genre, plus que la Pierre du Soleil ou que le monolithe de Coyolxauhqui, avec ses douze tonnes, ses 4,32 m de long pour 3 m de large.

C'est sous la supervision de Leonardo López Luján,responsable des fouilles aux Ajaracas qu'ont eu lieu les différentes opérations d'emballage, de levage et de transports des quatre gros fragments qui composent le monolithe. D'abord les blocs ont été enveloppés dans des feuilles de polyuréthane, enfermés entre des planches de contreplaqué, fixés avec ruban adhésif noir et placés dans des sacs en plastique noir.

Emballage d'un fragment du monolithe.
Photo : La Jornada/Mauricio Marat. Disponible le 18 mai 2010 sur :
http://www.jornada.unam.mx/2010/05/18/fotos/a04n1cul-3.jpg

Vers 6 heures du matin, la cabanne climatisée où la pièce avait été soigneusement nettoyée puis consolidée depuis 2006 a été prudemment démontée. Une seule grue a été nécessaire pour lever et déposer les blocs sur un camion équipé d'une plateforme.

Dépôt d'un des fragments sur une plateforme.
Photo : La Jornada/Mauricio Marat. Disponible le 18 mai 2010 sur :

Le parcours fut relativement court si on considère la carte suivante :

A 17h40, le camion transportant les pièces préalablement et patiemment fixées s'es mis en branle lentement. Au moment de faire marche arrière, la circulation a été complètement interrompu. Même les passants ont dû s'arrêter. Le camion a longé la rue Justo Sierra, avant de tourner à droite sur la rue d'El Carmen, puis sur la rue de la République du Guatemala.


Trajet du monolithe de Tlatecuhtli.


Un passant essayer de deviner le Monolithe sur la rue Justo Sierra
Photo Mauricio Marat/La Jornada. Disponible le 18 mai 2010 sur : http://www.jornada.unam.mx/2010/05/18/fotos/a05n1cul-3.jpg

Néanmoins le transfert du monolithe vers le musée se fera prochainement dans le sens. L'idée est d'inclure ce chef d'oeuvre de l'art mexica au début de l'exposition temporaire sur Moctezuma II. Cette exposition avait été proposée au public européen, à Londres l'hiver dernier. Cependant moins riche qu'en Angleterre, l'exposition de Mexico comptera sur une argument de poids qui risque de marquer durablement les visiteurs à partir de juin prochain, dans le cadre des événements programmés pour le bicentenaire de l'Indépendance mexicaine et le centenaire de la Révolution.

L'exposition terminée, le monolithe de Tlaltecuhtli retournera sur son lieu de découverte, où un musée lui sera entièrement consacré prochainement. Ce n'est pas la première fois qu'il avait été déplacé. Dans le cadre du projet de fouilles dirigé par Lopez Lujan, il avait fallu soulever et déplacer de quelques mètres le monolithe afin de poursuivre les fouilles et l'inventaire des innombrables offrandes qui avaient été déposées à cet endroit.

Toujours est-il qu'après plus de 12 heures d'efforts, les blocs ont été déposés et réassemblés dans le vestibule du Musée du Grand Temple... Une gageure quand on sait qu'à l'époque préhispanique, il a fallu entre 225 et 510 personnes pour déplacer un seul bloc de 13 tonnes depuis la vallée de Mexico jusqu'au centre de la lagune où se trouvait Tenochtitlan. Néanmoins ce type de déménagement spectaculaire reste très rare. On en compte une dizaine en à peine un siècle.

On notera pour l'heure le silence officiel de l'INAH. J'imagine qu'un communiqué de presse est en cours d'élaboration.

Pour retrouver les deux articles, cliquer sur les liens suivants:
  • Carlos PAUL. "Histórico traslado de una deidad mexica". In La Jornada, 18 mai 2010, p.5. Disponible sur : http://tinyurl.com/36m9dsn .
  • Ana Monica RODRIGUEZ. "Tlaltecuhtli ya ocupa el vestíbulo del Museo del Templo Mayor": In La Jornada, 18 mai 2010, p. 4. Disponible sur http://tinyurl.com/3a9hr8u .
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lundi 17 mai 2010

Follow the LIDAR, LIDAR, LIDAR

Le jeu de mots est facile mais force est de reconnaître que cette technologie est la mode. Souvenez-vous : il y a quelques jours, nous évoquions comment l'INAH et PEMEX avaient décidé de partager un LIDAR tant pour leurs explorations archéologiques que pétrolières. La prochaine cité préhispanique au Mexique qui en bénéficiera est El Tajin, dans l'état de Véracruz.

Erik Boot est un mayiste toujours à la point de l'information. Sur son blog, il reprend un article publié par le très sérieux New York du 11 mai dernier et rédigé par John Noble Wilford.

L'article insiste sur la rapidité avec laquelle le LIDAR a permis de cartographier le site d'El Caracol, au Bélize en quelques jours ou semaines au maximum. D'ailleurs Patricia Castillo Peña avait indiqué qu'elle espérait boucler la cartographie des 1221 hectares d'El Tajin au LIDAR en trois semaines.

Vue générale de Caracol, Bélize.
Maya, Classique.
Photo de Pgbk87, prise le 8/09/2009. 
Retrouvée le 16 mai 2010 sur : 

A Caracol, site maya classique, Arlen et Diane Chase, professeurs à l'University of Central Florida, ont utilisé avec succès le LIDAR lors de leur campagne de fouilles en 2009. 4 jours de vol et ensuite 3 semaines pour traiter l'information récupérée et vous obtenez le résultat suivant ! Tout simplement bluffant.


Voici l'exemple que le NY Times publie pour illustrer le sujet. Le LIDAR est en train de changer l'archéologie aérienne. Le LIDAR (Light Detection and Ranging) est une système de détection de la lumière. Il est donc plus performant qu'un système RADAR et complète le GIS. Dans le podcast qui accompagne cet article, Arlen Chase explique que des rayons laser sont projetés vers le sol et la forêt depuis un petit avion avant d'être réfléchis vers le ciel. Cela permet de détecter n'importe quel. Cette technologie militaire trouve pleinement son application civile, surtout si on considère le projet d'archéologie que la NASA a souhaité mettre en plein après l'utilisation de ce système de détection télécommandé pour cartographier la planète Vénus, lors de missions spatiales.




Les premiers indices d'occupation de Caracol remontent au Préclassique, vers 1200 avant Jésus Christ. Les premières constructions à caractère religieux et politque datent pour leur part du Classique ancien. La ville a connu son apogée entre 100 et 900 de notre ère.

Sur Wikipedia, on peut trouver un article assez complet et fiable sur Caracol. Je reproduis ici la liste des dirigeants de ce site. Elle est le résultat des travaux réalisés par les épigraphistes.

* 331–349: Te' Kab' Chaak
* vers 470: K'ak' Ujol K'inich I
* 484–514: Yajaw Te' K'inich I
* 531–534: K'an I
* 553–593: Yajaw Te' K'inich II (Seigneur Eau)
* 599–613: "Knot Lord"
* 618–658: K'an II
* 658–680: K'ak' Ujol K'inich II
* vers 700: nom inconnu
* moitié du 8è siècle: nom inconnu
* 793: Tum Yohl K'inich
* 798: K'inich Joy K'awiil
* 810–830: K'inich Toob'il Yoaat
* 835–849: K'an III
* 859: nom inconnu

Imaginez un peu la cartographie par LIDAR pour des sites comme Chichen Itza, Coba ou Calakmul. Le LIDAR avait été déjà employé sur le site mégalithique de Stonehenge, au Royaume-Uni. A coups de machette pendant plusieurs années, les archéologues avaient péniblement débroussaillé 23 km2 pour établir un premier plan. Mais une estimation par LIDAR a augmenté la superficie à de 277 km2, faisant de Caracol la cité la plus étendue des Basses Terre du sud !

Diane Chase retient pour sa part l'extraordinaire système de terrasses utilisés par les habitants de Caracol pour leur agriculture et le nombre élevé de réservoirs d'eau à leur disposition.

Je vous recommande vivement la consultation du site créé par les Chase : http://www.caracol.org/index.php. Il contient des rapports d'activité, des bloc-notes, des photos, etc. Nous l'avons d'ailleurs ajouté à notre onglet de sites interactifs. Le rapport de fouilles pour 2009 est disponible en cliquant ici.

Vous pouvez retrouver l'article complet du New York Times et le podcast explicatif ici.

Pensez à consulter l'article Caracol sur Wikipedia et à télécharger un fichier pdf proposé en référence.
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dimanche 16 mai 2010

Arqueologia Mexicana n°103

Et voici notre petit-compte rendu du dernier numéro de notre revue archéologique préférée, même si depuis quelques mois, le téléchargement de certains articles en format pdf a été complètemen supprimé, empêchant à un accès aux dernières recherches, surtout si on habite loin du Mexique...


Bref, revenons au thème du mois en indiquant d'emblée qu'il vaudrait mieux éviter que les newagers et autres dénonceurs du Nouvel Ordre Mondial lisent : les prophéties mayas.

Le mayiste allemand Nikolai Grube est le premier à faire feu : il n'existe aucun prophétie de la fin du monde en 2012 dans les trois codex mayas qui nous sont parvenus. Il semblerait en effet que Grube laisse de côté le Codex Grolier, qui posent des problèmes d'authenticités sur lesquels Claude Baudez a polémiqué. En revanche, Grube insiste sur la nécessaire prévision du futur chez bon nombre de peuples mésoaméricains, et donc pas uniquement les mayas. Grube distingue en outre divination et prévision du futur qui implique "des ressources et des instruments spécifiques".

Vient ensuite un article de Mercedes de la Garza sur l'univers temporel dans la pensée maya. Elle insiste sur un point essentiel que beaucoup de catastrophistes et autres cassandres modernes laissent volontairement de côté : si les Mayas croyaient à une prédétermination des événements, les hommes pouvaient modifier le cours des choses grâce aux rituels. Or toutes les théories farfelues semblent nier cette capacité de l'être humain à pouvoir changer les choses.

Codex Dresdensis, p. 74.
Culture maya, Postclassique.
Disponible le 16 mai 2010 sur

Pour le reste, on notera l'article très intéressant de Silvia Garza Tarazona. Spécialiste de Xochicalco, dans l'état de Morelos, elle nous propose un article sur des matériels méconnus du grand public. Les quelques sculptures en céramique décrites dans son papier sont absolument superbes et donne une image différente de cette importante cité de l'Epiclassique qui s'est probablement dépeuplée à la suite d'un incendie. Nous espérons pouvoir vous proposer bientôt une petite bibliographie significative sur Xochicalco.

L'épigraphiste Guillermo Bernal Romero nous propose un travail très (trop) court sur les scénarios de l'avenir à travers les comptes et textes futuristes de Palenque.



Attardons-nous ensuite sur un article d'Alfredo Lopez Austin et de Leonardo Lopez Lujan sur le sacrifice humain mexica. Certes, ce sont 10 pages très intéressantes. Mais quand on sait que l'article est une traduction résumée d'un autre papier publié en 2008 dans un ouvrage américain, intitulé The Aztec World et édité par Elizabeth Brumfield et Gary Feinman, on peut douter un peu de son intérêt éditorial. Pourquoi ne pas l'avoir publié avec les travaux de M. Graulich ou celui de Yollotl Gonzalez Torres dans le numéro 91 d'Arqueologia Mexicana. Le thème principal en était la religion mexica ? On peut néanmoins considérer cet article comme un très bon résumé des idées de Lopez Austin et Lopez Lujan sur le sujet. Sans compter que la bibliographie proposée sur le site de la revue est longue et compte de très bonnes références.

De leur côté, Hermann Lejarazu et Noguez continuent leur présentation régulière des codex mexicains en s'intéressant respectivement au Codex Cospi et au Lienzo de Tlaxcala.

Ne manquez pas la lecture de l'article à 8 mains sur les couteaux de silex décorés de l'offrande 125 du Templo Mayor. C'est une des premières publications sur une des innombrables offrandes découvertes à ce jour sous le monolithe de Tlaltecuhtli, découvert en 2006. On y apprend que deux couteaux d'obsidienne étaient décorés des mêmes attributs que Quetzalcoatl et son jumeau Xolotl. Au total, ce sont vingt-sept couteaux qui ont été découverts.

Dans ce numéro il est également question d'archéologie de l'époque viceroyale. Marcela Salas Cuesta et Maria Elena Salas Cuesta se sont intéressés aux rites funéraires de cette époque.

Jesus Galindo Trejo fait un exposé clair et simple de l'événement astronomique majeur de 2012 : le transit de Vénus devant le disque solaire. Il appuie sa démonstration archéoastronomique sur l'analyse des peintures murales de Mayapan, au Yucatan.

Un autre archéoastronome, Anthony F. Aveni, remet clairement en cause les prédictions de cataclysme en examinant les donnéees scientifiques et culturelles à notre disposition. Pour tout dire, il s'agit d'un sacré coup de pied dans la fourmilière face au déluge de documentaires d'History Channel ou de National Geographic, ou encore desmagazines et autres films hollywoodiens. Un des premiers arguments par Aveni est l'observation de la Voie Lactée : beaucoup de prophètes modernes spéculent sur des modèles numériques de ce qu'étaient le ciel qu'observaient les Mayas. Aveni rappelle aussi que l'alignement nord-sud de la Voie Lactée, comme on prétend représenté sur la stèle 25 d'Izapa, au Chiapas, est annuel et pas seulement à chaque nouvelle création... Un des passages intéressants de l'article d'Aveni est la comparaison avec nos rituels du nouvel an. Car somme toute, le passage au Nouvel an marque bien le début d'un nouveau cycle : on fête son arrivée, on prend de bonnes résolutions, etc. Et Aveni de nous rappeler le monde matérialiste et consumériste dans lequel nous vivons. Cependant l'être humain ne peut s'empêcher de s'intéresser à son futur. Le recours au passé et à des pratiques ancestrales nous permet peut-être de mieux le chaos dans lequel nous vivons mais idéaliser les Mayas comme nous le faisons n'est pas raisonnable dans la mesure où nous les analysons avec des outils modernes et occidentaux. Même les Mayas modernes ne sont pas en mesure de comprendre leurs lointains ancêtres. Ils sont le résultat d'un produit de cultures différentes.

De fait, l'article de Michela Craveri "Adivinacion y pronosticos entre los mayas actuales" est doublement intéressant. D'une part parce qu'on y rapporte les pratiques et les rituels des Mayas modernes mais surtout parce que, selon eux, le monde ne disparaîtra pas. La date 4 ajaw du calendrier yucatèque sera un jour d'offrande aux défunts pour mieux communiquer avec eux. Craveri explique que "la connexion entre l'homme et ses racines culturelles n'amène jamais à une destruction du monde, sinon à une forme plus consciente de vivre en lui".

Juste avant Craveri, Erik Velazquez Garcia revient sur la conception circulaire du temps chez les Mayas et étudie de manière insolite cette iconographie.
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Conférence La serpiente en la iconografia de las guerras en Mesoamerica

Il y a quelques mois, j'ai participé à un cycle de conférences au Museo de Historia Mexicana de Monterrey. Ces conférences intitulées Jornadas de Estudios Mexicanos sont organisées par mon collègue Rodrigo Ledesma, historien et professeur à l'Universidad de Monterrey.

Ce fut ma deuxième participation à ces conférences. J'avais choisi un thème en rapport avec ma thèse de doctorat : décrypter, analyser et vulgariser la manière dont le serpent à plumes mésoaméricain est directement associé à la guerre, et en particulier avec les guerriers.

Je vous laisse ici deux documents en pièces jointes, déposé sur le réseau social academia.edu auquel je participe. Vous trouverez donc une présentation powerpoint et un document word. Vous n'y trouverez pas de notes à proprement parler. En effet, même si j'aime bien avoir mon fil conducteur et ma présentation bien préparée, je déteste lire des notes. Je préfère l'improvisation, plus interactive avec le public, surtout quand ce dernier n'est pas spécialiste. D'ailleurs, la conférence a duré environ 45 minutes puisque j'ai préféré intégrer le public en proposant quelques photos ou le spectateur devait repérer les différents éléments iconographiques que j'avais préalablement exposés et commentés. Ca faisait plus penser à un cours qu'à autre chose.

En tout cas, c'est de cette manière que je conçois mon travail dans ce cas précis. Prochainement je vais donner une conférence devant un parterre d'étudiants et de chercheurs de l'Universidad Autonoma du Nuevo Leon. J'ai un peu la frousse dans la mesure où ce type de public est beaucoup plus préparé mais aussi parce que le sujet que j'ai choisi est un peu problématique. Certes je parlerai d'archéologie mexicaine mais pas comme j'en ai l'habitude. Il s'agira de voir de présenter l'essor de l'archéologie au temps de Porfirio Díaz et de la Révolution mexicaine, une période de l'histoire mexicaine que je découvre à peine. On m'a d'ailleurs un résumé de 3000 mots à rendre pour la semaine prochaine. Ce résumé sera publié dans les mémoires du Colloque. Voilà déjà plusieurs années que je n'avais pas eu de publication si sérieuse, la dernière remontant à l'article que j'avais écrit sur le serpent à plumes et le sacrifice humain à Chichen Itza.

Bref, j'espère que vous trouverez cette petite présentation à votre goût. Dernier détail, et de taille. Les deux documents sont en espagnol.

Voici un premier pdf à télécharger ici.

Le deuxième pdf à télécharger ici est disponible .

J'espère pouvoir faire un commentaire audio de cette présentation prochainement.

Bonne lecture !

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samedi 15 mai 2010

Découverte d'une peinture rupestre au Chihuahua

Dans un communiqué repris entre autres par le quotidien El Universal, l'INAH rapporte la découverte d'une petite peinture rupestre sur le lieu-dit "Boquilla de las Chivas", dans le désert du Chihuahua, à l'est de l'état du même nom.

L'archéologue Francisco Mendiola Galván en fait la description suivante :
"C'est une belle peinture bien conservée qui mesure 40 cm de haut sur 9 de large, réalisée avec des pigments végétaux et minéraux qui représente une procession de biches. L'oeuvre semble lié à la pratique de la chasse pour l'alimentation des tribus Chisos et Tobosos, aujourd'hui éteintes. Cela montre la forme de l'alimentation de ces tribus avant l'arrivée des Espagnols dans la région, à la fin du 17è siècle."

Peinture rupestre, Boquilla de Chivas, Chihuahua.
Archaïque tardif.
Photo INAH, disponible le 15 mai 2010 sur : http://tinyurl.com/22k6235

Car selon les analyses effectuées, il semblerait que cette peinture ait été élaborée entre le 12è et le 15ème siècle de notre ère. Et Mendiola Galvan de pour son interprétation et ses hypothèses. Aucun mobilier ni trace d'activité domestique n'ayant été retrouvés à proximité de la peinture, à la différence de Boca de Potrerillos au Nuevo Leon, cette peinture pourrait avoir un caractère propitiatoire, c'est-à-dire, réalisé dans le but d'attirer une faveur, en l'occurence du gibier pour se nourrir.

Il y a 120 sites de ce type dans l'état du Chihuahua, souvent difficile d'accès, parce qu'éloigné d'axes routiers modernes. Plus de 1500 éléments rupestres ont déjà été catalogués. Parmi eux figurent des représentations d'étoiles, des comptes, les cycles de saison, ou encore de la période de gestation du cerf.

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jeudi 13 mai 2010

El Tajin, centre d'attention

Avec le traditionnel "Cumbre Tajin", sur le site homonyme situé dans l'état du Véracruz, il a beaucoup été question de sa sauvegarde et de son exploration. Au moins deux articles publiés sur le site de l'INAH et le quotidien en ligne El Universal ont attiré notre attention.

Commençons par la recherche. Le directeur de l'Instituto de Investigaciones Estéticas de l'UNAM, Arturo Pascual Soto, a déclaré au quotidien El Universal que l'occupation d'El Tajin pourrait être bien antérieure à ce qui avaient considéré et étudié jusqu'à aujourd'hui. Des indices indiquerait une présence sur le site depuis 300 avant Jésus-Christ. Il faut rappeler que la majeure partie des vestiges que le curieux peut observer remonte à l'Epiclassique et au Postclassique ancien (entre 950 et 1200 de notre ère).
Soto justifie son affirmation en faisant références à des fouilles actuelles qui ont pour objectif de récupérer des peintures murales complètes mais enterrées. Malheureusement il n'y a pas suffisamment d'archéologues ni de groupes d'ouvriers pour avancer plus rapidement. Soto en a profité pour rappelé la situation précaire du site. Sa maçonnerie en pierre est de mauvaise qualité, certainement parce que ses constructeurs n'avaient pas considéré l'idée qu'elle dure longtemps. Ce problème revient régulièrement sur le devant de la scène : nous en avions déjà parlé dans cette note.
La seconde information notable se trouve sur le site de l'INAH. On nous explique dans le cadre du projet cartographique et archéologique du Véracruz, les quelques 1200 hectares que compte la zone archéologique El Tajin, classée au patrimoine de l'humanité, seront prochainement soumis au LIDAR (Light Detection and Ranging). Grâce à ce système, on pourra obtenir une précision de l'ordre de 10 centimètres.

L'un des objectifs de Patricia Castillo Peña est d'ailleurs de situer des zones d'enterrements. En dépit de son aura et de son importante population au moment de son acmé, El Tajin n'a pas livré à ce jour d'enterrements comme dans d'autres sites. Cela a amené plusieurs spécialistes à en déduire une pratique coutumière de l'incinération. Les vols LIDAR permettront de mieux cibler ce que seront les prochaines campagnes de fouilles et les explorations au sol.
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Restitution d'objets mayas au Honduras

Dans un article daté du 12 mai 2010, le quotidien El Universal nous informe de la cérémonie de restitution de pièces mayas originaires du Honduras. A l'origine de ce geste diplomatique et culturel de la part des Etats-Unis, un trafic d'oeuvres d'art.

La plupart sont des vaisselles à motifs géométriques et animaliers, peintes en noir, rose et ruge. Quelques figurines en céramique obscure et blanche font également du lot.

Comme souvent dans ce cas-là, des fouilles sauvages, commanditées généralement des receleurs et des riches collectionneurs, ont permis de fournir le catalogue que des Salvadoriens vendaient sur Ebay. Une enquête commune des polices des douanes salvadoriennes et américaines a permis de récupérer quarante-cinq objets au total, au terme de trois ans d'enquête. Dix-huit pièces et 4 sacs de fragments de céramique avaient récupéré sur le sol américain, à Miami.

Malheureusement le mal avait été fait à double titre. Différents acheteurs au Japon, au Royaume-Uni, au Canada et en France ont été repérés. D'autre part, tout le contexte archéologique de ces céramiques est définitivement perdu : leur lieu d'origine, leur disposition, leur appartenance à un mobilier complet ou la possibilité d'une offrande... Tout cela pour la vanité et la stupidité de quelques personnes qui pensent à leur satisfaction personnelle plutôt qu'à celle du plus grand nombre. Ces individus sont des voleurs, des criminels contre l'humanité, d'une certaine manière.

L'anthropologue salvadorienne Rosa Maria Ramirez a notamment expliqué que les pièces "américaines" dataient du Classique et auraient fabriqué dans la partie occidental du pays. L'ambassadeur du Salvador à Washington a déclaré que les 18 objets retourneront prochainement dans son pays pour être exposés au Musée National d'Archéologie de Tegucilgalpa.

Espérons que l'enquête ne s'arrête pas complètement, histoire de mettre la mmain sur les "propriétaires" illégaux des objets déjà vendus. La faute revient également à Ebay, pour ne pas surveiller de plus prêt des ventes d'objets qui pourraient être tout aussi litigieuses.
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dimanche 9 mai 2010

Ixcateopan, tributaire en coton

Le site internet de l'INAH explique comment l'archéologie a confirmé ce qui était indiqué dans le Codex Mendoza.

A son apogée, sous le règne d'Itzcoatl, l'empire mexica faisait payer tribut à ses vassaux. On suppose même que Teotihuacan, puis Tula avaient fait la même chose au moment de leur acmé. Pour l'exemple mexica, nous bénéficions d'un document que nous avons mentionné à plusieurs reprises dans nos notes. Le Codex Mendoza nous renseigne sur le type et la quantité de tribut que chaque vassal devait fournir à la Triple Alliance formée par Tenochtitlan, Tlatelolco et Tacuba.

Parmi les villes tributaires figurent la lointaine province de Xoconochco, située sur la côte pacifique du Guatemala. Ixcateopan est un peu plus près, même en étant situé dans l'état du Guerrero. Voici une petite carte vous situer.


En 2008 des fouilles et des restaurations avaient été entreprises par l'INAH. Une première note avait été publiée, indiquant les objectifs de travail des chercheurs. On avait établi alors que la ville avait surtout connu son développement le plus important pendant le Postclassique.


Fouilles à Ixcateopan, Guerrero en 2008.
Photo retrouvée le 9 mai 2010 sur : http://tinyurl.com/25pmfbx

Selon la Relacion de Ichteopan, rédigée en 1579 par le capitaine espagnol Lucas Pinto, les habitants auraient des Mayas Chontal, mais l'information n'a pu être corroborée.  L'archéologue en charge des fouilles, Raul Barrera, estime que seules l'anthropologie physique et la médecine pourraient donner une réponse, à condition que les adn retrouvés parlent. Mais on sait aussi que le site était déjà occupé dès le Classique ancien vers 350 de notre ère.

Si on croit ce que nous rapporte le Codex Mendoza, Ixcateopan avait à sa charge, la production de coton.  Il faut dire que cette ville a eu l'illustre de voir venir au monde le dernier empereur mexica, Cuauhtemoc. Sa mère en était elle-même originaire et son grand-père en avait été le cacique. C'est du moins ce que rapporte certaines chroniques. Cependant une des particularités de ce site est la pierre utilisée pour paver les axes de circulation : on utilisait le marbre blanc !

Toujours est-il qu'Ixcateopan aurait bien été productrice de coton. Les archéologues ont récemment découvert du matériel qui laisse à penser que le coton était produit mais également travaillé sur place. Selon le Mendoza, Ixcateopan devait aussi livrer des côtes en coton pour qu'elles servent de protection ou d'uniformes aux guerriers mexicas.

Glyphe d'Ixcateopan, in Matricula de Tributos, pl. 39, ill. 50 et pl. 41, ill. 3.

Ixcateopan continue d'honorer la mémoire de son prestigieux fils. Diego Rivera avait fait rapatrier ses restes il y a quelques décennies. Mais la médecine légiste a affirmé que ses "os" correspondaient à ceux de 8 personnes dont une femme... Ou comment se recréer un passé et un reliquaire : c'est digne de la foi catholique et  surprenant de la part de Rivera qui abhorrait l'église mais vouait une admiration sincère pour les racines préhispaniques du Mexique !

Sachez que vous pouvez retrouver l'information originale de l'INAH en format pdf en cliquant sur le titre de cette note.

Références bibliographiques:
Codex Mendoza.
1992. University of California Press, Berkeley.

Matricula de Tributos.
2003. Especial n°14 de Arqueologia Mexicana, Editorial Raices-INAH, México.

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IV coloquio de humanidades, UANL, 24 et 25 mai 2010

La faculté de Philosophie et Lettres de l'Université Autonome du Nuevo Leon organise prochainement son grand colloque annuel d'humanités. On y parle un peu de tout : histoire, éducation, sociologie, littérature, philosophie, anthropologie, archéologie, etc.

L'événement aura lieu les 24 et 25 mai 2010 à la Faculté de Philosophie et Lettres. Votre serviteur y fera une courte exposition sur le thème "Archéologie au temps du Porfiriat et de la Révolution". Il s'agira de montrer le rôle déterminant du dictateur-président Porfirio Diaz sur le développement de l'archéologie et la préservation du patrimoine archéologique mexicain. Je ferai donc un petit inventaire à la Prévert des lois adoptées à cette époque, présenterai la figure passionnante de Leopoldo Batres et de son pendant révolutionnaire Manuel Gamio, m'interrogerai sur les objectifs réels de cette politique sans précédent et sans suite dans l'histoire mexicaine.

Je vous laisse le lien vers l'affiche de ce colloque.


Ma présentation sera publiée dans un mémoire de ce colloque. Evidemment vous en aurez la primeur sur scribd.com et academia.edu dès que tout sera prêt... J'ai l'impression que je vais bien m'amuser les deux prochaines semaines !

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Restauration d'un relief peint à Lambityeco

Après tant d'informations sur les Mayas, parlons des Zapotèques qui ont vécu dans l'état de Oaxaca au début de notre ère. Nous avons déjà eu quelques occasions de vous parler de Monte Alban, site archéologique classé au patrimoine mondiale de l'humanité. Nous avons effleuré Mitla la Mixtèque dans une paire de notes. Mais nous n'avons pas encore eu l'occasion de présenter le site de Lambityeco situé entre les deux autres sites et à cinq kilomètres de Yagul.

Les Zapotèques continuent d'être mal connus : d'une part parce que l'INAH préfère favoriser les Mexicas et les Mayas, d'autre part parce que les chercheurs sont confrontés à un casse-tête pour comprendre cette civilisation mésoaméricaine à part entière, et pourtant distincte de ses deux prestigieuses cousines. Les Zapotèques ne nous ont laissé aucune chronique ni autant de glyphes, si bien que nos interprétations reposent essentiellement sur le patrimoine archéologique qui est parvenu jusqu'à nous.

Lambityeco, dont l'étymologie prête toujours à confusion, a été fouillée entre 1961 et 1976 par l'archéologue américain John D. Pollock (sans relation avec le fameux peintre homonyme). Atteignant une superficie de 117 hectares, Lambityeco fut occupé pendant près de 1400 ans, depuis le Préclassique ancien (700 avant Jésus Christ) jusque au Classique tardif (vers 750 de notre ère).



Contemporaine de Monte Alban, il est possible que Lambityeco ait été une chèferie importante de la région pour au moins deux raisons. La première est sa fonction : les fouilles de Pollock ont montré que la cité produisait, stockait et vendait du sel pour une très grande partie de la vallée d'Oaxaca. Par conséquent les revenus générés lui permettait de payer les artistes et artisans qui ont préparé les tombes de ses dirigeant(e)s.

Car c'est là où nous souhaitons en venir. A la différence d'autres peuples qui pratiquaient l'enterrement en position foetale (Teotihuacan) ou verticale (Cantona dans l'état de Puebla), les Zapotèques préféraient déposer leurs moments dans des tombes préalablement préparées (stuquées et peintes). Le corps était déposé sur le dos. Ce modus operandi a d'ailleurs permis d'identifier la présence d'un quartier zapotèque à Teotihuacan.

Les monticules (particulièrement la tombe 7) de Monte Alban ont révélé des trésors dignes de Toutankhamon, révélés au monde grâce à la persévérance d'Alfonso Caso et de ses collaborateurs au milieu du siècle dernier. Les tombes de Mitla sont connues pour être situées sous les principaux édicules de la cité, autour de cours ouvertes. Mais elles sont postérieures à Lambityeco et appartiennennt plus à la culture mixtèque.

Lambityeco n'échappe à la règle. Mais elle se démarque par la richesse et la vie qui émanent des reliefs ornant les tombes. Lors des campagnes de fouilles de Pollock, trois tombes et quelques bâtiments résidentiels ont été découverts, fouillés et restaurés. Dans les deux cas, les archéologues considèrent que leurs "propriétaires" avaient certainement appartenu à l'élite dirigeante de la ville. C'est notamment le cas de la tombe 6 qui a fait  l'objet d'une consolidation de ses parois externes et une restauration de ces reliefs stuqués. La tombe 6 a apparemment été construite il y a 1300 ans.

Les archéologues et restaurateurs du Corredor Arqueologico de la Valle de Oaxaca ont  réutilisé les méthodes et les matériaux originaux : paille et argile et jus de citron pour consolider les murs. Et puis ils ont percé un petit puits qui permet l'évacuation de l'humidité. En ce qui concerne les stucs représentant le seigneur 1 Tremblement de terre et son épouse 10 Roseau sous des traits vieillis, on a procédé de la même manière : on a rempoté avec de l'argile et les reliefs ont été consolidés avec du jus de cactus.


Reliefs en stuc peint représentant 1 Tremblement de terre et 10 Roseau.
Classique tardif, Lambityeco, Oaxaca.
Photo de HJPD, retrouvée le 8 mai 2009 sur 


Il convient de mentionner que le Temple dit de "Cocijo", divinité lié au vent, à la foudre, à la pluie et équivalent d'un Ehécatl-Tlaloc mexica, a d'ailleurs lui aussi subi une profonde restauration l'année dernière.


Templo de Cocijo, Lambityeco, Classique moyen.
Photo d'Ivanpares, prise en mai 2009. 

Références bibliographiques.

Michael Lind y Javier Urcid.
1995. La zona arqueológica de lambityeco.Lecturas Históricas del estado de Oaxaca, época prehispánica. INAH, México.
1983. "The lords of Lambytieco and their nearest neighbors". In Notas mesoamericanas, número 9, Universidad de las Américas Puebla, San Andres Cholula, p.
2010. The lords of Lambityeco : political evolution in the Valley of Oaxaca during the Xoo phase. University of Colorado Press, Boulder.
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samedi 8 mai 2010

"Le Monde des Religions", Hors-Série n° 13

« Que serait-il advenu de ces civilisations et de leurs religions si elles n’avaient pas été détruites par les Conquistadores ? De quelle richesse nous sommes-nous privés, même si la « pensée indigène » est toujours vivante et que les anciens cultes, résistant parfois même au syncrétisme, revivent ici et là ? »

Voici les questions que le Hors-Série n° 13 de la revue « Le Monde des Religions » se propose d’explorer avec ses lecteurs. A travers vingt « clés de compréhension », c’est-à-dire vingt brefs articles, la revue essaie de mieux comprendre le fonctionnement des anciennes religions préhispaniques et leur panthéon, foisonnant et complexe aux yeux des néophytes.

Certains des spécialistes français les plus connus ont collaboré à la création de ce numéro, paru au début du mois d’avril.


Couverture du Hors-Série n° 13 "Le Monde des Religions".
Photo retrouvée le 8/5/2010 sur :

Christian Duverger, directeur d’étude à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), ouvre le dossier consacré aux civilisations méso-américaines avec un article sur l’espace-temps. Il aborde notamment l’idée d’une pensée religieuse « métisse », là où le panthéon des peuples nomades et chasseurs du nord du Mexique, caractérisé par des divinités stellaires, se mélange avec celui des peuples sédentarisés, dont les cultes principaux sont ceux des dieux du maïs et de la pluie. Plusieurs exemples sont proposés, comme le cas de Xipe Totec, « Notre Seigneur l’Ecorché », divinité au début liée à un petit groupe humain et ensuite « exporté » en toute la Méso-Amérique.

C’est Guilhem Olivier, professeur et chercheur à l’Universidad Nacional Autónoma de Mexico, à prendre la suite, avec un article consacré à la lutte mythique entre Quetzalcoatl, le « Serpent à plumes », et Tezcatlipoca, le « Seigneur au Miroir Fumant ». Il aborde aussi les récits mythiques des anciens Mexicains, avec les créations successives des ères du monde, la naissance du soleil et de la lune à Teotihuancan, la naissance du chant et l’idée très discutée selon laquelle les indigènes auraient vu dans l’arrivée des Espagnols, en 1519, le « retour » de Quetzalcoatl. Une partie de l’article résume la biographie et la méthodologie de travail de Bernardino de Sahagún par rapport à l’étude de la civilisation aztèque. Ces mêmes thèmes mythologiques sont ensuite abordés par Eric Taladoire, Professeur d’Archéologie précolombienne à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, en relation au monde maya. La cosmologie maya, avec sa mythologie fondée sur la succession des ères et la vision d’un cosmos divisé par rapport aux quatre points cardinaux et au centre, cinquième point, est ici présentée. La matérialisation « visuelle » de ces croyances est étudiée au niveau archéologique, comme c’est le cas du complexe de pyramides jumelles de Tikal. Un bref résumé est dédié au Popol Vuh, le livre sacré des Mayas Quiché.

Le dossier continue avec la présentation des principales divinités du panthéon aztèque et maya, par Florence Quentin, rédactrice en chef de ce hors-série, et par un autre article signé par Duverger, consacré à son interprétation « énergétique » du culte solaire aztèque, selon lequel cet astre, continuellement dans le risque d’épuiser son énergie, demande en permanence aux hommes à être alimenté avec les cœurs des sacrifiés.

C’est encore Florence Quentin à prendre la suite, avec une brève présentation de la figure mythique de Quetzalcoatl, le « Serpent à plumes », et en particulier à la chute de Tollan et à la transformation du dieu en la planète Venus. Michel Cazenave, écrivain et poète qui a dirigé « L’encyclopedie des symboles », présente un article consacré aux déesses aztèques, appelées « filles de la vieille mère », où il attire l’attention sur la caractéristique propre aux déesses aztèques de partager des traits communs, en relation avec l’eau, le maïs et la terre, ainsi qu’avec le domaine de la mort.

Nathalie Ragot, professeur à l’Université de Paris VII Diderot, consacre son étude aux rituels et aux fêtes aztèques : elle présente une liste des cérémonies des vingtaines de l’année solaire ainsi que quelques renseignements sur les fêtes « mobiles » liées au calendrier divinatoire et à la célébration du « Feu Nouveau ». Les fêtes sont présentées dans leurs activités principales, avec les nombreux rituels d’autosacrifices et pénitences qui précédaient le sacrifice d’une « ixiptla divine ». Ces rituels avaient le but d’assurer la bonne marche de l’univers, de prévenir la fin du monde et de veiller à que la terre donne ses fruits en abondance.


La fête de Xocotl Huetzi, Codex Borbonicus, planche n° 28.
Photo retrouvée le 8/5/2010 sur


Le thème du sacrifice humain en tant que offrande aux dieux et élément-clé du « noyau dur » de la pensée religieuse méso-américaine est étudié par Gregory Pereira, chargé de recherche au CNRS, au laboratoire « Archéologie des Amériques » (Paris I). Il souligne l’extension de cette pratique dans toute la Méso-Amérique, et non pas seulement dans la culture aztèque, et il attire l’attention sur l’importance d’expliquer ce phénomène à travers la compréhension des principes qui structuraient l’univers mésoaméricain, conçu comme une succession cyclique d’éléments antagonistes.

Le dernier article consacré au Mexique central est encore signé par Guilhem Olivier, où il aborde les différents au-delàs de la pensée religieuse aztèque, le mythe du maïs ainsi que l’idée d’un paradis durement gagné grâce à une vie de dévotion et de pénitence. Les derniers brefs dossiers dédiés à la Méso-Amérique, présentés par Eric Taladoire et Michel Cazenave, sont centrés sur la civilisation maya, en particulier sur l’importance de l’Inframonde, omniprésent dans l’iconographie et l’architecture de ce peuple. Il est conçu comme un univers à plusieurs facettes, comme le serpent bicéphale monstrueux : un côté vivant paré de symboles aquatiques, représentation de l’Inframonde « humide », et un côté décharné, orné de crânes et d’ossements : il s’agit de l’Inframonde « sec », celui de la mort. L’article suivant présente un résumé des connaissances astronomiques mayas et du fonctionnement extrêmement complexe de leurs calendriers, le calendrier solaire, le calendrier divinatoire et le « Compte Long ».

La deuxième partie de la revue est consacrée aux civilisations andines. A travers six articles, Carmen Bernard, professeur émérite à Paris X, Aïcha Bachir Bacha, enseignant d’archéologie à l’EHESS et Florence Quentin abordent plusieurs sujets, comme le culte des momies royales et les sacrifices en altitude pratiquaient par les Incas, le culte des astres et l’importance du soleil, les rôles féminins dans la société inca (les reines et les prêtresses), et encore les fêtes et les sanctuaires incas, la relation entre l’espace-temps, le concept de « huaca » en tant que forces divinisées matérialisées dans les montagnes, les plans d’eaux ou les momies et l’énigme des géoglyphes des Nazcas.

La revue donne ensuite des repères utiles à mieux localiser dans le temps les différentes cultures du Nouveau Monde, à travers un tableau qui résume les périodes chronologiques des civilisations amérindiennes, ainsi qu’une brève bibliographie pour chaque article.

Le seul bémol d’une publication qui a le mérite d’aborder à travers l’étude de plusieurs spécialistes l’univers complexe des religions précolombiennes est constitué par les apports des non-spécialistes, dont les contributions comptent plusieurs imprécisions et fautes, non seulement au niveau des informations données mais aussi des légendes des images et des photos qui accompagnent chaque article.
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jeudi 6 mai 2010

Mario aux pays des Mayas

Non, il ne s'agit pas du dernier jeu vidéo du plus célèbre des plombiers, mais plutôt un trait d'humour pour illustrer une découverte rapportée sur le site de la Pennsylvania State University. Vous pouvez télécharger le fichier pdf correspondant en cliquant sur le titre de cette note.

De quoi s'agit-il ? En fait Kirk French et Christopher Duffy, chercheurs à l'université sus-dite, se sont intéressés aux systèmes des eaux à Palenque, cité maya du Chiapas. Ci-dessous, nous reproduisons une photo prise par Ed Barnhart et sa localisation sur le site.


Système de pressurisation de l'eau, 
Palenque, Chiapas, Classique.
Photo retrouvée le 5 mai 2010 sur 

Localisation de la conduite et de la fontaine de Piedras Bolas,
Palenque, Chiapas, Classique.

Car l'objet est connu depuis 1999 mais n'a véritablement été étudié qu'à partir de 2006. Duffy estime qu'il était difficile pour les Palencanos de trouver les conditions naturelles pour mettre l'eau sous pression. Mais ils avaient pris l'habitude de diriger le flux des eaux descendant de la montagne et donc de la contrôler au moyen de petits aqueducs lors de la saison des pluies. Celui de Piedras s'est révélé très particulier. Il comportent une architecture particulièrement. Car non content de respecter la pente, il se rétrécie vers une mince cavité de telle manière que l'eau puisse jaillir à 20 pieds plus loin.

Cette troisième vue, signée par Reid Fellenbaum, nous propose une coupe en trois dimensions de la fontaine de Piedras Bolas. Elle reconstitue ce qui fut probablement la trajectoire et la concentration du précieux liquide afin de le mettre en réserve.

Nous passons sur les détails techniques (en anglais qui plus est). Il convient de dire que ce type d'arrangement architectural n'est pas propre à Palenque. Néanmoins French et Duffy estiment qu'il s'agit du système de pression d'eau le plus ancien des Amériques connu à ce jour.
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Nouvelle publication de Guilhem Olivier et de Leonardo Lopez Lujan

Le quotidien en ligne de la Jornada annonce la publication par l'UNAM et l'INAH très proche d'un volume très intéressant intitulé El sacrificio humano en la tradición religiosa mesoamericana. Ses deux auteurs, ou plutôt co-éditeurs, sont l'historien Guilhem Olivier de l'Instituto de Investigaciones Historicas et l'archéologue Leonardo Lopez Lujan de l'INAH.

Ils ont de compiler les contributions de 27 chercheurs mexicains, européens et américains lors d'un séminaire homonyme qui a eu lieu en 2007 au Musée du Templo Mayor. Parmi eux, on retrouve Eduardo Matos Mactezuma, Sara Ladrón de Guevara, Saburo Sugiyama, Javier Urcid, Stephen Houston, Michel Graulich, Vera Tiesler, David Carrasco, Marie-Areti Hers, Salvador Guilliem, Grégory Pereira, Ximena Chávez, Yólotl González Torres, Juan Alberto Román, Carlos Javier González, Carmen Pijoan, Danièle Dehouve et évidemment les deux co-éditeurs de l'ouvrage. L'idée était de proposer une étude pluridisciplinaire d'un phénomène religieux qui transcendent le temps et l'espace puisqu'il peut être observé un peu partout en Mésoamérique à toutes les époques.

Néanmoins, il semblerait que les Mexicas se taillent par la part du lion dans cette analyse, proposant notamment de nouvelles données médico-légales et archéologiques pour améliorer notre connaissance sur le sujet.

En tout cas, avant même de paraître, ce livre est déjà sur ma liste de futurs achats. Et vous ?

OLIVIER, Guilhem et Leonardo LOPEZ LUJAN (éds)
2010. El sacrificio humano en la tradición religiosa mesoamericana. UNAM-INAH, Mexico.
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mercredi 5 mai 2010

Redécouverte d'un temple rond à Mexico

 Dans la série "fond de tiroir", nous avions omis de publié cette note en février dernier. Le dommage est réparé. Sur son site internet, l'INAH annonçait alors la découverte d'un édifice rond sous la cathédrale située au centre-ville de Mexico. On peut d'ailleurs observer la photo suivante.

Edifice rond, Mexica, Postclassique. In situ, Mexico.
Photo : INAH, retrouvé le 23 février 2010 sur

Raúl Barrera Rodríguez, responsable du Programa de Arqueología Urbana, a commenté et expliqué la redécouverte. Les restes de l'édifice sont situés à l'arrière de la cathédrale qu'on peut voir sur cette carte. Néanmoins ce genre d'édifice n'était pas unique comme le prouve la pyramide du métro Pino Suarez ou encore un autre plus petit, retrouvé sous la cathédrale.

Lors de leurs explorations de sauvetage, les fouilleurs ont également mis la main sur une série de pierres sculptées qui représentait Miquiztli, une divinité de la mort. Cette dernière est reconnaissable à sa jupe comportant crânes et ossements. Sous chaque pierre, on peut voir une représentation de Tlaltecuhtli.


Selon Barrera Rodríguez, cette découverte permet de confirmer deux choses. D'abord la localisation de cet édifice correspond aux représentations faites par I. Marquina dans les années 1960, même s'il était en fait un peu plus près du Templo Mayor . Visibles dans le musée du Templo Mayor et dans la salle Mexica du MNA, ces reconstitutions ont depuis laissé apparaître des critiques et des doutes. Ensuite, les données archéologiques sembleraient confirmer les données ethnohistoriques qui parlent d'un cu rond situé à cet endroit au sein d'un centre cérémoniel de dimensions importantes (500 m de côté selon les estimations).

Reconstitution du centre cérémoniel de Tenochtitlan.
Maquette réalisée selon les projections d'Ignacio Marquina,
Museo Nacional de Antropología, Mexico.

Après deux mois de fouilles intensives, les archéologues du PAU ont pu établir les dimensions d'une plateforme composé de deux corps superposés et longue de 32 mètres. Un temple rond mesurant 14 mètres de diamètre était adossé à cette plateforme, à l'instar de ce qu'on peut voir à Tlatelolco. L'ensemble regardait vers l'est, en direction du Templo Mayor et du plus particulièrement vers le Temple de Tlaloc, selon l'hypothèse de Barrera Rodríguez. Selon les chroniques (sans que soient précisés lesquels), cet édifice était un temple de Quetzalcoatl, son toit était conique et recouvert de paille. De part et d'autre de l'ouverture on pouvait voir le serpent à plumes.

Il semblerait que les éléments retrouvés datent de la phase VI (règne d'Ahuizotl si on considère la chronologie de Matos Moctezuma) et de la phase VII (aux alentours de la conquête).

Fray Bernardino de Sahagun décrit ce temple de la manière suivante : "Le deuxième cu (temple) principal était celui des dieux de l'eau qu'on appelait Tlaloques. Ce temple était appelé Epcoatl. Dans cette pyramide, et en honneur de ce dieu ou de ces dieux, on jeûnait et on faisait pénitence 4 jours durant avant sa fête. Une fois le jeûne achevé, on allait punir les prêtres de ce dieu ou ces dieux, lorsqu'ils avaient quelconque erreur dans leur servie à divinité".

Reste à attendre que cette hypothèse se confirme avec les prochaines fouilles. Ehécatl n'était pas la seule divinité honorée au moyen de temple-rond...
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mardi 4 mai 2010

Séminaire d'Elizabeth Hill Boone à l'EPHE, Paris

Notre collègue et amie Maëlle Sergheraert nous a aimablement transmis le programme d'un séminaire en 4 temps que proposera la Dr. Elizabeth Hill Boone les lundi 17, 31 mai et 7 juin ainsi que le mercredi 26 mai à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, en Sorbonne, à Paris. Ce séminaire est intitulé : "Ideologies in Translation, The Graphic Restructuring of Religious Knowledge in Sixteenth-century Mexico"

La Dr. Hill Boone est spécialisée dans l'iconograpahie mexica et est internationalement reconnue pour ses écrits dans le domaine depuis une trentaine d'années. Je copie-colle le programme qui est en anglais. Il y a fort à parier que les lectures se feront dans cette langue.

 Portrait de la Dr Elizabeth Hill Boone.
Retrouvé le 3 mai 2010 sur http://bit.ly/aJjGKM

Lundi 17 Mai 2010 - 16H à 18H en salle Corbin, Sorbonne
Multi-visuality in Sixteenth-century Mexico
This session analyzes the contemporaneous employment of alternative forms of
graphic discourse in early colonial Mexico. It focuses on the three major systems that contributed to the graphic complexity (pictography, alphabetic writing, illusionistic figuration), and it analyses how these systems were influenced (or not) by the others. Individuals with functioning literacy in one system often became adept in the others, and hybrid systems developed to respond to the graphic communicative needs of the ideological and social mix that was colonial Mexico.
Mercredi 26 Mai 2010 - 9H à 11H en salle Mauss, Sorbonne
Graphic Mnemonics in Europe and Mexico
This session highlights the use of figural images as mnemonic signs in both
Europe and Mexico. It charts the medieval and early modern use of pictographic signs to cue religious knowledge in Europe and argues that this little-studied tradition was partially responsible for the European recognition of pictography. Mnemonic diagrams from Europe also became effective templates for the presentation of Catholic texts in Mexico.
Lundi 31 Mai 2010 - 16H à18H en salle Corbin, Sorbonne
The Graphic Mexicanization of Catholic Ideology
This session looks at the graphic reproduction of texts containing Catholic doctrine, especially in the form of catechisms presented in symbols and figures rather than in letters and words. Mexican pictography had to undergo a radical change in purpose in order to replicate holy texts; syntactically it became more like the alphabetic texts of Europe, whereas semantically it followed traditional forms of pictography. A focus will be on the indigenous expression of Catholic knowledge.

Lundi 7 Juin 2010 -16H à 18H en salle Corbin, Sorbonne
The European Construction of Aztec Religion
This session examines the functional and semiotic tensions between European and
indigenous graphic codes in the cultural encyclopedias of early colonial Mexico (e.g., Codex Magliabechiano and its cognates, Codex Telleriano-Remensis and VaticanusA/Ríos, and the pictorial codices of Sahagún and Durán). The images that are the foundation for the explanatory glosses and texts were extracted from their former matrix in traditional pictography and came to signify differently in the encyclopedias. They themselves became functionally and conceptually European at the same time that they adopted some European stylistic features. Moreover, European cultural classifications determined what knowledge was gathered and how it was organized. This session will show how encyclopedic project was fundamentally a European one, an outgrowth of earlier attempts to categorize and record the cultural practices of foreigners.

Avis donc à tous les amateurs du Mexique ancien et en particulier du Haut Plateau Central. Nous vous invitons à y assister puisqu'elles sont totalement gratuites.

L'EPHE est située en Sorbonne au 17 rue de la Sorbonne, dans le 5è arrondissement de Paris. On peut également y accéder par la rue Victor Cousin, métro Cluny-sorbonne ou RER Saint Michel, sortie Cluny-Sorbonne.

Références bibliographiques :
Boone, Elizabeth Hill
1983. The Codex Magliabechiano and the Lost Prototype of the Magliabechiano Group. University of California Press, Berkeley & Los Angeles.

1989. Incarnations of the Aztec Supernatural: The Image of Huitzilopochtli in Mexico and Europe. Transactions of the American Philosophical Society, vol. 79 part 2. American Philosophical Society, Philadelphie.

1998. "Pictorial Documents and Visual Thinking in Postconquest Mexico". In Elizabeth Hill Boone and Tom Cubbins (éds.) (PDF Reprint). Native Traditions in the Postconquest World, A Symposium at Dumbarton Oaks 2nd through 4th October 1992. Dumbarton Oaks Research Library and Collection, Washington D.C., p. 149–199.

2000. Stories in Red and Black: Pictorial Histories of the Aztec and Mixtec. University of Texas Press, Austin.

2007. Cycles of Time and Meaning in the Mexican Books of Fate. Joe R. and Teresa Lozano Long series in Latin American and Latino art and culture. University of Texas Press, Austin.
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