mercredi 30 juin 2010

De lecture en lecture

Je prépare actuellement une note qui résume différentes interprétations du Teocalli de la Guerre Sacrée, présenté au début de l'exposition Moctezuma II, au Museo del Templo Mayor.

Parmi les références bibliographiques que j'ai pu consulter ou retrouver sur la Toile, j'ai longuement lu un article de Michel Graulich, "Reflexiones sobre dos obras maestras del arte azteca: la Piedra del Calendario y el Teocalli de la Guerra Sagrado", publié en 1997 dans l'ouvrage De Hombres y Dioses. Dans notre précédente note, nous vous avions expliqué que cet ouvrage, placé sous la coordination de Xavier Noguez y Alfredo Lopez Austin, était entièrement et gratuitement disponible sur le site du Colegio Mexiquense.

Et puis, en consultant les références employées par Graulich, je suis tombé sur un article rédigé en 1899 par Henri Hubert et Marcel Mauss et publié en 1899 dans la revue L'année sociologique, 2, pp. 29-138. Intitulé : "Essai sur la nature et la fonction du sacrifice". A vrai dire, Graulich fait mention de sa version anglaise publiée en 1966 par l'Université de Chicago. Toujours est-il qu'un professeur de l'Université de Chicoutimi au Québec, en a proposé une version électronique, disponible en cliquant ici.

Les travaux de Mauss sont essentiels pour l'histoire comparée des religions ou des civilisations. Si certains éléments peuvent paraître dépassés, d'autres idées sont en revanche complètement applicables à nos études. Graulich a notamment repris les concepts de "sacrificateur", de "sacrifiant" et de "sacrifié" qui répondent justement à la perception et à la réalisation du sacrifice chez les Aztèques. Je ne saurai donc que trop vous recommander cet article.

En revanche, je suis beaucoup plus sceptique sur un ouvrage, autrement plus récemment proposé par Nicolas Grimal, professeur au Collège de France. Son livre Le sacrifice humain en Egypte ancienne et ailleurs, publié chez Soleb, pose problème. Certes il n'est pas correct de préjuger de la qualité d'un texte sans l'avoir lu intégralement, néanmoins le traitement du sacrifice humain laisse craindre le pire. Voici le résumé qu'on peut trouver sur la page de l'éditeur SOLEB :

Il (entendez le sacrifice) est aussi un fait de civilisation dans le monde aztèque dans le cadre d'une théâtralité du pouvoir à travers laquelle il doit impérativement se donner à voir".

Il semblerait que le sacrifice aztèque - par ailleurs le seul type de sacrifice traité en Mésoamérique alors qu'il s'agissait d'un rituel pratiqué dans toute cette partie du monde - soit intimement attaché au pouvoir, donc au politique et au temporel. Mais plus encore, le sacrifice humain mésoaméricain trouve ses racines dans la recréation d'une mythologie où l'humanité est l'énergie qui permet le fonctionnement de la machine céleste. Espérons que Grimal ait pu consulter d'autres formes d'interprétations. Car comme l'a très bien montré Graulich dans l'article susmentionné, le sacrifice humain chez les Aztèques ne peut se passer de la compréhension d'éléments symboliques, artistiques, archéologiques et religieux. Qui plus est, il était pratiqué à tous les degrés de l'échelle sociale.

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mardi 29 juin 2010

De Hombres y Dioses

Le Colegio Mexiquense est une institution mexicaine dédié à la recherche, à la publication et à la diffusion du savoir. Sur son site internet, on peut retrouver l'intégralité d'un ouvrage publié en 1997 et intitulé De hombres y dioses. Il s'agit d'une compilation d'articles rédigés par des spécialistes. L'ensemble a été placé sous la coordination de Xavier Noguez Ramírez et Alfredo López Austin.
Différents fichiers en format pdf sont téléchargeables à partir de ce sommaire.

Le Colegio Mexiquense met également à la disposition du public une série de vidéos ayant pour thème "Arqueologia y etnohistoria de Mesoamerica". Il s'agit de conférences filmées en 2009 et disponibles en format audio ou pdf.
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Discussion en ligne avec Eduardo Matos Moctezuma

A l’instar de nombreux quotidiens en ligne, comme Le Monde ou Libé en France, El Universal a effectué un entretien le 28 juin dernier avec Eduardo Matos Moctezuma, accessible en cliquant sur le titre de cette note. Mais dans ce cas, l’archéologue et spécialiste des Mexicas s’est prêté au jeu des questions-réponses avec les internautes. Malheureusement on n’en retient que peu de choses, tant les questions étaient répétitives, et donc les réponses redondantes. On notera aussi la promotion que Matos Moctezuma fait pour l’exposition sur Moctezuma II : mais comme il en est un des commissaires, cela n’est guère surprenant.

Morceaux choisis :
« Comment définiriez-vous la déesse de la Terre ? Que représente-t-elle pour vous ?
- Si tu vas à l’exposition du Museo del Templo Mayor, vous aurez (sic) l’information adécuate sur ce point »
Rien sur le sentiment personnel de Matos…

« Pourquoi ne peut-on pas visiter la pyramide des crânes et la déesse Coyolxahutli (sic) ?
- On peut parcourir cette partie au Nord du Templo Mayor dès maintenant. Si tu visites l’exposition de Moctezuma, tu peux en profiter pour voir ce que tu évoques. »
Si nos souvenirs sont bons, on peut voir la réplique de la pierre de Coyolxauhqui au pied de l’escalier du temple de Huitzilopochtli, la partie sud de la pyramide double.

« En tant que directeur du Projet Templo Mayor, que représente pour vous le fait que Tlaltecuhtli soit dans un musée, après une attente de tant d’années ?
- Il n’a pas fallu attendre beaucoup, puisqu’on l’a découverte en 2006. Maintenant on peut la voir et j’espère que tu le feras. »

« Expliquez-nous comment est organisée l’expo Moctezuma II ?
- Le mieux est que tu la parcoures parce qu’elle est très intéressante. »

Plus surprenantes sont les imprécisions de nombres d’internautes et, celles plus rares, de leur interlocuteur.
« Veuillez excuser mon ignorance mais pourquoi on parle de Tlaltecuhtli au féminin si la terminaison (sic) « tecuhtli » est utilisée pour dire « seigneur ». Et Matos de répondre succinctement « tecuhtli » correspond à une personne et peut être masculin ou féminin ». Si la réponse de Matos Moctezuma est tout à fait correcte, il aurait été judicieux de rappeler que Tlaltecuhtli peut être représenté sous des traits masculins ou féminins. L’archéologue a d’ailleurs rédigé un excellent article sur le sujet.

« Qu’est-ce qui vous a le plus surpris à propos du monolithe de Tlaltecuhtli ?
- L’information qu’il nous donne en ce qui concerne les rituels funéraires. »
Ici encore Matos Moctezuma aurait pu développer sa réponse et parler par exemple de l’offrande 125, de ses silex décorés avec les atours de Xolotl et Quetzalcoatl.
Retenons quand même la publication prochaine d’un livre sur l’histoire de l’archéologie mexicaine et celle à venir de Leonardo López Luján sur l’art monumental mexica. Enfin Matos a évoqué la préparation d’un nouvel ouvrage ayant pour thème la mort dans le Mexique préhispanique.

On appréciera particulièrement la mise au clair de Matos Moctezuma sur des questions pour le moins surprenantes :
"Le gouvernement espagnol est en train d’utiliser d’influences pour modifier l’histoire. Il cherche à faire oublier au Mexique et au monde les détails cruels de la Conquête et de la Colonie et pose en saints évangélisateurs les conquistadores.
- L’archéologie, en tant que partie de l’histoire, doit rester collée à la vérité et non pas inventer quelque chose qui aille dans un sens ou un autre. Je ne sais rien de cette campagne mondiale dont vous parlez."
De la même manière, on retiendra le début d’explication de Matos pour expliquer les différents fragments qui composent le monolithe et son trou au centre : « On pense que ce sont les Mexicas voulurent l’élever et placèrent des rondins de bois dessous, ce qui a pu provoquer la rupture de la pièce". A la différence de López Luján qui n’avait pas manqué de parler de la présence de sandales d’obsidiennes, et donc la représentation d’un personnage, Matos Moctezuma explique simplement qu’on devait certainement voir le nombril de la déesse sur la pièce manquante.
Pour conclure, le salon de discussion d’El Universal laisse un arrière-goût sans saveur. Est-ce les contraintes de temps, la succession rapide des questions ou leur manque de précisions, ce format qui privilégie l’interactivité entre le lecteur et le spécialiste laisse franchement à désirer. Un modérateur était en charge de choisir les questions. Sur les 65 proposées, Matos Moctezuma a répondu à 56.
Sa plus belle réponse est celle qu’il fait à une jeune étudiante en archéologie avide de conseils. « Qu’on ne te dise pas que tu vas mourir de faim. On doit étudier ce qu’on aime et si tu aimes l’archéologie, alors fonce ! » J’aurais aimé avoir des proches et des professeurs qui me motivent de cette manière !

Références :
MATOS MOCTEZUMA, Eduardo. 1990.
« Tlaltecuhtli señor de la tierra ». In Obras, Estudios mexicas, I (tomo 2), E. Matos Moctezuma, Colegio Nacional, Mexico, p. 3-55 [rééd. de ECN, núm 27, IIH-UNAM, Mexico p. 15-40].

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vendredi 25 juin 2010

Mr Bricolage en terre teotihuacaine

Le titre de cette note est un rien provocateur. Néanmoins, il  y sera question de pratiques rituelles qui, pour un occidental moderne, paraîtraient immondes et intolérables. La réputation de mangeurs d'hommes colle souvent aux peuples mésoaméricains en général et aux Mexicas en particuliers. Il faut dire que les conquérants et évangélisateurs ont bien évidemment amplifié ce phénomène afin de justifier leurs propres oeuvres.

Loin de nous l'idée de débattre la légitimité du sacrifice humain et du cannibalisme qui sont deux phénomènes humains à la fois anciens et fortement répandus sur la surface du globe. Mais le quotidien El Universal propose un article en ligne très intéressant sur un autre phénomène qui peut nous paraître morbide : l'utilisation des os des défunts pour la fabrication d'outils ou d'instruments.

En fait, il s'agit des résultats de différentes menées par Abigail Meza Peñaloza, chercheuse-enseignante à l'Instituto de Investigaciones Antropológicas de la Universidad National Autonoma de Mexico. Ses travaux ont porté sur plus de cinq mille fragments osseux retrouvés lors des différentes campagnes de fouilles organisés à La Ventilla, un des quartiers de Teotihuacan, habités par des artisans originaires de l'actuel état d'Oaxaca. La Ventilla est situé au sud de la zone archéologique de Teotihuacan et son occupation remonte au Classique et plus particulièrement à la phase Tlamimilolpa (entre 250 et 330 après Jésus Christ). Le projet que Meza Peñaloza dirige est intitulé "l'industrie osseuse et le culte aux ancêtres à Teotihuacan".

Les premières constatations de Meza Peñaloza se font sur la "fraîcheur" du matériel utilisé. Car, pour confectionner des objets, il faut un matériel frais, en l'occurence ici, les os de personnes récemment décédées. De os exhumés n'assurent pas la même solidité. Les traces de coupe observées sur les objets teotihuacains tendent à confirmer ce procédé : on dépeçait à l'aide de lames d'obsidienne ou de couteaux de silex (de taille et de forme différentes, on découpait les muscles pour les séparer des os. Ensuite  on désarticulait les os. Finalement une sorte de corde servait à polir l'os et à le "vieillir" artificiellement.

D'autre part, il semblerait que les os utilisés étaient ceux d'adultes, sans distinction de sexe, qui n'avaient souffert aucune infection. En revanche on ne faisait pas cas des os des enfants, apparemment trop fragiles, et des personnes âgées qui pouvaient avoir souffert d'ostéoporose. La comparaison des traits anatomiques a permis d'établir que les os réutilisés n'appartenaient pas à un groupe ethnique extérieur dont certains représentants auraient été sacrifiés. Les traits épigénétiques comme le crâne sont proches des personnes qui avaient été inhumées sous les maisons, comme c'était la coutume chez bon nombre de peuples mésoaméricains. Il faut ajouter que la consanguinité étant une des caractéristiques dans ces groupes, le travail de comparaisons de empreintes des hémisphères cérébrales a facilité la tâche des chercheurs.

Meza Peñaloza a également annoncé des analyses d'isotope de strontium et d'oxygène pour comparer les origines des personnes enterrées traditionnel et celles dont les os ont été réutilisées. Elle espère notamment corroborer l'origine de l'eau qu'elles consommaient mais aussi voir quelle était leur mobilité et quel était leur degré d'adaptation à un environnement nouveau, notamment sur un plan diététique.

Au final, quels étaient les os les plus souvent préparés ? De manière surprenante, ce sont la voûte crânienne qui était appréciée, en particulier l'occiput et le front. Venait ensuite le fémur dont la forme de tube permettait l'élaboration d'aiguilles pour la couture ou de peigne pour les métiers à tisser. Le péroné et l'humérus étaient peu utilisés. Le cubitus et le radius, correctement travaillés, devenaient des perforateurs et des poinçons. Mais on produisait des boutons, des spatules, des pièces pour travailler les peaux ou élaborer du papier, et enfin des polisseurs pour le travail de la céramique ou des stucs.

Selon les mêmes anthropologues, l'utilisation d'os humains pour la fabrication de différents objets répond au besoin d'une matière première différente dans d'autres parties du monde. En effet, à la différence de l'Europe ou même de l'Afrique, on ne disposait de grands animaux qui auraient pu fournir la matière première nécessaire.

Enfin, selon Meza Peñaloza, l'utilisation de ces os avait aussi une fonction symbolique importante puisqu'ils permettaient aux vivants de garder un contact avec leurs ancêtres. Il convient de rappeler qu'un point commun à de nombreux peuples mésoaméricains est la coutume d'enterrer les morts sous le sol même de la maison où la famille habite. L'élaboration d'objets à partir d'ossements de proches répondrait ainsi à une logique identique.
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mercredi 23 juin 2010

Un tunnel pour retrouver la tombe d'Ahuizotl

Dans le quotidien la Jornada, on apprend que Leonardo López Luján entend bien poursuivre les fouilles sous la maison des Ajaracas. C'est là que son équipe pluridisciplinaire avait découvert le monolithe de Tlaltecuhtli en octobre 2006, actuellement au Musée du Templo Mayor.


Vue des monolithes de Coyolxauhqui et de Tlaltecuhtli,
Culture Mexica, Postclassique,
Museo del Templo Mayor, Mexico.
Photo C. Cisneros, disponible le 23 juin 2010

Les fouilles qui n'ont jamais cessé depuis ont permis la mise au jour de très nombreuses offrandes, élargissant ainsi nos connaissances sur les Mexicas. Il reste cependant deux obstacles. Premièrement López Luján, soutenu par Matos Moctezuma, a rapidement affirmé l'hypothèse selon laquelle le monolithe de Tlatelcuhtli cachait la tombe du tlatoani Ahuizotl, prédecesseur de Moctezuma II. Or, jusqu'à présent, López Luján et son équipe n'a toujours pas trouvé de trace de cette tombe, même s'il considère que la multiplication et la richesse des offrandes seraient un argument tendant à prouver son existence. Deuxièmement, les fouilles atteignent des limites physiques et géologiques. Les fouilles se font en entonnoir et les archéologues ne peuvent plus accéder au matériel à fouiller et extraire. Qui plus est, on atteint les limites du périmètre autorisé pour les fouilles.

López Luján a donc annoncé que les travaux continueront mais sous une forme un peu différente. L'idée est de creuser un tunnel étroit vers l'ouest et de creuser différents puits de sondage. Jusqu'à présent les fouilles s'étaient déroulées vers le sud et l'ancienne chausée de Tacuba. Selon López Luján, les restes d'Ahuizotl ont probablement été incinérés et déposés à cet endroit. C'était du moins le modus operandi des funérailles des nobles et dirigeants de haut rang (cf. Chavez Balderas, 2006). Les sources coloniales comme Duran ont été ainsi corroborées par des fouilles antérieures : plusieurs urnes funéraires ont ainsi été retrouvées dans l'enceinte du Templo Mayor.

Dans son entretien avec Ana Mónica Rodríguez, Leonardo López Luján revient sur un élément peu clair du monolithe de Tlaltecuhtli : le trou en son centre.


Si vous observez attentivement la partie entourée en rouge, vous pourrez voir en deux pieds chaussées de sandales en obsidienne, appelées itzcactli. López Luján explique qu'elles faisaient partie d'un personnage vraisemblablement représenté de profil. Dès lors son identification est difficile : "... avec ce type de chaussures, on représentait Tonatiuh, Huitzilopochtli, Xiuhtecuhtli, Tecaztlipoca, Tláloc, Chantico, Xilomen, les dieux du pulque, Mitlanctecuhtli, Chiconahui Itzcuintli, Itztapaltótec et Xipe Tótec." Et López Luján d'ajouter malicieusement : "Moctezuma II avait l'habitude de chausser des itzcactli."

Une autre question qui se pose sur ce trou, c'est son existence même. Pourquoi cette dalle a-t-elle brisée ? Fut-ce intentionnel ou accidentel ? Si nous continuons le jeu des hypothèses, on pourrait se demander pourquoi il était nécessaire de supprimer l'image de la divinité ou du personnage représenté. Toute proportion gardée, on sait que les Egyptiens n'hésitaient pas à effacer le visage de certains personnages, comme Akhénaton, pour en supprimer l'âme.

Enfin, dernière chose à noter, Leonardo López Luján va publier deux ouvrages dans les prochaines semaines :
  • Leonardo López Luján y Colin McEwan, coordinadores. 2010. Moctezuma II: tiempo y destino de un gobernante, INAH, Mexico.
  • Leonardo López Luján. 2010. Tlaltecuhtli, Fundación conmemoraciones 2010/ INAH, Mexico.
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lundi 21 juin 2010

Microsite de l'exposition Moctezuma

Vous allez certainement penser que j'aime faire de la pub pour l'INAH. Mais si vous connaissez certaines de mes notes (parfois virulentes et acerbes), vous devez savoir qu'il n'en est rien. Mais il faut bien reconnaître que l'INAH a commencé une révolution technologique importante depuis environ 2 ans. L'un des apports non-négligeables pour les curieux du Mexique ancien qui ne peuvent se rendre sur place, est sans conteste les visites virtuelles. L'année dernière, à l'occasion de l'exposition Teotihuacan, Cité des Dieux, un microsite avait été élaboré et permettait de se faire une idée des principales pièces exposées au DF.

Pour l'inauguration en grande pompe de l'exposition Moctezuma, l'INAH a également décidé de mettre les petits plats dans les grands. La présence du président mexicain Felipe Calderon et de son épouse ont donné toute sa mesure à l'événément.

Inauguration de l'exposition Moctezuma II, le 16 juin 2010.
Photo disponible le 20 juin 2010 sur http://goo.gl/DO48 .

Vous remarquerez la présence de Leonardo Lopez Lujan, à la droite de Mme Zavala de Calderon et celle d'Eduardo Matos Moctezuma, à la gauche du président, tenant un micro.

Le site comprend des informations pratiques pour profiter de l'exposition que des informations d'ordre historique et archéologiques. Ces dernières sont rédigées par des spécialistes des Mexicas et du Templo Mayor en particulier. Elles sont regroupées dans la section "Contenido".

C'est ainsi que le guide de l'exposition a été rédigé par Eduardo Matos Moctezuma.

Une seconde partie intitulée "Moctezuma y la renovación de la naturaleza" est une présentation en plusieurs pages des principaux rituels en vigueur à l'époque de l'antépénultième tlatoani mexica-tenochca.

Felipe Solís Olguín, le regretté directeur du MNA, avait également rédigé un article intéressant, "Historias de familia: los ancestros de Moctezuma II", sur la dynastie des tlatoques mexicas et sur leurs origines tant mythiques qu'historiques.

Vient ensuite une publication de Frances Berdan, dont le titre "El gobierno y economico de Moctezuma II" est assez éloquent : il s'agit d'une présentation de l'expansion militaire et économique de l'empire mexica, à l'époque de Moctezuma II.

Suit un travail de John H. Eliott sur la Conquête de l'empire par les Espagnols. Il a pour titre : "El derrocamiento de Moctezuma y de su imperio". Enfin David A. Brading revient sur l'héritage moderne des Mexica dans "El renacimiento del México antiguo".

Tous ces documents et la brochure pour le visiteur sont disponibles en format pdf. A vous d'en profiter en cliquant sur les liens que nous vous proposons.

Une section audio contient différents fichiers mp3 qui décrivent les différentes espèces présentes dans le zoo personnel de Moctezuma II. Elle aurait pu être étoffée avec les commentaires qui présentent les 218 pièces que contient l'exposition.

Mais revenons à ce que nous expliquions au début de cette note. En dépit de la grande qualité des intervenants et des papiers proposés sur le microsite, l'INAH a fait preuve d'un certain manque de professionalisme en proposant la visite virtuelle du Museo del Templo Mayor, et non pas de l'exposition Moctezuma. S'agit-il d'un oubli coupable ou d'une véritable erreur ? L'INAH serait avisé de remédier à ce problème le plus rapidement possible afin de ne pas tromper ses lecteurs.

Nous vous laissons découvrir le microsite non sans vous encourager à regarder cette vidéo retrouvée sur la chaîne INAHTV.


PS : Nous avons rectifié la vidéo qui rapporte l'inauguration de l'exposition. Nous vous prions de bien excuser cette erreur. C'est l'arroseur arrosé.
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samedi 19 juin 2010

Sur l'utilisation du passé préhispanique dans la publicité

En ces temps d'hypnotisme télévisuel dû au déroulement de la coupe de monde de football en Afrique du sud, je souhaitais soumettre à votre jugement une réflexion sur l'utilisation du passé préhispanique dans la publicité en générale, et dans la confection des maillots du Mexique en particulier. Vous me direz : "N'est-on pas sur un bloc-notes un plus sérieux ?", "Vous sombrez dans le mercantilisme sur ce blog ?"... Et je vous répondrai que non. L'idée est d'analyser un phénomène social qui intervient directement avec notre domaine d'études : comment diable peut-on accoler un serpent à plumes et un maillot de football sur la même image. Cette note sera donc un peu notre moment "Culture Pub".

Souvenez-vous de cette vidéo que nous vous proposions il y a quelques mois.


Le groupe GRUMA, qui produit la maseca nécessaire à la fabrication de la tortilla, aliment de base de la plupart des foyers mexicains, propose une campagne de plusieurs spots dans le cadre des fêtes du bicentenaire de la révolution. Plusieurs utilisent volontiers le passé préhispanique comme argument de vente. Voici un spot se réappropriant la légende de Popocatepetl et d'Iztaccihuatl. Notez au passage le style manga qui donnent plus de mouvement et d'allant à la publicité.


Mais revenons à ce que nous proposions en introduction. Dès 1994, lors de la coupe de monde de football aux USA, le Mexique arborait un maillot Umbro avec des motifs géométriques, pas forcément très agréable à l'oeil mais qui à la connotation "indigena" comme on dit de ce côté de l'océan.


Maillot du Mexique en 1994
Photo retrouvée le 20 juin 2010 sur 

Puis en 1998, l'équipementier ABA proposait un maillot polémique et provoquait le dégoût de nombre d'aficionados du Tricolor, avec la Pierre du Soleil imprimé sur fond vert.


Ill. 1. Luis Hernandez avec le maillot du Mexique en 1998.
Retrouvé le 19 juin 2010 sur http://goo.gl/nNq1


Ill. 2. Pierre du Soleil, Mexica, Postclassique.
Photo B. LOBJOIS.

Pour la coupe du monde 2002, le Mexique changeait d'équipementier et un maillot sans aucune référence préhispanique. En 2006, lors de la Coupe du monde en Allemagne, Nike reprit le concept du passé préhispanique, mais de manière beaucoup plus discrète. Sur le scapulaire blanc, des têtes du dieu Ehecatl ont été sérigraphiées.


Ill. 3. Maillot du Mexique en 2006
Photo retrouvée le 20 juin 2010 sur http://goo.gl/ovHe

L'année dernière, Adidas est devenu l'équipementier officiel de l'équipe de football du Mexique. Et force est de constater que la firme allemande s'est montrée très inspirée (plus que Nike en tout cas), autant pour le design du maillot du Mexique que pour la campagne marketing qui l'accompagnait. On ne pourra pas en dire autant du maillot de l'équipe de France, dont les rayures blanches de renforçaient l'allure de guerriers décharnés à des joueurs déjà bien fantômatiques sur le terrain... Digne de la Fête des morts.

Rendons-nous d'abord sur le site spécialement créé pour l'occasion. Sur la page d'accueil, on peut y lire l'amorce suivante :
"Dificil es no sentirse orgulloso de nuestra historia porque el mexicano siempre ha sido un guerrero".


Ill. 4. Détail du maillot vert du Mexique 2010.
Photo retrouvée le 20 juin 2010 sur 

Risquons-nous maintenant à une petite analyse ethno-sociologique de tout ce matériel iconographique et littéraire. Le sentiment d'être mexicain, l'orgueil d'être mexicain sont autant d'éléments qui n'aurait pas manqué au débat nauséabond sur l'identité nationale en France. Ici, le passé préhispanique est dressé comme une référence. Mais cette référence est nécessairement tronquée si on considère que d'autres éléments comme les rituels (en particulier le sacrifice humain) sont complètement niés.

En quoi se manifeste le passé préhispanique dans la campagne d'Adidas ? Observons ce fond d'écran où le maillot noir du Mexique est posé en avant d'une représentation du serpent à plumes.


Ill.5.  Campagne publicitaire Adidas pour le maillot du Mexique.
Photo retrouvée le 20 juin 2010 sur 


Ill. 7. Serpent à plumes. Classique, Pyramide du Serpent à plumes, Teotihuacan.
Photo B. LOBJOIS, avril-mai 2002.

L'image de Quetzalcoatl, qui n'était pas la principale divinité des Mexicas, est présente. Mais difficile d'y voir un lien avec la guerre. En effet le Serpent à plumes, en l'occurence ici sous sa forme teotihuacaine, n'est pas directement lié à elle. Une image du Serpent de feu ou Xiuhcoatl eût été plus appropriée : Xiuhcoatl est l'attribut du dieu solaire Huitzilopochtli, à l'instar de l'aigle, animal solaire si on considère le cuauhxicalli ou le teocalli de la guerre sacrée.
Ceci étant, passons maintenant au maillot traditionnel vert.


Ill. 6. Campagne publicitaire Adidas pour le maillot du Mexique.
Photo retrouvée le 20 juin 2010 sur 

Ici figure la meilleure accointance entre l'archéologie, l'ethnohistoire et la publicité. Nous parlons souvent des guerriers-aigles mexicas. En novembre 2009, lors de notre conférence au Museo de Historia Mexicana, nous avions proposé un panaroma des différents ordres de guerriers et de leurs représentations bien avant les Mexicas du Postclassique. Ici le maillot mexicain prendrait tout son sens si on considère les plumes d'aigle qui sont sérigraphiées. C'est là que la métaphore intervient et qu'elle trouve sa limite. Il n'est nullement question de rituels dans l'Edifice des Aigles au Templo Mayor de Tenochtitlan ou de leurs combats sur le champ de bataille.

Mais pour rendre l'argument publicitaire valide, il est normal de mettre en avant ce qui est positif, quitte à prendre quelque liberté avec l'histoire des religions. L'utilisation du passé préhispanique pour donner un impact publicitaire plus importante est chose courante au Mexique. Mais le Mondial de football est généralement une caisse de résonnance autrement plus importante, encore plus maintenant avec la déroute française contre le Mexique.

Références :

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mercredi 16 juin 2010

Visitons (virtuellement) le musée de Comalcalco...

Comalcalco est un site archéologique située au Tabasco que nous avions présenté il y a environ une an et demi dans cette note.

L'INAH propose depuis quelques jours une visite virtuelle du musée du site. Comalcalco est un site singulier, puisque son architecture repose principalement sur l'utilisation de la brique.

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Discutamos México : la arqueologia

Et voici une nouvelle vidéo du programmme Discutamos México. Ce numéro 55 s'attarde sur l'archéologie.


Elle est disponible sur le compte Youtube de la chaîne OnceTV de l'IPN. On y retrouve Mario Alifat, Luis Alberto Martos, Rafael Cobos Palma. Le débat a été modéré par Roberto Garcia Moll. La première diffusion a eu lieu sur Canal Once le 1er juin 2010.

Les commentaires sur Youtube sont assez négatifs... Et vous qu'en pensez-vous ?
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jeudi 10 juin 2010

80 codex mexicains de la BNF bientôt disponibles

C'est le résultat de la persévérance d'une équipe de 70 spécialistes mexicains auprès des autorités de la Bibliothèque Nationale de France. Officiant au CIESAS (Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social), de l'INAH, de l'Universidad Veracruzana ou encore de l'ENAH, ils ont créé le projet Amoxcalli il y a six ans. Amoxcalli désignait autrefois en nahuatl l'édifice où étaient gardés les documents, notamment les tributs que devaient payer les vassaux de l'empire mexica.

Page du Codex Tolteca-Chichimeca,
Retrouvé le 10 juin 2010 sur 

On pourra regretter l'absence d'intérêt montré autant par les autorités de la BNF ou celle des Ministères de la Culture, de l'Education Nationale ou de la Recherche pour ce patrimoine étranger en terre française... A quand une exposition pour nous montrer ces trésors accessibles uniquement à certains chercheurs ? A quand un DVD ou des éditions papiers de tous ces codex? A quand un colloque pour nous les présenter ? Ce n'est pas tant les spécialistes français des textes qui manquent pour en proposer des études accessibles et intéressantes : Marc Thouvenot, Sybille de Pury, Patrick Johannsson ou encore Patrick Lesbre seraient certainement intéressés de nous les présenter. Il s'agit avant de volonté politique.

Le Mexique nous donne une leçon incroyable : dans le cadre du Bicentenaire de l'Indépendance et du Centenaire de la Révolution, les initiatives se multiplient pour mettre le patrimoine mexicain à la disposition de la population. Car même payant, le DVD qui sera préparé contient un patrimoine culturel dont nous ignorons parfois la présence frauduleuse en France. D'autre part la tenue du Cycle de Conférences sur les Codex Mexicains à la Bibliothèque Nationale de France, tous les lundis des mois de juin et juillet au MNA, permettra d'en savoir un peu plus sur les résultats de ce projet extraordinaire pour les études mésoaméricanistes.

Quarante-huit des quatre-vingts textes sont en outre complètement inédits. La BNF compte au total quelques 300 documents originaires de cette partie du Mexique. Il y a donc encore pas mal de travail pour les chercheurs... Parmi les plus connus, on trouve l'un des trois codex mayas encore existant, le Codex de Paris. On pourra également découvrir le Codex 20 Mazorcas, la Mapa Quinantzin, le Codex Tolteca-Chichimeca, etc. Vingt-quatre textes faisaient partie de la collection Lorenzo Boturini, du nom du voyageur chroniqueur du XVIII siècle qui avait parcouru la Nouvelle Espagne et en avait rapporté de nombreux documents et proposé une description.

La nouvelle est visible dans différents journaux mexicains comme El Universal, Milenio, ou même Publimetro. L'INAH a mis à disposition un petit diaporama sur son site. A vous de le voir. Les facsimile sont directement consultables sur la page internet du projet Amoxcalli.

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mardi 1 juin 2010

Deux boni sur le transfert du monolithe de Tlaltecuhtli

Il y a deux semaines, nous vous racontions comment le monolithe mexica le plus lourd jamais rencontré, a pris ses quartiers dans le vestibule du Museo del Templo Mayor, à México.
Depuis hier, on peut retrouver un compte-rendu signé Verenise Sánchez directement sur le site de l'INAH. Pour y accéder, cliquez sur le titre de cette note.
Vous y trouverez de nouvelles photos et quelques informations supplémentaires sur les conditions d'aménagement de la Pierre.

Mais surtout, vous pourrez voir ce mini-documentaire où vous verrez la très belle polychromie de cette pierre qui sera présentée dans le cadre de l'exposition sur le tlatoani Moctezuma II.


Personnellement, c'est un émerveillement renouvelé lorsque que je peux observer la finesse des traits de cette sculpture et la flamboyance de ses tons ocre, rouge et orange... Vivement les vacances d'été pour aller la voir tranquillement et saluer l'équipe d'archéologues du TM pour leur fantastique travail.

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