mardi 27 juillet 2010

Les conférences d'août au Museo del Templo Mayor

Le site internet du Museo del Templo Mayor fait la promotion de 4 conférences ouvertes au grand public, en marge de l'exposition Moctezuma II: tiempo y destino de un gobernante.

Voici l'affiche du programme :


Les conférences ont lieu de 10 à 13 heures. L'accès aux conférences se fait par inscription sur internet. Etant donné que ses conférences sont proposées au grand public, ne vous attendez pas à de grandes révélations ou à des hypothèses détaillées. Il s'agira certainement de mettre en valeur le travail des archéologues de l'INAH depuis la découverte de Tlatecuhtli en 2006. 

Si vous êtes un peu curieux et que votre espagnol n'est pas mauvais, n'hésitez pas à vous inscrire. D'autre part, nous vous espérons vous proposer une vidéo slideshare avec quelques photos prises lors d'une récente visite.
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Discutamos 72 - La idea de la muerte mexicana

Une des particularités de la culture est son rapport avec la mort. A la différence de notre conception européano-judéo-chrétienne, les Mexicains ont hérité d'une perception différente (préhispanique) de la mort qui s'est accomodé de l'évangélisation. Ce débat, modéré par Claudio Lomnitz, confronte les opinions de l'anthropologue Dora Sierra Carrillo, Juan Gregorio Regino et de l'archéologue Eduardo Matos Moctezuma. Il fut diffusé la première fois le 12 juillet 2010 sur CanalOnce IPN et rediffusé le 15 juillet 2010 sur TVUNAM.


On peut retenir la réflexion de Juan Gregorio Regino sur l'existence d'idéeS mexicaineS de la mort. Selon Matos Moctezuma, la Révolution mexicaine s'est tourné sur une vision aztécocentriste. Pour l'anthropologue Dora Sierra Carrillo, l'Indépendance mexicaine et la Révolution mexicaine sont des exemples du besoin de sauver le passé glorieux préhispanique mais d'ignorer le présent préoccupant, comme le fait également Porfirio Diaz en son temps. Elle insiste sur le fait que les traditions sont mieux conservées dans les provinces.

Bon visionnage en attendant vos commentaires sur ce blog ou sur Facebook !

Références bibliographiques :

MATOS MOCTEZUMA, Eduardo.
2000. Muerte a filo de la obsidiana. FCE, Mexico.

1986. Vida y Muerte en el Templo Mayor. Ediciones Oceano, Mexico, 143 p.

2005. Vida, pasion y muerte en Tenochtitlan. FCE, Mexico.

2007. « Quetzalcóatl y el mundo de los muertos ». In Isis y la Serpiente Emplumada. Egipto faraónico, Mexico prehispánico, UNESCO-Forum Universal de las Culturas Monterrey 2007, Monterrey, p. 166-175.

RAGOT, Nathalie.
2000. Les au-delàs aztèques. BAR international series. Paris monographs in American archaeology, Oxford.

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lundi 26 juillet 2010

Exposition La Ventilla, un barrio antiguo de la ciudad de Teotihuacan

Alors que l'exposition Teotihuacan, ciudad de los dioses continue son petit tour du monde, les responsables de l'INAH et de la zone archéologique de Teotihuacan ont décidé de proposer une exposition plus réduite en nombre de pièces mais pas en ce qui concerne sa qualité et son intérêt.

La Ventilla est un ancien quartier d'artisans situé au sud ouest de la zone archéologique de Teotihuacan. Son occupation remonte à 200 après Jésus Christ et se termina apparemment vers 650, probablement lors de troubles et d'incendies qui ravagèrent toute la cité. Ses habitants travaillaient la pierre, les plumes et les coquillages.

Depuis 1992, la Ventilla est régulièrement fouillée et a permis de retrouver une quantité d'objets et de peintures murales non négligeables. Parmi les objets exposés on compte des encensoirs, des caissettes, des boîtes et des figurines en céramique, des pierres vertes et des accessoires en nacre. D'autre part des reproductions des peintures murales, conservées in situ, sont proposées au public.

La Ventilla est un prototype de quartier teotihuacain si on considère son découpage de rues à angle droit, son système d'écoulement des eaux et une architecture organisée autour d'une place centrale, où les temples, les habitations et les ateliers des artisans sont clairement reconnaissables.

L'exposition est divisée en cinq parties. La première propose des maquettes qui reconstitue ce qu'aurait été le quartier de la Ventilla. La deuxième salle propose les répliques des peintures murales qui ornaient le temple principal du quartier : on peut y observer des coeurs humains sectionnés et des couteaux recourbés d'obsidienne. Mais ce sont surtout les peintures de l'Edifice aux bords rouges et la Cour des Chalchiuhuites qui sont mis en avant.

Le troisième espace de l'exposition explore les bâtiments administratifs dont la Cour des Jaguars et la Place des Glyphes sont les exemples les plus remarquables.


Jaguar, peinture murale de la Ventilla, Teotihuacan

Personnage portant une coiffe et plusieurs accessoires, La Ventilla, Teotihuacan.

Le quatrième temps de l'exposition permet d'aborder les logements et les ateliers des artisans de la Ventilla. Le visiteur peut autant voir les oeuvres de ces derniers que les outils qu'ils utilisaient pour les réaliser. C'est là également qu'on pourra faire connaissance des rituels funéraires pratiqués dans le quartier : trois des quelques trois cents enterrements retrouvés à ce jour ont ainsi été recréés à partir des données archéologiques obtenues lors des campagnes sucessives de fouilles. Mais on peut toucher la vie quotidienne de ces gens en voyant les objets qu'ils utilisaient pour conserver, préparer et conserver leurs aliments.

La dernière partie aborde le système politique qui pourrait avoir régi, non seulement le quartier de la Ventilla mais également la ville.

Au contraire de sa grande soeur, on peut regretter que l'expo la Ventilla n'ait pas bénéficié du même traitement. Elle restera ouverte jusqu'au 30 septembre prochain. Cependant on peut voir un petit diaporama sur le site de l'INAH.

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Arqueologia Mexicana n°104

Parler de sexualité d'un point de vue purement anthropologique peut paraître une gageure. Les préjugés liés à la sexualité demeurent tenaces : en témoigne la vente de ce numéro d'Arqueologia Mexicana au milieu d'autres revues de charmes dans les kiosques du DF. Parler de la sexualité en Mésoamérique avant l'arrivée des Espagnols pose naturellement la question de l'objectivité des sources espagnoles qui en parlent dans les premières années de la Conquête, surtout quand la majorité des textes dont nous disposons a été rédigée par des religieux.

Dans ce nouveau numéro d'Arqueologia Mexicana, les différents chercheurs ont tenté de remettre à plat nos connaissances sur ce sujet, en le traitant de manière objective. Il faut dire qu'il y a quelques temps, un colloque avait déjà été organisé sur le sujet. Notre vision des anciens peuples mésoaméricains est donc biaisée et remplie de préjugés.

Ce qui frappe à la lecture de ce magazine, c'est l'existence de différentes sexualités en Mésoamérique. Alfredo Lopez Austin explique bien que, selon les époques et les cultures, la sexualité a des pratiques et des significations variées. Néanmoins il établit un "trame dense de liens tissé pendant des millénaires, selon chaque tradition". Lopez Austin rappelle à juste titre que son article reste néanmoins très généralisant, car une recherche plus détaillée. Au début de son texte, l'auteur rappelle l'opposition et la complémentarité des principes mâles et femelles dans les traditions mésoaméricaines.

Ces différentes perceptions et manière de vivre la sexualité sont ensuite très clairement expliquées dans le reste des articles. L'article de Stephen Houston (récent co-inventeur de la tombe de Tortue Rouge à El Zotz) et de Karl Taube nous montre l'extrême pudeur  (à quelques rares exceptions) des Mayas à représenter l'accouplement. En revanche, les représentations phalliques sont plus nombreuses et souvent associées à la captivité. Le cas des phalli sculptés est également expliqué. Les auteurs rappellent que même des jouets à caractère sexuel pour femmes ont aussi été découverts dans le Cénote des Sacrifices, à Chichen Itza.


La déesse Ixic avec un vieux dieu. Codex de Dresde, p. 21c
Photo disponible le 24 juillet 2010 sur http://tinyurl.com/34rjuvx.

La masturbation est en fait un phénomène plus général auquel Carlos Navarrete Caceres a particulièrement prêté attention. Mais son étude porte uniquement sur la représentations (limitées) et les significations de la masturbation masculine. Elle semble essentiellement rituelle, les hommes répétant ce que certains divinités avaient pu faire pour créer. Elle est à mettre en relation directe avec la fertilité de la terre.

Felix Baez-Jorge propose un article-résumé de ses travaux sur les représentations du vagin denté en Mésoamérique. L'iconographie du vagin denté est en effet observable à différents endroits et à différentes époques. Il aurait d'ailleurs été intéressant que l'auteur en fasse un critère supplémentaire à la liste établie par Kirchoff pour définir la Mésoamérique. Au delà de l'existence généralisé de cet élément iconographique, Baez-Jorge établit des rapprochements intéressants avec les mythes identifiant la femme à la terre. Les références à l'épuisement du tonalli de l'homme par la répétition de relations sexuelles sont nombreuses, notamment chez Sahagun.

Guilhem Olivier revient plus longuement sur l'homosexualité que Houston et Taube ont rapidement abordé chez les Mayas. Le chercheur français reprend différents textes de l'époque coloniale. Il détaille également la nature infamante des travestis et les lois qui condamnaient cette pratique. Mais surtout l'analyse d'Olivier met en exergue la nature ambiguë, pour ne pas dire hermaphrodite des divinités mésoaméricaines, présentant toutes des aspects masculins et féminins. Il rapporte la ferme condamnation de l'homosexualité chez les Mexicas, même s'il croit deviner une orientation sexuelle de cet ordre chez Tezcatlipoca.

Homosexuel condamné au bûcher.
Codex de Florence, X, pl. 25v.
Disponible le 24 juillet 2010 sur http://tinyurl.com/272s6gl .

Un autre élément important des mythes mésoaméricains est la transgression sexuelle. Passablement étudiée et expliquée par Michel Graulich, elle fait l'objet d'un article de la part de Miriam Lopez Hernandez et Jaime Echeverria Garcia. Or ce texte semble  un écho des travaux du chercheur belge. Pour ceux qui connaissent ces travaux, il n'y aura donc pas grand chose de nouveau. Cependant il est nécessaire de bien comprendre cet élément fondateur qu'est la transgression sexuelle dans la pensée mésoaméricaine. C'est la transgression mythique qui fait apparaître l'humanité. C'est cette même faute qui rend l'homme mortel et le soumet à la volonté des dieux. L'article explique enfin judicieusement les conséquences morales et judiciaires de pratiques sexuelles illégales dans la vie quotidienne des anciens peuples mésoaméricains.

Pour terminer ce dossier, Yollotl Gonzalez Torres propose une étude plus générale sur la sexualité et la religion dans différentes cultures à travers le monde. Le travail de l'auteur peut sembler un peu éculé au regard des parties proposées : les représentations de la vulve, puis du pénis, l'importance du sperme, l'universalité de l'inceste divin, la prostitution, le célibat, la virginité, la castration.

En ce qui concerne les représentations homosexuelles observables, les auteurs en déduisent qu'il s'agissait probablement d'un rite de passage. Parmi les références souvent citées par les différents intervenants dans ce dossier, on note le travail de Guilhem Olivier sur l'homosexualité préhispanique dans les années 1990-2000.

Les articles périphériques à ce grand dossier sur la sexualité n'en demeure pas moins intéressants. On peut retenir cette page sur l'utilisation des anciennes techniques de fabrication pour la restauration de différents monuments et sites du Yucatan, alors que les techniques modernes avaient la réputation d'être plus efficaces.

Le Dr. Manuel Hermannn Lejarazu, un peu chahuté dans un courrier au magazine, présente l'histoire du Codex Colombino. Parallèlement Xavier Noguez s'intéresse à la Mapa de Tenochtitlan-Tlatelolco.

Soulignons le texte de Carlos Peraza Lope et Susan Milbrath sur un magnifique brasero retrouvé à Mayapan. Surnommé le scribe, cette céramique polychrome repèterait des éléments iconographiques et symboliques tant de la région maya que du Haut-Plateau central.


Le Scribe de Mayapan. Céramique polychrome,
Maya, Postclassique récent, hauteur : 50 cm.
Réserve de la zone archéologique de Mayapan, Yucatan.
Photo : Phil Hofstetter, retrouvé le 24 juillet 2010 sur http://tinyurl.com/25z4cmj .

Notons également la contribution d'Eric Taladoire sur la découverte de la tête olmèque de Hueyapan. Extrêmement bien documenté, cet article essaie de démêler les fils d'une pseudo-découverte et d'une localisation défaillante dans les récits de voyageurs de l'époque.


Gravure de la tête de Hueyapan, 
publié dans Melgar y Serrano (1898).
Image disponible le 24 juillet 2010 sur http://tinyurl.com/39cjb9j

Curieusement, c'est la première fois que le site de l'INAH propose un résumé de sa revue sur son site internet... Heureusement que nous résumons de manière critique la revue depuis quelque temps déjà.

Après cet article consacré à l'histoire de l'archéologie mésoaméricaine, Xabier Lizarraga Cruchaga propose d'établir un regard différent sur l'archéologie en utilisant "l'archéologie du comportement". Cet article est assez pointu et pourra paraître même être compliqué pour un spécialiste. Les exemples choisis demeurent trop théoriques et il aurait mieux voulu théoriser à partir d'un cas concret. Si on traduit la définition proposée par Lizarraga Cruchaga, on peut lire que : "l'anthropologie du comportement analyse les populations du passé en prenant en compte l'environnement et les modifications que lui font les hommes pour obtenir des ressources dont ils peuvent profiter". Cette définition est complétée de la manière suivante : "c'est un outil qui relie les organismes vivants et leurs environnements pour comprendre pour quelle raison et pour quel objectif une série d'activités arrivent à laisser des traces, qui possiblement, deviennent une découverte archéologique.

Références bibliographiques :

OLIVIER, Guilhem.
1992. "Conquistadores y misioneros frente al 'pecado nefando' ". In Historias, vol. 28, p. 47-63.

1997. Moqueries d'un dieu aztèque. Tezcatlipoca, le "Seigneur au miroir fumant". Institut d'Ethnologie - CEMCA, Paris.

2004. "Homosexualidad y prostitución entre los nahuas y otros pueblos del Postclásico ". In Historia de la vida cotidiana en México, vol. I, Mesoamérica y los ambitos indigenas de la Nueva España, P. Escalante Gonzalbo (coord.), El Colegio de México - FCE, México, p. 301-338.


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vendredi 23 juillet 2010

Découverte d'une tombe royale à El Zotz, Petén, Guatemala

L'archéologue et épigraphe de l'université d'Austin, David Stuart propose une petite note sur une découverte récemment faite sur le site guatémaltèque d'El Zotz. Il cite un article d'un journal en ligne, Prensalibre, qui donne de nombreux détails sur cet événement.
Une équipe d'archéologues américains et guatémaltèques dirigée par les archéologues Stephen Houston (Brown University) et Edwin Roman (University of Texas, Austin) aurait mise au jour une tombe royale.

Situé à une vingtaine de kilomètres de Tikal, dans la région du Petén, au Guatemala, El Zotz n'en était pas pour autant une allié. Au contraire, les études épigraphiques laisserait plutôt penser qu'elle était soumise à El Peru, site tributaire de Calakmul, l'ennemi de Tikal. D'ailleurs, selon les mêmes données, El Zotz (La chauve-souris) s'appelait alors Pa'chan (Ciel fortifié). Il semblerait aussi qu'elle partageait le glyphe-emblème de Yaxchilan, dans l'actuel état du Chiapas. La superficie de la ville était d'environ 0,75 km2. Les premières d'occupation du site remonte au Préclassique mais c'est au Classique moyen que la ville a connu son apogée. C'est à ce moment aussi qu'on peut noter des signes de l'influence de Teotihuacan sur le pouvoir de l'époque.


Victime de nombreux pillages dans les dernières décennies, El Zotz a attiré l'attention des archéologues dernièrement. La plus haute pyramide du site, surnommée "El Diablo" culmine à 45 mètres. C'est sous cette pyramide que Houston et Roman ont mis au jour la tombe d'un roi qui se serait appelé Chak et qui aurait régné au 4ème siècle de notre ère. Pour y accéder, les archéologues ont fait face à une stratigraphie complexe, faite de couches de pierres plates, d'os humains préservés par la boue, de morceaux de bois gravés, de matières organiques.


Tombe de Chak.
El Zotz, Petén, Guatemala, Classique moyen.
Photo disponible le 23 juillet 2010 sur http://bit.ly/93OH8p .

Le sarcophage a des dimensions relativement imposantes : 1,90 m de haut, sur 3,70 m de long et 1,20 m de large.

Tombe de Chak.
El Zotz, Petén, Guatemala. Classique ancien
Photo d'Arturo Godoy retrouvée le 20 juillet 2010 sur http://bit.ly/b4Fjm4 .

Parmi le mobilier funéraire retrouvé, il y a cette jolie céramique à couvercle zoomorphe. Elle servait apparemment à garder les tamales au chaud.


Bol pour tamales à couvercle zoomorphe.
El Zotz, Petén, Guatemala. Classique moyen.
Photo d'Arturo Godoy retrouvée le 23 juillet 2010 sur http://bit.ly/9kkQDD.

Parmi les autres objets laissés en offrande, il convient de ne pas oublier les fragments de doigts  ou les dents décorés qui auraient été enveloppés dans des feuilles, avant d'être déposés dans un autre plat à tamales en céramique rouge. Selon Houston, cela pourrait symboliser un repas symbolique.


Dents incrustées.
El Zotz, Petén, Guatemala. Classique moyen
Photo d'Andrew Sherer retrouvée le 23 juillet 2010 sur http://bit.ly/aYWtnI .

Dans une autre bol en céramique datant de la même période, ce sont les restes incinérés d'un bébé qui ont été retrouvés. Au final, ces céramiques étaient apparemment disposées selon les quatre points cardinaux, le sarcophage en étant le centre.


Mille-pattes, céramique gravée.
El Zotz, Petén, Guatemela, Classique moyen.
Photo d'Arturo Godoy retrouvée le 23 juillet 2010 sur http://bit.ly/aSGSSM .

A l'intérieur même de la tombe, les fouilles ont révélé les restes de six jeunes enfants âgés entre 1 et 5 ans. Si ce genre de pratique reste marginale en zone maya, il est bon de rappeler que ce type d'enterrements était connu à Teotihuacan (voir les fouilles de Batres dans la Pyramide du Soleil), ou au Templo Mayor de Tenochtitlan. Il s'agissait alors de complaire Tlaloc, le dieu des pluies et de la fertilité et exceptionnellement Huitzilopochtli, le dieu du soleil.

En revanche les os de Tortue rouge semblent déjà parler : il souffrait d'arthrose mais n'est pas mort d'une maladie infectieuse. Il portait des ornements en coquillage en forme de clochettes. Autour de sa ceinture et de ses jambes, des bracelets en crocs de chiens devaient résonner. Car ce genre d'accessoires est déjà répertorié dans l'iconographie maya : elles sont portées par des danseurs qui effectuent une danse rituelle. Selon Houston, le roi aurait fait partie des personnes qui auraient pour son propre enterrement.

La découverte de cette tombe remonte au 27 mai dernier. Cela sous-entend que tous les objets retrouvés auront besoin d'études plus poussées et permettront d'apporter de nouvelles réponses et de nouvelles questions.

Pour en savoir, faites un petit par l'article "El Zotz" disponible sur Wikipedia (en anglais uniquement).
Parmi les articles sérieux, on peut lire cette dépêche de John Roachs disponible sur le site de National Geographic. Les photos que nous avons utilisées pour cette note sont extraites d'une petite galerie disponible encore une fois sur le site de National Geographic News.
N'oublions pas surtout la page internet d'El Zotz, disponible sur Mesoweb.

Pour le reste, voici trois références bibliographiques téléchargeables sur la toile.

Houston, Stephen. "In the Shadow of a Giant: Research at El Zotz, Guatemala". In Mesoweb articles. Mesoweb: An Exploration of Mesoamerican Cultures. http://www.mesoweb.com/zotz/articles/Shadow-of-a-Giant.pdf. PDF en ligne, disponible le 23 janvier 2010.

Houston, Stephen; Héctor L. Escobedo; Zachary Nelson; Juan Carlos Meléndez; Fabiola Quiroa; Ana Lucía Arroyave and Rafael Cambranes (2007). "A la sombra de un gigante: Epigrafía y asentamiento de El Zotz, Petén." (versión digital). In XX Simposio de Investigaciones Arqueológicas en Guatemala, 2006 J.P. Laporte, B. Arroyo and H. Mejía (éds), Museo Nacional de Arqueología y Etnología, Guatemala, pp. 395–418. Disponible le 23 juillet 2010 sur http://www.asociaciontikal.com/pdf/25_-_Houston_et_al.06_-_www.pdf.

Laporte, Juan Pedro (2006). "Trabajos no divulgados del Proyecto Nacional Tikal, Parte 4: Rescate en El Zotz, San José, Petén." In XIX Simposio de Investigaciones Arqueológicas en Guatemala, 2005 J.P. Laporte, B. Arroyo and H. Mejía (éds.), Museo Nacional de Arqueología y Etnología), Guatemala, pp. 949–971. Disponible le 23 juillet 2010 sur http://www.asociaciontikal.com/pdf/86_-_Laporte.05_-_Digital.pdf.

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La théorie du mille-feuilles : le cas de Bellas Artes

Pas de recette pour amateurs d'anthropophagie aujourd'hui. Il s'agirait plutôt de parler de techniques archéologiques et de leurs résultats. Le mille-feuilles est évidemment une métaphore pour désigner ce qu'on appelle stratigraphie. J'ai beaucoup aimé cette photo proposée dernièrement sur le site de l'INAH : elle constitue un excellent exemple de stratigraphie.

Stratigraphie des fouilles du Palacio de Bellas Artes.
Photo disponible le 20 juillet 2010 sur http://bit.ly/bJkA5B .

Si l'analyse stratigraphique est une technique basique et ancienne de l'archéologie, elle n'a été introduite au Mexique que lors de fouilles dirigées par Manuel Gamio à Azcapotzalco vers 1908.

C'est grâce à la stratigraphie qu'on peut notamment dater différentes couches sédimentaires. Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, la stratigraphie nous permet de comprendre les différents phases d'occupation des environs du Palacio de Bellas Artes, tout près du centre historique de la ville. Sa construction débuta en 1910 pour fêter le centenaire du début de la guerre d'indépendance du Mexique. Mais des problèmes géologiques et la Révolution qui commença cette même année obligea le vieux président-dictateur Porfirio Diaz à quitter le pays et arrêtèrent le chantier qui ne se terminera qu'en 1934.

Depuis un an et le début des préparatifs du Bicentenaire de la Guerre d'Indépendance, l'arrière et le flanc du Palacio font l'objet d'une campagne de fouilles par la Direction de sauvetage archéologique de l'INAH. Miguel Hernández Pérez, coordinateur du projet, est revenu sur les avancées réalisées par son équipe lors des fouilles qui s'arrêteront dans les tout prochains jours.

Au total, ce sont 50 artefacts d'origine préhispanique, coloniale et même chinoise, une douzaine d'enterrements qui ont été extraits du sol, témoins de l'activité humaine dans cette partie très vivante du DF. Selon Hernández Pérez, tout commence par l'existence d'un site mexica, appartenant au calpulli de Moyotlan. Construit au sein d'un vaste réseau de canaux, les habitants de Tenochtitlan, appelés Tenochcas, y avaient construit des chinampas qui permettaient une agriculture qu'on peut encore observer dans la région de Xochimilco.

Les archéologues ont pu retrouver des figurines, des vaisselles, des sceaux, des encensoirs, des plats tripodes, des caissettes, des molcajetes (qui servaient à moudre les aliments), une lame d'obsidienne, des sifflets, l'extrémité d'une coa (bâton de semailles très importante dans les cultures mésoaméricaines), un brasero. Ces objets sont datés des phases Azteca II et III et Rojo Texcoco, c'est-à-dire au Postclassique terminal, peu avant la Conquête.

En ce qui concerne l'époque coloniale, les fouilles ont fait ressurgir les ruines d'un ancien couvent du 17ème siècle : une des quatre cours, des restes de colonnes, des pièces peintes de blanc et rouge avec des grecques de style Renaissance, des écus décorés d'anges, des motifs floraux et animaux, des médaillons avec des images franciscaines figurent parmi les éléments retrouvés. La dernière phase de construction du bâtiment a laissé comme traces une fontaine octogonale sur laquelle ont été posé des émaux blancs et bleus, une pile carrée et des pieds de colonnes de style toscan.

Les dix corps enterrés et couvert de chaux dateraient de la fin de la Colonie, suggérant qu'ils ont été victimes d'une épidémie. Toutefois les échantillons de chaux et de textiles seront analysés pour déterminer la maladie qui a frappé ces personnes.

Enfin, parmi tout le matériel en céramique correspondant à cette époque, Hernández Pérez rapporte l'existence d'assiettes avec le nom de nonnes, des assiettes, des cuillères, mais aussi des porcelaines Ming importées de Chine. Il convient de rappeler qu'à cette époque, l'empire espagnol s'étendait des Philippines à la Terre de feu et les échanges commerciaux entre la Nouvelle-Espagne et l'Asie étaient monnaie courante.

Comme vous l'aurez, ces longues fouilles de sauvetage, ont permis de confirmer une chronologie supposée. Qui plus est, la quantité d'objets et la variété de leurs origines montrent combien Mexico est une ville vivante et mouvante.
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mardi 20 juillet 2010

Découverte d'un four préhispanique à El Teúl, Zacatecas

Le site archéologique d'El Teúl n'est pas très connu. Situé dans l'état de Zacatecas dans le nord du Mexique, il sera prochainement ouvert au public. L'archéologue Peter Jiménez, codirecteur del Proyecto Arqueológico del Cerro de El Teúl avec Laura Solar, a récemment présenté au public l'avancée des fouilles.


El Teúl, dont la superficie atteignait 150 hectares, se caractérise par une occupation continue depuis 200 avant notre ère jusqu'à 1500, trois fois plus que les sites d'Alta Vista ou La Quemada, situés également dans l'état de Zacatecas. Le site aurait été un centre religieux important des Caxcanes, une ethnie qui combattit les Espagnols au milieu du 16è siècle. Lors de la première campagne de fouilles, les découvertes ont été nombreuses.

Jiménez a notamment insisté sur l'existence d'un four en pierre, daté de l'époque précolombienne, certainement le plus ancien en son genre. Cependant une datation plus précise doit prochainement être effectuée au moyen des restes de maïs carbonisé. Il était utilisé pour faire fondre du cuivre.

Deux pyramides en parfait état de conservation ont été mises au jour. Elles dateraient de l'Epiclassique. Des traces d'incendies y ont été observées. A proximité des pyramides, les fouilles ont révélé la présence d'un autel de six mètres de diamètre.


Place des deux pyramides, El Teúl, Zacatecas, Postclassique.
Photo disponible le 20 juin 2010 sur http://bit.ly/aGv77T.

Autel, El Teúl, Zacatecas, Postclassique.
Photo disponible le 20 juin 2010 sur http://bit.ly/9Y9zQs .

Les archéologues ont également procédé à une exploration de la moitié du terrain de jeu de balle. Deux étapes de construction ont été ainsi retrouvées. La première date de l'Epiclassique. Une maçonnerie plus fine fermait le terrain au Postclassique. Sur les pierres qui ornaient le terrain, on peut voir des reliefs.


Terrain de jeu de balle, El Teúl, Zacatecas,
Epiclassique et Postclassique.
Photo disponible le 20 juin 2010 sur http://bit.ly/beZB0X

Enfin sept tombes, dites tumbas de tiro, ont été retrouvées et explorées. Néanmoins les archéologues ont dû faire preuve de patience et d'ingéniosité. Datées du Classique moyen (200-400 après Jésus Christ), elles ont été détectées grâce à un magnétomètre, outil qui permet de retrouver des espaces scellés placés sous le sol. Ce type d'enterrement est typique des cultures de l'Occident, comme le montre la carte ci-dessous.

Carte des tumbas de tiro.
Disponible le 20 juillet 2010 sur http://bit.ly/9kuTsd .

Peter Jiménez a enfin indiqué ses objectifs pour les deux prochaines saisons. Il s'agira dans un premier temps, il s'agira d'explorer les tombes y l'environnement immédiat du four de la fonderie, l'aire de meunerie. Ensuite des fouilles seront entreprises sur une autre section du jeu de balle et les alentours des deux pyramides afin de procéder à leur restauration.

En supplément :
Pour comprendre le principe de fonctionnement du magnétomètre, je vous recommande cette page du Centre d'Energie Atomique.
Pour les tumbas de tiro, consultez cette page de Wikipedia ou même cette page officielle de la commune d'El Teul et cette autre contenant les photos que nous vous proposons pour illustrer cette note.
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Le patrimoine archéologique intact après le passage d'Alex

Les sites archéologiques et historiques du Nuevo Leon et du Coahuila en ont vu d'autres... La tempête tropicale Alex qui a récemment frappé le nord-est du Mexique en détruisant bon nombre d'infrastructures modernes et en tuant plus d'une vingtaine de personnes, a provoqué des dégâts plus limités.


A Monterrey, l'ancien palais de l'êvéché est intact. L'ancien Palacio de Gobierno de l'état a connu des infiltrations au niveau du toit, suites aux précipitations longues et soutenues. L'ancien palais municipal qui abrite les archives de la ville de Monterrey en a été quitte pour quelques trous dûs à une mauvaise imperméabilisation de son toit.

Le site d'art rupestre de Boca de Potrerillos, situé dans l'arrondissement de Mina, n'a connu aucun éboulement. Le site au plus de 10000 pétroglyphes et futur candidat au Patrimoine mondial de l'humanité a cependant vu sa voie d'accès coupée sur une dizaine de mètres. Des réparations seront prochainement entreprises. La crue a également bloqué l'accès à l'hacienda d'Icamole où l'ancien présdent Porfirio Diaz et Francisco Zapata s'étaient rencontrés il y a un peu plus d'un siècle

En revanche, la situation est différente à Linarés, petite ville du Nuevo Leon. Une partie de l'hôtel de ville, construit au début du 20è siècle, s'est effondré. Cependant l'INAH avait fortement recommandé aux autorités locales de procéder à des travaux d'imperméabilisation. La cathédrale de Linarés a été temporairement fermée afin de mesurer les dégâts dues aux infiltrations.

 Hôtel de ville de Linarés, Nuevo Leon.
Photo disponible le 20 juillet 2010 sur : http://bit.ly/b7GwXLhttp://bit.ly/b7GwXL

La maison des parents de l'ancien président Venustiano Carranza, située à Cuatro Ciénegas de Flores et transformée en musée, dans l'état de Coahuila, a vu certains de ses murs s'effondrer.


Maison-musée Venustiano Carranza, Cuatro Cienegas de Flores, Coahuila.
Photo disponible le 20 juillet 2010 sur : http://bit.ly/9tVd7b

Le problème est qu'Alex a été le premier cyclone de la saison des pluies. Les autorités de l'INAH sont donc en alerte rouge pour un long moment. Espérons que d'autres tempêtes ne viendront pas faire tomber ce qui aura déjà été affaibli.
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samedi 10 juillet 2010

Mémoire du Colloque Antropología e historia de Tlaxcala

Un de nos lecteurs, Ch'ti Marseillais pour le nommer, nous a aimablement envoyé un lien vers une page très intéressante de l'INAH à côté de laquelle nous étions complètement passés.

Il s'agit du mémoires d'un colloque organisé en novembre 2009 par l'INAH-Tlaxcala et intitulé Antropología e historia de Tlaxcala. Or voici que l'INAH a décidé de proposer gratuitement les interventions réalisées sous forme de fichiers pdf téléchargeables gratuitement en cliquant sur le titre de cette note ou ici.
Comme vous le verrez, il y en a pour tous les goûts : histoire, ethnohistoire, archéologie, histoire de l'archéologie...

Bonne lecture et merci encore à Ch'ti Marseillais !

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vendredi 9 juillet 2010

Visite virtuelle de la zone archéologique de Tlatelolco

Voici un hyperlien que l'INAH propose pour ceux qui n'ont pas eu la chance de visiter l'ancien centre cérémoniel de Tlatelolco, à quelques kilomètres de celui de Mexico-Tenochtitlan. Comme d'habitude la réalisation de cette visite est intéressante. Les photos sont de bonne résolution. Il manquerait peut-être la possibilité de pouvoir zoomer sur telle ou telle partie d'un édifice, pouvoir télécharger gratuitement certaines documentations complémentaires pour mieux comprendre l'importance de Tlatelolco, mais ce site donnera envie de visiter réellement la zone archéologique



Tlatelolco est un lieu qui a connu de grandes tragédies, à partir de la Conquête espagnole. En 1968, sur la place des Trois cultures qui fait allusion au métissage des cultures espagnoles et mexicas, a eu lieu un massacre d'étudiants qui manifestaient alors pour demander des changements profonds dans la société et la politique mexicaines. Le président Diaz Ordaz, issu du Parti Révolutionnaire Institutionnel, ordonna à l'armée de disperser les étudiants à n'importe quel prix.


Aujourd'hui, Tlatelolco combine une architecture indigène, coloniale et contemporaine. On peut la zone archéologique gratuitement, se recueillir dans la très sobre église Saint-Jacques. Tlatelolco avait un poids important dans la structure de l'empire mexica-tenochca. C'est à Tlatelolco qu'arrivaient toutes les marchandises originaires de l'Anahuac ou de régions plus lointaines.



Les trois illustrations de cette note ont été prise par votre serviteur en juillet 2009. Mentionnez le travail si vous souhaitez réutiliser ces photos.

Bonne visite !

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Une stèle de Tonina bientôt complète au MNA

Dans une note disponible sur le site de l'INAH (cliquez sur le titre pour la lire en espagnol), on apprend que la stèle nommée "Seigneurs divins de Tonina créant l'univers" et présente dans la salle Maya du Museo Nacional de Antropología sera bientót présentée au public dans son intégralité.

Découverte en 2002, lors de fouilles dans le Palacio Witz de Toniná, cette stèle, ou Monument 172, a une histoire particulière. Mesurant 137 cm de long pour 49,5 cm de large, elle comporte des glyphes qui ont permis de la dater au 28 octobre 727 après Jésus Christ, au Classique récent. Chose curieuse, la stèle avait arraché au Palais des Coquillages et  réutilisée comme linteau au XVe siècle par les Tzetzal qui avaient réoccupé l'acropole de Tonina. Sculptée dans un bloc de calcaire, elle ne put résister à la pression et fut ensevelie, avant d'être retrouvée 600 ans plus tard, rompue en trente-sept fragments.


Ill. 1 : Monument 127, Tonina, Maya, Classique récent.
MNA, Mexico.
Photo le 8 juillet 2010, retrouvée sur http://goo.gl/C936 .

Les mêmes glyphes rapportent la tenue d'un jeu de balle entre les seigneurs Griffe de jaguar à gauche et Kinich Baknal Chaak à droite. Chacun porte des genouillères, une jupette en cuir, un joug, une palme et des haches (voir les flèches de couleurs sur l'illustration). Selon l'étude épigraphique, Griffe de jaguar avait commandé cette stèle 4 années après son accès au trône de 'Po (ancien nom de Tonina), vingt ans après le décès de son ancêtre Kinich Baknal Chaak. Griffe de jaguar a des traits solaires si on considère sa coiffe ornée de longues plumes. A l'opposé, Kinich Baknal Chaak porte une coiffe ornée d'un oiseau de l'inframonde.

Selon la note de l'INAH, cette scène reproduirait le troisième épisode des jumeaux divins dans le Popol vuh, lorsque ces derniers vainquent les seigneurs des ténèbres au jeu de balle.

L'archéologue Juan Yadeun, directeur de fouilles à Tonina, explique dans la même note comment ses équipiers ont réussi à retrouver le fragment manquant. Ils sont partis de l'hypothèse selon laquelle cette stèle avait été arraché à la structure la plus importante de Tonina : le Palais des Coquillages. Ce fut chose faite il y a quelques années. La pièce fut nettoyé et restaurée. Elle sera prochainement réintégré au monument 127. Yadeun pense que ce fragment de main a délibérément été laissé au Palacio del Caracol, car la chèferie tzeltal aurait porté le nom de "Seigneurie de la main puissante".


Ill. 2. Fragment manquant du monument 172, Tonina.
Calcaire, Maya, Classique récent.
Photo disponible le 8 juillet 2010 sur http://goo.gl/LAFv .

Les photos que nous avons traitées sous GIMP sont visibles sur cette projection de diapositives en ligne. L'information a été reprise par La Jornada, dans son édition en ligne du 8 juillet 2010.

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