mardi 31 août 2010

Le Teocalli de la Guerre sacrée à l'exposition sur Moctezuma II

Le Teocalli de la Guerre Sacrée est une sculpture unique en son genre. Ne quittant que rarement son enceinte, elle accueille les visiteurs de l'exposition Moctezuma dont l'inauguration a eu lieu en juillet dernier. La commissaire de l'exposition, Bertina Olmedo, a apporté quelques précisions sur le Teocalli dans une dépêche de l'INAH, consultable en cliquant sur le titre de cette note.

Commençons par rappeler les dimensions de cette sculpture : 1,23 m de haut, pour 92 cm de large et 1 m de profondeur. Elle est faite d'un bloc de pierre volcanique sculpté en bas-relief sur chaque face. Pour comprendre les différents éléments iconographiques de référence, nous vous recommandons de télécharger une présentation disponible en format .pptx, .odt ou .pdf sur notre compte Slideshare.


Pour réaliser cette présentation, nous avons repris les observations et certaines interprétations primaires de Maria Teresa Uriarte dans un article qu'elle a rédigé en 2002 et celles réalisées dans une participation de Michel Graulich en 1997. Il convient de mettre en avant aussi certains aspects de son analyse. Commençons par le contexte de la découverte de la sculpture. Elle fut localisée en 1831 si on en croit Pasztory (1983: 167). Mais les fouilles qui ont permis de la dégager puis de l'extraire ne date que de 1926, près de la tour sud du Palais National (Solis, 1992). Graulich se démarque de l'affirmation de Pasztory (et par conséquent d'Uriarte). D'ailleurs, c'est toute son approche de la signification du monument qui remet en cause l'interprétation historiciste et politique proposée par Townsend ou Umberger.

Pour Graulich, il faut établir des oppositions binaires pour obtenir "une explication plus complète et cohérente" du Teocalli de la Guerre Sacrée (1997: 178). Cela passe par une étude iconographique complétée par celle des mythes et textes se référant aux origines de la Guerre Sacrée. Graulich mentionne en particulier Chimalpahin, un chroniqueur de l'époque coloniale: l'existence de "guerres fleuries"  remonterait entre les Chalcas et les Tlacochcalcas, puis entre les premiers et les Tépanèques au début dans la première du 14è siècle (1967: 177 y 183). La présence de tzompantli à Chichen Itza et à Tula sur lesquels on exposait les crânes de victimes sacrificielles anticiperait l'existence de ce genre de conflit arrangé.

Comme l'indique très bien Matos Moctezuma dans la vidéo sur l'exposition Moctezuma II proposée par INAHTV, le Teocalli comporte l'une des rares représentations préhispaniques de la fondation de Tenochtitlan. Si on regarde la partie postérieure de la sculpture,on peut voir l'aigle juché sur un nopal qui sort du ventre d'une figure féminine, si on en juge la robe ornée de jades.

Ce qui frappe le spécialiste qui observe attentivement toutes les faces de la sculpture, c'est la répétition du glyphe atl-tlachinolli. Pas moins de neuf occurrences sont en effet observables. Atl et tlachinolli sont de vocables nahuas qui signifient respectivement "eau qui se brûle". Ensemble, ils forment un doublon métaphorique qui signifie sang ou feu mais renvoie aussi à la destruction à la mort donc à la guerre (Alcina Franch, 1995: pp. 7-44).

Si, selon Uriarte, le glyphe 1 Silex serait la date de  la victoire des Mexicas, commandés par Itzcoatl, sur les Tépanèques, pour Graulich (1997: 178-9), cette date fait référence à la naissance des 400 Mimixcoa qui furent sacrifiés pour ne pas avoir rempli leur devoir sacré : les nourrir en commençant une guerre sacrée. Graulich rappelle aussi qu'1 Silex correspond à la date de naissance de Huitzilopochtli, le dieu tutélaire des Mexicas. Cette date peut donc être comprise tant sur un plan historique que sur un plan mythique.

Parallèlement, il convient de retenir la représentation de Moctezuma II sur le monument, reconnaissable par le glyphe de coiffe royale,  le xihuitzolli, qui le caractérise dans les manuscrits coloniaux ou sur d'autres sculptures. Sur la partie supérieure frontale supérieure, Moctezuma II  est représenté à droite du soleil portant la date 4 mouvement, faisant face à Huitzilopochtli dont le pied gauche est remplacé par une tête de xiuhcoatl, le serpent de feu.


Couronnement de Moctezuma,
Duran, 2002, pl. 37
Disponible le 22 juin 2010 sur  

Graulich estime aussi que les deux récipients couverts de plumes d'aigle (cuauhxicalli) et d'une peau de jaguar (ocelocuauhxicalli) ont une relation étroite avec les dates 2 Roseau et 1 Lapin placé sur les rampes du Teocalli. En 1 Lapin est créée la Terre, juste avant son écartèlement selon les mythes. En 2 Roseau, Tezcatlipoca crée le feu (Graulich, 1997 : 183). C'est à cette date qu'on procédait au réallumage du Feu Nouveau.

Pour terminer cette note, nous vous proposons la lecture de cette page du quotidien el Universal. Vous y retrouverez quelques détails sur l'exposition combinés avec quelques phrases d'Eduardo Matos Moctezuma. Nous vous laissons d'ailleurs avec ce dernier qui résume en quelques mots les principaux aspects du Teocalli dans cette vidéo disponible sur la chaîne INAHTV.


Références bibliographiques
ALCINA FRANCH, José. 1995. "Lenguaje metafórico e iconografía en el arte mexica". In Anales del IIE, 66, UNAM, Mexico, p. 7-44 (pdf).
CASO, Alfonso. 1927. El Teocalli De La Guerra Sagrada : Descripción Y Estudio Del Monolito Encontrado En Los Cimientos Del Palacio Nacional.
DURAN, Fray Diego. 2002. Historia de las Indias de la Nueva España e Islas de la Tierra Firme. Cien de México, 2 vols., CONACULTA, Mexico. [rééd. 1995]
GRAULICH, Michel. 1994. Montezuma, Fayard, Paris, p.196-198.
GRAULICH, Michel. 1997. « Reflexiones sobre dos obras maestras del arte azteca: la Piedra del Calendario y el Teocalli de la Guerra Sagrada ». In De hombres y dioses, Xavier Noguez y Alfredo López Austin (coordinadores), El Colegio de Michoacán – El Colegio Mexiquense, A.C., Zamora – Zinacantepec.
LÓPEZ LUJÁN, Leonardo et Guilhem OLIVIER. 2008. "La estera y el trono. Los símbolos de poder de Motecuhzoma II". In Arqueología Mexicana, vol. XVII, núm. 98, Editorial Raices-INAH,  Mexico, p. 40-46.
PALACIOS, E.J. 1929. La Piedra del Escudo Nacional de México. Publicación de la SEP, 22, 9, Mexico.
TOWNSEND, Richard. 1979. State and Cosmos in the Art of Tenochtitlan. Dumbarton Oaks, Washington.
UMBERGER, Emily. 1984. "El trono de Moctezuma". In Estudios de Cultura Nahuatl, 17, p. 63-87.
URIARTE, Maria Teresa. 2003. "El Teocalli de la Guerra Sagrada. Símbolo del poder méxica". In Arqueología Mexicana, vol. XI, nº62, Editorial Raices-INAH, Mexico, p.76-79.

Partager

Ajout d'un nouveau souverain à Tonina

Tonina refait parler d'elle. Nous avions évoqué les différentes découvertes annoncées depuis le début de cette année. Cette fois-ci la découverte est à mettre au crédit des épigraphistes de l'INAH.

Carlos Pallán Gayol, directeur de l'Acervo Jeroglífico e Iconográfico Maya (Ajimaya), a expliqué comment un nouveau nom a fait son apparition dans la chronologie quelque peu chaotique des différents souverains de Tonina. K'awill Yopaat est apparu sur une fragment de roche sculptée. En fait les chercheurs ont déduit K'awill par la présence de la tête du dieu homonyme de la foudre (cf. Maya Word Glyphs, par Stephen Houton).

Glyphe K'awiil (T1030b:178),
retrouvé le 30 août 2010 sur : http://goo.gl/s6XP .
Un autre glyphe, présentant des similitudes avec celui du dieu des tempêtes Yopaat.

Glyphe Yopaat (T115.229:552:103), retrouvé le 30 août 2010 sur : http://goo.gl/GpwM 


Sur les royaumes mayas pendant le Classique, je vous recommande ce papier rédigé par l'archéologue allemand Nikolaï Grube et son collègue Simon Martin.
2000. "Chronicles of the Maya Kings". Thames and Hudson, Londres, p. 14-21.

Nous vous recommandons particulièrement l'exploration du site de Stephen Houston, ou encore le dictionnaire de glyphes mayas de John Montgomery, proposé sur le site du FAMSI.
Partager

lundi 30 août 2010

Explorations à Uxul, Campeche

Une équipe mexicano-allemande a fait une découverte apparemment peu importante mais qui apporte de nombreuses informations sur la vie quotidienne des habitants de Uxul. Ce site situé dans la jungle yucatèque, au sud-ouest de Calakmul et au nord d'El Mirador, avait été découvert en 1934 et baptisé ainsi par Karl Ruppert et John Denison, chercheurs de la Carnegie Institution of Washington.

Uxul, traduction yucatèque d' "à la fin", est seulement accessible par des chemins de traverse cachés dans la Biosphère de Calakmul dans l'état du Campeche. C'est d'ailleurs ce qui le protège du flot des touristes et certainement pas des pilleurs. Car, depuis les visites de Ruppert, le site a passablement souffert des visites sans tact  et aux conséquences désastreuses pour l'analyse de contextes. Cela n'a pas empêché Iken Paap, co-directeur du Projet Uxul avec Nikolaï Grube (Université de Bonn) et Antonio Benavides Castillo, de cartographier le site depuis 2009 avant d'entreprendre des fouilles à Uxul (voir la galerie pour la saison 2010).

D'ailleurs son équipe a découvert l'existence de deux réservoirs d'eau d'un volume approchant les 100 mètres cube. Ce genre d'infrastructures existe également dans d'autres sites. Selon les déclarations faites par Paap dans un article sur le site eukalaert, elles avaient la même fonction que nos châteaux d'eau : elles servaient à garder l'eau potable, notamment pendant la saison sèche. Ce sont ainsi deux mille personnes qui pouvaient survivre pendant trois mois, sans pluie.

L'exploration de ces réservoirs a permis de retrouver des restes de plateaux en céramiques. D'autres tessons ont permis d'établir que les premiers foyers ont été établis à Uxul dès le Préclassique. Les études épigraphiques y font référence sous un autre nom et rapportent la soumission de la ville à Calakmul, située seulement à 32 kilomètres.

Grube révèle que tout reste à faire à Uxul mais que les travaux ont déjà apportés des résultats plus que prometteurs : des tombes intactes ont pu être localisées et feront partie d'une étude pluridisciplinaire pour tenter de rétablir l'histoire et la vie quotidienne de la ville.

A suivre en espagnol ou en allemand sur le site internet du projet !

Références bibliographiques :
Partager

dimanche 29 août 2010

Le billet de 100 pesos subit un petit lifting

Après Gruma et Adidas en juin dernier, Banxico a récemment remis au goût du jour l'attrait pour le passé préhispanique du Mexique dans la publicité. Il faut dire que le billet de 100 pesos est l'un des deux derniers (avec celui de 500 pesos) à ne pas être encore passé au plastique et aux dernières mesures de sécurités antifaussaires.


Le billet de 100 pesos est le seul à reprendre clairement différents éléments iconographiques préhispaniques.



Nouveau billet de 100 pesos avec le visage de Nezahualcoyotl,
Image retrouvée le 24 août 2010 sur :

Il y a d'abord ces vers imprimés en toute petite taille et écrits par le roi-poète de Texcoco :
"J'aime le chant de l'oiseau aux quatre cents voix,
J'aime la couleur du jade et le parfum enivrant des fleurs,
Mais j'aime plus mon frère l'homme".

On peut les entendre en nahuatl dans la publicité visible sur les différentes chaînes mexicaines. On peut aussi retrouver le glyphe de Nezalhualcoyotl et la représentation d'un aqueduc au centre cérémoniel de Mexico-Tenochtitlan.


Nezahualcoyotl,
Codex Ixtlilxochitl, fol. 106 r°,

De l'autre côté du billet, on dit adieu à la sculpture de Xochipilli et on peut deviner celle représentant un coyote emplumé avec le Templo Mayor de Tenochtitlan en arrière-plan.

La ressortie de ce billet est l'occasion d'évoquer un peu cette figure incontournable et fascinante qu'était Nezahualcoyotl. Encore aujourd'hui, il jouit d'une aura particulière, tant auprès des historiens du Mexique ancien que des poètes. Nezahualcoyotl est issu d'une vieille dynastie royale d'origine tépanèque. Présenté par son descendant direct Ixtlilxochitl comme le dirigeant « le plus puissant, le plus vaillant, le plus sage [...] qu'il y eut en ce Nouveau Monde ». On lui attribut la mise par écrits des lois orales qui régissaient la ville, la construction de nombreux temples, jardins et monuments consacrés aux dieux. Comme beaucoup de dirigeants, il a cependant autant d'aspects sombres. On le soupçonne d'avoir fait le mari d'une de ses maîtresses pour rester avec elle.

Les informations proposés par Ixtlilxochitl sont-elles pour autant dignes de confiance ? L'idée d'inclure Nezahualcoyotl dans sa généalogie n'est pas innocente, quand il s'agit d'un fait réel. La période de la Colonia a provoqué beaucoup d'appétit de la part des conquérants espagnols. Un métisse comme Ixtlilxochitl cherchait à justifier des terres qui avaient appartenu à de prestigieux ancêtres.

Références bibliographiques :
de Alva Cortés Ixtlilxochitl, Fernando. 1891-1892. Obras históricas, Mexico.
de Alva Cortés ixtlilxochitl, Fernando. 1838. Cruautés horribles des conquérants du Mexique. Arthus Bertrand, Paris.
Edmundo O’Gorman (éd.). 2007. Nezahualcóyotl Acolmiztli (1402-1472). Fernando de Alva Ixtlixóchitl : selección de textos y prólogo, Biblioteca Nezahualcóyotl, Instituto Mexiquense de Cultura, Toluca.


Vous pouvez également un petit documentaire biographique, réalisé par l'INAH en 2002, et visible en 3 parties sur Youtube.






Bon visionnage !
Partager

mardi 24 août 2010

El sacrificio humano en la tradición religiosa mesoamericana 2

En mai dernier, nous vous rapportions l'édition très attendue d'un livre de Guilhem Olivier et Leonardo Lopez Lujan. Intitulé El sacrificio humano en la tradición religiosa mesoamericana, cet ouvrage compile les participations de vingt-sept spécialistes internationaux de ce phénomène souvent placé en première place des rituels réalisés par les anciens peuples mésoaméricains.


Pour aller plus loin dans la compréhension de cet ouvrage et la perspective qu'ont souhaité lui donner les deux coordinateurs, nous vous recommandez la lecture de cet article, consultable sur le site de l'UNAM, coéditeur de l'ouvrage avec l'INAH. La présentation en reste très générale et est surtout à un public curieux. En revanche les participations proposées seront certainement plus poussées.

D'autre part, on peut écouter un extrait d'une conférence de presse donnée par Guilhem Olivier. Il convient cependant de nuancer d'indiquer la difficulté pour trouver cet ouvrage. Car nous avons essuyé une suite de "no lo tenemos" dans différentes librairies (Gandhi, Porrua, FCE, INAH, UNAM) en juillet dernier qui ne nous ont pas permis d'effectuer une lecture critique de ce livre. La solution la plus sûre est, comme l'a confié un des auteurs, de commander l'ouvrage par internet (350 pesos soit 23 € sans compter les frais d'expédition).

Je tiens personnellement à remercier notre semper fidelis lecteur, Ch'tiMarseillais pour les liens qu'il nous a gentiment fait parvenir.
Partager

Des liens nouveaux entre Teotihuacan et la côte du Guerrero

Qu'il existe entre Teotihuacan et différentes parties de la Mésoamérique à la même époque n'est certes pas une nouveauté. Des publications très récentes (Manzanilla Naim, 2004; Matos Moctezuma, 2009; Gomez Chavez et Gazzola, 2010; Cowgill, 2010; Michelet et Pereira, 2010) montrent comment ce qui fut la grande métropole du Classique ancien en Mésoamérique a eu des liens étroits avec la région mezcala ou même à Tingambato au Michoacan.

Dès lors, la récente présentation de Rosa Maria Reyna lors de la 4ème Table ronde de la connaissance archéologique et historique du Guerrero, qui a eu lieu récemment lieu à Taxco, pourrait paraître exagéré. Il n'en est rien si on prend en compte les résultats intéressants des fouilles qu'elle a dirigé avec l'aide d'Elizabeth Galeana sur le site archéologique d'El Embarcadero, dans la région de Costa Grande.


Représentation de Tlaloc, céramique Fine Orange,
Classique moyen, El Embarcadero, Guerrero.
Photo disponible le 23 août 2008 sur : http://www.archaeologydaily.com/news/fotos/image4867_b.jpg

Ce sont au total environ 6000 fragments de céramiques, dont certains âgés de plus de 1400 ans qui ont pu être récupérés par la mission dirigée par les deux femmes, près de Costa Grande. Parmi les éléments remarquables, il y a des fragments de vaisselles et de caissettes avec, pour plusieurs, des représentations du dieu de la pluie, appelé Tlaloc ensuite chez les Aztèques. Parallèlement différents éléments d'encensoirs de type "théâtre" sont également apparues sous les pinceaux des archéologues.
Cette découverte a le mérite d'élargir le champ des contacts que les Teotihuacains avaient établis dans cette région. On sait que leur présence avait été décisive, en zone maya, notamment à Kaminaljuyu. Mais les liens qu'ils partageaient avec les habitants d'El Embarcadero semblaient davantage commerciaux et culturels, à l'instar des relations qu'ils maintenaient avec les Mezcala.

Plus intéressants sont les résultats des études faites pour établir l'origine de ces pièces de céramique : une très grande majorité ont été élaborées dans la région.
Références bibliogaphiques : 
Cowgill, George L. 2009. "Crecimiento, desarrollo arquitectónico y cultura material en Teotihuacan". In Teotihuacan. Ciudad de los Dioses, INAH, Mexico, p. 31-35.
Gomez Chavez, Sergio et Julie Gazzola. 2009. "Los barrios foráneos de Teotihuacan". In Teotihuacan. Ciudad de los Dioses, INAH, Mexico, p.71-77.
Manzanilla Naim, Linda. 2004. "Social Identity and Daily Life at Classic Teotihuacan". In  Mesoamerican archaeology, Julia A. Hendon et Rosemary A. Joyce (éds.),  Blackwell Studies in Global Archaeology, Blackwell Publishing, Malden-Oxford.
Matos Moctezuma, Eduardo. 2009. Teotihuacan. Fideicomiso Historia de las Américas, Serie Ciudades, FCE-Colegio de México, México.
Michelet, Dominique et Gregory Pereira. 2009. "Teotihuacan y el Occidente de México". In Teotihuacan. Ciudad de los Dioses, INAH, Mexico, p.79-83.
Partager

samedi 21 août 2010

Fouilles sur la future ligne 12 du métro defeño

Différents médias mexicains sont revenus sur l'évolution des fouilles de sauvetage entreprises dans le cadre de la construction de la ligne 12 du métro à Mexico. En mars 2009, des ossements et les restes d'une pyramide avaient été mis à jour à Itztapalapa.Située au sud de la capitale mexicaine, cette "ligne du Bicentenaire" a récemment révélé un cimetière quelque peu surprenant, à Mexicaltzingo.


Carte du bassin de Mexico, 
disponible le 21 août 2010 sur http://tinyurl.com/25yokms .

Sur cette carte de la vallée de Mexico, on peut voir Mexicaltzingo et Colhuacan sont situées au sud de Mexico-Tenochtitlan, à l'extrêmité de la chaussée d'Itzapalapa. Selon la Cronica Mexicayotl, Colhuacan a été fondée par les Toltèques, alors dirigés par leur roi Mixcoatl (père de Quetzalcoatl). C'est à Culhuacan qu'on aurait utilisé le mot nahuatl tlatloani pour la première fois pour désigner le dirigeant.

Les restes osseux d'une cinquantaine d'enfants morts en bas âge (3-4 ans) ont été extraits du sol par une équipe d'archéologie préventive coordonnée par l'archéologue María de Jesús Sánchez. Parallèlement dix corps d'adultes ont également été retrouvés. Une sculpture aux traits féminins, haute de 50 centimètre, reposait juste en dessous de deux enfants. Plusieurs ont été placés directement placés dans des jarres, faisant ainsi office d'urnes funéraires. Des centaines de plats, de figurines, de jarres et de vaisselles en céramique les accompagnant seront l'objet d'analyses et de restaurations. Les premières datations semblent indiquer le Postclassique ancien, entre 1100 et 1200 de notre ère, avant la prise de contrôle de la région par les Mexicas.

La grande concentration de si jeunes enfants est surprenante car s'ils ont été vérifiés au Grand Temple de Tenochtitlan, majoritairement du côté de Tlaloc, ou même aux quatre extrémités des quatre plateformes qui formaient la Pyramide du Soleil à Teotihuacan (si on en croit les dires de L. Batres au début du 20e siècle).

Pourtant Maria Sanchez a raison de proposer les éléments d'interprétations suivants. D'abord, comme des restes d'habitations ont été patiemment dégagés, il était coutumier d'enterrer les morts sous le sol de la maison familiale. C'est d'ailleurs une tradition passablement répandue en Mésoamérique, facilitant ainsi le culte aux défunts. Ensuite la présence de ces enfants placés dans des urnes devaient certainement une manière de représenter symboliquement la matrice maternelle.

D'autre part, d'autres fouilles de sauvetage entreprises à Colhuacan ont été fructueuses puisqu'elles ont permis la découverte de fragment de visages et de petites vaisselles en céramique, datées du Préclassique (entre 2000 avant Jésus-Christ et 100 de notre ère).

On notera pour l'heure le silence complet de l'INAH qui n'a toujours pas publié le moindre communiqué sur son site. Surprenant car l'information date déjà de plusieurs jours... Et la découverte a eu un certain écho au niveau mondial si on en juge cette vidéo de la chaîne Telesur.

L'article proposé par le quotidien El Sol de México reprend une critique déguisée proposée par l'agence Reuters sur le manque de respect  envers les maisons aztèques retrouvées au même endroit que les urnes funéraires : face au développement urbain, elles ont été certes photographiées, mesurées et superficiellement étudiées avant d'être détruites par les engins de constructions et recouvertes pour continuer avec la construction de la ligne de métro. Ajoutons que dans le cadre de la construction de la ligne 2, une pyramide d'Ehecatl avait été retrouvée, fouillée et restaurée. Elle sert de point central à la station Pino Suarez... Pourquoi ne pas avoir fait de même avec les maisons aztèques retrouvées de Mexicaltzingo ?


Partager

vendredi 20 août 2010

Exposition La huella en los huesos

L'exposition La huella en los huesos. Un acercamiento a la antropología física a récemment été inaugurée au Palacio de la Escuela de Medicina, à Mexico et sera visible gratuitement jusqu'à janvier 2011.

L'anthropologique physique et la médecine légale ont pour la première fois depuis longtemps un espace qui leur est dédié. Cette discipline prend une part de plus en plus prépondérante dans les interprétations que les archéologues et les historiens peuvent faire, à partir des matériaux osseux retrouvés lors de fouilles. L'un des conservateurs de l'expo, Concepción Jiménez, explique sur le site de l'INAH qu'on a pu ainsi établir la présence de la syphilis bien avant l'arrivée des Espagnols, contrairement aux préjugés qu'on a sur le génocide des populations indigènes au moment de la Conquête.

La métaphore employée sur le site de l'INAH mérite à ce titre d'être citée :
Los huesos son como libros o papel fotográfico, porque en ellos queda impresa la historia de un ser humano
. Elle nous rappelle que tous les matériels et matériaux retrouvés in situ peuvent nous permettre de comprendre autant les maladies que pouvaient connaître certaines populations, tout comme les carences de leur régime alimentaire (je pense notamment aux fouilles réalisées à La Ventilla dans la dernière décennie).

Au total, 150 pièces sont proposées au public, toutes présentant des traces de maladies sur des individus ayant vécu entre 14000 avant notre ère et le 20è siècle. L'exposition compte notamment deux des individus les plus anciens du continent américain : la Femme du Peñon au crâne déformé et l'Homme de Chimalhuacán.

L'idée étant de faire comprendre l'anthropologie physique au plus grand nombre, un laboratoire d'analyse et un chantier de fouilles archéologiques ont été reconstitués. Le visiteur aura un panorama complet et précis de cette discipline peu connue du grand public mais incontournable pour l'archéologie moderne.

Terminons en signalant l'existence d'un petit diaporama de l'inauguration consultable ici.
Partager

jeudi 19 août 2010

XXII Foire du livre d'anthropologie et d'histoire

Pour sa vingt-deuxième édition, la Foire du Livre d'Anthropologie et d'Histoire s'offre enfin une page internet digne de ce nom.

Organisé par l'INAH dans les murs du Museo Nacional de Antropologia, cette manifestation annuelle permet autant aux chercheurs aguerris qu'aux étudiants novices ou aux amateurs de trouver des perles rares de l'édition consacrées aux études en sciences humaines : car on peut également trouver des ouvrages de sociologie, que d'ethnohistoire, d'iconographie, d'archéologie ou d'ethnologie.

Si vous avez l'occasion de visiter le MNA du 23 septembre au 3 octobre, on pourra acheter livres et revues mais également assister à différents colloques et tables rondes. Parmi les plus importants, il y a les 3e rencontres des langues en danger, le 6e Colloque d'africanies et le 15e Symposium Roman Piña Chan. Ajoutons la première édition du colloque Histoire et cultures des peuples originaires de la Ville de Mexico.

Pendant la foire, on peut également assister à différentes manifestations culturelles comme le 6ème Foro de Musica Tradicional, un cycle de cinéma, des expositions...
Un calendrier de tous ces événements est disponible ici.

Partager

jeudi 12 août 2010

Les inondations endommagent le site maya de Quirigua

Sur Youtube, on peut voir les conséquences directes de plusieurs d'intenses pluies qui frappent l'Amérique centrale depuis plusieurs. Si les inondations se font de plus en plus importantes dans les états du Chiapas et du Tabasco, au Mexique, le Salvador n'est pas en reste.

Quirigua est un site maya bien fouillé (même si beaucoup reste à faire), situé près d'El Izabal au Guatemala. Le site est même inscrit depuis presque trente ans au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Malheureusement, les pluies torrentielles qui s'abattent sur les régions ont provoqué des inondations dans toute la région et le site de Quirigua n'a pas été épargné, comme le montre cette vidéo.



Le problème est que nous sommes actuellement en pleine saison des pluies, ce qui peut paraître difficile à imaginer, étant donné les vagues de chaleur qui frappent certains coins de l'Europe. Espérons donc un répit pour qu'archéologues et surtout restaurateurs puissent rapidement estimer et réparer les dégâts causés.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Quirigua, l'article de Wikipedia en français n'est pas si mal que cela. Son équivalent anglais est cependant plus complet : il propose notamment des liens vers des documents à télécharger gratuitement en format pdf.

Ashmore, Wendy.
1980. "The Classic Maya Settlement at Quirigua: Recent agricultural activities have helped reveal the extent of the buried settlement". Document au format pdf University of Pennsylvania Museum of Archaeology and Anthropology. Document au format pdf disponible le 12 août 2010 sur http://penn.museum/documents/publications/expedition/PDFs/23-1/The%20Classic.pdf.
Partager

mercredi 11 août 2010

Expo Rostros de la divinidad. Los mosaicos mayas de piedra verde

Dans les prochains jours , le MNA va proposer une nouvelle exposition temporaire intitulée Expo Rostros de la divinidad. Los mosaicos mayas de piedra verde.

Au total ce sont 147 objets originaires de Palenque, Calakmul, Dzibanché y Oxkintok et datés du Classique (entre 200 et 900 de notre ère) qui seront proposés au public. Les commissaires de l'expo ont cherché à mettre en valeur les tombes de six dirigeants mayas de cette époque, fouillées dans les années 1980 et 1990. Pas moins de treize masques funéraires seront donc exposés.



Une exposition au titre similaire avait déjà proposée au public au même endroit il y a quelques années. Un numéro hors-série d'Arqueologia Mexicana avait d'ailleurs été publié pour l'occasion. L'exposition sera ensuite envoyée en Europe, au Musée Archéologique de Naples (novembre 2010-janvier 2011), puis à Paris.


Masque funéraire, offrande Structure VII, Calakmul.
Classique tardif.
Mosaïque de jade, Spondylus princeps, Pinctada mazatlánica et obsidienne grise.
36.7 x 23.0 x 8.0 cm.
Disponible le 15 août 2010 sur : http://tinyurl.com/266pd5y

Vous trouverez quelques photos en cliquant ici. Les explications des différentes pièces exposées sont également en consultation . On notera l'effort particulier fait pour présenter les dimensions et l'origine des offrandes en regardant cette page.

[Édition du 14 octobre 2010. L'exposition a été prolongée jusqu'au 30 octobre. Raison de plus pour en profiter et partager vos impressions et commentaires sur ce carnet.]
Partager

L'INAH acquiert les terrains du site de Chiapa del Corzo

En mai dernier, nous évoquions les spectaculaires avancées effectuées dans les fouilles du site zoque préclassique de Chiapa de Corzo, dans l'état du Chiapas.

Hier, la page internet de l'INAH faisait dans l'autocomplaisance et l'autosatisfaction en annonçant l'acquisition des terrains où se situent les monticules 11 et 12 qui ont été récemment fouillés par une équipe américano-mexicaine. Ce sont au total 7200 m2 qui retournent à leur propriétaire légitime.

A l'instar de ce que nous avions déjà dénoncé lors du rachat des terrains de Chichen Itza à la famille Barbachano en mars dernier, on peut regretter le manque de respect de l'INAH envers ce que prévoit toutes les lois sur la protection du patrimoine archéologique au Mexique.

Dès 1827, la constitution mexicaine, cherchait à éviter les pillages et la revente à l'étranger de pièces préhispaniques. Sous le Porfiriat, deux textes interdirent toute fouille aux étrangers sans autorisation des autorités mexicaines et établissait l'expropriation des terres contenant des vestiges archéologiques, considérant que ceux-ci étaient patrimoine de la nation. Pendant la Révolution mexicaine, ces textes furent paradoxalement affirmés, en dépit du manque de moyens dont souffrait l'Inspection Générale des Monuments Historiques, dirigée alors par Manuel Gamio. Enfin, en 1972, un dernier texte (actuellement en cours de réforme), ne faisait que répéter et moderniser ce que ses prédecesseurs cherchaient déjà à faire.

Encore une fois, les autorités fédérales et en particulier, celles de l'INAH, tombent dans la complaisance et préfèrent racheter à prix d'or ce qui appartient de droit à la nation mexicaine. Curieusement, aucun montant de la transaction n'est révélé sur le site de l'INAH... Mais l'INAH ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et prévoit de racheter les terrains où se situe le monticule 13, partiellement fouillé. On peut comprendre que l'INAH cherche à défendre l'intégrité des fouilles et des pièces qui sont retrouvées lors de telles campagnes, mais le respect de la loi ne prime-t-il pas surtout ?

Partager

vendredi 6 août 2010

Découverte d'un long tunnel sous la Pyramide du Serpent à plumes

On pouvait penser tout connaître de la Pyramide du Serpent à plumes de Teotihuacan après les nombreuses campagnes de fouilles effectuées dans les années 80 et 90 par Ruben Cabrera Castro et Saburo Sugiyama. Et comme souvent dans ces cas-là, on finit toujours par être surpris !

A la tête d'un nouveau projet appelé "Tlalocan : chemin sous la terre", Sergio Gomez Chavez a fait le point en conférence de presse sur les avancées des fouilles qui ont donc repris sous l'une des principales structures de l'ancienne grande ville du centre du Mexique.

Ce projet n'avait pu être mis en place faute de moyens matériels et financiers, après la découverte du tunnel en 2003 par Gomez Chavez et notre collègue et compatriote Julie Gazzola. Il faut dire que, dans ses caprices, la nature avait alors bien aidé les archéologues puisque c'est un effondrement dû à une forte ondée qui a permis sa localisation.


Fouilles du tunnel sous la pyramide du Serpent à plumes, Teotihuacan.
Classique.
Photo d'Alexandre Meneghini (AP),
disponible le 5 août 2010 sur : http://tinyurl.com/2eclxaf


Après avoir creusé 12 mètres, son équipe a découvert un tunnel qui s'ouvre sur une série de galeries qui restent à explorer. Pour l'heure, il faudra patienter encore deux mois pour atteindre le tunnel et commencer son déblaiement. Alors que son entrée est située à quelques mètres à côté de la pyramide du Serpent à plumes, les analyses au géoradar ont permis d'établir que le tunnel passe sous cette dernière et s'étend sur une centaine de mètres avant de s'ouvrir sous une série de chambres taillées dans la roche.  Grâce à ce procédé, les archéologues ont pu également déterminer que la construction de ce tunnel est antérieure à celle de la Pyramide. Ils se sont également rendus compte qu'il était contemporain d'une autre structure construite à la même époque et qui pourrait être un terrain de jeu de balle. Quelques 200 tonnes de remblais ont déjà été extraites.


Fouilles à la pyramide du Serpent à plumes, Classique, Teotihuacan.
Photo disponible le 5 août 2010 sur : http://tinyurl.com/29wvvt4.

Si le puits qui a permis cette découverte est large et profond (voir la photo ci-dessous publiée sur le site de l'INAH), les objectifs de Gomez n'en sont pas moins élevés, voir  même exagérés. Alors bien sûr, il convient toujours de prendre avec des pincettes les déclarations faites à la presse. Mais on ne peut pas dire que Gomez fasse dans la demi-mesure en déclarant que son espoir est de retrouver les tombes des dirigeants de Teotihuacan ou à défaut, une énorme offrande.

De même, l'existence d'un terrain de jeu de balle serait en soi peut-être plus importante dans la mesure où aucune structure de ce type, caractéristique des peuples mésoaméricains et représentée sur les peintures murales de Tepantitla, n'a jamais été prouvée à Teotihuacan. Mais les fouilles ont déjà porté leurs fruits : pas moins de 60000 fragments d'objets et de céramiques ont pu être extraits du sol !!

Mais l'archéologie est plus complexe que cela et Gomez Chavez en est parfaitement conscient. La présence de tombes ou sarcophage a tendance à être un peu exagéré ces derniers temps. On ne retrouve pas nécessairement des restes de dirigeants sous toutes les pyramides mésoaméricaines. Il est vrai que les récentes découvertes à Calakmul, Tonina ou même Chiapa de Corzo tenderaient à le prouver. Mais il s'agit de sites mayas où l'enterrement de dirigeants est beaucoup plus fréquent que sur le Haut Plateau central.

A mon sens, la découverte de ce tunnel sous la pyramide du Serpent à plumes n'est pas sans rappeler celle du tunnel situé sous la Pyramide du Soleil à quelques centaines de mètres. Car les archéologues qui avaient, en leur temps, déblayé le tunnel  de la Pyramide du Soleil, n'avaient trouvé aucune tombe, mais plutôt une représentation du mythe des origines tel qu'il est décrit par plusieurs mésoaméricaines au moment de la Conquête. Les sept chambres qui y sont visibles étaient une résurgence des sept grottes du Chicomoztoc, nahua (Tulan Zuiva chez certains peuples mayas) d'où sont parties les sept tribus pour peupler la terre. Pourquoi ne pas réexploiter cette piste mythologique pour expliquer la présence de sept chambres sous la pyramide du Serpent à plumes ?

Cet effet d'annonce me rappelle l'insistance avec laquelle Matos Moctezuma et Lopez Lujan espéraient retrouver la tombe d'Ahuizotl sous le monolithe de Tlaltecuhtli. Ils sont depuis beaucoup plus nuancés mais il faut rappeler que les pressions politiques en ces temps de Bicentenaire de l'Indépendance pèsent sur les épaules des archéologues. La récupération politique du passé préhispanique a tendance à se faire plus forte et l'urgence de résultats plus pesantes.

A ce titre il est intéressant de citer une participation de Michael Smith sur la liste de discussion Aztlan :
Like Dick (Diehl), I think it would be cool to excavate
a royal tomb and make it into National Geographic ("Smith uncovers the
tomb of the king of the Matlatzincas"), but when I apply for funding and
design my research, I look for other things (and end up digging in
places that are almost guaranteed NOT to contain elite graves).

Dans un échange de courriels, le Dr Smith estime qu'il n'y a cependant pas de quoi s'offusquer à ce qu'on cherche des tombes royales. Certes, mais ce ne sont pas ses tombes qui vont nous donner des informations sur la vie quotidienne du commun. A ce titre, les fouilles à la Ventilla se sont révélées être décisives.

Par une source proche de Gomez Chavez, on nous a expliqué qu'une structure métallique était en cours de montage afin de renforcer les parois qui ont été creusées. Même si elle n'exclut pas la découverte de corps enterrés, notre contact reste plus sceptique quant à leur appartenance à telle ou telle classe sociale.

Bref, comme vous l'aurez compris, les spécialistes ont des avis très partagés sur cette information et les perspectives qu'elle laisse entrevoir. Mais la nouvelle a trouvé un certain écho à l'échelle internationale puisque la chaîne NBC en propose une petite vidéo.


Nous ne serions trop vous recommander de cliquer sur cet article disponible sur la version en ligne du quotidien El Universal. Vous trouverez un très beau diaporama de clichés laser et une autre petite vidéo que nous ne pouvons malheureusement pas héberger sur notre carnet.

(Edition du 6 août 2010) L'INAH a mis a jour sa chaîne de vidéo sur Youtube. On peut notamment voir quelques détails des travaux réalisés par Gomez et son équipe.



Partager

jeudi 5 août 2010

Exposition d'un tapis funéraire maya au MNA

C'est un véritable puzzle archéologique de plus de 8000 pièces que les restaurateurs de l'ENCRyM ont reconstruit en faisant preuve de beaucoup de méthode et de patience. Nul doute que de nombreux paquets d'aspirine et arrachages de cheveux ont dû accompagner le long, très long travail -deux ans de recherche et d'essais- de restauration.

Commençons d'abord par une peu d'histoire, en rappellant le contexte de découverte de cette pièce. C'est au cours de fouilles effectuées en 1998 dans la Structure III de Calakmul qu'une équipe d'archéologues dirigée par Sophia Pincemin a retrouvé la tombe d'un personnage ayant appartenu à la classe dirigeante de la ville. Différentes offrandes de céramiques et de jadéite accompagnait ce tapis, placé à la gauche du corps. Cela a permis de dater l'ensemble entre 375 et 450 de notre ère.

Structure III, Calakmul, Campeche.
Classique ancien, culture maya.
Photo disponible le 5 août 2010 sur http://tinyurl.com/2dnot78

Selon David Carrasco, rapporté par le site Anth507, la structure III est certainement l'une des plus anciennes de Calakmul. Réalisée dans le style Petén, elle n'a jamais connu la moindre modification architecturale. Pour cette raison, Carrasco estime qu'elle aurait été le siège du plus ancien lignage de la ville.

Revenons maintenant au tapis découvert. Mesurant 1 mètre de long pour 25 centimètres de large, il a été patiemment rassemblé en 2008 et 2009 par la restauratrice Sofía Martínez del Campo Lanz qui travaille à l'ENCRyM. Sur le site de l'INAH, elle revient longuement sur cette expérience hors du commun. Elle énumère d'abord les différents matériaux utilisés pour concevoir cet objet : 6630 graines d'une plante sylvestre répondant au doux nom latin de Lithospermum sp (grémil en français); 1648 coquillages coupés appartenant à cinq espèces différentes de petites mollusques marins (Morum tuberculosum, Oliva reticularis, Oliva sayana, Marginella labiata et Marginella carnea). Elle explique comment les graines ont été vidées de leur amande avant d'être exposées au feu afin d'être durci. Ce sont Adrián Velásquez et la biologiste Belem Zúñiga, spécialistes des coquillages et chercheurs au Templo Mayor, qui ont identifié les espèces de coquillages.

Puis Martínez del Campo Lanz revient sur les différentes ébauches préliminaires de reconstitution du tapis et considèrent comment ce petit tapis représente les trois niveaux de l'univers maya, mais sur un plan horizontal. Les treize coquillages Oliva représenteraient ainsi le niveau céleste, encadré par les graines de grémil pour représenter ainsi le niveau terrestre, lui-même délimité par trois rangs de coquillages.

La pigmentation orangée, originalement rouge, du tapis frappe également. Selon la restauratrice, elle doit être liée au sacrifice, à la fertilité. Elle note d'ailleurs que deux groupes de coquillages d'Oliva ont été coupés et sculptés comme pour représenter des crânes et de visages humains. Cet ensemble est encadré par des coquillages de taille plus importante qui pourraient représenter un fleuve de l'inframonde.

Toutes intéressantes, les explications de la restauratrice ne sont que des hypothèses de travail. Mais elles offrent un éclairage intéressant sur un objet pour le moins insolite.

Voici le résultat, tout simplement stupéfiant !


Vue partielle du tapis funéraire, coquillages et graines.
Calakmul, Campeche, Classique moyen.
Photo retrouvée le 3 août 2010 sur : http://tinyurl.com/25yxg5d

Vous pouvez voir le tapis dans le cadre de l'exposition temporaire Rostros de la divinidad. Los mosaicos mayas de piedra verde qui débutera la semaine prochaine au Museo Nacional de Antropología, à Mexico. Il sera ensuite transféré à la salle maya du même musée pour une exposition permanente.

Références :
Même s'il est en anglais, le site Anth507 propose une description précise de Calakmul. Il propose une petite bibliographie intéressante.

Un autre site anglophone, Mayaruins, propose une carte interactive de Calakmul. Vous cliquez sur la flèche rouge indiquant une structure et vous avez une photo de celle-ci.



Partager

Notes similaires

Related Posts with Thumbnails