dimanche 31 octobre 2010

Les peintures murales de Santa Rita Corozal au Bélize

Encore une fois, ce sont les réseaux sociaux qui nous fournissent une ressource digne d'intérêt. Merci à Eric Lebras qui a fait "tourné". Aujourd'hui, nous parlerons donc de Santa Rita, un site maya situé au Bélize, cette ancienne colonie britannique collé à la mer des Caraïbes entre l'état du Quintana Roo, au Mexique, et le Guatemala. Le Bélize n'est pas très connu des touristes. Pourtant il recèle des trésors archéologiques qui n'ont rien à envier à ces prestigieux voisins. C'est l'Irlandais Thomas Gann, qui, à la fin du 19ème siècle, fut le premier à explorer la zone en comptant pas moins de trente-deux monticules. Les différentes campagnes et projets qui s'y sont succédé ont permis de comprendre que le site était occupé depuis le Préclassique ancien, vers 1200 avant Jésus-Christ.



C'est d'ailleurs de cette époque que datent onze tombes retrouvées dans la structure 134. Du Préclassique tardif ont été datées les structures 182 et 189, la première ayant une forme circulaire. Le Classique ancien a vu augmenter la population du site, atteignant probablement 1500 habitants. A la même époque apparaissent les premières structures monumentales, notamment la structure 7, un tumulus de 13 m de hauteur. Dans sa phase la plus récente, les époux Chase ont découvert 28 tombes. A l'Epiclassique, il semblerait que le site soit dépeuplé. Ce n'est qu'à partir du 13ème siècle de notre ère que Santa Rita connaît un regain d'activité (architecturale entre autres) et un franc développement démographique : pas moins de 35 structures et 64 personnes enterrées ont pu être retrouvés.

Ce qui fait la célébrité, ce sont ses peintures murales, mises au jour par Gann dans le Monticule 1. Elles se démarquent du style maya en vigueur à Bonampak ou même à Cacaxtla et datent du Postclassique. Elles s'apparentent à ce qu'on appelle au style codex ou mixteca-puebla, c'est-à-dire que leurs caractéristiques iconographiques rappellent celles des documents et céramiques peints dans les régions de la Mixteca-puebla, à la frontière des états actuels de Puebla et de Oaxaca. Ce synchrétisme artistique a laissé bon nombre de spécialistes circonspects. Puis peu à peu certains éléments ont pu être déchiffrés.

Ce qui a d'abord surpris Gann, c'était leur état de conservation, à tel point que ce sont ses relevés qui aident encore les chercheurs actuels. Car elles ont toutes été effacées par les conditions climatiques et par l'absence de mesures de protection et de restauration efficaces après leur dévouverte. En revanche, grâce aux relevés effectués à l'époque, on peut voir des représentations d'éclipses solaires sur le mur nord. Il mesure 11 m de long avec une entrée d'un mètre. Pour sa part, le mur ouest atteint 2,75 m de long. Chaque peinture murale était protégée par un mur en calcaire, espacé de quelques centimètres.

Dans un numéro récent d'Arqueologia Mexicana, Gonzalbo Escalante et Saeko Yanagisawa (2008) ont expliqué que cette influence stylistique mixteca-puebla est également visible sur les peintures murales de Tulum. Selon eux, elle serait le résultat de la présence de marchands mais aussi d'ambassades cherchant à établir des alliances.

Pensez bien à visiter la section bibliographique de ce site : elle est complète et digne de confiance. L'article "Santa Rita Corozal" sur Wikipedia, on peut retrouver de nombreuses références bibliographiques sérieuses mais faciles d'accès si on recherche un peu sur Google. La part belle est faite aux publications des époux Chase qui travaillent au Bélize depuis 25 ans, et notamment sur le site de Caracol depuis 15 ans.

CHASE Diane et Arlen Chase.
1986. Offerings to the Gods: Maya Archaeology at Santa Rita Corozal. University of Central Florida, Orlando. Disponible le 31 octobre 2010 sur : http://www.caracol.org/include/files/chase/offerings.pdf.
1988. A Postclassic Perspective: Excavations at the Maya Site of Santa Rita Corozal, Belize. Pre-Columbian Art Research Institute Monograph 4, San Francisco.
2004. "Santa Rita Corozal: Twenty years later". In Research Reports in Belizean Archaeology, vol.1, NICH, Belize, p. 243-255.

Ce sont des collègues du Département d'Anthropology, au New College of Florida, qui ont également imaginé cette page internet. En passant le curseur au-dessus de chaque élément pictural, vous saurez ce qu'il représente. Voici le mur nord-ouest. Cliquez ici pour le mur nord-est. Enfin cliquez sur le mur ouest.

Pensez à télécharger ce texte :
MEJIA VAZQUEZ, Valentina Ivanova. 2004. "Una deidad en los murales de Santa Rita Corozal, Belice". In Boletin de Pintura Mural, Año X, num. 21, Instituto de Investigaviones Estéticas - Universidad Nacional Autonoma de México, p. 40-47.

Ajoutons cet article récent :
TAUBE, Karl. 2010. « At Dawn Edge : Tulúm, Santa Rita, and Floral Symbolism in the International Style of Late Postclassic Mesoamerica ». In Astronomers, Scribes and Priests. Intellectual Interchange between the Northern Maya Lowlands and Highland Mexico in the Late Postclassic Period, Gabrielle Vail and Christine Hernández (éds.), Dumbarton Oaks Pre-Columbian Symposia and Colloquia, Dumbarton Oaks, Trustees for Harvard University, Washington, p. 145-191.

Terminons notre liste avec les liens et références suivants :
GANN, Thomas. 1900. "Mounds in Northern Honduras". In Smithsonian Institution, Bureau of American Ethnology, 19th Annual Report, part 2, Washington, p. 655-692.

ESCALANTE GONZALBO, Pedro et Saeko Yanagisawa. "Tulum, Quintana Roo, y Santa Rita Corozal, Belice. Pintura mural". In Arqueologia Mexicana, vol. XVI, n°93, Editorial Raices-INAH, Mexico, p. 60-65.

QUIRARTE, Jacinto. 1982. "The Santa Rita Murals: A Review". In Occasional Papers n°4, MARI, University of Tulane, Tulane, p. 4-57.

THOMPSON, John E.S.. 1975. "Thomas Gann in the Maya Ruins". In British Medical Journal, British Medical Association, Londres, 2(5873), p. 741-743. Disponible en ligne le 31 octobre 2010 sur : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1673974/ .

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vendredi 29 octobre 2010

Dia de muertos

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises el Dia de Muertos, cette tradition qui synchrétise autant des croyances préhispaniques qu'espagnoles...

Cette année, pour lui rendre hommage, je vous propose de regarder cette petite animation réalisée par des l'Américain Kirk Kelley, un comble alors que bon nombre de Mexicains préfèrent fêter désormais Halloween, sous sa forme US la plus commerciale.


Profitez également de cette occasion pour fabriquer votre propre altar de muertos virtuel !

Source :

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jeudi 28 octobre 2010

Que sont les codex ?

Pour les personnes qui ne sont pas spécialistes d'ethnohistoire ou d'anthropologie mésoaméricaine, il est parfois difficile de bien cerner le concept de "codex".

Heureusement INAHTV pense à tout et propose une explication claire, simple et accessible (en espagnol, toutefois). Je vous propose de regarder cette petite vidéo et de nous laisser vos questions subsidiaires en commentaire.


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mercredi 27 octobre 2010

Une arrivée en fanfare

A peine arrivé dans le Yucatan, le nouveau représentant de l'INAH au Yucatan, a rapidement pris ses marques. Ayant exercé des fonctions similaires dans les états d'Oaxaca et de Morelos, Eduardo López Calzada fait déjà parler de lui et doit donner des frissons autant à ses nouveaux subordonnés qu'aux responsables politiques du tourisme et de la culture travaillant pour l'état. Même la gouverneure Yvonne Ortega a certainement eu du mal à avaler sa salive en l'entendant évoquer sans ambages les conséquences dramatiques de l'organisation de concerts géants dans la zone archéologique de Chichen Itza, Yucatan.

El antropologo Eduardo Lopez Calzada.
Photo INAH disponible le 27 octobre 2010 sur :
http://goo.gl/pIrS

Dans le quotidien en ligne Yucatan al minuto, Lopez Calzada est le premier dirigeant à reconnaître et à dénoncer publiquement la responsabilité des concerts de Placido Domingo, Sarah Brightman ou encore Elton John dans les dommages que connaît Chichen Itza depuis quelques années. Le journaliste qui traite l'information fait en revanche un mauvais procès d'intention en estimant que Lopez Calzada botte en touche en déclarant que l'autorisation finale venait du DF, et donc du très polémique Conseil National d'Archéologie (celui-là même qui avait juste proposé quelques recommendations lors de l'installation polémique d'un son et lumière à Teotihuacan en 2009). Ce genre de procès d'intention est malvenu dans la mesure où Lopez Calzada vient à peine de prendre ses fonctions et qu'il n'a en effet pas de pouvoir décisionnaire aussi important. Le fait d'impliquer les autorités fédérales de l'INAH montre à quel point l'aspect scientifique passe après l'aspect commercial et touristique.

D'autre part, Lopez Calzada estime nécessaire un retour au dialogue avec les représentants des commerçants et artisans vendant leurs marchandises à l'intérieur du site archéologique. Il a indiqué être en train de visiter les principaux sites placés sous sa responsabilité et avoir lu avec intérêt les différents rapports suite à la mort d'un travailleur lors de la construction des échafaudages nécessaire au concert d'Elton John (à ce titre, l'auteur de l'article se trompe d'artiste et parle de Sarah Brightman).

Alors est-ce seulement un effet d'annonces ou volonté réelle de préserver le patrimoine archéologique d'un état qui fournit une quantité non-négligeable de ressources et de devises pour le reste du pays ? Les prochains mois le diront.
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XX Encuentro Los investigadores de la cultura maya

Il existe certains événements qui nous échappent depuis longtemps. Tel est le cas du XX Encuentro Los investigadores de la cultura, organisée par l'Universidad Autonoma de Campeche. Alors que nous avons l'habitude d'annoncer certains colloques et conférences qui se répètent annuellement, les réseaux sociaux pallient à nos lacunes et pourvoient à notre liste d'événements liés à la divulgation de la recherche.


Si on clique sur le site de l'Universidad Autonoma de Campeche, on peut trouver cette très belle affiche et être au fait du thème qui sera étudié du 23 au 26 novembre 2010. Si on regarde de plus près le programme proposé, on se rend compte que les interventions seront de haut vol. Pour le 24 novembre, on pourra entendre Ruben Maldonado parler de Dzibichaltun, ce site méconnu situé à quelques kilomètres du centre de Méridad, ou encore Carlos Peraza Lope évoquer l'iconographie de la femme à Mayapan. Un sujet similaire sera proposé par Leydi Puc Trejo pour Chichen Itza, à la différence qu'une analyse comparative sera effectué avec les représentations masculines. Il sera aussi question de recherches sur le site d'Ikil au Yucatan ou le cas de la femme-scribe retrouvée sur l'île de Jaina. Antonio Benavides Castillo présentera une recherche sur les femmes à Edzna. Une session nocturne aura également lieu, intégrant des représentations plus modernes de la femme maya, avec ce thème surprenant sur l'importation de tissus marseillais au Campeche.

Le 25, une présentation retiendra l'attention de beaucoup : Lynneth S. Lowe, dont nous avons parlé il y a quelques mois, présentera les fouilles de la tombe préclassique découverte à Chiapa del Corzo. Miriam Gallegos Gomora proposera un travail similaire sur le site de Comalcalco, avant de s'attarder sur le caractère de l'identité féminine entre le le Formatif et le Classique récent au Tabasco. Les nouvelles technologies ne seront pas laissées pour compte puisque Terence Winemiller parlera des anastyloses en 3D effectuées pour reconstituer partiellement le site de Calakmul. Un peu plus tard, Philippe Nondédéo et Dominique Michelet présenteront leur première campagne de fouilles sur le site guatémaltèque de Naachtun.

Le dernier jour de ces rencontres sera consacré à l'ethnohistoire et à l'anthropologie. C'est d'ailleurs durant cette dernière journée que le thème de la femme sera le plus présent. Il y en a pour tous les goûts.
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dimanche 24 octobre 2010

Izapa, Chiapas abandonné par l'INAH ?!

Si on en croit cet article publié sur le site du quotidien El Sur, le site mixe-zoque d'Izapa, situé dans l'état du Chiapas est en grand danger. Passons rapidement sur l'introduction complètement farfelue proposée par le sieur Rubén Zúñiga : ses connaissances et son sérieux sur la prétendue prophétie de 2012 lui font dire que l'alignement cosmique responsable de la destruction de ce monde sera visible à Izapa. Cela relève évidemment autant des théories New Age que des tenants du complot du NOM (entendez Nouvel Ordre Mondial)... Nous conseillons à M. Rubén Zúñiga d'aller faire un tour sur le carnet de David Stuart pour se rendre compte de la vacuité de sa réflexion.

Ce type d'introduction rend du coup une lecture du reste de son article beaucoup plus sceptique, tout sérieux qu'il prétend être. Car le problème du financement des fouilles et des opérations de conservations et restaurations est récurrent à l'INAH. En effet le cri d'alarme lancé par Emilio Gallega Murrieta, délégué INAH au Chiapas, n'est pas unique en son genre. Combien de sites archéologiques à travers le pays sont laissés à leur compte ? Combien, faute d'une sécurité ou victimes de la corruption de certains gardiens, sont ainsi pillés de leurs pièces les plus significatives ? Quand on visite Chichen, Tulum, Teotihuacan, Monte Alban ou Palenque, les accès sont restreints, ces sites étant victimes d'un tourisme culturel de masse qui les met également en danger.

En revanche on ne peut être que circonspect devant la volonté du gouvernement Calderon de faire fouiller et ouvrir deux nouveaux sites dans la région (Chiapa de Corzo et Lagartero) pour 2012, sans au préalable s'assurer de l'état d'autres sites comme Izapa. Qui plus est, Izapa, comme Chiapa de Corzo est situé à quelques kilomètres de Tuxtla Chico, près de Tapachula. Cette municipalité est devenue la nouvelle destination que les autorités fédérales essaient de promouvoir depuis quelques temps, pour drainer les touristes venant de Palenque.

En ce qui concerne la zone d'Izapa, Gallega Murrieta reconnaît ne pas avoir d'archéologue assigné à la zone, pas plus qu'un projet de sauvegarde et de fouilles. Afin d'assurer les travaux les plus urgents dans le Chiapas, M. Gallega Murrieta avoue s'être réuni avec différents entrepreneurs locaux, récupérant ainsi les fonds suffisants. Que le sauvetage des sites mexicains passent par le secteur privé est préoccupant. Il est rare que des entreprises fassent ce type de dons sans s'assurer une contrepartie à leur avantage. M. Gallega Murrieta a raison de rappeler que le seul état du Chiapas compte 177 sites archéologiques et que seulement 10% de Palenque ont été fouillés : comment garantir la conservation pérenne de ces sites sans faire appel à des parrainages privés ? Il appartient autant au gouvernement fédéral, à ses pendants régionaux et municipaux, ainsi qu'aux autorités de l'INAH à México et au Chiapas d'encadrer strictement ce type d'aide, sous risque de voir se multiplier les problèmes.

Gardons en mémoire comment un hôtel situé sur le site archéologique de Chichen Itza laissait entrer indument des visiteurs de nuit dans des parties interdites au public, en arguant du fait que ses propriétaires étaient également propriétaires des terrains sur laquelle se trouvent les monuments... Selon la loi et la constitution mexicaines, il incombe au minimum à l'INAH d'assurer la sécurité et l'intégrité de chaque zone archéologique du pays. Méfiance donc. 

Revenons maintenant à Izapa. Ce site est situé à quelques encâblures de Tapachula, une des nouvelles destinations touristiques que le gouvernement fédéral cherche à promouvoir sur la côte du Pacifique. La frontière avec le Guatemala reste également proche, comme en témoigne la présence du volcan Tacana  : ce dernier était certainement un azimut privilégié par les anciens habitants d'Izapa pour observer le mouvement des astres et suivre également le calendrier.

Parlons-en justement, des habitants. Izapa, tel que nous le connaissons, est le résultat d'une occupation millénaire. Les fouilles archéologiques ont montré plusieurs étapes au cours desquelles se sont succédé des peuplades mixe-zoques et mayas dès le Formatif (1500 avant notre ère) jusqu'au Classique tardif (vers 800 de notre ère). Izapa aurait ainsi été contemporain des sites olmèques de la Venta, au Tabasco, et San Lorenzo Tenochtitlan, éloignés de plus de 500 kilomètres au nord, sur la côte du Golfe.

Un débat d'experts, Coe et Smith pour ne pas les nommer, a eu lieu pour déterminer la présence d'éléments artistiques olmèques. Car le style artistique est architectural fait beaucoup à penser à cette culture. Cette zone de la Mésoamérique a d'ailleurs continué à manifester des influences d'autres parties. Izapa est situé dans l'ancienne province du Soconusco, avancée la plus lointaine de la Triple Alliance aztèque, notamment parce que le contrôle de la fêve de cacao, massivement produite dans la région, servait de monnaie d'échange.



D'après les descriptions proposées par Malmstrom et Pohl, Izapa est composé de 8 groupes comprenant au total 130 monticules. La principale pyramide, le monticule 60 a les dimensions les plus imposantes du site.

Certaines inscriptions visibles sur une stèle d'Izapa ont provoqué une autre polémique : on y lirait la date originale du calendrier de 260 jours (calendrier vénusien). Cette même date a déjà été observée sur d'autres sites mayas au Classique.

Cette petite vidéo réalisée par le présentateur de la série documentaire Exploration Maya, diffusée sur History Channel, vous donnera une petite idée du site.



Enfin, si vous prenez le métro au DF, vous apercevrez des moulages de nombreuses stèles originaires d'Izapa. Selon un inventaire effectué par Garth, pas moins de 89 stèles auraient été comptées, auxquelles on peut ajouter soixante autels, trois trônes, et  une autre soixantaine d'objets sculptés. Consultez l'article de Wikipedia en anglais pour les voir.

A la lecture de cette note, vous aurez peut-être compris l'importance historique et archéologique d'Izapa et l'inquiétude légitime quant à sa conservation et à l'absence de projet de recherche. Les références disponibles sur la toile reste limitée. En passant au crible Google et d'autres moteurs de recherche comme Ixquick, on peut quand même trouver les liens suivants :
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samedi 23 octobre 2010

Lendemain de courses à la plus grande librairie du nord du Mexique

La Feria Internacional del Libro est l'équivalent du fameux Salon du livre à Paris, toutes proportions gardées. On y retrouve les principaux groupes éditoriaux mexicains et hispanophones, certaines librairies, des conférences, des débats, des ateliers pour les enfants, des programmes radios et télés, des séances de dédicaces... Comme en France, chaque année, un pays est invité, proposant des livres difficiles d'accès pour le public regiomontano.

Cette année, c'est l'UNAM (Universidad Nacional Autonoma de México). Vous allez me dire : "Comment une université? et pas un pays ?". En fait cette petite entorse à la règle de la FIL s'explique par le centenaire de la création de la plus prestigieuse université d'Amérique hispanophone. Née de la volonté de l'écrivain et politicien yucatèque Justo Sierra, l'UNAM devait promouvoir et faire rayonner l'image d'un Mexique enclin à la recherche et au progrès que le président Porfirio Diaz. Ironie de l'histoire, comme beaucoup de monuments et d'institution créé sous le Porfiriato, elles lui ont survécu après l'insurrection révolutionnaire emmenée par Francisco I. Madero. L'UNAM, comme de nombreuses institutions supérieures, est une maison d'édition cherchant à divulguer et promouvoir les recherches de ses enseignants. Malheureusement il est souvent très dfficile de retrouver les livres publiés par l'UNAM, hors de la ville de Mexico, et encore plus à Monterrey.

Le montage d'un très grand stand de l'UNAM a donc pu résoudre (temporairement tout au moins) ma course désespéré à des ouvrages que j'ai promu durant les derniers mois sur ce carnet de notes. Le portefeuille a certes souffert mais disons que le jeu en valait véritablement la chandelle. Je vous présente donc la liste de mes acquisitions en espérant qu'elles vous inspireront.

Mon autre gros fournisseur d'ouvrages anthropologiques et archéologiques est le Fondo de Cutlura Economica. Il y a bien une agence de cet éditeur dans ma ville de résidence mais là encore, beaucoup de livres ne sont pas accessibles ou tardent des semaines à arriver après avoir passé commande. Le stand du FCE est l'un des plus éclectiques et des plus sérieux qui soient.

  • Lopez Lujan, Leonardo et Colin McEwan (coordinateurs). 2010. Moctezuma, tiempo y destino de un gobernante. INAH, Mexico.

  • Montemayor Carlos et alii. 2009. Diccionario de nahuatl en el español de México. UNAM, México.
Les cinq livres ici mentionnés sont assez épais mais j'espère entreprendre leur lecture rapidement pour vous en proposer quelques résumés... Bref, j'ai de quoi occuper les prochaines semaines.
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    vendredi 22 octobre 2010

    Ancient Mesoamerica n°21

    La revue publiée par l'Université de Cambridge propose une nouvelle fournée d'articles pour le printemps 2010. Comme l'année dernière, vous pouvez consulter en ligne et gratuitement tous les articles en format pdf. Attention l'accès aux articles est temporaire. Il faut donc se dépêcher pour télécharger les fichiers au format .pdf .

    Pensez à lire le papier de notre collègue et ami, Nicolas Latsanopoulos. Il a eu le privilège de travailler avec le Dr. Claude-François Baudez sur la structure politique et l'entraînement militaire à Chichen Itza. Nous espérons pouvoir vous en proposer un résumé commenté prochainement.

    Le thème principal de ce numéro est les olmèques. Mais il y a également des articles qui m'ont particulièrement sur la métallurgie et Tezcatlipoca, ou celui sur la production d'obsidienne aux abords du bassin de Patzcuaro.

    Profitez-en en cliquant directement sur le titre de cette note!

    Merci à Rocio Garcia qui a fait passer l'information sur son blog Mayistas.
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    jeudi 14 octobre 2010

    Sur l'archéologie sous-marine et subaquatique

    Il y a quelques semaines, nous faisions un long résumé du numéro 105 d'Arqueologia Mexicana. La revue de divulgation de l'INAH portait notre attention sur les techniques et résultats de l'archéologie sous-marine au Mexique depuis son apparition et sa systématisation il y a une trentaine d'années.

    Pour rebondir, je partage cette série de vidéos également proposée par l'INAHTV sur Youtube. Il y est question d'un cours pluridisciplinaire (archéologie, histoire, droit...) proposé à San Francisco de Campeche.




    Tout cela m'a fait penser aux fouilles dirigées dans le port antique d'Alexandrie par Jean-Yves Empereur dans les années 1990. Elles avaient permis de retrouver les vestiges du phare de cette ville, classé en son temps parmi les 7 merveilles du monde. Depuis un musée sous-marin d'archéologie sous-marine a même été construit et sera inauguré dans deux ou trois ans. Ce serait une expérience intéressante de voir une adaptation de ce type d'infrastructure au Mexique.

    Excellent visionnage en attendant vos commentaires !

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    dimanche 10 octobre 2010

    San Claudio refait parler de lui

    En avril dernier, nous évoquions dans ce carnet la découverte d'un atelier d'armes sur le petit site de San Claudio, Tabasco. Sur le compte facebook de l'INAH, on peut lire un article intéressant sur l'évolution des fouilles dans ce site maya, situé dans le canton de Tenosique. Les travaux dirigés par l'archéologue José Luis Romero Rivera se sont concentrés sur la Structure 12. Il s'agit d'une plateforme haute de 2,5 m sur laquelle deux autres petites plateformes avaient été construites aux extrémités nord et sud. Les coins des talus sont arrondis, rappelant le style Petén.  Il n'est d'ailleurs pas exclu que San Claudio ait fait partie de l'aire d'influence de Piedras Negras.

    Romero Rivera propose une interprétation peut-être risquée de cette interprétation en s'appuyant sur l'archéo-astronomie. Il déclare que l'orientation générale du site de 11°vers le nord-est mais que celle de la Structure 12 est décalée jusqu'à 25° nord-est. Cette différence dénoterait qu'elle servait à l'observation astronomique et son utilisation exclusive par l'élite de la cité. Elle serait en fait orientée selon la position du soleil pendant les solstices d'hiver et d'été. L'emploi du conditionnel est important car cette hypothèse sera vérifiée lors du prochain solstice d'hiver. Espérons que l'INAH confirme ou infirme cette hyothèse, sinon elle restera dans le vent.


    Fouilles de la structure 12, Classique, 
    San Claudio, Tabasco.
    Photo : José Luis Romero-INAH, disponible le 10/10/2010 sur :

    Les restaurateurs espèrent terminer leurs travaux de consolidation rapidement pour que la structure 12, soit visible par le public à la fin de l'année en même temps que les structures 1 et 4.

    Structure 1, façade sud, Classique
    San Claudio, Tabasco.
    Photo José Luis Romero-INAH, disponible le 10/10/2010 sur :

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    jeudi 7 octobre 2010

    Batailles et tactiques militaires dans le Yucatan...

    Parfois, on aimerait bien bénéficier du prestigieux parrainage de l'INAH pour pouvoir exposer ses idées et ses recherches. L'année dernière, votre serviteur présentait au Museo de Historia Mexicana de Monterrey une conférence intitulée "La Serpiente emplumada en la iconografía de las guerras en Mesoamérica".



    En tout cas l'archéologue Eduardo Tejeda Monroy a pu présenter une étude descriptive de différentes peintures murales situées sur les sites de Chichen Itza, Chacmultún, Mulchic (au Yucatan), et Ichmac au Campeche. Invité à participer aux VI Jornadas Permanentes de Arqueología 2010, qui ont lieu actuellement au Museo del Templo Mayor, Tejeda Monroy a choisi d'analyser les systèmes d'armement, la communication et les tactiques de combat représentées sur les peintures susdites. Comme le rappelle à juste titre le communiqué de l'INAH, ce type d'analyse avait déjà été effectué pour les sites de Bonampak, au Chiapas, et de San Bartolo, au Guatemala.

    Que résulte-t-il de cet étude ? En ce qui concerne l'armament, Tejeda Monroy a repéré des armes de jet (javeline, atlatl) et des armes pour le combat rapproché (bâton courbé, hache). Nous avons déjà fait un constat identique en nous basant sur les peintures du Temple Supérieur des Jaguars, les reliefs peints du Temple inférieur des Jaguars et ceux du grand terrain de jeu de balle, à Chichen Itza. Ce sont donc deux corps d'armes qui avançaient sur le champ de bataille.

    Pour se défendre, les guerriers utilisaient des boucliers de bois et des cuirasses en coton et durcies au sel. Tejeda Monroy s'est appuyé sur les peintures murales du Temple des Grandes Tables situé à côté du Temple des Guerriers. En se référant aux peintures de la Structure 3 de Chacmultun et à celle de l'Edifice des Nonnes de Chichen Itza, Tejada Monroy établit un système de communication qui aurait reposé sur des trompettes, des clairons et des tambours. Pour ce qui est des tactiques au combat, l'archéologue en a mis en exergue deux : celle en file, utilisée lors des déplacements des troupes, et la ligne, utilisée au moment du combat.


    Bataille, Temple Supérieur des Jaguars, Chichen Itza.
    Postclassique.
    Copie par Adela Breton dans Coggins, 1984.
    Photo disponible le 7/10/2010 sur http://tinyurl.com/29o3tzs.

    Cependant, Tejeda Monroy a soulevé une question importante qui reste sans réponse : les troupes qui partaient au combat étaient-elles "professionnelles" ou étaient elles convoquées au dernier moment ? Par conséquent, si elles étaient "professionnelles", où étaient-elles cantonnées dans la cité ?

    J'ignore si le journaliste a intégralement noté les propos de Tejeda Monroy mais je trouve ce panorama de la guerre assez incomplet. Les peintures murales de Chichen Itza révèlent l'utilisation de machines, de remparts qui montrent que les affrontements pouvaient relever d'un certain niveau de sophistication parfois comparables à ce qu'on pouvait trouver en Europe à la même époque.

    Relevons aussi l'absence d'une analyse des quetzalcocoa, xiuhcocoa, et mimixcoa enroulant certains guerriers : leur présence auprès d'un nombre restreint d'individus semblent leur conférer un statut particulier que le communiqué de l'INAH n'a pas retranscrit. Il est également surprenant d'observer l'omission du caractère ritualisé de la guerre chez les Mayas. Les aquarelles d'Adela Breton copiant les peintures murales du Temple Supérieur des Jaguars ont souvent été commentés (1984).

    Références complémentaires :
    • Thompson, Edward H.
      1904. Archaeological Researches in Yucatan. Memoirs of the Peabody Museum of American Archaeology and Ethnology, Harvard University. Vol. III, No. 1. Cambridge, Massachusetts.
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    mercredi 6 octobre 2010

    Site internet de l'expo Rostros de la Divinidad

    Comme souvent désormais, les services de publicité de l'INAH n'hésitent pas à mettre les petits plats dans les grands quand il s'agit de promouvoir certaines grosses expositions (la plupart montées au DF). Cette fois-ci, c'est l'exposition Rostros de la Divinidad, los mosaicos mayas de piedra verde qui est mise en valeur grâce à un petit site internet bien ficelé. Elle a lieu actuellement au Museo Nacional de Antropología, à Mexico.

    Affiche de l'exposition  Rostros de la Divinidad.
    Photo disponible le 6/10/2010 sur le carnet El Mayista.

    Au-delà des simples informations administratives, vous retrouverez les descriptions des différentes pièces exposées (dimensions, époque, culture, site d'origine, matériaux). Les offrandes qui ont été reconstituées sont présentées au moyen de photos de bonne qualité et d'une courte description. Pour les compléter, différents panneaux informatifs présentent certains aspects de la conception maya (de l'univers, de la plastique, du corps humain), et les sites dont sont originaires les offrandes (Palenque, Dzibanche, Oxkintok et Calakmul). Toutes ces notices sont disponibles au format .pdf et permettent d'avoir un aperçu général mais complet de l'exposition si vous ne pouvez pas vous y rendre.

    Bonne lecture ! Si vous avez déjà eu la chance de voir cette expo, laissez vos commentaires.
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    dimanche 3 octobre 2010

    Le Nevado de Toluca

    Voici une petite vidéo qui raconte l'importance de ce volcan situé dans l'Estado de Mexico. On y apprend que les explorations et surtout que les populations indigènes ont une conception mythologique de cet endroit.


    D'ailleurs, si on prend le temps de chercher sur Youtube, on peut trouver cette vidéo, apparemment ajoutée par un des membres de l'expédition archéologique.


    L'INAH propose également une courte vidéo présentant l'archéologie sous-marine au Mexique.


    Prolongez le plaisir de découvrir cet endroit difficilement accessible en relisant nos notes sur le sujet, notamment les résultats des fouilles sous-marines publiés par l'INAH l'année dernière.

    Bibliographie :
    Pilar Luna, Arturo Montero et Roberto Junco. 2009.
    Las aguas celestiales : El Nevado de Toluca. INAH.

    Arqueologia Mexicana, vol. XVII, n°105, INAH-Raices, México.

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    Restauration de peintures murales à El Tajin

    Le site de l'INAH rapporte la fin de la dernière campagne de restauration des peintures murales de l'édifice 1 d'El Tajin, Veracruz. Commencée il y a un peu plus de trois ans, cette tâche ardue a permis de redonner de l'éclat à ces oeuvres réalisées entre 800 et 1200. Ces peintures sont présentés linéairement.

    Le travail de l'équipe de Dulce Maria Grimaldi ne s'est pas limité aux seules peintures. En effet, les sols et murs stuqués de l'édifice ont bénéficié de cette cure de jouvence. Il faut noter que l'édifice avait souffert quelques éboulements. Les peintures s'effritaient et étaient craquelées, sans parler des effets négatifs de l'accumulation de carbonate de calcium.

    L'équipe de restauration en plein travail.
    Photo Sinuhé Medina-INAH, retrouvé le 1/10/2010.



    Restauration d'une peinture murale, Edifice 1, Tajin Chico.
    Photo Sinuhé Medina, INAH, retrouvé le 1/10/2010.

    L'iconographie des peintures murales de l'édifice 1 révèle l'imaginaire et de la pensée totonaque. Selon Grimaldi, la sûreté et la précision des traits font penser que l'ensemble pictural a été scrupuleusement pensé, organisé et réalisé. Le groupe d'artistes ayant peint l'édifice n'a rien laissé à l'improvisation. On y trouve notamment cette créature fantastique.


    Créature fantastique, détail d'une peinture murale.
    Edifice 1, Tajin Chico, Epiclassique-Postclassique.
    Photo de Sinuhé Medina-INAH: retrouvé le 1/10/2010.


    Peinture murale, édifice 1. 
    El Tajin, Veracruz, Epiclassique-Postclassique.
    Photo Sinuhé Medina-INAH, retrouvé le 1/10/2010.

    Le corpus iconographique est très vaste : représentations allégoriques du vent et de l'eau, divinités associées à ce dernier élément, prêtres, animaux fantastiques, jaguars ou serpents au corps de félin, plumes et nuages peint comme des grecques. La palette utilisée par les artistes totonaques est assez large : rouge, rose, blanc, vert, noir, bleu, marron et jaune sont les différentes couleurs qui apparaissent nettement après que les restaurateurs aient enlevé le voile blanc qui recouvraient les peintures. L'Edifice 1 de Tajin Chico avait déjà subi une série d'interventions dans les années 1990, suite à sa découverte. Mais celles réalisées par Grimaldi et son équipe avaient pour objectif d'être montrées au public.


    Plan archéologique d'EL Tajin, Veracruz.
    Disponible le 3/10/2010 sur : http://www.delange.org/ElTajin/ElTajinMap2.jpg .

    Si on regarde la répartition des monuments à El Tajin, une nette séparation existe entre les constructions à caractère cérémonielle, bâtie dans la partie basse, et celles de type résidentiel, dont fait partie l'Edifice 1. Il existe d'ailleurs une limite physique entre ses deux espaces, matérialisée par une muraille. Ce bâtiment comporte trois étapes de construction. La dernière étape fut couverte d'un stuc blanc peint de motifs  géométriques à connotations florales et aquatiques.


    Nul doute que le volume de peinture préhispanique du Véracruz qui sera concocté par l'Instituto de Investigaciones Estéticas proposera un catalogue photographique beaucoup plus vaste que ce que l'INAH a proposé à la presse et au public en cliquant sur cette petite galerie virtuelle. D'autres photos des peintures avant leur restauration sont aussi disponibles sur la page internet de George et Audrey DeLange.

    Bibliographie complémentaire :

    Jimenez Lara, Pedro. 2003.
    "Arquitectura y poder en El Tajín". In Cuadernos de Trabajo,  n°15, Instituto de Investigaciones Histórico-Sociales, Universidad Veracruzana, Xalapa. Document pdf, disponible en ligne le 2 octobre 2010 sur : http://www.uv.mx/iihs/Cuaderno15.pdf .
    Machado, John L. 2003. "Veracruz Mural Traditions: Las Higueras, México". Disponible le 2 octobre 2010 sur : http://www.famsi.org/reports/00035/index.html .
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