jeudi 30 décembre 2010

Proyecto Tlalocan

Sur son site internet, l'INAH a mis en place un minisite sous flash que vous pouvez retrouver en cliquant sur le titre de cette note. Ceci présente tout le matériel accumulé sur le Proyecto Tlalocan, dirigé par l'archéologue mexicain Sergio Gomez. Rappelons que ce tunnel est l'une des découvertes phares de l'année 2010 pour les mésoaméricanistes. Sont donc compilés les différentes notes publiées par l'INAH sur le sujet, les vidéos disponibles sur Youtube, une infographie complète en format pdf, des informations sur la création et l'utilisation des robots explorateurs pour la première fois au Mexique. Si on peut s'attendre à des découvertes très intéressantes en 2011 sur ce chantier de fouilles, convient-il de tant anticiper ce qui pourrait être découvert. Nous souhaitons à Sergio Gomez de trouver ce qu'il cherche. Mais l'archéologie est souvent faite de surprises et d'imprévus.

L'exploration de ce tunnel sous la Pyramide adossée et la Pyramide du Serpent à plumes a en tout cas les médias nationaux, événement rare. Le 29 décembre au soir, le groupe Televisa proposait un long reportage sur Canal de las Estrellas : il était question de présenter la Ventilla, quartier résidentiel de Teotihuacan, et le Palais des quetzal dont la restauration a finalement pris fin, après plusieurs mois de labeurs. Si quelque lecteur a pu enregistrer ce reportage, qu'il nous contacte derechef !
Partager

Des racines et des ailes "Trésors du Mexique"

Le célèbre programme de France 3 proposera une série de reportages sur le Mexique, dans le cadre des célébrations de l'année du Mexique en France. 

Une bande-annonce est d'ores et déjà disponible sur le site de la société de production de ce documentaire de 110 minutes. On peut notamment y voir Dominique Michelet, directeur de l'UMR 8096 ArchAm. C'est notre collègue Marion Forest, archéologue du Projet Uacusecha au Michoacan, qui a eu la bonne idée de mettre les liens sur son carnet homonyme

Le programme complet sera d'abord diffusé sur France 3 le 16 février prochain à 20h35. Pour les Francophones expatriés en terre d'Anahuac et les Mexicains francophones, il sera rediffusé sans aucun doute diffusé sur TV5 Monde. Dès que nous aurons la date et l'horaire, nous vous la proposerons sur ce carnet et sur les réseaux sociaux.
Partager

lundi 27 décembre 2010

Le meilleur de 2010

Fin d'année arrivant, on fait des bilans (bons, personnels, professionnels, en dépôt, etc.). Mexique Ancien vous propose donc un petite liste de publications, de découvertes archéologiques, de sites, d'expositions, de coups de gueule en ce qui concerne la Mésoamérique.
Pour les livres, cette année s'est montrée particulièrement précieuse, notamment si on s'attarde sur les trois ouvrages co-rédigés par Leonardo López Luján. Je pense autant à la compilation El sacrificio humano en la tradición mesoamericana, résultat d'une collaboration avec l'historien des religions Guilhem Olivier ; la publication du catalogue de l'exposition Moctezuma II. Tiempo y Destino de un gobernante ; la monographie Monte Sagrado rédigée avec son père Alfredo López Austin.

En ce qui concerne les sites ou carnets qui nous ont particulièrement plu, il faut mettre en avant le carnet d'Enrique Davalos sur la sexualité des anciens peuples mésoaméricains. A défaut de trouver un éditeur digne de ce nom, Davalos a décidé de faire don de ses recherches au public, avec forces détails et références détaillées. Un autre carnet nous a particulièrement attiré l'attention : la bibliothèque virtuelle d'archéologie constitue notre meilleure recommandation pour les étudiants en archéologie et en anthropologie.

Les coups de gueule ont été particulièrement nombreux cette année. En ligne de mire, les destructions et pillages de site dans le Tabasco ou plus récemment au Yucatan, l'abandon d'Izapa donnent une piètre image de l'INAH, incapable de sauver et restaurer le patrimoine national. Et lorsqu'un responsable commente les dégâts collatéraux des concerts organisés à Chichen ou qu'on apprend que l'état du Yucatan est devenu propriétaire du site, la page internet de l'institution reste très souvent muette.

Parlons de fouilles et plus particulièrement de découvertes. Les deux sites chiapanèques de Chiapa de Corzo et Tonina ont rythmé l'année par la succession et la qualité des inventions faites. Dès janvier, on apprenait la présence d'un sarcophage sous la plateforme 5 de Tonina. Et puis en mai, la tombe de dignitaire retrouvé à Chiapa de Corzo permettait d'éclairer nos connaissances sur les Zoques qui vécurent sur le site pendant le Préclassique. Le site d'El Teul, dans l'état de Zacatecas, s'est fait connaître aux yeux du grand public. N'oublions pas non plus la découverte d'une autre tombe couverte de cinabre à Bonampak. Nous sommes aussi revenu à plusieurs reprises sur les avancées accomplies par l'archéologie subaquatique, notamment du côté du Quintana Roo. Terminons aussi en tirant un petit coup de chapeau aux archéologues de PAU à Mexico : ce sont trois structures de l'enceinte sacrée de Tenochtitlan qui ont pu être localisées et identifiées cette année. Espérons que 2011 permettra d'en découvrir d'autres.

Qui dit fouilles, dit restaurations. Il faut en effet reconnaître le formidable travail des spécialistes de l'ENCRyM qui a reconstitué un puzzle constitué de coquillages originaire de Calakmul. La toilette des Bebedores sous la pyramide de Cholula doit également être mise en exergue, étant l'état avancé de dégâts de ces derniers.

En ce qui concerne les expositions, Teotihuacan à Paris, Moctezuma à Londres puis à Mexico et les masques mortuaires mayas ont volé la vedette. Une mention spéciale peut être accordée à la seconde puisqu'à ce jour, plus de 350000 personnes l'ont vue. La présence exceptionnelle du monolithe de Tlaltecuhtli y est certainement pour quelque chose, étant donné que ce fut sa première présentation lors d'une exposition de cette envergure.

Enfin terminons cette rétrospective en mettant en exergue l'effort entrepris par le gouvernement fédéral à travers deux programmes qui feront date. D'un côté les premiers débats de la série Discutamos México constituent une référence pour tout curieux de l'histoire précolombienne du Mexique. D'un autre côté la récente diffusion des débats sur les peuples indigènes du Mexique comble un manque évident de représentativité de ces populations marginalisées la plupart du temps. Espérons que ce type de programmation puisse perdurer au-delà des simples fêtes du Bicentenaire et du Centenaire.

A l'orée d'une année 2011 qui s'annonce difficile pour l'archéologie mexicaine (baisse des crédits oblige), le passé mexicain s'exportera encore, notamment les Olmèques en Californie, les Mayas en France. Nous reviendrons notamment sur l'année du Mexique en France et sur les événements qui la composeront. Cependant le rythme des publications risque de décroître pour une simple raison. Votre serviteur devant impérativement présenter sa thèse de doctorat cette année, il lui faudra renoncer à certaines choses en général et à ce carnet temporairement. Dès lors, si vous souhaitez participer à cette belle aventure qu'est Mexique Ancien, n'hésitez pas à nous contacter...

Pour l'heure, profitons de ce qu'il reste de 2010 et régalons-nous avec ce que nous apportera 2011.
Partager

vendredi 24 décembre 2010

Officialisation de la localisation du Tezcatlachco

Le quotidien mexicain La Jornada propose sur son site internet un entretien très intéressant avec l'archéologue José Álvaro Barrera Rivera. Travaillant avec Alicia Islas sur une thèse de licence à l'Escuela Nacional de Antropologia e Historia, il est revenu en détail sur une découverte qui a demandé plusieurs années de travail documentaire pour être validée.

Tout commence dans le cadre du Programa de Arqueología Urbana (Plan d'Archéologie Urbaine ou PAU). En 1991, Eduardo Matos Moctezuma met en place un système de fouilles dont l'objectif est de préparer et d'effectuer des fouilles de sauvetages dans les sous-sols de la ville de Mexico. C'est notamment ce projet qui a permis de retrouver les restes du Calmecac et du Temple de Quetzalcoatl cette année. Depuis sa création le PAU a d'ailleurs permis de retrouver 50 des 78 bâtiments énumérés par le moine franciscain Bernardino de Sahagun (2000 : II, 271-281).

Voici un dessin qui permettra de situer ce fameux terrain de jeu de balle, long de 50 m et large de 6 m. Il est daté du Postclassique tardif et plus particulièrement entre 1486 et 1502. (Lopez Austin et Lopez Lujan, 2010 : tableau 5, p. 213 ; Matos Moctezuma,  2008 : 186). Ces deux dates correspondent au règne d'Ahuizotl, dont Leonardo Lopez Lujan a fait l'un des personnages possiblement enterrés sous le monolithe de Tlaltecuhtli. Sur ce schéma, (ill. 1) le Tezcatlachco (Jeu de balle du miroir en nahuatl classique) est situé presque aussi au coin de l'enceinte sacrée, directement au sud de la Pyramide double.

Ill. 1. Schéma situant le Tezcatlachco, Mexico-Tenochtitlan, Postclassique tardif.
Document : José Alvaro Barrera Rivera et Alicia Islas, disponible le 23/12/2010 sur

Selon les travaux de Barrera Rivera et Islas, la structure se trouvait au carrefour des rues Licenciado Verdad et Moneda et s'étendait sous le Palais National et l'ancien archevêché. Voici une petite carte sur Googlemaps qui permet de situer le périmètre de la recherche (ill. 2).


Barrera Rivera et Islas ont passablement étudié les différents textes référant à cet endroit. L'oeuvre qui a servi de point de départ à cette recherche est le Codex de Florence et sa version tardive qu'est l'Historia general de las cosas de Nueva España :

"Le trente-troisième édifice s'appelait Tezcatlachco. C'est un jeu de balle entre les cus [pyramides]. Là ils tuaient par dévotion quelques captifs quand régnait le signe d'Omacatl [2 Roseau]". (trad. B. Lobjois d'après Sahagun, 2000 : II, 276; CF: II, 185)

On peut comprendre que des prisonniers de guerre étaient sacrifiés le jour 2 Roseau sur ce terrain, situé entre les pyramides. Il ne faut pas oublier qu'un autre terrain de jeu de balle connu sous le nom de teutlachco, aux dimensions plus importantes (Sahagun, 2000 : II, 250). Il était situé près du tzompantli (râtelier de crânes de victimes sacrifiés). Ome acatl était le jour de la dixième fête mobile : on y faisait des offrandes au dieu homonyme ainsi qu'à Tezcatlipoca (Sahagun, 2000 : II, 172; ill. 3). Des esclaves étaient sacrifiés sur le Quauhxicalco et leur tête placé sur un tzompantli annexe. C'est sur le tezcatlachco qu'on sacrifiait le personnificateur du dieu Huitznahual et d'autres captifs (Sahagun, 2000 : II, 276).

Ill. 3. Tezcatlipoca, Codex Borgia, pl.17.

Si l'édifice a donc correctement situé, il ne sera probablement possible d'en voir ou d'en visiter ce qu'il en reste, étant donné sa position. Il serait difficile de détruire des bâtiments de l'époque coloniale qui sont eux-mêmes classés au patrimoine historique mexicain.

Références bibliographiques.
BARRERA RODRÍGUEZ, Raul et Gabino LÓPEZ ARENAS. "Hallazgos en el recinto ceremonial de Tenochtitlan". In Arqueología Mexicana, vol. XVI, núm. 93, Editorial Raices-INAH, Mexico, pp. 18-25.

Códice Mendocino, Biblioteca Bodley, Oxford. Consultable en ligne le 3 mars 2010, sur : http://commons.wikimedia.org/wiki/Codex_Mendoza .

COUVREUR, Aurélie. 2002. "La description du Grand Temple de Mexico par Bernardino de Sahagún (Codex de Florence, annexe du Livre II)". In Journal de la Société des Américanistes, 88, Musée de l'Homme, Paris, p. 9-46. Document en ligne (pdf) disponible le 3 mars 2010 sur : http://jsa.revues.org/index2742.html .

LÓPEZ AUSTIN, Alfredo & Leonardo LÓPEZ LUJÁN. 2010. Monte Sagrado-Templo Mayor. INAH-UNAM, Mexico.

MATOS MOCTEZUMA, Eduardo.
1981. Una visita al Templo Mayor. INAH, Mexico.
2008. Tenochtitlan. Fideicomiso Historia de las Américas, Serie Ciudades, Colegio de México-Fondo de Cultura Económica.

OLIVIER, Guilhem. 1995. Moqueries et métamorphoses d'un dieu aztèque. Tezcatlipoca, le "Seigneur au miroir fumant". Institut d'ethnologie, Musée de l'Homme, Paris.

SAHAGUN, Bernardino de. 2000. Historia de las cosas de Nueva España. A. Lopez Austin et Josefina Garcia Quintana (éds.), 3 vols, Cien de México, CONACULTA, Mexico.

Partager

mercredi 22 décembre 2010

Avancée des fouilles à Santo Nombre, Puebla

Les fouilles et les travaux de consolidation vont bon train sur le site poblano de Santo Nombre. En février dernier, nous évoquions cet endroit, situé sur la municipalité de Tlacotepec de Benito Juárez, au nord de la ville de Tehuacan.


L'équipe dirigée par l'archéologue Blas Castellon Huerta a récemment présenté les avancées réalisées tout au long de cette année. Il en ressort que Santo Nombre avait une architecture passablement influencée par le style teotihuacain de talus-tablier. C'est ce que les chercheurs ont déduit en observant les Pyramides des Coquillages et des Clochettes, les deux structures au menu de cette longue année. En 2009, deux autres monticules, hauts de 7 mètres, avaient scrupuleusement étudiés et restaurés (Structure sud et Maison du Nahual). Ils sont situés à l'ouest et à l'est de la Place du Grand Autel. Un troisième monticule sera exploré l'année prochaine. Cet endroit a été appelé ainsi en raison de l'énorme monolithe haut de 5 m qui ferme l'ensemble.

La Pyramide des Coquillages mesure 7 mètres de haut tandis que celle des Clochettes s'élève à 14 mètres. Située à l'est de la Place du Grand, la première fut nommée ainsi en raison de la présence de deux coquillages géants. Ce n'est pas par leurs dimensions que ces pyramides peuvent être comparées à celles de Teotihuacan : la seule Pyramide du Soleil possède quatre côtés d'environ 240 m de long et une hauteur de 63 m. C'est leur style qui rappelle celui utilisé dans l'ancienne grande ville du Haut-plateau central. Les rampes d'escaliers, le système de talus-tablier, les moulures sont en effet très semblable à celle de Teotihuacan (ill.1).

Rappelons que Santo Nombre occupait une position stratégique de premier plan puisqu'il était situé à la croisée de chemins venant de la côte de l'actuel Veracruz, de la côte d'Oaxaca et du centre du pays entre 400 avant Jésus-Christ et 700 de notre ère. Santo Nombre est constitué de 25 bâtiments, un terrain de jeu de balle et cinq places, dont deux cachées. Santo Nombre se démarque par la présence d'un jeu de balle, type de structure semble-t-il inconnu à Teotihuacan.

Ill. 1, Pyramide des Clochettes,
Santo Nombre, Puebla, Classique.
Photo : INAH, disponible le 21/12/2010 sur : http://goo.gl/xs6H7


Sur la Place centrale, l'équipe de fouilleurs et de restaurateurs a concentré ses efforts sur la Pyramide des Clochettes, nommé ainsi en raison de la présence de 60 clochettes retrouvées sur les chevilles d'un jeune homme enterré à mi-hauteur de la structure. Castellon Huerta précise qu'une pièce de jade avait été retrouvée à la hauteur de sa trachée : cela doit nous rappeler l'ancienne tradition mésoaméricaine de placer ce type d'artefact pour faciliter le voyage d'un défunt vers l'inframonde. La Pyramide des Clochettes se caractérise par deux escaliers (est et ouest) et la présence de plusieurs épines carbonisée de maguey et de petites boîtes en céramique, probablement utilisées lors de rituels d'autosacrifices.

Il semblerait d'ailleurs que l'incinération ait souvent été utilisée si on considère le nombre et la variété d'objets ayant connu ce traitement. Des poinçons d'obsidienne, des os taillés, des pendentifs, des sculptures en pierre des pièces en céramique noire ou orange, des ossements de rapaces et de grands félins, coquillages, de la nacre, des fragments de figurines en céramique ou en pierre et un brasero font partie du catalogue de mobilier mis au jour par les archéologues.

Ce ne sont pas moins de mille petites boîtes en céramique qui témoignent de l'alimentation des anciens habitants de Santo Nombre : à l'intérieur de certaines, on a pu retrouver des restes de maïs, d'haricots, de courges, de piments et de cacao. Cependant les fouilleurs n'excluent pas qu'elles aient servi à recueillir le sang des autosacrifices. Patricia Delgado et Hugo Huerta, membres du projet, estiment que tout ce mobilier incinéré servait à clôre la construction de l'édifice. Il n'est pas rare de rencontrer ce type d'offrandes dans d'autres parties de la Mésoamérique. Teotihuacan en est un exemple encore plus grandiloquent.

Ce n'est pas la première fois que nous évoquons la présence teotihuacaine dans d'autres parties du pays:  El Rosario dans l'état de Querétaro en est un autre bon exemple.

Vous pouvez consulter le diaporama complet de Santo  Nombre est visible en cliquant ici. Pensez à jeter un œil sur le carnet créé pour ce projet. Dommage qu'il ne soit pas mis à jour plus régulièrement. En février dernier, l'INAH avait proposé la petite vidéo suivante sur Youtube.


Partager

lundi 20 décembre 2010

Quand les Teotihuacains croisaient des animaux à des fins rituelles

Quand nous avons vu cette information, nous avons immédiatement pensé à notre collègue et ami Nicolas Latsanopoulos. Excellent dessinateur, N. Latsanopoulos est intervenu sur différents projets de l'UMR 8096 Archéologie des Amériques et/ou du CEMCA au Mexique, principalement en pays maya et plus récemment au Michoacan. Cette note lui est dédiée, lui qui s'intéresse à l'iconographie des canidés à Teotihuacan.

Pour bien comprendre les résultats de la recherche exposés par l'INAH sur son site, il convient de citer la définition de l'archéozoologie. Cette branche de l'archéologie doit être distinguée de la paléontologie. Si on se réfère à la définition proposée sur le site de l'UMR 7209, la zooarchéologie cherche à :
...contribuer à documenter les dynamiques historiques des interactions qui lient nature et culture au sein de l’anthroposystème. Elle le fait dans un constant souci d’interdisciplinarité, en étroite connexion avec les autres disciplines intéressées à cette problématique : écologie, systématique, biogéographie, ethnologie, histoire par les textes, iconologie. En documentant ce champ de connaissance, elle contribue à l’histoire de la biodiversité comme à l’histoire des sociétés.

Une des plus frappantes et des plus récentes applications de la zooarchéologie est présentée dans cette note proposée sur le site de l'INAH. On apprend ainsi qu'une équipe dirigée par Raúl Valadez Azúa, archéozoologue à l'UNAM, a découvert un hybride chien et loup, suite à des analyses effectuées sur des ossements de canidés retrouvés dans l'enterrement 6 de la Pyramide de la Lune, en 2004. Ces analyses ont été élargies à des ossements mis au jour sous la Pyramide de Quetzalcoatl il y a plusieurs années. Pour être plus précis, dans l'offrande 4, dix-huit individus (probablement des guerriers) avaient été retrouvés avec les pieds et les mains liés. L'un d'entre eux portait un collier fabriqué à partir de palais et de dents qui avait été identifiées dans un premier temps comme celle de chien.

Mais après une série de mesures effectuées sur ces pièces, huit maxillaires se sont révélés appartenir à des hybrides de chien et de loup, loberro qu'on pourrait traduire par "chiou"; trois à des chiens, et  deux autres à des croisements coyote-loberro. Tous ces éléments  montrent que les Teotihuacains savaient croiser les espèces. Il savait qu'il était impossible de domestiquer, même en le soustrayant à sa meute. Dès lors les louveteaux n'avaient qu'une espérance limitée à six mois, comme en témoignent les différents ossements de spécimens enterrés vivants comme offrandes sous la Pyramide de la Lune.

Cette découverte a amené Raul Valadez Azua et son équipe à s'interroger sur la place du loup dans la pensée et la vie teotihuacaine. Elle appelle aussi à reconsidérer toutes les études et recherches qui, pendant quarante ans, ont trop souvent identifié la présence de canidés comme celle de coyotes. L'archéozoologue estime même que pour chaque os de coyote retrouvé, on en trouve vingt de loup.

Parallèlement les travaux de l'équipe de Valadez Azua ont portés sur les pumas et aigles retrouvés dans l'enterrement 6 de la Pyramide la Lune : les bols estomacaux de certains ont révélé la présence de lapins cuits. Cela sous-entend que ces animaux auraient vécu en captivité, nourris par les habitants, avant d'être sacrifiés ou enterrés vivants. Cela indique aussi leur importance symbolique puisqu'ils avaient tous un lien plus ou moins proche avec le pouvoir.


Références bibliographiques

LATSANOPOULOS, Nicolas. 2008. « Dent de loup et cœur de cerf : observations sur la place de l’animal dans l’idéologie de la guerre et du sacrifice à Teotihuacan », Journal de la société des américanistes [En ligne], 2008, 94-2, mis en ligne le 05 janvier 2013, Consulté le 16 décembre 2010. URL : http://jsa.revues.org/index10558.html .

HORARD-HERBIN M.-P. & VIGNE J.-D., dir., 2005. Animaux, environnements et sociétés. Paris : Errance, (coll. « Archéologiques » A. Ferdière). 191 p.

VANDERWARKER, Amber M. et Tanya M. Peres. Integrating Zooarchaeology and Paleoethnobotany: A Consideration of Issues, Methods, and Cases. Springer-Verlag, New York.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l'archéozoologie, cliquez sur ce lien. Vous pouvez également consulter la page de l'UMR 7209, « Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements » (CNRS-MNHN).

Partager

Arqueologia Mexicana Hors Série n°36

Voici un numéro spécial de la revue de vulgarisation publié par l'INAH. Il s'agit de terminer cette année en beauté, si j'ose dire. Il est question de la décoration corporelle préhispanique. A travers ce guide visuel (ill.1), il s'agit de présenter rapidement les différents types d'ornement de la peau chez les anciens peuples mésoaméricains, notamment à travers leurs peintures, leurs sculptures et leurs céramiques.

Ill. 1. Couverture d'Arqueologia Mexicana, hors-série num. 37.

Néanmoins les comparaisons avec les peintures ou ornements portés lors de rituels contemporains ne manquent pas. Elle s'avèrent même parfois nécessaires pour comprendre la continuité culturelle. Les auteurs de ce numéro spécial ont donc mis l'accent sur huit types de décoration corporelle.

Ill. 2. Personnificateur de Xipe Totec,
Codex Florentino, préface au livre I, p. 12

La plus évidente est certainement la peinture corporelle. Une de ses composantes, la peinture du visage, est un peu détaillée (ill.2). Viennent ensuite la présence des sceaux (géométriques ou zoomorphes) qui servaient certainemnt à déposer des motifs sur les tissus et les étoles (Bachand, 2002). Les auteurs considèrent la difficulté à distinguer les peintures corporelles et la représentation de tatouages. Si on met souvent en valeur les rituels de tatouages parmi les peuples du Pacifique (Maoris et Kanaks en sont les preuves vivantes), on ne reconnaît pas assez leur importance en Mésoamérique en général et chez les Mayas en particulier.

Ill. 3. La Reina de Uxmal, Maya
Epiclassique (900-1000 A.D.), Uxmal, Yucatán
Calcaire, 80 x 99 cm.
Photo : Jodisrge Pérez de Lara.
Disponible le 19/12/2010 sur : http://www.mesoweb.com/es/recursos/MNA/51.html .

Pendant du tatouage, la scarification est le résultat d'un rituel lent et douloureux. On a des exemples ethnographiques et artistiques enregistrés au Yucatan (ill.3) et sur la côte Pacifique.

La peau pouvait enfin être transpercée pour y poser des pendants d'oreilles, des labrets et d'autres objets traversant le nez. Ce type d'artefacts est très présent en contexte funéraire et permet de reconnaître des individus ayant disposé d'un haut statut social (ill.4).

 Ill. 4 Tlacaelel avec labret et objet traversant le nez.
Duran, 2002 : I, pl. 17.

Néanmoins, d'autres éléments de la beauté "mésoaméricaine" ont été sciemment laissés de côté. Peut-être seront-ils présentés et étudiés dans un prochain numéro. Il s'agit des déformations crâniennes (qui n'étaient pas l'apanage des Mayas, contrairement à ce qu'on pourrait croire) et des mutilisations et incrustations dentaires.

On regrettera cependant la qualité médiocre de certains clichés, ce à quoi Arqueologia Mexicana semble dernièrement s'habituer. De la même manière, on peut s'interroger sur l'absence de références plus récentes sur ce thème si important. Bon nombre, proposées dans la bibliographique complémentaire, sont des années 1940 à 1960. Le sujet a été peu étudié depuis,, on dirait. En tout cas, il mériterait une monographie actualisée.

Nous vous proposons donc de visionner quelques documents en ligne pour vous familiariser avec ce thème, certains figurants dans la bibliographie indiquée.

Bachand, Holly Sullivan.
2003. "Sellos cilíndricos y estampaderas del periodo Formativo en Mesoamérica". In XVI Simposio de Investigaciones Arqueológicas en Guatemala, 2002 (J.P. Laporte, B. Arroyo, H. Escobedo y H. Mejía, éds.), Museo Nacional de Arqueología y Etnología, Guatemala, pp.527-538. Document pdf disponible en ligne le 19 décembre 2010 sur : http://www.asociaciontikal.com/pdf/48.02%20-%20Holly%20Sullivan%20Bachand%20-%20en%20PDF.pdf .

Ferrer, Eulalio.
2000. "El color entre los pueblos nahuas". In Estudios de Cultura Nahuatl, num. 31, IIH-UNAM, Mexico, p. 203-220. Document .pdf disponible en ligne le 19 décembre sur http://www.ojs.unam.mx/index.php/ecn/article/view/9235/8613 .

[Edition du 23/12/2010. Nous ajoutons un lien vers une intervention juste et précise sur le thème des décorations et ornements corporels, rédigée par Orlando Casares Contreras sur le carnet du Museo del Palacio Canton.]
Partager

dimanche 19 décembre 2010

Los peuples indigènes aujourd'hui Programme 4

Nous vous proposons de suiver le quatrième débat du programme Les peuples indigènes aujourd'hui. Cette semaine, il est question de l'art et de l'artisanat selon la perspective des peuples autochtones.






A titre de commentaires, l'utilisation de l'adjectif "indigena" n'est nullement péjorative en espagnol du Mexique. Par contre, si vous utilisez le mot "indio", ne vous étonnez pas de recevoir des commentaires négatifs en retour.

Bon visionnage !
Partager

jeudi 16 décembre 2010

Découverte de nouveaux éléments architecturaux à Tonina, Chiapas

On connaît souvent l'impact d'un titre et combien il va orienter notre lecture d'un ouvrage ou d'un article. La note publiée ce soir et reprise sur le grand réseau bleu, en dépit de l'utilisation du conditionnel, n'échappe pas à la règle. Et il semblerait presque qu'on assiste à un concours de qui fera la plus belle découverte en Mésoamérique en 2010.  En raison des nombreuses recherches proposées au public, le titre se jouerait entre Chiapa de Corzo et Tonina, tous les deux situés au Chiapas. Il s'agit évidemment d'un léger sarcasme de ma part. Néanmoins c'est quand même la cinquième fois que nous parlons de Tonina sur ce carnet depuis le début de l'année.

Cette fois, il est question de deux scupltures en forme de têtes de serpent, taillées dans des blocs de calcaire et ayant certainement fait office de marqueurs sur le terrain de jeu de balle 1 de l'ancienne cité chiapanèque. On observera d'ailleurs que l'article ne précise de quel terrain il s'agit. Ce qu'on sait également, c'est qu'elles ont été retrouvées dans le Palais de l'inframonde et mesure 80 cm de long chacune.

 Entrée du Palais de l'Inframonde, Classique, Tonina, Chiapas.
Photo Simon Burchell, prise le 11/03/2007,
Disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/LLWUT .

Des répliques de ces sculptures ont été placées sur le terrain de jeu de balle comme le montre la photo suivante :

Photo INAH, disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/nxl9o .

Le résultat final est assez impressionnant.

Terrain de jeu de balle 1, Tonina, Chiapas, Classique.
Photo INAH, disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/bynQR.

Là où on peut néanmoins se poser quelques questions, c'est sur l'hypothèse de travail proposé par le Dr. Yadeun Angulo, responsable du projet Tonina. Interrogé par nos soins, Ramzy Barrois, docteur en archéologie à l'Université Paris I et spécialiste des terrains de jeu de balle dans les Hautes Terres mayas, a une opinion plus consacrée que le Dr. Yadeun Angulo.

Son hypothèse que les 6 serpents étaient sur le terrain avant 688 est assez intéressante et je suis curieux de comprendre comment il déduit ça. En tout cas, c’est assez séduisant et ça donne une belle perspective historique.

Le premier problème, c’est que si ces serpents sont une métaphore de wakchan (6 cieux), pourquoi seraient-ils une symbolique de l'inframonde ?

En dehors de ça, il y a plein de terrains de jeu de balle qui ont ce type de créatures comme tenon, surtout dans les Hautes Terres Mayas. Il ne s’agit en fait pas d’un serpent, mais d’une créature surnaturelle qui est souvent nommée « monstre-vision ». Ici la gueule est érodée, mais mon billet qu’il y avait un visage à l’intérieur.

Donc, pour répondre à Juan : Non, ce n’est pas WakChan, non, ce n’est pas l’inframonde, mais oui, ces marqueurs là (qui ne servent pas d’embut) sont typiques du jeu de balle des Hautes Terres du Classique Récent…

Les valeurs associées au monstre vision restent à définir. Jusqu’à présent, on se contentait de les lier aux ancêtres, ce qui est insuffisant et injustifié…

N’oublie pas que le Popol Vuh est un récit Quiché de l’époque de la Conquête. Il reprend des mythes plus anciens, mais personne ne peut dire que le Popol Vuh, telle la Bible, est la transposition parfaite d’un récit Préclassique ! C’est impossible. De plus, trop d’éléments retrouvés (archéo, icono et épigraphie) s’opposent au récit Quiché.

La partie géographique existe bel et bien dans le Popol Vuh, après la partie des mythes… Pour le monstre-vision, je ne crois pas qu’il faille l’associé au serpent à plume de Chichen Itza.

On retrouve le serpent-vision sur toute la côte Pacifique du Guatemala au Jalisca, alors qu’il n’y a pas de Serpent à plumes là-bas. En revanche, on retrouve régulièrement une sorte de paire monstre-vision/monstre terrestre.

Je soupçonne que le premier est une représentation du ciel, du supramonde, alors que le second est une manifestation de l’inframonde. Le terrain de Tonina, grâce à ces tenons, pourrait être qualifié de céleste… Il faut encore définir ce que ceci signifie…

Pour compléter l'argumentaire de Barrois, rappelons que l'utilisation de serpent comme marqueurs d'un terrain de jeu de balle n'est en rien exceptionnel.

Prenons comme exemple le grand terrain de jeu de balle de Chichen Itza reprend le même élément architectural. On peut en effet observer quatre têtes se serpent à tenons et des corps emplumés aux extrémités. Pour être plus précis, les marqueurs seraient plutôt les six balles ornées d'un crâne et représentées sur les bas-reliefs des talus inférieurs du terrain de jeu de balle. En voici quelques illustrations.

 Rampe sud-ouest, Grand Terrain de Jeu de balle, Chichen Itza
Epiclassique. Vue depuis le Temple Supérieur des Jaguars.
Photo B. LOBJOIS, prise le 22/10/2004.

Tête et corps de serpent à plumes, rampe sud-ouest.
Grand terrain de jeu de balle, Chichen Itza, Epiclassique.
Photo B. LOBJOIS prise le 22/10/2004



Crâne sur une balle, panneau Nord, bas-relief, 
Grand Terrain de jeu de balle, Chichen Itza, Epiclassique.
Photo : B. LOBJOIS, prise le 22/10/2004.

Vous noterez également la présence d'un anneau sur le deuxième cliché. Ce dernier est sculpté sur les deux faces et sur la tranche par des serpents à plumes ondulants et/ou s'entremêlant. Le terrain de jeu de balle de Chichen reprend et améliore l'iconographie du serpent entrevue à Tonina. Peut-on ou même doit-on nécessaire identifier ce terrain comme celui rapporté dans le Popol Vuh ? D'une certaine manière, nous serions tenté de dire oui, dans la mesure où le GTJB retranscrit et réaffirme la lutte des jumeaux divins contre les seigneurs de l'inframonde. Mais dans ce cas, ce sont tous les terrains de jeu de balle qui ont, per naturam, cette fonction.

Mais, comme insiste Barrois, les créatures représentées à travers ces sculptures ne sont pas des serpents a stricto sensu, sinon des "créatures-vision". Selon lui, associer le serpent à plumes avec ce type de créatures-vision, est vain.

Le terrain de jeu de balle 1 de Tonina au Chiapas n'échappe pas à la règle. Mais il me semble difficile de concevoir qu'il s'agisse exactement du terrain que le Popol Vuh mentionne. Ce type de recherche renvoie à celle de Tollan ou d'Aztlan, qui sont des lieux mythiques. Qui plus est, le lieu de rédaction du Popol Vuh est situé dans la région de Chichiscatenango, au Guatemala voisin. En accord avec Barrois, il convient de rappeler que le Popol Vuh a été rédigé à l'époque coloniale. La distance n'est certainement pas un problème si on considère la proximité de Tonina avec cette partie du Guatemala, mais cela laisse quelques doutes sur l'identification et l'hypothèse proposées par le Pr. Yadeun.

En attendant, vous pouvez toujours jeter un œil au petit diaporama préparé par l'INAH.

Quelques articles et recherches sont disponibles en ligne.
Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (1). "Toniná at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions".Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (2). "Toniná Monument 3 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (3). "Toniná Monument 5 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (4). "Toniná Monument 7 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (5). "Toniná Monument 141 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Pulido Solís, María Trinidad. 2001. "Altos de Chiapas: Desde San Cristóbal a la Meseta y Depresión Centrales". In Arqueología Mexicana, Vol. IX, numéro 50, juillet-août 2001,  Editorial Raíces, Mexico, pp. 78-85.

Schele, Linda; and David Freidel. 1990. A Forest of Kings: The Untold Story of the Ancient Maya. William Morrow, New York.

Schele, Linda et Mary Ellen Miller. 1992. Blood of Kings: Dynasty and Ritual in Maya Art. Justin Kerr (photographe) (2ème édition avec corrections). George Braziller, New York: .

Sharer, Robert J. with Loa P. Traxler. 2006. The Ancient Maya (6ème édition complètement révisée). Stanford University Press, Stanford.
Partager

lundi 13 décembre 2010

Le carnet Arkeopatias

Arkeopatias est un carnet présentant des articles et des études en espagnol. Créé en janvier 2010, il est ouvert au public en général mais il faut être un peu curieux ou spécialiste pour comprendre les thèmes d'archéologie ou d'anthropologie qu'il traite. Les créateurs de ce carnet espèrent former "des espaces de rencontre, de discussion et d'analyse", pour peu qu'ils soient en rapport avec la routine de l'archéologue ou de l'architecte.

Arkeopatias compte cinq rédacteurs permanents et plusieurs rédacteurs occasionnels dont Azucena Cervantés, auteure d'une récente étude sémiologique sur les animaux dans le monde préhispanique

D'interface sobre, Arkeopatias propose une lettre d'informations et la publication de bulletins publiés régulièrement. Enfin, afin de promouvoir l'échange entre enseignants, étudiants et chercheurs, Arkeopatias a ouvert un compte scribd où on peut télécharger différents documents. On peut entrer en contact avec Arkeopatias sur Facebook et Twitter.

Bonne lecture...

Partager

Les peuples indigènes aujourd'hui Programme 3

Nous continuons notre découverte des langues indigènes dans le Mexique contemporain. Le programme diffusé le vendredi 11 décembre est disponible sur la chaîne INAHTV, sur le portail vidéo de Youtube. Comme pour les programmes précédents, le troisième volet a été coupé en cinq parties que vous pouvez en cliquant sur chacune d'elle, de manière chronologique.
 
Le thème de ce débat est "Les droits, le Droit et l'administration judiciaire des peuples indigènes" . Le problème existe depuis l'arrivée des Espagnols. Ni l'Indépendance, ni la Révolution mexicaine, ni la récente démocratisation du Mexique n'ont pu résoudre des problèmes et des discriminations qui frappent les peuples indigènes et plus particulièrement les femmes.






Qu'en pensent nos lecteurs ?
Partager

Les peuples indigènes du Mexique Programme 2

Nous continuons notre promotion de cette série de débats où les intervenants parlent en raramuri, maya tzelt'al, maya yucatèque et zoque. L'ensemble est sous-titré en espagnol. Comme lors du premier programme, il vous faudra voir la vidéo en cinq morceaux. Le thème du jour est la langue comme construction de l'être et du faire.






Nous souhaitons que cela vous a plu...

Partager

dimanche 12 décembre 2010

Nouvelle publication du PARI

Le PARI vient récemment mettre en ligne son nouveau Journal Vol. XI, No. 2. Il est accessible en format .pdf en cliquant ici.

Au programme, une étude épigraphique de Marc Zender sur les verbes affectifs en maya, une étude d'Alexandre Tokovinine sur une corrélation inhabituelle du Tzolk'in dans des inscriptions mayas du Classique; enfin un papier de Peter Biro sur une possible réinterprétation de l'inscription sur l'autel K de Copan...

Attention ! Tous les textes sont en anglais.

Partager

Pas peu fiers...

Comme vous pouvez le noter, nous avons un bouton qui indique notre classement sur le portail d'informations Wikio. Ce dernier vient de créer de nouvelles sections, notamment une en sciences humaines, ce qui faisait considérablement défaut.

Dès lors voir notre carnet monter dans les dix premiers est un peu surprenant mais finalement à relativiser. Regardons le classement complet de cette catégorie.
1Scriptopolis
2Baptiste Coulmont
3Ecrans de veille en éducation
4Évaluation de la recherche en SHS
5Mapping Expert
6Socio-informatique et argumentation
7Les émotions au Moyen Âge
8AGORA / sciences sociales
9Mexique ancien
10Je véronise...
11Mame & fils
12Archéologie poitevine
13Les découvertes archéologiques
14Le blog archeomellois
15DemoSocio
16Femmes au travail
17Paris Design Lab - ENSCI Les Ateliers
18Making Science Public*
19Bafouillages
20Amades
Classement réalisé par Wikio

Nous ignorons quelle méthode et quels algorythmes utilise Wikio pour classer les carnets. Cependant il est satisfaisant de voir que parler du Mexique ancien en français attire du monde. Mais, comme le disait Albert Einstein, "tout est relatif". En effet, Mexique Ancien est situé au-delà de la 10000ème place sur les carnets référencés par Wikio et se positionnait dans les cents premiers en sciences. Nous ne cherchons pas à tout prix à monter dans le classement, à être le premier carnet en sciences humaines. Le voir placé au milieu de carnets aussi prestigieux que ceux du portail Hypothèses nous donne une certaine motivation et une forme de reconnaissance.

L'idée première de Mexique Ancien est autant d'ouvrir l'esprit de ses lecteurs à une formidable civilisation dont les Mexicains actuels se doivent être les dignes descendants. D'autre part nos expériences d'étudiants en licence ou en master nous révélaient les limites de l'accès public et gratuit à des études et informations sur le Mexique préhispanique. Peu à peu, nous avons vu les choses s'améliorer. Un étudiant en archéologie ou en anthropologie bénéficie chaque jour un peu plus des formidables ressources qui circulent la toile. A la limite, il y en aurait parfois trop, sans parler de la désinformation qui surgit dans certains cas.

Nous ne sommes que des informateurs et essayons d'aller plus loin que l'information que nous pouvons lire. C'est cet objectif que nous souhaitons toujours atteindre.

Merci de votre fidélité.
Partager

Visite virtuelle de la Venta

Il est parfois difficile de parcourir physiquement tout le Mexique pour aller voir un site archéologique ou un musée. C'est pour cela que l'INAH a créé l'espace de visites virtuelles. La dernière en date a pour thème La Venta, au Tabasco. Ce site olmèque est l'un des plus importants du pays avec Tres Zapotes et San Lorenzo Tenochtitlan.
Au programme de cette visite, on passe par les différents salles qui constituent le musée du site. La sculpture énorme qui trône dans le couloir d'introduction est absolument bluffante par sa taille et rappelle les Jumeaux, visibles dans le Musée de l'Université de Véracruz à Xalapa.

On passe en suite dans cinq salles présentant l'histoire et l'occupation du site durant le Préclassique. On explique également les techniques architecturales employés par les générations d'occupants sur la zone, notamment l'utilisation de la terre et de colonnes basaltiques.

On passe dans le parc archéologique en commençant par les complexes A, B et C, la grand-place et l'acropole.   Félicitations à Nalleli et à son équipe pour ce bel aperçu d'un site classé Patrimoine de l'Humanité.

Partager

mercredi 8 décembre 2010

Imbroglio à Chicxulub

Alors que l'INAH reste désespérément muet sur le sacage et la destruction du site archéologique 15, dans l'état du Yucatan, le quotidien El Universal présente une note électronique pour le moins surprenante. On y apprend en effet que le Centro INAH Yucatan a porté plainte pour "destruction du Patrimoine culturel de la Nation" sur le site 15.

Mais curieusement la plainte a été déposée contre X et non pas  contre le commanditaire et responsable des travaux, Ricardo Ascencio Maldonado, maire et président de l'Association des anciens élèves du Tec de Monterrey pour le Yucatan. Cette décision peut surprendre puisque celui-ci avait fini par reconnaître sa responsabilité devant des archéologues de l'INAH qui l'avaient surpris en flagrant délit, suite à une dénonciation anonyme. Le directeur Eduardo López Calzada, que nous avions loué pour avoir dénoncé les dommages provoqués par l'organisation de concerts à Chichen Itza, semble avoir perdu de sa fermeté dans ce cas avéré de destruction. Il a simplement déclaré attendre une décision rapide du Ministère public pour pouvoir procéder aux travaux de sauvetage de la zone (pour ce qu'il en reste).

Dès lors deux questions se posent : pourquoi l'INAH n'a-t-il pas porté plainte directement contre ce monsieur, sachant que deux de ses employés se sont entretenus avec le sinistre personnage ? La seconde question est corrolaire de la première et je me risque au petit jeu des suppositions : ce monsieur aurait-il obtenu des soutiens et/ou bénéficierait-il d'une impunité trop présente dans ce pays ?

M. Ascencio Maldonado est un cumulart, comme on peut en observer aussi en France. El Universal précise qu'il est un des dirigeants de la COPARMEX (Confédération Patronale de la République Mexicaine) à Mérida et donc un fonctionnaire local important qui ne manque pas de soutien. A tel point donc que le triste sire, après en avoir fini avec les fonctionnaires de l'INAH a pu poursuivre les travaux de terrasserie sur son terrain sans être présenté devant un fonctionnaire de police... En tout cas, le silence de l'INAH sur ce type reste confondant, comme trop souvent dans ce genre d'affaires.

Pour rappel, vous pouvez lire la Ley Federal sobre Monumentos y Zonas Arqueologicas, votée en 1975 dans ce fichier .pdf .
Partager

dimanche 5 décembre 2010

Vous avez dit codex ?

Suite à la récente ouverture de la Biblioteca Digital Mexicana, l'INAH, institution co-fondatrice de cette page, a décidé de consacrer une petite série de vidéos en espagnol sur les codex mésoaméricains. Elles sont tous visibles sur la chaîne Youtube de l'INAH. Cependant nous avons préféré en faire une playlist en les réorganisant plus logiquement. Nous avons également inclus deux vidéos qui avaient mises en ligne en octobre dernier.

Commençons avec la première question : que sont les codex ?


Maintenant que certains grands jalons sont établis, nous pouvons étudier le détail. Une des questions les plus basiques serait : comment ont été fabriqués les codex ?


Ceci étant, on peut se demander quels étaient les principaux thèmes abordés dans les codex.


Vous allez certainement me dire : "C'est bien beau, mais comment lit-on un codex ?" La réponse est dans la vie suivante.


Voyons le cas particulier des codex calendriers.


Passons un autre cas de calendrier ritual, le Codex Colombino, visible sur la Biblioteca Digital Mexicana. Le narrateur s'attarde sur une première interprétation du codex, de caractère historique.


Notre dernière vidéo posera le problème de la conservation de ces documents qui sont inscrits à la Mémoire du Monde, établie par l'UNESCO. Cet ordre de lecture est proposé également sur notre chaîne Youtube, dans la section Playlists.


Pour aller plus loin dans la compréhension de l'iconographie si particulière des codex mésoaméricains, je ne saurai trop vous recommander la lecture du dernier ouvrage de Pablo Escalante Gonzalbo.


Le Dr Pablo Gonzalbo Escalante.
Photo Museo Amparo, disponible le 5 décembre 2010 sur : http://tinyurl.com/343wnku .

Intitulée Los codices mesoamericanos antes y después de la Conquista española, cette étude, reposant principalement sur la thèse soutenue en 1996 par l'auteur, est complète et facile à lire. Elle a pour objectif premier de comprendre les changements pictographiques sur les documents indigènes produits avant et après la Conquête espagnole. Afin de réduire un changement de travail qui aurait été beaucoup trop vaste, l'auteur a délibérément choisi d'étudier les représentations et de revenir partiellement sur une autre étude qui fait toujours foi, Mexican Manuscript Painting of the Early Colonial Period, de Donal Robertson.

Partager

vendredi 3 décembre 2010

Comment on peut être diplômé et manquer de culture

Le Tec de Monterrey est, après l'UNAM, l'université la plus réputée du Mexique, notamment pour ses diplômes en ingénierie. Il n'a jamais la vocation de former des professionnels qui aient une certaine culture générale, notamment en matière d'humanités. La récente publication d'une nouvelle aberrante vient confirmer ce constat, certainement partial de ma part.

Néanmoins, en lisant que le président de l'Association des Anciens élèves du Tec de Monterrey au Yucatan avait commis le pire, mon sang ne fait qu'un tour. L'agence de presse Notimex a en effet publié une dépêche qui provoquera sans nul doute un tollé dans la communauté archéologique mésoaméricaniste. Reconverti dans la politique au Yucatan, Ricardo Ascencio Maldonado n'a rien trouvé de mieux que de détruire à la pelleteuse 2300 ans d'histoire sur le site archéologique 15. Présent dans le Catalogue Archéologique du Yucatan, le site 15 est situé a une surface de 1 km2 et date du Préclassique. Il n'a pas été fouillé et n'est pas accessible à la visite... Situé au carrefour de la route vers Concal et Chixculub (là où se situe le centre du cratère d'un météorite tombé il y a 65 millions d'années), le site a été tout simplement rayé de la carte par les pelleteuses auxquelles M. Ascencio Maldonado avait demandé de nivelé le terrain pour construire un herbage (potrero?). Il a même pris le soin de demander aux ouvriers de délimiter le terrain défriché avec des pierres sculptées que les machines avaient rompues. On a même retrouvé un metate, que les populations autochtones utilisent pour moudre le maïs !

Loin de se limiter à la destruction d'un patrimoine national, il semblerait que des pillages aient été commis, si on en croit les témoignages des ouvriers qui travaillaient sur le chantier. Des céramiques de grande taille, des offrandes et des petites pierres travaillées auraient été sciemment retirées. M. Ascencio Maldonado a dans un premier temps nié les faits, arguant que l'entrée à la zone ne donnait pas directement sur la route. Il a déclaré ne pas connaître les lois en matière de patrimoine archéologique. Finalement c'est une dénonciation anonyme auprès de l'INAH Yucatan qui a arrêté les travaux. Malheureusement il était déjà trop tard...
 
M. Maldonado devra sans aucun doute affronter des charges lourdes puisque la destruction et le pillage d'une zone archéologique sont des délits fédéraux sévérement punis (au moins en théorie, car dans la pratique...). Ce crime de lèse-humanité, Maldonado la paiera certainement encore plus cher auprès du TEC de Monterrey, lui qui cherche à négocier l'ouverture d'un campus TEC de Monterrey au Yucatan. Rappelons que le TEC est certainement la première université à posséder une chaîne d'universités et de lycée, comme on a une chaîne de restaurants rapides. En tout cas quelques cours d'histoire du Mexique ne lui auraient sans doute pas fait de mal. Honte à lui.
 
PS : si vous avez une photo de ce type à me passer, je suis preneur pour la publier.
Partager

Sacré monticule 11...

En mai dernier, nous revenions en détail sur une découverte majeure faite sur le site chiapanèque de Chiapa de Corzo. Une équipe américano-mexicaine avait mis la main sur une très belle tombe, probablement royale, préparée il y a environ 2700 ans, surprenant ainsi la communauté américaniste. Aujourd'hui rebelote si j'ose dire. En poursuivant leurs recherches, les archéologues Bruce Bachand, Emiliano Gallaga et Lynneth Lowe viennent seulement d'annoncer une nouvelle découverte faite en mai. 

Une autre tombe, situé directement à l'est de la première a révélé la présence de deux hommes adultes. Même si leur état de conservation était bien moindre que celui du premier enterrement, la tombe a révélé des offrandes riches qui laissent penser que ces deux individus accompagnaient un troisième dans son voyage vers l'inframonde. Lynneth Lowe explique que la fouille n'a pas été aussi aisée. Une partie des grands tableaux en bois qui recouvraient la zone a cédé sous le poids de la terre accumulée et a réduit les fragments osseux (crânes et vertèbres) à l'état de morceaux.

Lowe confirmer les liens de ce site zoque avec la zone olmèque sur la côte atlantique si on en croit les traits d'un visage taillé sur un pendentif retrouvé parmi le mobilier funéraire. Plus surprenant est le matériau utilisé pour créer cette pièce : il s'agit d'un morceau de carapace de tortue !

 Pendentif avec visage olmécoïde, Monticule 11, Chiapa de Corzo.
Photo : INAH, disponible le 3 décembre 2010 sur http://goo.gl/eQFJ6 .

Relief olmécoïde, détail d'un pendentif.
Monticule 11, Chiapa de Corzo, Préclassique moyen.
Photo E. Gallaga y H. Montaño-INAH, disponible le 3/12/2010 sur http://goo.gl/1LK52 .

Sur un autre pendentif en fer, c'est la silhouette d'un cerf qui a été gravée.

Pendentif gravé d'une silhouette de cerf, fer.
Monticule 11, Chiapa del Corzo, Préclassique moyen.
Photo E. Gallaga y H. Montaño-INAH,
disponible le 3 décembre 2010 sur : http://goo.gl/ERrRI .

Mais les offrandes retrouvées seraient à rapprocher d'une certaine conception de l'inframonde. En témoigne la présence d'un crâne de crocodile : dans les mythes aztèques du Postclassique (Historia de los Mexicanos por sus pinturas), on apprend que la terre avait la forme d'un caïman ou un crocodile écartelé par les dieux Quetzalcoatl et Tezcatlipoca. Cinq vaisselles en céramiques, des conques et coquillages, des restes de différents animaux, un ornement formé de dizaines de dents de canidé, une carapace de tortue, un petit collier de perles de jade et les fragments de deux masques en os constituent cet inventaire qui rappellent à bien des égards l'inframonde telle que le concevaient les peuples mésoaméricains. Mais cette liste ne serait être complète si on mentionnait pas la présence de petites haches de pyrite ou de jadéite. Celle présentée sur le cliché suivant semble avoir été soit inventoriée, soit découverte en mai dernier.

Hache n°326, jadéite.
Monticule 11, Chiapa de Corzo, Chiapas.
Photo : E. Gallaga y H. Montaño-INAH, disponible le 3/12/2010 sur http://goo.gl/C0w8m .

Les archéologues ont donc acquis la conviction que le Monticule 11 avait une fonction essentiellement funéraire. Désormais des analyses C14 et d'ADN chercheront à établir des liens entre les deux enterrements découverts cette année au même endroit. Des dents, retrouvées sont certainement l'exemple le plus ancien d'incrustations en jade et en coquillage de toute la Mésoamérique, seront également soumises à des analyses plus poussées.

En outre les études de médecine légale effectuées sur les quatre corps du premier enterrement ont confirmé les hypothèses faites alors. Autour d'un homme âgé d'une cinquantaine, on avait retrouvé trois accompagnants : un enfant en bas âge, un jeune adulte d'une vingtaine d'années, et une femme du même âge que le principal personnage.

Pour en savoir plus, vous pouvez toujours lire le bulletin de l'INAH en cliquant sur le titre de cette note et voir l'intégralité du diaporama de la découverte ici. On en viendrait à regretter la fin des fouilles à Chiapa de Corzo avant son ouverture en 2012. Place désormais à la consolidation des monuments fouillés. En attendant une petite vidéo valant souvent plus que de longs discours, pensez à regarder celle postée par l'INAH sur sa chaîne Youtube.


Partager

Notes similaires

Related Posts with Thumbnails