mardi 28 juillet 2015

Annonces de nouvelles découvertes dans les quartiers périphériques de Teotihuacan

La semaine dernière, les teotihuacanistes ont été au cœur d'un étrange ballet médiatique. Sans qu'on en sache trop, c'est d'abord un reportage publié sur la chaîne mexicaine ForoTV qui a attiré l'attention. On y apprend qu'une équipe dirigée par l'archéologue Veronica Ortega a mis au jour plusieurs tombes dans le quartier oaxacain de Tlailotlacan. 

L'une d'entre elles renfermaient les restes d'une femme âgée d'une quarantaine comportant de nombreuses modifications physiques. Les études d'anthropologie physique effectuées par Jorge Archer Velasco ont révélé qu'en plus d'une déformation crânienne tabulaire oblique, les deux incisives supérieures de cette femme ont été travaillées aux moyens d'instruments perforateurs et abrasifs pour pouvoir y incruster des éclats de pyrite.

La deuxième découverte concerne d'autres fouilles effectuées au sud de la zone archéologique, c'est le quotidien mexicain La Crónica qui en fait état dans un article publié en ligne le 20 juillet dernier. Tlajinga fait l'objet de fouilles systématiques dans le cadre du Proyecto arqueológico Tlajinga Teotihuacan, financé par la Boston University. Il est co-dirigé par David Carballo, chercheur de cette université, et Luis Barba, enseignant-chercheur à l'UNAM. En fait le projet publie régulièrement ses rapports. Font partie du projet Kenneth Hirth, Emily McClunf, Agustín Ortiz, Jorge Blancas, etc. Le titre proposé par la Crónica est trompeur dans la mesure où le site a été exploré par Millon, Rattray et surtout par Spence à la fin des années 1980. 

Essayons de contextualiser Tlajinga, il s'agit d'un quartier situé à l'extrémité sud du Miccaotli, la Chaussée des morts, et s'étend sur 1 km². L'ensemble compte entre quatre-vingts et quatre-vingt dix unités domestiques dont deux, les unités 17 et 18, font l'objet de fouilles approfondies de la part de l'équipe de Carballo depuis 2013.




Situation géographique du quartier de Tlajinga, Teotihuacan.
Crédit photo: INAH/Proyecto arqueológico Tlajinga, Boston University.
Disponible le 26/07/2015: 
http://sites.bu.edu/patt/files/2014/06/Tlajinga_Teo_map_550.png .

Les premières traces d'occupation à Tlajinga remonteraient vers le début du IIIe siècle de notre ère et s'étendraient jusqu'à un abandon massif de Teotihuacan vers la seconde moitié du VIe siècle. Tlajinga présente plusieurs intérêts pour les archéologues et les teotihuacanistes.

Le choix des unités 17 et 18 n'est pas innocent. Tous deux présentent des dimensions hors norme. Les unités domestiques teotihuacaines mesure en moyenne 55 m de longueur sur 35 m de largeur. Selon Carballo, l'unité 17 mesure au moins le double et l'unité 18 atteindrait au moins 80 m de longueur. Toutes deux sont donnent directement sur le côté ouest de la Chaussée des morts.

Les explorations préliminaires en 2013 avaient permis de détecter une grande quantité d'obsidienne: sur à peine 20 m², ce ne sont pas moins de 415 kgs qui sont apparus. Kenneth Hirth est un spécialiste reconnu de l'obsidienne : il est en charge d'étudier les plus de 400000 objets récupérés ! En fait, on dispose de toutes les étapes de la taille, allant des noyaux complets aux éclats résiduels.

Une grande majorité de peuples mésoaméricains n'utilisèrent pas la métallurgie avant le Postclassique ancien. L'obsidienne est une roche volcanique vitreuse dont les couleurs peuvent varier du vert au noir. Bien taillée, elle permettait d'élaborer des objets tranchants ou contondants, au fil si précis qu'il est utilisé parfois en chirurgie.  Cet aspect est dû à un refroidissement de la lave. Il en existait un grand gisement à quelques encablures de Teotihuacan. Il est même probable qu'elle en contrôlait l'extraction. Le chercheur de Penn State a développé différents modèles d'exploitation et de diffusion de l'obsidienne, notamment sur le Haut plateau central.

Un des autres éléments intéressants de Tlajinga est la présence très marquée de la céramique. Selon Daniela Hernández, céramologue de la Boston University, les tessons retrouvés indique une grande variété
  • de formes et de couleurs qui permettent de déduire la chronologie du quartier
  • d'usage : il s'agit de céramiques d'usage 
    • domestique pour la préparation et la consommation des aliments,  
    • rituel pour différentes offrandes (en particulier funéraires), probablement comme cette vaisselle tripode, stuquée et peinte de chalchiuhuites a été mise au jour découverte lors de la première campagne en 2013.
    • communautaire pour le stockage des vivres, comme ces grandes amphores de type Anarajando San Martin, retrouvée lors de la campagne 2014.
Hernández cite en outre l'exemple de deux plats (l'un d'entre eux incomplet) de pâte obscure avec un glyphe incisé et appelé nuage par l'équipe.  

Jusqu'à présent peu d'enterrements ont été découverts. Tous avaient été effectués sous les sols des logements, coutume traditionnelle en Mésoamérique. Des études chimiques et antropophysiques sont actuellement en cours afin de déterminer l'origine de ces personnes, de comprendre leur régime alimentaire et de mettre en lumière d'éventuels problèmes de santé. Les dates radiocarbone semblent corroborer une occupation entre 200 et 550 de notre ère, même si un exemple semble être postérieur, vers 800.

La Chaussée des Morts qui traverse Tlajinga a peu de chose à voir avec celle que le touriste peut parcourir plus au nord. Ici pas de murs élaborés ou de temples mais une couche de sédiments déposés à même la roche volcanique creusée sur 200 m de longueur et 1,4 m de profondeur. Des prélèvements sont actuellement en cours d'analyse à l'Université de Tübigen, sous la responsabilité de Mareike Stahlschmidt.

Le projet dirigé par Carballo met clairement en évidence la vie d'un quartier probablement parmi les plus pauvres de l'ancienne métropole mais dont la production artisanale était importante pour le reste de la cité. La saison de fouilles 2015 livrera probablement de nouvelles informations pour comprendre la vie quotidienne de ce quartier et son interaction avec le reste de la ville.

Références bibliographiques
Archer Velasco, J. (2012). Prácticas funerarias y condiciones de vida en el Barrio oaxaqueño de la ciudad prehispánica de Teotihuacan. Mémoire de licence, Mexico: Escuela Nacional de Antropología e Historia. Fac-similé disponible en ligne le 26/07/2015 : https://www.academia.edu/1598720/Pr%C3%A1cticas_Funerarias_y_condiciones_de_vida_en_el_Barrio_Oaxaque%C3%B1o_de_la_Ciudad_Prehisp%C3%A1nica_de_Teotihuacan.

Archer Velasco, J. (2015). Gente de Nubes y caminos lejanos. Presencia foránea en Teotihuacan, la movilidad poblacional de Tlailotlacan, en el periodo Clásico Mesoamericano. Mémoire de maîtrise. Mexico: Escuela Nacional de Antropología e Historia. Fac-similé disponible en ligne le 26/07/2015: https://www.academia.edu/12750876/Gente_de_Nubes_y_caminos_lejanos._Presencia_for%C3%A1nea_en_Teotihuacan_la_movilidad_poblacional_de_Tlailotlacan_en_el_periodo_Cl%C3%A1sico_Mesoamericano._Tesis_de_Maestria.

Carballo, D. (2011). Advances in the Household Archaeology of Highland Mesoamerica. Journal of Archaeological Research 19: 133-189.

Carballo, D. (2013). The Social Organization of Craft Production and Interregional Exchange at Teotihuacan. In Merchants, Markets, and Exchange in the Pre-Columbian World, K. G. Hirth y J. Pillsbury (éds), pp. 113-140. Dumbarton Oaks and Trustees for Harvard University, Washington, D.C.

De León, J., Hirth, K. et Carballo, D. (2009). Exploring formative period obsidian blade trade: three distribution models. Ancient Mesoamerica, 20, pp 113-128. doi:10.1017/S0956536109000091.

Hirth, K. et Andrews, B. (éds.) (2002). Pathways to Prismatic Blades: A Study in Mesoamerican Obsidian Core-Blade Technology. Los Angeles: The Cotsen Institute of Archaeology Press.

Hirth, K. (éd.) (2006). Obsidian Craft Production in Ancient Central Mexico. Salt Lake City: University of Utah Press.

Levine, M. et Carballo, D. (éds.). (2014). Obsidian Reflections: Symbolic Dimensions of Obsidian in Mesoamerica. Boulder: University Press of Colorado.

Rattray, E. (1988). "Un taller de cerámica Anaranjado San Martín de Teotihuacan", en Noguera, E. y Serra-Puche, M.C. (éds.), Ensayos de alfarería prehispánica e histórica de Mesoamérica, Mexico: Universidad Nacional Autónoma de México; Instituto de Investigaciones Antropológicas.


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dimanche 26 juillet 2015

Raíces 213 - Le Capitaine Guillaume Dupaix et son catalogue de 1794

Cette semaine, Raíces a reçu la visite téléphonique d'un lecteur attentif de ce carnet, archéologue de son état et directeur du Projet Templo Mayor pour l'INAH. Il s'agit de Leonardo López Luján. Quand il quitte le Grand Temple, Leonardo se plonge dans l'histoire de sa discipline, notamment au Mexique. Depuis une quinzaine d'années, il a consciencieusement inventorié, analysé et diffusé ces travaux sur les explorateurs européens du XVIIIe et du XIXe siècles.

Comme chaque semaine vous pourrez télécharger et partager librement ce programme en format mp3 et ogg à partir de la plateforme Archive.


Crédits musicaux
Extraits de Sonata en sol mayor, interpretée par Horacio Franco.

Références bibliographiques
Fauvet-Berthelot, M.-F., López Luján, L. y S. Guimaraes. (2007). Six personnages en quête d’objets. Histoire de la collection archéologique de la Real Expedición Anticuaria en Nouvelle-Espagne. Gradhiva: Revue d'Anthropologie et de Muséologie 6:104-126. Paris. Facsimile disponible le 18/07/2015: http://mesoweb.com/about/articles/Six-personnages.pdf.

Le Brun-Ricalens, F., López Luján, L., Fauvet-Berthelot, M.-F. y Richard, E. (2014). Guillaume Joseph Dupaix (1746-1818) alias Guillermo Dupaix: un Luxembourgeois méconnu aux origines de l'archéologie précolombienne et mexicaine. Archaelogia Luxemburgensis, Bulletin du Centre National de Recherche Archéologique 1:130-151. Facsimile disponible le 18/07/2015: http://mesoweb.com/about/articles/Dupaix.pdf .
López Luján, L. (2011) El capitán Guillermo Dupaix y su álbum arqueológico de 1794. Arqueología Mexicana 19(109):71-81. Fac-simile disponible le 18/07/2015: http://mesoweb.com/about/articles/AM109.pdf.

López Luján, L. (2015). El capitán Dupaix y su album arqueológico de 1794, Mexico: Instituto Nacional de Antropología e Historia.

López Luján, L., et Pérez, S. (2013) Las "correrías particulares" del capitán Guillermo Dupaix. Arqueología Mexicana 20(119):78-89. Mexico. Facsimile disponible el 18/07/2015: http://mesoweb.com/about/articles/AM119.pdf.

Événements académiques
Inscriptions pour II Coloquio de la Mixteca Oaxaqueña. Miradas contemporáneas para la protección, difusión y conservación del patrimonio cultural, Centre Culturel Santo Domingo, Oaxaca, du 17 au 19/09/2015. Inscriptions ouvertes jusqu'au 1/08/2015.


INAH
XI Journées Permanentes d'Archéologie 2015, Musée du Grand Temple, Mexico, 31/07, de 10h30 à 13h.

10:00 - 10:50  Mtra.  Alejandra Aguirre Molina, P.A. Erika Robles Cortés (PTM-7/INAH), “Los objetos ataviados como deidades que se localizaron en las ofrendas de Ajaracas.”

12:00 - 13:00 Dr. Gerardo Gutiérrez (Universidad de Colorado en Boulder). “Guerras de Conquista aztecas: Arqueología de los campos de batalla en Chiepetlan, Guerrero.”

Diplôme Historia y antropología de las religiones, Salle Eyra Cárdenas, École Nationale d'Anthropologie et d'Histoire, Mexico, del 23/02 al 30/11 de 17h à 20h.

Seminaire permanene Antropología de la muerte, Dirección de Antropología Física, Museo Nacional de Antropología, 31/07 de 17h à 20h. 

UNAM
Seminario de lengua y cultura náhuatl, con cada martes de las 18 a las 21 horas, Centro Cultural Universitario, Tlatelolco, México. Informes: luciasb@unam.mx .

Diplomado Los mayas, Casa de las Humanidades, UNAM, del 24/02/2015 al 19/04/2016 (47 sesiones), cada martes de las 17 a las 20 horas. Informes e inscripciones: difhum[at]unam.mx o

MHM
Festival Del cacao al chocolate, Museo de Historia Mexicana, du 30/07 au 2/08/2015.

Publication du programme du III CAPAN, Homenaje al Dr. William Breene, Blog del CAPAN.

Museo Popol Vuh
Conférence Crónicas nahuas de Guatemala: El Título de Santa María Ixhuatán (s. XVII), avec Sergio Romero y Margarita Cossich, Museo Popol Vuh, La Antigua, 30/07 à 18h30 horas.

Nouvelles
Classement de pétroglyphes de la Costa Grande au Guerrero, Boletín INAH.

Inscription de l'Aqueduc du père Tembleque sur la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, Boletín INAH.

Nouvelles découvertes au quartier de Tlajinga, Teotihuacan, page du Proyecto Tlajinga.

Médias
Boletín Antropológicas, 68, Instituto de Investigaciones Antropológicas, UNAM.

Brambila Paz, R. y Monrajás-Ruiz, J. (20). Los arqueólogos frente a las fuentes. México, D.F.: Instituto Nacional de Antropología e Historia. Facsimile en linea el 13/07/2015: http://www.difusion.inah.gob.mx/images/ebook/ArqueologosFuentes00/#2.

Nous vous rappelons que Raíces est un programme sans but lucratif sous licence Creative Commons Paternité - Partage à l'identique - Utilisation comerciale interdite. Ce programme a été enregistré et mixé par Sergio Becerra dans les studios de Radio UdeM, San Pedro Garza García, Nuevo León, México, le 28/05/2015 et le 23/07/2015 avant son émission le 25/07/2015. Montage et illustration sonore sont le travail de Sergio Becerra alors que votre serviteur a dirigé l'entretien.


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mercredi 22 juillet 2015

Découverte d'un fragment de linteau au Smithsonian

Les musées réservent (si j'ose dire) de singulières surprises. Celle rapportée par le quotidien La crónica montre que le pillage n'est pas toujours une fatalité. Des archéologues de l'Université Brown et du Musée métropolitain d'art du Smithsonian Institute, situé à Washington, ont mis la main sur le fragment d'une sculpture qui pourrait appartenir à un linteau de la cité maya de Tikal, au Guatemala. L'hypothèse de l'origine tikalienne de ce fragment est rendu possible par une longue enquête extrêmement documentée.

James Doyle, archéologue et collaborateur du Metropolitan Museum of Art, revient sur les circonstances de cette découverte fortuite. Comme souvent dans les sciences, elle a lieu alors que l'objectif initial des chercheurs était assez différent. Il s'agissait en première instance d'étudier le rôle social des statuettes mayas en bois. Or les archéologues sont tombés sur un fragment de bois sculpté haut de 27 cm qui représente un visage humain de profil. L'objet montre des coups de hachette ou de machette, quatre ou cinq sur la partie supérieure. D'autre part, des objets pointus ont été utilisés à 3 reprises pour mutiler volontairement la bouche de ce visage. Cette mutilation semble pourtant antérieure à la première et pourrait être préhispanique : il s'agirait alors probablement d'un geste volontaire.

Dans son article publié en collaboration avec S. Houston par la revue Mexicon (2014), la tête devait être orné d'une coiffe car les traces d'un bandeau sculpté sont encore visibles sur le front du personnage.

Cet objet est catalogué 247221 au Musée métropolitain d'art depuis 1907 lorsqu'il fut donné par Leonard Wailes qui avait voyagé, travaillé et acquis une série d'objets durant un séjour en Amérique centrale à la fin du XIXe siècle.

Les études botaniques ont permis de déterminer l'essence de l'arbre sculpté vers 700 de notre ère. Il s'agit de chicozapote (manilkara zapota), dont la sève élastique est encore utilisée pour la fabrication de pâte à mâcher.



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"Manilkara-zapota-yucatan" by Luis Fernández García - Own work
Licensed under CC BY-SA 2.5 es via Wikimedia Commons.

Doyle et Houston ont donc essayé de retracer le cheminement de ce fragment en observant la documentation accumulée pour les linteaux des temples I, II, III et IV. Les deux archéologues s'inclinent plutôt vers un des deux premiers édifices. Ils ont effectué des comparaisons avec des relevés d'explorations entreprises à la fin du XIXe et au début du XXe siècle et estiment que ce petit fragment conservé au Smithsonian ait appartenu au linteau 2 du Temple II ou au linteau 3 du Temple I.


Tikal map.JPG


"Tikal map" by Simon Burchell - Own work
Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

On sait que le Temple I ou Temple du Grand Jaguar a servi de dernière demeure pour le souverain Jasaw Chan (Kan) K'awiil (682-721). Deux morceaux de ses linteaux sont actuellement au British Museum, après que Maudslay obtint l'autorisation de les emporter.

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"Temple1 Tikal" by Elelicht - Own work
Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Le Temple II, appelé encore Temple des Masques ou Temple de la Lune a été également commandité par Jasaw Chan K'awil, le vainqueur de la grande ennemie Calakmul) vers 700 de notre ère en l'honneur de son épouse 12 Perroquet (Martin and Grube, 2008: 44-47). Son visage a été sculpté sur un linteau aujourd'hui conservé au Musée d'Histoire Naturelle de New York.

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"Belize-tikal" by yogi - Flickr
Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons.

Il convient de préciser que les datations C14 sont en cours et que la datation proposée se fait en fonction du style artistique. 

Bibliographie :
Doyle, J., & Houston, S. (2014). Confederate Curio: A Wooden Carving from Tikal, Guatemala. Mexicon, XXXVI(5), 139-145. Tiré de : https://jamesdoyle1.files.wordpress.com/2012/06/doyle_houston2014.pdf, le 19/02/2015.

Martin, S. & Grube, N. (2008). Chronicle of the Maya Kings and Queens. Deciphering the Dynasties of the Ancient Mayas. Londres: Thames & Hudson.

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lundi 20 juillet 2015

Compte-rendu Arqueología mexicana 133

Voici un numéro qui promet beaucoup quand on voit le titre. Par le passé, on avait eu le droit à un numéro sur les Hauts du Chiapas et de leurs voisins chapines. Cependant le lecteur d'Arqueología mexicana trouvera de quoi satisfaire sa curiosité sur les avancées récentes de l'archéologie guatémaltèque. Qui plus est, les personnes impliquées dans la rédaction et édition de ce numéro sont particulièrement reconnues pour leur travaux.



C'est Barbara Arroyo, archéologue de l'Université Saint Charles à Guatemala, qui propose une première ébauche de l'archéologie des cultures anciennes dans ce pays en s'intéressant aux zones qu'elle a eu l'occasion de fouiller et d'étudier : le Haut-plateau central maya, Kaminaljuyu et ses voisines comme Naranjo et Santa Isabel.



Formative Period southern Mesoamerica 2.svg
"Formative Period southern Mesoamerica 2" by Madman2001 - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.



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"Kaminaljuyu 2" by Simon Burchell - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Puis Christa Ilse Schieber de Lavarreda nous fait découvrir les impressionnants vestiges de Tak'alik Ab'aj et de la zone côtière du Guatemala pendant le Préclassique. Elle s'attarde notamment sur le grand nombre de stèles et de sculptures que le visiteur peut encore voir in situ. Situé à 45 kilomètres de la frontière avec le Chiapas, Tak'alik Ab'aj s'inscrit dans un réseau de sites (El Jobo, Chocolá, El Baúl) qui dominaient l'entrée vers le Haut Plateau guatémaltèque et son pendant mexicain (notamment à Chiapa de Corzo). Le site a connu une longue occupation d'environ 1700 ans !




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"TakalikAbajStructure12p2" by Simon Burchell - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.



A roughly triangular boulder with the point inclined to the right. It has been carved in low relief to outline the jaws, teeth and eyes of a crocodile, with the point of the boulder representing the snout. A stonework structure rises behind the sculpture, which faces towards a grassy area to the right
"Monument66TakalikAbaj1" by Simon Burchell - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.


Line drawing of a stela, showing two ornate figures on either side of a double column of hieroglyphs
"Abaj Takalik Stela 5". Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Elle s'attarde également sur les objets rencontrés dans l'enterrement royal 2 : ce dernier contient différents objets en jade, notamment une hachette avec une tête de vautour noir, symbole de la royauté. Cette hachette devait probablement être intégrée à une ceinture que portait le défunt.

Oswaldo Chinchilla Mazariegos, archéologue et professeur à l'Université de Yale, s'intéresse depuis longtemps aux sites Cotzumalguapa, situé sur la côte Pacifique du Guatemala et composé de trois ensembles que sont El Bául, El Castillo et Bilbao disposés autour du Rio Santiago. Cotzumalguapa comporte aussi de nombreux monuments sculptés (plus de 200!) dont beaucoup sont conservés au Musée Ethnologique de Berlin.



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"El Baúl 15a" by Simon Burchell - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Dossier mis à part, on retrouvera les rubriques que nous connaissons depuis plusieurs numéros. L'académicien Eduardo Matos Moctezuma s'interroge brièvement sur les causes qui pourraient expliquer la chute de Tenochtitlan dans la section Mensonges et vérités. L'archéologue se contente de lancer seulement de lancer quelques pistes sur un sujet et une série d'événements complexe et pour laquelle nous avons plusieurs versions. D'autre part on pourra également apprécier l'intégralité de son discours d'entrée à l'Académie mexicaine de la langue le 14 mai dernier. Il y était notamment question du langage inscrits dans les trois monuments mexicas les plus fameux que sont la Pierre du Soleil et les monolithes de Coyolxauhqui et de Tlaltecuhtli.

De son côté le Dr. Xavier Noguez propose une rapide immersion dans le Lienzo de Cuetzpala, document daté vers les années 1550 et originaire de San Bartolo Cuexpalan, dans l'état de Puebla. Il s'agit en fait d'une carte de la chèferie formée par Cuetzpala et les villages qui lui étaient soumis. Le document représente également certains dirigeants locaux.

Autre rubrique qui semble avoir trouvé sa place, c'est celle de l'archéologie mexicaine dans le monde. Après le Maroc dans le numéro précédent, on suit Luis Fernando Ñuñez à Afar en Éthiopie. Ce jeune archéologue fait partie d'une équipe internationale dirigée par l'Américain Henry Gilbert et composée deux chercheurs russes du Laboratoire de Préhistoire ANO situé à Saint Petersbourg et de la géologue américaine Leah Morgan. La région d'Afar est située au nord-est de l'Éthiopie et concentre de nombreux fossiles et d'instruments lithiques.


Map of Ethiopia showing Afar Region
"Afar in Ethiopia" by TUBS - Own work This vector graphics image was created with Adobe Illustrator. This file was uploaded with Commonist. This vector image includes elements that have been taken or adapted from this:  Ethiopia location map.svg (by NordNordWest).. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Immédiatement après le dernier article du dossier, on peut lire un compte-rendu de l'exposition El Capitán Guillermo Dupaix y su catalogo de 1794 présentée au Musée National d'Anthropologie. L'archéologue José Humberto Medina, longtemps basé à Alta Vista, a été chargé de nous en proposer un résumé relativement complet.

Nous avons également beaucoup aimé ce bel article de Miguel Covarrubias sur la República Hospital de Santa Fe. L'archéologue de l'INAH nous propose une plongée dans la tentative de concrétisation de l'utopie imaginée par le premier évêque du Michoacan, Vasco de Quiroga sur les hauteurs de Acatxochitl. Humaniste et juriste de premier ordre, Vasco de Quiroga, influencé par les travaux de Thomas More, fonda cette República Hospital de Santa Fe dans le but d'apporter une aide humanitaire aux groupes natifs, non sans idées évangélisatrices. 

Enfin, pour les amateurs de conservation et de restauration, il conviendra de lire ce bel article à quatre mains proposé par Lourdes Rocio Couoh Hernández et Martha Cuevas García sur la tombe III découvert sous la pyramide XVIII-A de Palenque. Renfermant les restes d'un jeune noble, cet enterrement contenait également différents objets accompagnant le défunt. Après avoir expliqué le contexte de la découverte, les auteures proposent une lecture médico-légale des restes osseux du défunt et déterminent son enterrement entre 430 et 600 de notre ère.



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dimanche 19 juillet 2015

Raíces 212 - Album PsicodeliPox de Lumaltok con Zanate

Cette semaine, Raíces prend ses quarties au Chiapas, et plus particulièrement dans la petite ville tzotzil de San Juan Chamula que nous avons déjà eu l'occasion de découvrir gràce au groupe de rock Vayijel. Aujourd'hui nous ferons la connaissance d'un autre groupe de rock qui propose un style différent: Lumaltok qui signifie brume dans cette langue maya.

Comme chaque semaine, vous pourrez partager librement ce programme sur le portail Archive en format mp3 et ogg.


Crédits musicaux
1 - Lumaltok - K'ak'al ta ak'obal - Sol nocturno
2 - Lumaltok - K´usi abi - Cómo te llamas
3 - Lumaltok - El Blues del Sol

Références
Page Facebook de Lumaltok
Chaîne oficielle de Lumaltok en Youtube
Radio oficial de Lumaltok en Soundcloud

Expositions
Exposition Extinción, el universo de la paleontología en el NoresteMusée Régional El Obispado, Monterrey, à partir du 30/04.

Exposition El capitán Dupaix y su álbum arqueológico de 1794, Musée National d'Anthropologie, Mexico, 21/05-21/08.

Exposition Les Aztèques en el Musée Pointe-à-Callière d'Histoire et d'Archéologie, Montréal, à partir du 29/05.

Exposition Semillas de vida. La sexualidad en Occidente, Ex-convento Santo Domingo de Gúzman, Oaxaca, jusqu'au 30/08.

Exposition Memorias de barro y piedra, Museo de Historia Mexicana, Monterrey, jusqu'au 15/09.

Exposición Guanajuato. Arqueología revelada, Museo de Arte e Historia de Guanajuato, Guanajuato, del 11/07 al 25/10/2015.

Événements académiques
INAH
Diplôme Historia y antropología de las religiones, Salle Eyra Cárdenas Escuela Nacional de AntropologÍa e Historia, México, du 23/02 au 30/11 de 17 h à 20 h.

Cours Guerreras mayas prehispánicas, avec María Eugenia González Gutiérrez, Museo Nacional de Antropología, México, D.F., 4, 11, 18 et 25/07 de 10 h à 13 h. Gratuit.

UNAM
Séminaire de langue et culture nahuatl, tous les mardis de 18 h à 21 h, Centre Culturel Universitaire, Tlatelolco, México. Renseignements : luciasb@unam.mx .

Diplôme Los mayas, Casa de las Humanidades, UNAM, du 24/02/2015 au 19/04/2016 (47 séances), tous les mardis de 17 h à 20h. Renseignements et inscriptions: difhum[at]unam.mx ou

55 Congreso Internacional de Americanistas "Conflicto, paz y construcción de identidades en las Américas", Vienne, Autriche, du 12 au 17/07/2015.

Nouvelles
Découverte et analyse de l'enterrement d'une femme dans le quartier de Tlailotlacan à Teotihuacan, Foro TV.

Découverte de nouveaux vestiges de l'ancienne T'ho, El Universal.

Médias
Ichan Tecolotl, juillet 2015. 

Peperstraete, S. (2015). Teteo et ixiptlahuan. Les dieux aztèques et leur iconographie. En línea el 10/07/2015: http://www.koregos.org/fr/sylvie-peperstraete_teteo-et-ixiptlahuan/ .

Nous vous rappelons que Raíces est un programme sans but lucratif sous licence Creative Commons Paternité - Partage à l'identique - Utilisation comerciale interdite. Ce programme a été enregistré et mixé par Sergio Becerra dans les studios de Radio UdeM, San Pedro Garza García, Nuevo León, México, le 7/05/2015 avant son émission le 18/07/2015. Montage et illustration sonore sont le travail de Sergio Becerra alors que votre serviteur a dirigé l'entretien.
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lundi 13 juillet 2015

Compte-rendu Arqueología mexicana Hors-série 62

Tous les deux mois, l'éditeur Raíces et l'INAH propose un hors-série qui reprend ou développe des thèmes abordés dans la revue courante. On se souvient ainsi de plusieurs hors-série ayant pour thèmes le piment, les courges, le maïs. Cette fois-ci, il est question d'un (délicieux) cactus de consommation courante, le nopal


Opuntia in Lycabettus.JPG


Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.

Ce numéro compile toute une série de photographies, d'informations historiques, nutritionnelles, botaniques, médicales sur le précieux cactus. 

En fait ce hors-série compte cinq parties. Dans un premier temps, il est question d'onomastique et de philologie. Enrique Vela propose une courte planche contenant les noms du nopal, de son fruit la tuna et du xoconostle dans différentes langues natives du Mexique. Suivent une série de représentations préhispaniques du nopal. On découvre ensuite deux planches contenant des toponymes et des anthroponymes contenant les vocables nochtli ou nopalli. Il y a notamment l'intérêt de l'auteur de montrer différentes images du glyphe toponymique de Tenochtitlan, notamment dans les codex et les chroniques.


Rappelons que le nopal est si important pour les Mexicains qu'il est directement représenté sur leur drapeau. En fait il s'agit d'une réinterprétation du mythe de fondation de Mexico-Tenochtitlan. Il est somme toute logique de retrouver une section de ce hors-série présentant différentes images de ce récit fondateur.



Flag of Mexico



Le nopal est par conséquent très présent dans l'inconscient collectif mexicain. La partie suivante le montre notamment au moyen de photographies (entre autres de Tina Modotti), de peintures murales (Roberto Montenegro, José Chávez), de références littéraires, musicales et graphiques.

Vient ensuite un long catalogue visuel présentant les différentes espèces de nopal selon les principales régions géologiques du Mexique. On peut alors découvrir les différents usages du nopal et de ses produits dérivés, son importance dans la médecine traditionnelle, son existence primordiale pour l'apparition et la reproduction de la cochenille qui servit longtemps comme une des rares sources de pigment rouge.

Le nopal fait partie intégrante de la gastronomie mexicaine depuis des millénaires et d'une semi-domestication. Grande partie de sa production est même exportée aux États-Unis où résident la plus grande communauté mexicaine à l'étranger. Si vous en avez l'occasion, je vous invite à goûter une bonne salade de nopal. Son goût ressemble assez à la salade d'haricots verts avec les fils en moins et la "bave" en plus.




EnsaladaNopales.jpg

«EnsaladaNopales» par Fernando González del Cueto - Travail personnel
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