mercredi 21 mars 2012

Arqueología Mexicana 114

Voilà un numéro qui ne manquera pas d'attirer les amateurs de paradis artificiels. Dans cette publication, la part belle est faite aux boissons enivrantes et aux alcools consommés dans le passé et dans le présent par les peuples mésoaméricains.


Mais avant d'arriver à ce dossier central, la revue publiée par l'INAH nous propose une très longue section d'informations que nous avons couverte sur ce carnet. Vient ensuite une double page propose de courtes critiques sur différentes publications éditées l'année dernière. Suit une présentation du Códice en Cruz par le chercheur Xavier Noguez.

Un premier article signé par Emily McClung de Tapia et Nawa Sugiyama (fille de l'archéologue japonais Saburo Sugiyama) étudie sur l'utilisation (parfois la surexploitation) des ressources végétales et animales par les peuples indigènes passés et présents et propose une perspective différente pour la gestion de la biodiversité mexicaine. Il convient de rappeler que le Mexique figure parmi les pays à la biodiversité nombreuse mais menacée. Les deux auteures estiment notamment qu'il est nécessaire d'adopter des principes aussi simples que l'utilisation diversifiée des espèces animales, la rotation des cultures afin de "garantir la subsistance et minimiser le manque d'approvisionnement".

Le dossier central d'Arqueología Mexicana propose une analyse pluridisciplinaire sur les alcools en Mésoamérique. Avec l'article de Guilhem Olivier, on dispose d'une introduction idéale sur l'importance de l'alcool dans la mythologie et la religion mexica. Les figures centrales que sont Tezcatlipoca et Quetzalcoatl sont parfaitement présentées et on comprend les rôles complémentaires que ces deux divinités avaient dans l'apparition des boissons alcoolisés et ses conséquences. Il est notamment intéressant d'observer notamment chez les Mexicas comment la consommation d'alcool et l'enivrement étaient strictement réglementés. Cela n'était pas forcément chez d'autres peuples.

L'archéologue canadien Michael Blake s'est pour sa part intéressé à un usage alternatif mais complémentaire à celles que l'archéologie et la botanique semble avoir assigné au maïs. Car si la domestication du teocinte (maïs sauvage) a commencé il y a 9000 ou 10000 ans, certains éléments sembleraient indiquer qu'un usage relativement ancien de sa tige et de ses grains ait permis l'élaboration de vin de tige de maïs. La bibliographie de cet article est consultable en ligne sur : http://arqueomex.com/biblioBlake114.html.

Suit un très court papier de Gabriela Urñuela y Ladrón de Guevara et sa collègue de la Faculté d'Anthropologie de l'Universidad de las Américas de Puebla. Les deux chercheuses, rompues aux travaux et fouilles sur le site de Cholula, présentent beaucoup trop rapidement la grande peinture murale (56 m de long pour de 2,5 m de haut) dite des Bebedores de Cholula. Cette oeuvre presque sans équivalent en Mésoamérique aurait d'être plus détaillée.

Tout près de Cholula se situe le site de Xochitecatl-Cacaxtla. L'anthropologue Mari Carmen Serra Puche et l'archéologue Jesús Carlos Lazcano Arce nous explique comment des fouilles montre la fonction de chaque partie de ce site, parmi elles l'élaboration de mezcal. Ce sont des fours qui ont été soumis à des analyses chimiques comparées qui ont permis de comprendre l'utilisation de différents espaces fermés datant de l'époque préhispanique.

L'ethnoarchéologue Patricia Fournier et l'ethnohistorienne reviennent sur l'élaboration de trois boissons alcoloolísées que sont le pulque, le mezcal et le tesgüino. On pourra regretter une certaine redondance d'articles précédents, gâchant quelque peu l'intérêt de cette présentation.

Le dossier se clôt sur 6 pages résumant l'ouvrage d'Augusto Filloy, Teófilo Herrera et Miguel Ulloa.  Intitulé Más allá del pulque y del tepache. Las bebidas alcohólicas no destiladas indígenas de México, il a été publié par l'UNAM en 2003. Il s'agit d'un catalogue des boissons alcoolisées selon la matière première qui les compose. On notera la présence de sept types de boissons faites à partir :
  • de fruits,
  • d'écorces,
  • de pulpe,
  • de racines,
  • de sève,
  • de graines.
Refermons ce dossier passionnant et attardons-nous un instant sur un article rédigé à quatre mains sur les aventures d'un petit peintre français, receleur et marchand d'art préhispanique : Edouard Pingret. Leonardo López Luján nous avait déjà parlé de cet individu dans le numéro 107 : on y apprenait alors que Pingret avait formé le dessein de transporter la Pierre du soleil, actuellement au Museo Nacional de Antropología, au musée du Louvre. Une nouvelle fois accompagné de Marie-France Fauvet-Berthelot, l'archéologue mexicain revient sur la formation et la vente d'une collection de pièces qui aura 3000 pièces (parmi lesquelles figurent de nombreux faux). Pingret a très bien su faire jouer de ses influences au Mexique, surtout on considère la difficile application de la loi sur les monuments historiques. Personnellement j'ai pu connaître un nouveau serpent à plumes enroulé à ajouter à mon analyse : conservée actuellement a George Gustav Heye Center of the National Museum of the American Indian, à New York, cette pièce témoigne d'une histoire et d'un parcours pour le moins rocambolesque sur laquelle nous reviendrons une autre fois.

En ce qui concerne la partie archéologique de la revue, il convient de lire le très intéressant article de Rafael Burgos Villanueva, Miguel Covarrubias Reyna et Yoly Palomo Carrillo. Ils reviennent longuement sur la ville d'Izamal et montrent que le territoire directement contrôlé par cette cité yucatèque était bien plus vaste qu'on ne l'imagine. Izamal est pour l'heure plus connue pour son architecture coloniale. Mais les vestiges préhispaniques sont absolument impressionnants et sont pleins de promesses pour de futures fouilles. La bibliographie correspondante est disponible ici.


Pyramide de Kin'ich K'ak Mo, Izamal, Yucatan.
Photo disponible de Yodigo le 20 mars 2012 sur : 

L'histoire Carmen Aguilera explique l'histoire et le contenu du Lienzo de Tepeticpac. Enfin il semblerait qu'Eduardo Matos Moctezuuma ait commencé une série de courts articles sur certains mythes propagés par l'histoire officielle. Dans ce numéro, il revient sur l'image d'Epinal présentant les Mexicas s'arrêtant à proximité du cactus où se dresse un aigle dévorant un serpent...



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lundi 19 mars 2012

Visiter le site de Cantona prendra plus de temps...

C'est ce qu'on peut penser lorsqu'on lit le bulletin publié par l'INAH sur son site officiel. Le site poblano fouillé par les équipes Angel García Cook est certainement l'un des moins connus de cet état mais dont les ressources archéologiques semblent les plus riches. 14,7 km de long, 7000 cours intérieures qui n'ont pas été explorées, vingt-sept terrains de jeu de balle, 550 ateliers, une acropole, de nombreuses places à caractère religieuses, 4000 voies de communication : des chiffres qui donnent le vertige et indiquent le statut et l'amplitude de Cantona à l'époque préhispanique.

Pourquoi un tel gigantisme ? Pourquoi une telle urbanisation. L'emplacement de Cantona était stratégique. Elle est situé sur un couloir commercial qui reliait la Côte du Golfe du Mexique, Teotihuacan et Cholula sur le Haut Plateau central et Monte Alban au sud. Alors qu'elle a été construite au Préclassique, Cantona ne s'enrichit et n'atteint ses dimensions maximales qu'à l'Epiclassique, après la chute de Teotihuacan et de Monte Alban.


Pas moins de vingt nouveaux hectares contenant les restes de 150 constructions seront prochainement accessibles au public. Un musée de site sera inauguré à la fin du mois de mars et présentera l'histoire de l'occupation du site à travers les artefacts récupérés au cours des vingt dernières années de fouilles. 29 ensembles architecturaux dont un jeu de balle, un groupe de terrasses et des voies de communication ont été consolidées pour pouvoir être montrés au public.


Place et jeu de balle, Cantona, Puebla.
Photo : HJPD, disponible le 17/03/2012 sur 

García Cook évoque également la Place des Couteaux froids, une structure où avaient lieu des sacrifices rituels. C'est ce qu'ont indiqué les tissus humains retrouvés sur des couteaux d'obsidienne découverts à cet endroit.

Une pyramide, l'Unité 20, a également été fouillée et restaurée : elle a été abandonnée vers 200 de notre ère. Elle mesure 110 mètres de long pour 70 de large. Une autre pyramide plus ancienne a pu être datée entre 300 et 200 avant Jésus Christ. Elle est située

Félicitations au Dr García Cook et salutations à son fils Javier et à Monica qui ont participé longtemps aux fouilles.

Références bibliographiques :
Garcia Cook, Angel et  Beatriz Leonor Merino Carrión. (1998). "Cantona: Prehispanic City in the Mexico central highlands". In Latin American Antiquity, 9 p. 191-216.


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dimanche 18 mars 2012

Raíces 45

Lors de quarante-cinquième programme émis le 17 mars dernier sur Radio UdeM, nous avons le plaisir de recevoir Victor Acuña, enseignant-chercheur à l'Escuela Nacional de Antropología e Historia. Le professeur Acuña est spécialiste en anthropologie physique. Il participe à un projet international dont il est le responsable pour le Mexique. Il s'agit de procéder â des analyses d'ADN de la population mexicaine afin de déterminer la présence des trois racines de ce pays que sont les Africains, les Européens et les Indigènes.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette attitude, vous pouvez écouter cet entretien en format mp3 sur Divshare et Soundcloud.

  Raíces 45 - 17032012 by Mexique Ancien



Bonne écoute ! N'hésitez pas à nous laisser vos commentaires.
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mercredi 14 mars 2012

Trafic de pièces mayas au Campeche

Le journal El Diario de Yucatán annonce sur son édition l'arrestation d'un chauffeur de camion sur la route allant de Champotón a Sambacuy, dans l'état de Campeche. Dans une caisse de grande taille, des policiers ont mis la main sur un butin de grande valeur marchande allant probablement en direction de Mexico. Sur le marché noir de l'art, les pièces volées peuvent atteindre des prix entre 30000 et 200000 dollars (de 15000 à 152000 euros).


Tête de serpent à plumes, Maya, Epiclassique. Origine inconnue.
Disponible le 13/03/2012 sur : 


Parmi les pièces saisies et confiées au ministère de la justice local, figure cette sculpture représentant une tête de serpent à plumes. Elle est très semblable à d'autres têtes ophidiennes de Chichen Itza. Des experts de l'INAH ont énumérés cet incroyable inventaire à la Prévert : une stèle, deux autres sculptures, deux sièges en pierres dont les côtés sont sculptés avec des personnages, un bloc de pierre sculptée, trois jarres et un fond de jarre en céramique.

Les experts mandatés par l'INAH ont expliqué que les artefacts pourraient être originaires de sept sites : Uxmal, Kabah, Nohpat, Sayil o Labná, en Yucatán, Edzná et Hopelchén, au Campeche. Il s'agit d'anciennes cités connues pour leur style architectural dit Puuc. Ils ont également identifié deux répliques.

Pour l'heure, le propriétaire du camion a été identifié et le délégué de l'INAH au Campeche a déposé une plainte pour violation a la loi sur le patrimoine national.
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mardi 13 mars 2012

Restaurations de reliefs à Tonina, Chiapas

Le site chiapanèque dont les fouilles et les restaurations sont coordinées par l'archéologue Juan Yadeun fait l'objet d'attentions toute particulière au fur et à mesure que la date de changement d'ères s'approchent. Dest travaux ont été entrepris dès fin 2010 pour passer à la nouvelle ère. Six reliefs seront au centre des préoccupations et des bons soins des restaurateurs. L'un d'entre eux est actuellement sous le feu des projecteurs. Il s'agit de la Frise des Quatre époques ou Quatre soleils. Elle est visible dans le sixième bâtiment qui forme l'acropole qui surplombe l'Usumacinta. Elle fut découverte lors de fouilles en 1992.


Frise des quatre époques, Acropole de Tonina, Chiapas.
Classique tardif.
Photo : Simon Burchell prise le 24/02/2010, disponible le 13/03/2012 sur :

La restauratrice Monica Vargas a expliqué quels procédés ont été utilisés lors de la restauration de ce relief en stuc. Il s'agissait d'injecter de la chaux après le nettoyage de la surface. D'autre part des travaux de consolidation ont été entrepris pour éviter que le relief se morcèle et tombe de son support.

Selon l'hypothèse rapportée dans le bulletin de l'INAH, ce relief représentent les quatre âges suivants : le premier est celui du soleil, le second correspond au serpent bicéphale, le troisième est celui des hommes. Ce compte long s'achevant en décembre 2012, une quatrième époque, celle des Quatre lunes, commencerait alors. L'archéologue Juan Yadeun a notamment expliqué que chaque époque était composé de 13  b'aktunoo'b de 400 ans chacun. Au total c'est un cycle de 5200 années qui s'achèvera en décembre prochain pour qu'un nouveau commence.

Tonina est un site clé pour l'archéologie maya. Tonina a connu une phase d'occupation ininterrompue pendant plusieurs siècles et propose même différents styles architecturaux : la ville a été contemporaine des grandes cités du Classique comme Palenque (avec qui elle fut en guerre pendant 26 ans) ou Copan et de l'Epiclassique comme Chichen Itza ou Uxmal.

L'INAH entend bien capitaliser ce que bon nombre de chercheurs démentent ou fustigent : la date du 21 décembre 2012 semble vouée à attirer le visiteur goguenard, amateur de boniments et de sagesses frelatées et imprécises. Car si l'annonce de la restauration de six des vingt et un reliefs visibles pour le visiteur du site, on ne demeure pas moins circonspect face au jeu paradoxal (mais pas désintéressé) pratiqué par les autorités de l'INAH. Bref, il n'y a aucune cohésion entre leur démarche et leur propos. Cela nous amène à nous interroger : l'INAH aurait-il financé ces travaux de restauration s'il n'y avait pas eu d'effet 2012 ?

Pour agrémenter son bulletin, l'INAH met à disposition un diaporama comprenant différents clichés de Tonina et du fameux relief.

También pueden conseguir las referencias siguientes :
Stuart, David; and George Stuart (2008). Palenque: Eternal City of the Maya. London: Thames & Hudson.
Yadeun, Juan (2001). "El Museo de Toniná: Territorio del tiempo". In Arqueología Mexicana, Vol. IX, número 50, Julio–Augusto 2001, pp.44-49. Mexico : Editorial Raíces.
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lundi 12 mars 2012

Raíces 44

Dans cet épisode, votre serviteur a du mouiller le maillot ! Journée internationale de la femme oblige, il me paraissait nécessaire de faire un topo rapide sur la place que les femmes préhispaniques occupaient dans leur culture respective. Le temps pressant, il était difficile de s'attarder sur des détails qui seront certainement exposés dans des interventions de femmes anthropologues spécialisées comme Adriana Velázquez Morlet ou Miriam Judith Gallegos.


Voici donc un très humble et trop rapide hommage disponible sur Soundcloud et sur Divshare. Nous attendons vos réflexions, vos commentaires et suggestions.



Voici les références que nous commentions dans cet épisode.
  • Arqueología mexicana, vol. 29, Editorial Raíces-INAH.
  • Escalante Gonzalbo, Pablo. 2004. Historia de la vida cotidiana en México. Tomo I: Mesoamérica y los ambitos indígenas de la Nueva España. México: Fondo de Cultura Económica-Colegio de México.
  • León-Portilla, Miguel. 1991. Huehuetlahtolli, testimonios de la antigua palabra. México: SEP-FCE. 
  • Sahagún, Bernardino de. 1999. Historia general de las cosas de Nueva España. 3 vols. México : CONACULTA.
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