vendredi 7 novembre 2014

L'offrande 48 du Projet Tlalocan Camino bajo la tierra révèle de nouvelles pistes de recherche

En préambule du Symposium qui s'est déroulé la semaine dernière à l'amphithéâtre Jaime Torres Bodet du Musée National d'Anthropologie, l'archéologue Sergio Gómez Chavez a fait part des dernières avancées du Projet Tlalocan qui se déroule depuis quelques années sous la Pyramide adossée et celle du Serpent à plumes. Épaulé d'une équipe de 25 personnes, Gómez a fait état de nouvelles découvertes qui modifieront passablement nos connaissances sur cette ville immense pour l'époque. Et il faut dire que les 14 000 000 de pesos investis dans ce projet ont déjà bien été amortis au regard des 970 tonnes de remblai que les Teotihuacains avaient eux-mêmes placés pour boucher le tunnel de 120 m de long qu'ils avaient préalablement creusé entre 150 et 200 de notre ère.

Les fouilles ont atteint 103 m et ont mis au jour l'existence de différents éléments architecturaux. Fait unique jusqu'à présent, les restes d'un terrain de jeu de balle long de 137 m a été détecté à une centaine de mètres de l'entrée. Les uniques preuves dont on disposait sur ce jeu rituel consistaient en de merveilleuses peintures visibles dans le complexe résidentiel de Tepantitla (ill.1) et en un marqueur provenant du quartier zapotèque de la Ventilla (ill.2).

Ill. 1. Joueurs de balle. 
Peinture murale, Tepantitla, Teotihuacan.
Photo disponible le 03/11/2014 sur:

Ill. 2. Marqueur de jeu de balle.
La Ventilla, Teotihuacan, Classique.
Photo : INAH/Raíces, disponible le 3/11/2014 sur:


Une construction antérieure à la pyramide du Serpent à plumes a également été trouvé, posant inévitablement le problème de la chronologie et de l'utilisation de ces lieux.

Plus de 50000 objets ont été récupérés par les archéologues, garantissant du travail d'analyse, de restaurations et de conservation pour plusieurs générations de chercheurs. Parmi les derniers objets en date figurent donc ceux de l'offrande 48 que nous évoquions plus tôt. Elle était située à 18 m de profondeur et recouvrait une surface de 3 m sur 4 m et atteignait 4 m de haut. Elle est composée de quatre statuettes en pierre verte atteignant une hauteur de 65 cm (ill.3), "de plusieurs dizaines de coquillages mesurant jusqu'à 55 cm de long originaire de la Côte du Golfe et de la côte caribéenne, de milliers de billes sculptées dans des matériaux différents, de jadéite importée du Rio Motagua au Guatemala, de balle en caoutchouc, d'os et de restes de peaux de grands félins, de squelettes de scarabées, de disques de pyrite et d'une boîte en bois sculptée contenant des dizaines de coquillages travaillés comme s'il s'agissait de dents".

Statuette. 
Pierre verte, Teotihuacan, Classique ancien 
Photo: Héctor Montaño/INAH.


Gómez Chávez remarque que les offrandes retrouvées sont chaque fois plus complètes et variées à mesure qu'on avance dans le tunnel. Cette dernière laisse augurer la présence des restes de personnages importants dans les trois chambres situées à l'extrémité du tunnel. Ce dernier présente aussi la particularité d'avoir été incrusté de fragments de pyrite qui reflètent la lumière et reproduisent symboliquement la voûte céleste nocturne.

Plus de 7000 plaques polymorphes en ardoise contenant des fragments de pyrite ont été retrouvées. Selon Julie Gazzola, elles ont probablement été utilisées pour élaborer des colliers ou des pectoraux.

Un aspect fondamental de la construction du tunnel a consisté en l'édification de 18 murs en pierre volcanique atteignant parfois une largeur de 3 m. Ils sont lq preuve d'une première fermeture (rituelle) du tunnel. Les archéologues ont même observés les empreintes des mains de ce qui ont enduit les murs.

En ce qui concerne le registre de pièces en céramiques, les archéologues ont compté pas moins de 145000 tessons qui se sont ajoutés à la riche céramothèque conservée au Musée d'Études Teotihuacaines. Une jarre-effigie Tlaloc a été datée de la phase Miccaotli (150-250 d.C.) : différentes techniques de décorations ont été utilisées, comme le moulage, le pastillage.

Voici une vidéo qui récapitule les phases et objectifs du Projet Tlalocan. Elle est disponible sur la chaîne Youtube de l'INAH.


Références bibliographiques
Aveleyra Arroyo de Anda, Luis. (1963) La estela teotihuacana de La Ventilla, Cuadernos del Museo Nacional de Antropología 1, México: INAH.

Merci à Miriam Heredia, Azucena Cervantés, Sandra Vázquez pour leur mémoire iconographique. Pour en savoir plus sur cette offrande, nous vous recommandons la lecture du bulletin publié sur le site de l'INAH et le diaporama qui est joint.
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