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Confirmation de l'existence d'un village préclassique à Tlalpan

La Direction de Sauvetage Archéologique de l'INAH a récemment fait le point sur des fouilles entreprises dans des terrains appartenant à l'Université Pontifice du Mexique. Situés au sud de la ville dans la délégation de Tlalpan, le site était déjà occupé au Postclassique, lors de l'arrivée des Espagnols. 

Les fouilles dirigées actuellement par Jimena Rivera Escamilla, présente sur le reportage ajouté à la fin de ce billet, ont non seulement permis de comprendre que ce village existait au moins sept cents ans avant notre ère et qu'il fut occupé pendant près d'un demi millénaire, tout au long du Formatif moyen et tardif. 

Comme pour chaque découverte, il est important de contextualiser. Si vous visitez Tlalpan actuellement, elle a bien peu à voir avec ce qu'elle a pu être il y a deux mille quatre cents ou deux milles cinq ans. Cuicuilco était alors le centre urbain en pleine expansion dans la vallée de Mexico. Avant d'être parcourue par des kilomètres d'asphalte, Tlalpan était une colline couverte de bois giboyeux dont les pentes douces dominaient la côte du Lac de Texcoco. Les terres fertiles permettaient une agriculture prospère pour la communauté.


Zone archéologique de Cuicuilco, Mexico. Photo: INAH.



Comme souvent ce sont des indices céramiques qui ont permis d'établir une première chronologie des espaces fouillés. En 2006, l'archéologue Alejandro Meraz Moreno avait déjà détecté dix-huit fosses tronco-coniques sur la partie sud-ouest des terrains de l'Université Pontifice du Mexique. Les fosses troncoconiques sont des dépôts circulaires dont l'ouverture est plus étroite que le fond. 

L'équipe de Rivera a mis au jour vingt fosses troncoconiques où au moins une dizaine d'individus et le mobilier funéraire qui les accompagnaient ont été enregistrées. Plusieurs résultats préliminaires ont d'ores et dejà été donnés au public.


Enterrements de Tlalpan, Formatif. Photo : Mauricio Marat/INAH.
Six fosses contenaient des enterrements individuels, tous s'agissant d'individus adultes. Elle mesuraient entre 1,2 et 1,5 m de diamètre et atteignant entre 1,8 et 2,3 m de diamètre. Mais la fosse la plus spectaculaire a été mis au jour près d'un mur de séparation avec le terrain contigu à celui de l'UPM. Il s'agit d'un enterrement contenant les restes de dix individus, disposés méthodiquement dans 2 m de diamètre. Pour l'instant deux femmes et un homme ont pu être identifiés par les anthropologues physiques. En dehors d'un adulte clairement identifié, il s'agit pour la plupart de jeunes adultes. Figurent également un enfant âgé entre trois et cinq ans et un nourrisson de quelques mois. Leurs bras ont été placés sous le dos de celui qui les précédait, même si chacun a une position différente. Deux d'entre eux présentent également des déformations céphaliques volontaire. Des traces de mutilation dentaire sont également observables.

Il reste difficile de comprendre le scénario qui explique cette mise en terre. Si la disposition des corps est clairement ritualisée, il est encore trop tôt pour établir une éventuelle filiation entre eux. Un profilage génétique et différentes analyses bioarchéologiques permettront d'en savoir plus sur leur régime alimentaire, leur maladie et éventuellement les raisons de leur décès. La présence de récipients, jarres et vaisselles de différentes tailles constitue un mobilier funéraire de grand intérêt, tout comme celle de sphères en céramiques et de pierres placées dans les mains des défunts.

Il serait cependant réducteur de prendre seulement en compte ces fosses troncoconiques. Plusieurs alignements de gros galets ont été détectés sous le terrain fouillé. L'un d'entre eux pourrait correspondre à une plateforme tandis que d'autres pourraient indiquer différentes phases de construction.

Tlalpan s'ajoute à une petite liste de sites datant du préclassique déjà fouillés de manière systématique comme Tlatilolco ou Tlapacoya, fouillé à la moitié du XXe siècle, ou comme Zacatenco il y a quelques années. Les découvertes de ce sauvetage nous donneront de nouvelles informations capitales pour comprendre les dynamiques d'occupation de la vallée de Mexico.

Pour en savoir plus sur cette découverte remarquable, nous vous invitons à consulter le bulletin publié en espagnol par l'INAH, le diaporama qui l'accompagne et le reportage que nous partageons ci-dessous.





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