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Ma vision de Mexico D.F.

Que diraient les Aztèques s’ils voyaient leur capitale Tenochtitlan telle qu’elle est aujourd’hui ? Probablement maudiraient-ils leurs descendants d’avoir asséché la grande lagune, d’avoir construit sur ces lieux sacrés que sont les montagnes. Comment prétendre alors connaître une telle ville, moi le Franchute ?
Car il faut bien se rendre à l’évidence : le Distrito Federal est devenu incontrôlable, insondable. La mégapole ne cesse d’enfler, de coloniser les montagnes et les vallées situées à plus de 100 km de son centre, le Zocalo, lieu de toutes les manifestations politiques, culturelles et sociales (parfois les trois simultanément). Dès qu'on arrive en ville, un grouillement permanent de vie vous saute à la figure. A six heures du matin les tiendas des petits vendeurs grouillent de clients dévorant leurs tacos al pastor ou leurs quesadillas (galettes de maïs remplies de viande ou de fromage fondu) et vidant leur bouteille de soda. Pour vous réveiller matinalement, il suffit de laisser sa fenêtre ouverte d’écouter le crieur de gaz ou l’éboueur dans la rue.



C’est près du Zocalo et de son drapeau tricolore gigantesque que se trouvent trois monuments symbolisant à eux seuls le Mexique. Le Palais présidentiel est un bâtiment colossal bien gardé par des militaires assez tatillons. Mais le portail franchi, quel bonheur de voir les fresques du maître Diego Rivera ! Elles racontent de manière très subjective (Rivera ayant longtemps été le chef du Parti Communiste mexicain) les souffrances endurées par les peuples préhispaniques, l’oppression des grands propriétaires terriens et des grands financiers capitalistes (sic !)...









Coincé au nord-est du Zocalo, les ruines aztèques du Templo Mayor mises au jour à la fin des années 1970 se donnent en spectacle aux badauds et aux touristes curieux. Le centre de Mexico est bâti sur l’ancien centre cérémoniel préhispanique de Tenochtitlan. La lagune et les nappes phréatiques ayant été asséchées, les sols se recroquevillent et font pencher les bâtiments, voire les détruisent. La cathédrale n’échappe pas à la règle.

Une personne curieuse et prudente n’hésitera pas à se rendre dans les rues annexes du Templo Mayor, que sont Argentina ou Moneda. C’est là qu’on peut voir quotidiennement le plus grand marché à l’air libre de la ville. On y trouvera aussi bien des pantalons que des coupe-ongles ou de mauvaises reproductions d’objets précolombiens. En fait ces vendeurs sont sous la coupe de dirigeant(e)s mafieux(ses) qui n’hésitent pas à blanchir leur argent sale en fabriquant des contrefaçons à des prix défiants toutes concurrences. Si le cœur et surtout si vos intestins vous en disent, n’hésitez pas à manger dans la rue auprès des locaux. Si vous recherchez des nourritures plus spirituelles, il faut parcourir la Calle de las Donceles : c’est la rue des bouquinistes et des libraires.

A cinq cents mètres à l’ouest du Zocalo, se trouve le Palacio de Bellas Artes qui tient à la fois de grande salle de concerts classiques et d’opéras, mais aussi de lieu d’expositions. Vous pourrez y voir une petite trace française avec une bouche de métro offerte en son temps par la ville de Paris. D’ailleurs la station Louvre contient une trace de ce jumelage entre les métros chilango et parisien. A côté du Palacio se trouve la Torre Latino-Americana.

A elle seule la ville de l’Aigle dévorant le serpent regroupe un quart de la population du pays, soit vingt-cinq millions de Chilangos (nom dont les locaux s’affublent). Et, je me suis retrouvé ainsi sur des plus longues avenues du monde : le Paseo de la Reforma mesure en effet environ cinq kilomètres de long. Il comporte des sculptures de grande taille: la statue de Cuauhtemoc, le dernier empereur aztèque, et l’Ange de l'indépendance.


Au milieu des minibus ou des vochos (les fameuses cocinelles vertes et blanches), difficile de se faire entendre ou de comprendre ce qu’on peut vous demander. Que faire ? Où aller ? Il y a tant à visiter. Le bon plan, c’est encore d’avoir des amis du cru chez qui loger. Ils vous conseillent les bons petits restos ou boutiques aux prix raisonnable. Ils vous emmènent au marché du quartier. Là les odeurs de chicharrones (couenne de porc frite dans l’huile), de papaye, de tepache (cidre d’ananas fermenté), de quesadillas de maïs vert au huitlacoche (une moisissure du maïs), s’entremêlent. Les couleurs vives sont partout, notamment quand il s’agit de préparer le jour des Morts début novembre.


Pour les amateurs de calme et de verdure, deux solutions s’offrent. La première est de visiter le piège à touriste que sont les jardins flottants de Xochimilco (Le lieu des champs de fleurs) au sud-est de la ville. Patrimoine mondial de l’humanité, ils sont jumelés avec les hortillonnages d’Amiens (Picardie quand tu nous tiens !). Le calme y est relatif dans la mesure où vous pouvez écouter des mariachis chanter pour les couples sur les barques.
Plus intéressante est la visite de Coyoacan (Le lieu des coyotes). Ce quartier est le lieu des intellectuels et artistes fortunés. C’est là que se trouvent les demeures-musées de Frida Kahlo, de Diego Rivera ou de Léon Trotsky. Exilé au Mexique, il périt assassiné par un partisan de Staline. En novembre, le musée des Arts traditionnels organise une foire des cuisines régionales. Un vrai régal pour le palais. A quelques dizaines de mètres, la grand-place de Coyoacan est remplie de familles, d’étudiants, de couples venus déguster des glaces à l’ombre des arbres. Des jeunes mariés quittent leur vieille voiture pour rejoindre tranquillement l’Eglise de style colonial. La Maison de Cortés se dresse devant nous, austère mais tellement ancienne.

N’allez pas croire que Mexico est une ville idyllique. Comme dans toute grande ville, la mendicité est là pour rappeler la précarité de bon nombre de Mexicains. N’allez pas croire qu’ils ne font rien : le Mexicain est travailleur, ne dispose pas de SMIC, d’assedic, de retraite ou de Sécurité Sociale. Il n’est donc pas étonnant de voir des petits vieux de soixante-quinze ou quatre-vingts ans passer dans les rames de métro pour vous revendre des compils de MP3 pirates ou des paquets de chewing-gums.
Mexico est sans doute une des villes les plus polluées au monde. Située à 2200 mètres d'altitude, elle est couverte par un smog pendant 300 jours par an. Autant dire qu'il faut s'habituer à la pression atmosphérique et aussi se prémunir des infections respiratoires.
Tepito est certainement le quartier le plus dangereux de la ville. Situé à quelques encablures du centre, les narco-trafiquants y font leurs affaires en toute impunité, parfois avec la complicité de certains policiers véreux. Les élites riches de la ville ont également leur quartier farouchement surveillé et protégé. Las Lomas est un immense Neuilly sur Seine avec des barbelés et des soldats à chaque entrée.

Je garderai toujours une image bien représentative du passé, du présent et de l’avenir de cette ville résolument active et accueillante : on peut y voir les ruines du Templo Mayor, la cathédrale et la Torre Latino-Americana.

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