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Rachat de Chichen : polémique autour des concerts et spectacles

Les anthropologues de l'INAH font grise mine. Ils ne décolèrent pas contre le récent rachat de 80 ha de terrain appartenant à la famille occupante Barbachano par l'INAH, pour un montant estimé à 230 millions de pesos. Nombreux sont en effet les archéologues et anthropologues à manifester leur inquiétude (plus que légitime) de voir le site, classé patrimoine mondial de l'humanité et récemment nouvelle merveille du monde, être le siège de différents spectacles et autres présentations artistiques.

La directrice de l'INAH Quintana Roo, Adriana Velazquez Morlet, estime qu'il s'agit d'une décision qui a certes cherché à mieux contrôler l'accès au site et les activités qui y ont lieu. Velazquez Morlet a rapporté au quotidien El Universal les résultats d'un rapide sondage effectué auprès des employés de l'INAH Quintana Roo sur le rachat de Chichen Itza. Un anthropologue a ainsi dénoncé une vente face à laquelle l'INAH Yucatan et son autorité de tutelle fédérale ont été délibérement laissé de côté.

De son côté, le directeur du centre INAH pour le Yucatan, Alfredo Barrera Rubio, a dénoncé le prix très élevé pour cet achat. Selon une évaluation faite par le gouvernement fédéral en 2003, les terrains valaient tout au plus 8,1 millions de pesos...

La population locale est partagée. Les élus jugent avec bienveillance cet achat, espérant que se résolvent les problèmes internes à la zone archéologiques. Les artisans et commerçants ont pour leur part dénoncé des irrégularités de la part des organisateurs du concert d'Elton John à leur encontre.

A l'heure où nous rédigeons cette note, les dieux mayas ont d'ailleurs joué un mauvais tour aux organisateurs de ce concert qui doit avoir lieu le 4 avril prochain au pied de la pyramide du Castillo. Une partie de la scène s'est effondrée, faisant 3 blessés et un mort parmi les ouvriers chargés de la monter, si on en croit deux brèves publiées ici et par le Diario de Yucatan.


 

Pourtant les organisateurs du concert (particulièrement Cultur, l'organisme gouvernemental du Yucatan chargé de la promotion touristique) refuse d'annuler les concerts, tant les enjeux économiques sont importants. Il faut dire que le prix des billets étaient de 4000 pesos minimum et atteignaient 18000 pesos dans le carré VIP. Le groupe de médias Televisa est également en charge de la retransmission du concert. Or on connaît les liens qui unissent le président de cette entreprise avec le PRI (Partido Revolucionario Institucional), dont est issue la gouverneure du Yucatan, Yvonne Ortega.

Rappelons que le gouvernement de l'état voisin du Yucatan s'est porté acquéreur des terrains comprenant la zone archéologique. Avec un cynisme tout diogénien, la direction générale de l'INAH a envoyé un courrier de remerciement à Mme. Ortega. On notera dans le même temps le mutisme du directeur de l'INAH en ce qui concerne le respect des lois sur le patrimoine national pour l'organisation du concert. Il y a donc un hyatus important entre la direction fédéral de l'INAH et les chercheurs sur le terrain. Le Conseil National d'Archéologie a également une part de responsabilité, tout comme il en a eu d'abord dans la polémique du spectacle son et lumière de Teotihuacan.
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