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Revue Ateliers d'anthropologíe

La revue française Ateliers d'anthropologie a récemment mis son quarantième volume en ligne. Bonne surprise, ce volume met en place des notations peu débattues chez les mésoaméricanistes :  Représentations et mesure du corps humain en Mésoamérique. De fait, nous n'avions abordé ce thème qu'une ou deux fois sur ce carnet. Les travaux proposés sont multidisciplinaires et revitalisent la définition de Mésoamérique par Paul Kirchhoff il y a près de 70 ans. Ils s'affranchissent même des limites floues et des chronologies fluctuantes pour restituer au mieux les perceptions, les images et les significations du corps.

La première participation revient à Brigitte Faugère-Khalfon. L'enseignante-chercheuse de l'Université Paris et de l'UMR 8096 du CNRS interroge l'esthétique préhispanique autant que la perception du corps et in fine sa représentation lors des plus anciennes phases culturelles dans le centre du Mexique actuel.

La doctorante Juliette Testard s'est interrogée sur l'évaluation de la représentation graphique du corps humaine dans l'iconographie de deux sites importants du centre du Mexique pendant l'Épiclassique : Xochicalco et Cacaxtla. L'auteur part de la perception et de la représentation du corps à Teotihuacan à travers ces peintures murales et des sculptures et des céramiques qu'on peut encore voir. Au delà des simples proportions, Testard observe le passage d'une image hiératique, impersonnelle à une autre plus réaliste. Elle établit un lien intéressant entre les bouleversements géopolitiques qui frappent le Haut Plateau central à partir du déclin progressif connu par Teotihuacan et le style éclectique qui semblent prévaloir à Xochicalco et Cacaxtla-Xochitecatl. Elle prend aussi en compte des critères comme le mouvement ou le volume pour compléter son étudie. Il eût été intéressant de confirmer ces observations et ses propositions sur d'autres sites importants de l'époque : Teotenango et Cantona.

Mention spéciale au très bon article de Loïc Vauzelle. Doctorant à l'EPHE, il propose un axe d'étude novateur sur les représentations des dieux du panthéon mexica dans les codex. Il s'attache en effet à remettre leurs ornements en perspective en fonction de leur position sur telle ou telle partie du corps, considérant qu'à chaque ornement correspondait une position sur le corps et, par conséquent, avait un symbolisme précis. L'hypothèse de travail repose sur une analyse iconographique et ethnohistorique de grande qualité, sans parler des illustrations parlantes. Cependant cette analyse pourrait trouver sa limite dans les représentations animales de certains divinités comme le serpent à plumes, le serpent de feu ou le jaguar.

Chargée de cours à l'Université Paris VII-Diderot, Nathalie Ragot ne s'éloigne pas tant que cela de son domaine de prédilection, à savoir la conception et la représentation des au-delà dans la religion aztèque. La disciple de M. Graulich s'interroge sur la représentation du cadavre et les pratiques rituelles qui sont liées à ce dernier. Son travail repose sur trois axes d'études. Le premier détaille l'iconographie propre au cadavre et aux dieux de la mort : Ragot passe scrupuleusement en revue le corps squelettique ou décharné, la couleur utilisé pour représenter la peau du défunt, les cheveux longs et hirsutes et deux détails apparemment anodins que sont les ongles et les sourcils. Dans un deuxième temps, la chercheuse française récapitule les traitements mortuaires et les rituels funéraires liés respectivement à la crémation et à l'ensevelissement. Enfin elle revient sur le cas courant des femmes mortes en couche, les cihuateteo, dont les pouvoirs étaient particulièrement craints. Elle achève son étude par le traitement réservé aux corps des sacrifié(e)s, notamment celui des têtes trophées et des crânes réutilisés pour certaines offrandes retrouvées au Templo Mayor.

Danièle Dehouve, anciennement titulaire de la chaire des Religions précolombiennes à l'EPHE, propose un article qui tient de l'ethnohistoire et de l'ethnographie moderne. La directrice émérite de recherches du CNRS prétend "jeter les bases" d'une étude à long terme sur les unités de mesures préhispaniques inspirées par différentes parties du corps. Dans un premier moment, elle s'attarde sur différents systèmes de mesure et leurs équivalences. L'exemple nahua étant le mieux documenté, elle propose des équivalences de mesures internes propre à ce dernier, remarquant à juste titre que les études ont automatiquement voulu trouver des équivalences entre ce système et le système métrique que nous connaissons. Elle n'hésite pas à comparer le système nahua en vigueur au moment du contact avec celui utilisé par des groupes tlapanèques dans l'état du Guerrero. Mais, au-delà de ses considérations mathématiques, Dehouve s'interroge sur la portée symbolique de ces unités de mesures dans le cadre de la préparation de rituels. Elle revient notamment sur le cas des rituels divinatoires et observe de nombreux points communs dans les pensées nahua du XVIe siècle et tlapanèque actuelle. Enfin elle détermine les caractéristiques des mesures de type qualitatif et quantitatif.

Olivia Kindl a porté son attention sur le rituel d'enlaçage que pratiquent les Wikarika, plus connus comme Huicholes. L'ethnographe française explique l'importance de cette corde dans ce rite de passage pour établir des liens à niveau microcosmique, corporelle et macrocosmique et renforcer les liens au sein de la communauté.

La dernière participation à ce numéro est l'oeuvre d'Anath Ariel de Vidas, chargée de recherche à l'EHESS. Publié en anglais, il s'agit d'un travail d'ethnographie et d'anthropologie médicale effectué chez les Teenek du nord du Veracruz. Il y est question de divination mais aussi de maladies, physiques et spirituelles. Pour ces dernières, l'auteur rapporte l'existence d'un mythe de création du monde où l'origine des maladies spirituelles est également expliquée.


Les numéros 26 à 40 sont disponibles gratuitement en format pdf avec la contrainte de télécharger les articles un par un. Ateliers d'anthropologie est une co-édition de l'UMR 7186 du CNRS située à l'Université Paris Ouest et de la maison de l'archéologie René Ginouvés, située sur le campus de l'Université Paris-Nanterre.
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