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Compte-rendu Arqueología mexicana 136

En dehors des fouilles de Tenochtitlan, nos connaissances sur les villes et communautés qui furent construites autour des différents lacs sont lacunaires et fragmentaires. L'urbanisation galopante durant le dernier siècle a mis à mal le patrimoine archéologique et c'est souvent lors de fouilles de sauvetage qu'on redécouvre les cultures et les groupes qui se sont succédé les trois derniers millénaires. Ce n'est pas pour rien que plusieurs délégations qui composent le district fédéral sont les lointaines héritières de sites préhispaniques. L'année dernière Arqueología mexicana nous proposait un excellent panorama de ce qu'avait été Coyoacan. Dans le numéro qui nous concerne ce sont Azcapotzalco et Tacuba qui sont passées au crible.



Il s'agit aussi de faire le point sur un groupe qui domina en son temps les peuples de ce petit bout du Haut Plateau central et auquel était soumis les Mexicas: les Tépanèques. Xavier Noguez, par ailleurs chroniqueur régulier de la revue, a été chargé de l'édition du dossier. L'ethnohistorien présente un document méconnu intitulé les moulins de Tacuba. Exécuté en 1587, c'est un des rares documents coloniaux à évoquer Tacuba/Tlacopan. Comme souvent à l'époque, il fut dessiné à des fins juridiques par un artiste (tlacuilo) qui utilisa autant d'éléments graphiques autochtones avec la présence des glyphes altepetl pour représenter Tlacopan et Tenochtitlan qu'européens pour représenter les moulins.

L'article de Susana Lam García est un résumé des principales fouilles de sauvetage effectuées à Azcapotzalco. Sa réflexion est organisée selon deux axes. D'une part elle reprend la chronologie de l'occupation de la région. D'autre part elle décrit les principales découvertes en fonction des découvertes effectuées. L'ensemble est parfaitement documenté mais comporte une bibliographie plus qu'incomplète : on peut observer de nombreuses références qui n'ont pas leur correspondance dans la bibliographie. Souhaitons que ce soit un oubli fortuit. 

L'archéologue Luis Córdoba Barradas a travaillé sur l'organisation des espaces dans les trois villes d'Azcapotzalco, de Cuauhtitlan et Tultitlan. Pour ce faire, il a longtemps étudié les vestiges céramiques retrouvés à Azcapotzalco. Il nous rappelle qu'après la conquête du "Lieu de la fourmilière" et la victoire mexica en 1428, la ville fut divisée en une partie tépanèque et une autre mexica. Chacune disposait d'un tlatoani. En dépit de cette division géopolitique, on y utilisait alors le même type de céramique.

Dans un article à huit mains, Leonardo López Luján, Jorge Talavera, María Teresa Olivera et José Luis Ruvalcaba Sil nous présente les évidences ethnohistoriques et archéologiques du passé artisanal d'Azcapotzalco. C'est dans la partie mexica de la ville, et le quartier de San Miguel Amantla que s'est développée une industrie de l'argent qui fournissait directement le tlatoani et les besoins de sa cour. Les auteurs citent en particulier les Primeros memoriales de Sahagun : le dieu patron de la ville, Otontecuhtli, était le dieu des orfèvres et des sculpteurs. Le fait que ce "Seigneur des Otomís" rappellent le sustrat culturel antérieure à l'occupation mexica : les Tépanèques étaient probablement un groupe otomi-matlazinca. La tradition d'orfèvrerie d'Azcapotzalco a durée jusqu'au XVIIe siècle. Restait à trouver les preuves archéologique de ce prestigieux passé artisanal. Elles sont apparues lors des fouilles de la ligne 6 du métro. Pas moins de 320 individus ont été retrouvés à cette occasion. Celui de l'enterrement 230 a particulièrment attiré l'attention des archéologues : après un examen médico-légal, l'individu présentait différentes pathologies dentaires d'importance et des traumas articulaires liés à sa position de travail. Il était accompagné d'une offrande mortuaire peu commune, composée de deux labrets en bronze, métal peu utilisée dans cette partie du monde, et de morceaux de bois fossilisé. Différents fragments de coquillages, de résine, de pierres semi-précieuses et deux barres en cuivre, et un bois de cerf sculpté en forme de Xochipilli complétaient l'offrande.

Carlos Santamarina Novillo, historien à l'Université complutense de Madrid, revient sur la figure clé de l'histoire d'Azcapotzalco : Tezozomoc. En utilisant le Codex Azcatitlan et le Codex Mendoza, il détermine son importance dans la généalogie de Tlatelolco et de Tenochtitlan et établit la possible intervention d'Itzcoatl et de Moctezuma dans la mort de Chimalpopoca.

María Castañeda de la Paz prolonge l'étude des informations ethnohistoriques dont nous disposons sur la date clé de 1428, prélude de la Guerre tépanèque au cours de laquelle surgit la figure d'Itzcoatl. Ce moment marquera la rapide expansion du territoire rendant tribut au huey tlatoani de Tenochtitlan. La chercheuse de l'Institut de Recherches Anthropologiques de l'UNAM, comme Michel Graulich en son temps, explique comment les Mexicas réécrivirent l'histoire de la région en omettant tout ce qui pouvait avoir trait à Acolhua, le groupe autochtone descendant des Toltèques.

Le dernier article de ce dossier est un travail d'histoire contemporain proposé par Bernardo García Martínez, historien et professeur au Collège du Mexique. Il nous donne un rapide aperçu de l'urbanisation galopante et anarchique qui a marqué Tacuba, faisant de cette ville préhispanique un quartier absorbé par la ville grandissante. On y trouve de très beaux clichés datant pour certains du début du siècle dernier.



Palacio municipal de Tacuba, ca. 1920.

Autour de ce dossier gravitent des articles forts différents. Il y a notamment ce résumé des travaux ethnographiques de José Medina González Dávila sur les croix amérindiennes dans cette région culturelle à cheval entre États-Unis et Mexique où vivent les Apaches.

L'archéologue Silvia Garza Tarazona nous propose une réflexion sur une peinture murale relevée sur un autel, à proximité du Jeu de balle Est de Xochicalco. L'auteur estime qu'il s'agit d'une version stylisée des reliefs sculptées sur la partie supérieure du monument emblématique de cette cité apparue et disparue lors de l'Épiclassique. On peut y voir quatorze personnages assis et répartis en deux groupes. 

Un autre papier propose un résumé de prospections archéologiques sur les sites de Chactun, Tamchen y Lagunita. Situés dans une zone "sombre" à 40 kms au nord de Xpujil, certains avaient été oubliés depuis les expéditions du Carnegie Institute dans les années 1930. Si Chactun se caractérise par une grande monumentalité et plusieurs registres hiéroglyphiques, Tamchen a la particularité de compter pas moins de trente chultunes (puits artificiels) sur ces deux places principales. Selon une première séquence céramique, Tamchen a été occupée depuis le Préclassique moyen au Classique terminal. L'article rédigé par I. Sprjac, Octavio Esparza, Arianna Campiani, Atasta Flores, Ales Martesic et Joseph Ball évoque un dernier site : Lagunita. Ce site avait été répertorié dans les années 1970 mais il n'y eut aucune publication formelle à son sujet. Pourtant les auteurs insistent sur la grande quantité d'autels (douze) et de stèles (10) inventoriés lors de leurs reconnaissance. Mais leurs découvertes posent plus de questions qu'ils ne trouvent de réponses.

Dernier rubrique à ne pas négliger, "Mensonges et vérités" d'Eduardo Matos Moctezuma s'intéresse à l'interprétation un tant soit peu farfelue d'une sculpture serpentiforme à visage humain retrouvée à Metlaltoyuca en 1865 lors d'une expédition dirigée par Ramón Almaraz. Un des membres de l'expédition, Antonio García Cubas, estimait qu'il s'agit de la représentation d'une momie égyptienne quand il s'agit probablement d'une image de Cihuacoatl. Matos rapporte également que la pièce ne fut jamais transportée au Musée de la rue Moneda et qu'il n'en existe aucun registre au Musée National d'Anthropologie, ni à Metlaltoyuca.







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