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Xunantunich: tombe, excentriques et nouvelles données épigraphiques


Comme j’ai l’habitude de le répéter : lorsqu’on parle de civilisations mésoaméricaines, il faut penser que les frontières actuelles n’existaient pas il y a encore quelques dizaines voir quelques centaines d’années. Dès lors, il est impératif de prendre les travaux, recherches et découvertes faites dans les pays voisins du Mexique.

Le Bélize a déjà fait l’objet de plusieurs billets sur notre carnet. Xunantunich est plus près de la frontière avec le Guatémala que de la capitale de ce pays anglophone des Caraïbes. Cartographié depuis 1938, ce site fait l’objet de campagnes de fouilles régulièrement qui ont culminé cette année avec une découverte significative sur les liens qu’il pouvait entretenir avec d’autres villes de la région. La Structure A6 également appelé Castillo est la pyramide la plus notable de Xunantunich: elle mesure 40 m de haut et fut construite au début du 9ème siècle de notre ère. Flanquée de frises spectaculaires analysées Fields, elle trône au coeur d’un polygone de 2,6 km² contenant six places délimités par 26 monticules qui restent encore à explorer. Ce polygone a donc été divisé en quatre secteurs nommés de A à D.

Structure A6 ou Castillo, Xunantunich, Classique terminal.
Crédit photo : Wikimedia.
Disponible le 07/08/2016 :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/93/Carvings_on_Xunantunich_pyrimid_El_Castillo.JPG/500px-Carvings_on_Xunantunich_pyrimid_El_Castillo.JPG.

Des fouilles antérieures ont toutefois permis d’établir que les premières traces d’occupation du site remontent au Préclassique.

Sur la page de la National Geographic Society en espagnol, vous pourrez apprécier une très belle série de clichés de ces fouilles entreprises par l’Université du Nord de l’Arizona et l’Institut National de Culture et d’Histoire (NICH an anglais). Jaime José Awe s’est donc plié aux traditionnelles question de la presse et a présenté l’avancée des découvertes pour l’heure.

Au pied de l’escalier qui monte le long de la Structure A9, ce sont deux caches qui ont été mises au jour. Elles contenaient des excentriques en obsidienne et en silex, ces couteaux cérémoniels sculptés qui ressemblent au suivant, conservé au Musée des Arts Royaux à Bruxelles. On savait déjà que l’industrie lithique était présente à Xunantunich (Briggs-Braswell, 1996). Les excentriques déposées au pied de l’escalier de la Structure A9 participent probablement de ces rituels d’inauguration.

Excentrique maya, silex, Classique.
Crédit photo : Wikimedia.
Disponible en ligne le 07/08/2016:
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0a/Maya_eccentric.jpg/150px-Maya_eccentric.jpg
Au milieu de l’escalier c’est tout bonnement une tombe royale qui a été dégagée. Les ossements d’un jeune adulte âgé entre 20 et 30 ans, de complexion athlétique, étaient accompagnées de 36 vaisselles en céramique, un collier comptant six billes de jade, treize couteaux en obsidienne et des os animaux. Les études devraient déterminer si ces derniers sont ceux d’un jaguar ou d’un cerf. D’après leurs observations, les archéologues estiment que la tombe  et la pyramide participent d’une même séquence, ce qui est assez rare chez les Mayas. Kinich’ Janaab’ Pakal commença la construction de son mausolée de son vivant mais elle ne fut terminée par son fils après son décès.

La découverte de deux  panneaux glyphiques en très bon état sont l’autre curiosité de ces fouilles. C’est là que les choses deviennent aussi intéressantes qu’un épisode Game of Thrones car ce panneau sculpté a le mérite de nous éclairer sur les alliances alors en vigueur.

C’est l’épigraphiste Christophe Helmke qui en explique le contenu et l’importance. Tout d’abord, il semblerait que ses panneaux faisaient partie d’un escalier construit par le roi Kan II à Caracol en 642. Or, en 680, il fut démantelée par des alliés de Naranjo, alors ennemie de Caracol. Différents fragments furent envoyés à Naranjo, à Ucanal et donc à Xunantunich.

Les glyphes font aussi mention de Dame Batz' Ek', mère de Kan II, décédé en 638. Originaire probablement de Yaxha, elle fut l’objet d’un mariage arrangé avec le dirigeant de Caracol. Sur l’autre partie du panneau est mentionné Waxaklajuun Ubaah Kan, un membre jusqu’à l’heure inconnu de la dynastie Kaan, Cette dernière régna en son temps sur un ample territoire dont Calakmul, situé dans l’actuel état mexicain du Campeche, était la tête. Il est probable que Waxaklajuun Ubaah Kan était probablement un des dirigeants de Dzibanché, situé dans l’actuel état mexicain de Quintana Roo, en 640.

Mais comme le dit John Morris, directeur du NICH, cette découverte pose plusieurs questions, notamment pourquoi à la toute fin du Classique terminal, Xunantunich est devenue le point névralgique de la région au point de récupérer les fragments de l’escalier gravé de Caracol. D’autre part, la présence multiple de céramiques funéraires apporte également son lot de questions : ces objets pourraient-ils nous indiquer l’identité du défunt ? Y a-t-il présence de résidus organiques dans ces vaisselles expliquant leur éventuel usage ?

Nul doute que Xunantunich sera surveillée de près par les mayistes au gré des prochaines campagnes de fouilles.

Briggs-Braswell, J. (1996) La producción y consumo en un grupo residencial de la élite, Xunantunich, Belice. En IX Simposio de Investigaciones Arqueológicas en Guatemala, 1995 (editado por J.P. Laporte y H. Escobedo), pp.267-283. Museo Nacional de Arqueología y Etnología, Guatemala. Facsimile pdf: http://asociaciontikal.com/pdf/18.95_-_Briggs-Braswell.pdf

Fields, Virginia M. "The Royal Charter at Xunantunich." The Ancient Maya of the Belize Valley: Half a Century of Archaeological Research. Gainesville: University of Florida, 2004. 180-90.

Forsmann, A. (4 août 2016). Descubren una gran tumba maya en Belice y unos paneles con información muy relevante.  En línea el 4 août 2016: http://www.nationalgeographic.com.es/historia/actualidad/descubren-mayor-tumba-maya-belice-unos-paneles-informacion-relevante_10587

LeCount, L. J. (2001). Like water for chocolate: Feasting and political ritual among the Late Classic Maya at Xunantunich, Belize. American Anthropologist, 103(4), 935-953.

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LeCount, L. J., Yaeger, J., Leventhal, R. M., & Ashmore, W. (2002). Dating the rise and fall of Xunantunich, Belize. Ancient Mesoamerica, 13(01), 41-63.

Lentz, D. L., Yaeger, J., Robin, C., & Ashmore, W. (2005). Pine, prestige and politics of the Late Classic Maya at Xunantunich, Belize. Antiquity, 79(305), 573-585.

Leventhal, R., Ashmore W., LeCount, L. J. & Yaeger, J. (2010). The Xunantunich Archaeological Project, 1991-1997. LeCount, L. J., & Yaeger, J. (eds.) (2010). Classic Maya Provincial Politics: Xunantunich and Its Hinterlands, 1-19. Facsimile pdf disponible en ligne le 06/08/2016: https://goo.gl/CNyXOz.

Martin, S., & Grube, N. (2008). Chronicle of the Maya kings and queens: Deciphering the dynasties of the ancient Maya. Thames & Hudson.

Neff, L. T., Robin, C., Schwarz, K., & Morrison, M. K. (1995). The Xunantunich Settlement Survey. Xunantunich Archaeological Project, 139-166.

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