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Compte-rendu Arqueología mexicana 148

Les annonces faites au début de l’été 2017 ont probablement incité les éditeurs de la revue Arqueología mexicana à proposer une réflexion générale sur le tzompantli, cette plateforme où était exposé les crânes de victimes sacrificielles ou leurs représentations. Mais le tzompantli était-il propre aux cultures du Postclassique et du Haut Plateau central ? Quelles étaient ses fonctions rituelles ? Comment était-il construit ? Qui étaient les personnes dont le crâne y étaient exposé ? Dans quelle mesure le tzompantli était-il associé au jeu de balle, lui-même passablement étudié dans le numéro 146 ?

Comme il est d’usage le dossier thématique est abordé selon différentes perspectives qui tiennent de l’ethnohistoire, de l’anthropologie des religions, de l’archéologie, de l’architecture, de l’anthropologie physique et de la bioarchéologie. Les résultats sont naturellement tout aussi variés et permettent des éclairages nouveaux et parfois éloignés des hypothèses proposées au cours du dernier siècle.

La première intervention de Vera Tiesler a valeur d’introduction générale : l’anthropologue physique de l’Université Autonome du Yucatan s’est intéressée à l’évolution du symbolisme de la tête en Mésoamérique, estimant notamment que les paradigmes qui sont apparus à Chichen Itza et Tula doivent être dépassés. Elle n’hésite pas à comparer des comportements rituels semblables chez les peuples andins, expose brièvement les traitements post-mortuaires auxquels les crânes pouvaient être soumis. Mais elle prend également en compte des versions modernes et contemporaines du tzompantli, notamment en terme de structures et de victimes adaptées.

De son côté, Karl Taube propose une hypothèse de travail intéressante en définissant l’origine géographique et culturelle du tzompantli à Chichen Itza. Mais il intègre plus généralement d’autres sites mayas à sa démonstration comme Uxmal ou Tónina.

La troisième participation de ce dossier est l'oeuvre de Emilie Carreón Blaine. La chercheuse de l’Institut de Recherches Anthropologiques de l’UNAM. réfléchit sur l’association architecturalement limitée entre le tzompantli et le terrain de jeu de balle.

L’historienne Virginia Miller analyse patiemment la elaboración y la iconografía del tzompantli de Chichen Itza y les compare avec des structures semblables visibles à Yaxkukul, Uxmal y Nohpat dans la péninsule du Yucatán et les vestiges architecturaux et humains retrouvés par Jorge Guillemin sur le site guatémaltèque d’Iximche, ce dernier étant l’un des cas les plus récents.

C’est encore Chichen Itza qui est au centre de la seconde participation de Vera Tiesler. L’anthropologue nous propose cette fois les résultats de différentes analyses effectuées sur les crânes humains perforés dragués au fond du Cenote sacré. Le travail de Tiesler compte une réflexion préliminaire sur les rituels et cérémonies qui semblent avoir eu cours à Chichen. Ensuite elle explique comment l’iconographie chichen reproduit les principaux types de sacrifices humains, les traitements et l’exhibition post mortem des restes des victimes. L’observation méticuleuse des crânes retrouvés au fond du cenote démontre des traitements : dépècement, désarticulation de la mâchoire, décharnement et empalement sont complétés parfois par l’extraction des globes oculaires, un remplissage des orbites et des fosses nasales par un mélange résineux ou un dépôt de stuc préalable à des peintures faciales. L’autre versant de l’étude de Tiesler consiste à déterminer l’origine, l’âge et le sexe des individus sacrifiés. Cependant l’enseignante à l’Universidad Autónoma de Yucatán estime que plusieurs questions restent encore à résoudre comme la périodicité du remplacement des crânes sur l'échafaudage, la résistance des mâchoires fermées en dépit de la décomposition.

Il était impossible de faire l’impasse sur la découverte récente du grand tzompantli du Templo de Tenochtitlan. Ce sont donc Eduardo Matos Moctezuma, Raul Barrera, directeur du Proyecto de Arqueología Urbana, et Lorena Vázquez qui ont présenté une série de résultats préliminaires sur les quelques 10500 fragments osseux qui ont été retrouvés sur une structure mesurant approximativement 35 m de long, 12 m de large et 80 cm de hauteur. Ont été détectées deux au cours de ces fouilles de sauvetages deux offrandes : la première de pierre carbonée, la seconde de 21 clochettes en cuivre, de fragments de crânes et deux petites sphères en pierre verte. Sur la partie nord du tzompantli, l’équipe de Barrera a mis la main une des deux tours de crânes décrites par les sources : de forme conique, les archéologues ont observé deux phases de construction pour cette tour.

L’article de Ximena Chávez Balderas et Lorena Vázquez complète d’une certaine la publication précédente : les analyses bioarchéologiques semblent indiquer différents traitements post mortem et suggèrent que les crânes étaient d’abord exposés sur le tzompantli avant d’être ajoutés aux tours qui délímitaient la plateforme.

Ruben Mendoza propose de remonter aux origines de la pratique d’enfiler des crânes sur des échafaudages sur le Haut Plateau central pendant le Postclassique et d’élargir l’étude aux têtes-trophées dans d’autres cultures d’Amérique centrale et du Sud.

Dans une très courte note, Elsa Redmond et Charles Spencer résument les données récupérées lors de l’exploration du tzompantli de Cañada de Cuicatlán, dans l’état d’Oaxaca. Ils mettent notamment en exergue l’ancienneté des crânes exposés sur le ratelier et les offrandes associées.

Pour l’archéologue Marie-Areti Hers, chercheuse à l’UNAM, il ne fait aucun doute que le tzompantli aient ses origines dans le nord du Mexique, en particulier à Cerro del Huistle, au Jalisco. Ce site de la culture Chalchihuites a été le témoin d’une occupation longue de huit siècles. Le petit centre cérémoniel compte deux cours délimitées par des plateformes et marqués par un petit temple à l’est et une salle précédée d’un portique à l’ouest. Le long de chaque plateforme située au sud de chaque plateforme, les restes d’armatures en bois, de crânes perforés verticalement et d’autres ossements ont été mises au jour. D’autres crânes ont en outre été retrouvés dans la plateforme, enterrés probablement avoir été exposés. Hers rapproche d’autre part un couteau d’obsidienne déposé avec ses crânes à une représentation rupestre d’une scène de sacrifice.

Dernier témoignage archéologique de taille que propose ce dossier, le tzompantli retrouvé à proximité direct d’un temple rond possiblement dédié à Ehecatl-Quetzalcoatl. Jarquin Pacheco et Martínez Vargas décrive une fosse carrée où avaient été déposés les crânes de victimes d’origine européenne, africaine et autochtone. Un détail curieux concerne la disposition des crânes, ceux des hommes au centre et ceux des femmes sur les côtés de la fosse.

En dehors de ce dossier thématique et des traditionnelles rubriques rédigées par Elisa Rámirez. Xavier Noguez, Manuel Hermann Lejarazu María Castañeda de la Paz et Eduardo Matos Moctezuma, la revue ne propose qu’un seul autre article. Il est l’oeuvre de l’historien et archéologue Éric Taladoire : il nous explique la constitution de la collection d’objets préhispaniques d’un opticien italien qui vécut au Mexique pendant près de vingt ans. De retour dans son Piémont natal, il léguera ses objets au Musée civique de Turin où on peut les observer encore aujourd’hui.

S’agit d’un changement éditorial durable ? Contre-temps dû au lourd séisme qui a frappé Mexico le 19 septembre dernier ? Le prochain numéro à paraître nous en dira probablement plus.

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