Accéder au contenu principal

Feliz Dia de Muertos !

Un jour par an, les morts se rappellent aux bons souvenirs des vivants et ces derniers leur doivent quelque chose. Pour le Jour des Morts, on décore tout : les maisons, les édifices publics, les administrations, mais surtout les cimetières.



Tombes décorées et copieusement garnies de victuailles, Tzintzuntzan, Michoacan,
novembre 2004.

L'ambiance se caractérise par un mélange de fête, de joie et en même temps de mysticisme, de religiosité et de respect. On peut voir des couleurs à foison et sentir les effluves de copal (une résine de pin que l'on brûle comme de l'encens sous forme de petites boules) ou des délicieux plats typiques. L'état du Michoacan, situé à environ trois heures à l'ouest de Mexico, comprend les manifestations les plus authentiques et les plus colorées du Jour des Morts au point que de nombreux touristes, la plupart du temps mexicains, s'y pressent.



Personnes priant, cimetière de Tzintzuntzan, Michoacan, 3 novembre 2004

La nuit du 2 au 3 novembre est le moment où l'on se souvient d'êtres chers qui ont quitté ce monde. Cette célébration es le résultat du mélange entre l'héritage indigène et les traditions apportées au Mexique par les Espagnols pendant la Conquête (début du XVIème siècle). La famille se réunit pour réaliser un autel dans la maison. C'est à cette date en effet que l'âme des défunts vient de l'au-delà pour visiter sa famille. Le but de cet autel est de "souhaiter la bienvenue" à ces êtres pour qu'ils se régalent de toutes les choses qu'ils appréciaient lorsqu'ils étaient vivants, notamment en matière de cuisine.



Autel du Palacio del Ayutamiento, Morelia, Michoacan, 2 novembre 2004




Autel du Palacion del Gobernador, Morelia, Michoacan, novembre 2004.

Le dessin suivant montre un peu les éléments que l'on met sur ce qu'on appelle Altar de Muertos ou Autel des Morts.

Sur une table, on déploie une nappe de couleurs vives et "sérieuses". Parmi les couleurs vives, on compte le rouge, l'orange et le jaune. Comme couleurs "sérieuses", on met le pourpre, le bleu foncé, le fuschia. Les couleurs vives manifestent la joie car il faut se souvenir que c'est un jour de fête. Les couleurs "sérieuses" représentent le côté mystique, religieux de la célébration. Sur la nappe, on dispose tous les éléments de caractère religieux ou païens.

Parmi les éléments religieux, on va mettre au centre la ou les photos des personnes dont on va se souvenir. De part et d'autre de la photo, on place des bougies qui sont là pour éclairer l'âme du défunt. Devant la photo, on place trois calaveritas de azucar, ou crânes en sucre : deux petites et une grande. Elles représentent la Sainte Trinité catholique, la plus grande symbolisant le Père, les deux petites, le Fils et le Saint Esprit. A droite de la photo, on met une image pieuse (un saint ou une vierge que le défunt avait l'habitude de prier). Toujours devant la photo, on dépose une assiette de sel parce qu'il représente la vie.
Près de la photo, on met un verre d'eau. Le voyage des défunts est en effet long et fatiguant : ainsi ils boiront un peu avant de profiter de leur banquet. On place aussi un petit brûleur où brûle du copal ou de l'encens pour que les mauvais esprits s'éloignent de l'âme du défunt et de la maison. Cela sert également à élever les prières de la famille pour le défunt. Sur le pourtour de l'autel, on met des fleurs oranges, notamment des têtes de zempaxuchitl, d'oeillets. Ces fleurs s'offrent uniquement à ce moment de l'année et leur couleur donne de la joie et décore donc l'autel.



Altar de muertos, octobre 2004, Mexico


Sur le sol, devant l'autel, on fait un chemin d'oeillets par lequel les âmes des défunts vont arriver. Au milieu du chemin, on réalise une croix de cendres de feuille de palme. La cendre rappelle à l'homme "qu'il est poussière et qu'il redeviendra poussière au moment de quitter ce monde". La croix fait référence à la religion et symbolise surtout les quatre points cardinaux. On ne sait pas en effet d'où va venir l'esprit. C'est pour cela qu'on pose une bougie à chaque extrémité de la croix : l'esprit ne se perd pas sur le chemin et arrive jusqu'à sa famille.

Les éléments qu'il ne faut surtout pas oublier sont les aliments et la boisson (liqueur) qui plaisaient au défunt. Ils sont là pour qu'il profite du moment. On y met ses plats préférés, des plats typiques de sa région comme du poulet au mole (sauce au cacao, au piment et à l'amaranthe), du riz à la mexicaine, des tamales (boulettes de farine de maïs cuites à la vapeur dans de grandes feuilles de maïs), des fruits, des bonbons... Il ne faut surtout pas oublier le fameux Pan de Muertos ou Pain des morts. Cette brioche parfumée à la fleur d'oranger est décoré de lignes et de points qui représentent les articulations et les os des morts. On place à proximité la boisson favorie du défunt (chocolat, café, tequila, mezcal...) ainsi qu'un objet rappelant ses occupations préférées (cigare, instrument de musique, livre...).Enfin, tout autour de l'autel et à l'intérieur de la maison, on accroche des guirlandes de papel picado ou papier chinois découpés de manière à créer des formes géométriques, des animaux, des têtes de mort etc. Ils sont là pour rappeler le caractère festif du Jour des morts.


Commentaires

Miss_Julie a dit…
toi t'as ressorti ton article de la gazette ! :D
sauf que tu as oublié de mettre le dessin de Karina ;)
Bisous
Citlalhuicatl a dit…
Je voulais te dire que quand je verrai le Jour des Morts au Mexique je t'enverrai plein de photos...mais à l'époque tu en auras déjà marre!Encore 2 jours et tu deviens mexicaaaaaaain!
Je crois que sans vouloir tu as repeté deux fois le meme paragraphe...Besos desde Bruselas...

Posts les plus consultés de ce blog

Des restes humains anciens découverts sur le site de la Morita, Nuevo León

Des archéologues ont mené des recherches dans la grotte préhistorique La Morita II, à Nuevo León, lors de la phase II et III de la saison de fouilles 2023-2024. Ils ont découvert des restes humains datant de 2 500 à 3 000 ans avant notre ère, accompagnés de fragments de vannerie, de textiles et de fibres, probablement issus du linceul qui les enveloppait.  Fouilles des phases II et III, La Morita, Nuevo León. Photo : Moisés Valadez, INAH. L'exploration, menée par l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) et le Centre INAH Nuevo León, a également permis de trouver des ustensiles et des outils à usage domestique-rituel. Selon l'archéologue Moisés Valadez Moreno, les restes humains comprennent des phalanges, des métatarsiens, un cubitus, un humérus, plusieurs côtes et des dents, correspondant probablement à un bébé et deux adolescents en raison de la présence d'os de petite taille. Il est probable que les restes aient été délibérément démembrés et d...

Guiengola : Une cité zapotèque révélée par le LiDAR

L'archéologie, cette quête passionnante du passé, se réinvente constamment grâce aux avancées technologiques. Aujourd'hui, c'est le LiDAR (Light Detection and Ranging), une technologie de télédétection par laser, qui nous offre un aperçu fascinant d'une civilisation méconnue : les Zapotèques de la période Postclassique tardive (environ 1200-1521 après J.-C.). Le site de Guiengola, au sud-est de l'État d'Oaxaca au Mexique, a récemment révélé ses secrets grâce à cette technologie révolutionnaire.  Avant l'utilisation du LiDAR, Guiengola était un site archéologique peu connu, partiellement exploré par des méthodes traditionnelles. La végétation dense et le terrain accidenté rendaient les explorations difficiles et limitaient notre compréhension de ce qui pouvait se cacher sous la surface. Mais l'arrivée du LiDAR a changé la donne.  Fig. 1. Carte du site archéologique de Guiengola, Oaxaca. L'avantage du LiDAR est sa capacité à couvrir de vastes zon...

Conférence en ligne Travesías por agua: Sistemas de navegación en Mesoamérica

Suite à la conférence prononcée par l'archéologue Mariana Favila Vazquez hier à El Colegio Nacional, nous plongeons dans un aspect fascinant et souvent méconnu de l'histoire mésoaméricaine : la navigation préhispanique. Loin de l'image d'une civilisation uniquement terrestre, les peuples du Mexique ancien étaient des marins et des navigateurs aguerris, exploitant fleuves, lacs et mers pour le commerce, la guerre et la vie quotidienne. Transmise en direct sur les réseaux sociaux de la prestigieuse institution mexicaine, l'intervention de Favila Vazquez, met en lumière la navigation maya et son importance.  Dès les années 1970. des archéologues comme Norman Hammond  ont souligné l'ampleur de la navigation maritime maya le long des côtes du Yucatán, principalement à travers l'étude de sources iconographiques. Des travaux plus récents, à partir des années 2010, ont étendu ces études aux eaux intérieures, c'est-à-dire les lacs et les rivières, avec des cont...