Accéder au contenu principal

Polémique sur le son et lumière de Teotihuacan : l'INAH sort de son silence et suspend les travaux

Face à la polémique gonflante, la direction de l'INAH s'est fendu d'un communiqué de presse bien "langue de bois" sur son internet.
Avec le titre "L'INAH avec la volonté de dialogue", on nous explique que le projet Esplandor Teotihuacano s'est fait avec la participation du syndicat des travailleurs de l'institution. "Le spectacle a fait l'objet d'un projet par le Secrétariat au développement touristique de la vallée de Teotihaucan. Le Conseil National d'Archéologie a validé ce projet. Le dit Conseil National d'Archéologie a effectué plusieurs de visites de contrôle sur le site. Il n'a qu'un rôle consultatif en la matière mais a fait les recommandations suivantes en ce qui concerne le système d'illuminations.
  1. Le retrait des gouttières et rails en aluminium et leur remplacement par une gaine souple ;
  2. Le retrait des cloches de protection des projecteurs ;
  3. l'extraction des taquets de fixation des solives qui supportent qui soutiennent les projecteurs et leur rebouchage selon la recommendation expresse au moyen d'un rapport de la Commission
  4. Le camouflage des projecteurs de type LED de technologie Philips (au moins ce sont des projecteurs à économie d'énergie!)

Cela répond également à l'exhortation du 22 décembre dernier par la Commission permanente du Congrès de l'Union sollicitée par les groupes syndicaux de l'INAH, de suspendre l'avancée un projet originalement approuvé."

Si on se souvient des revendications du Syndicat, c'est un démantèlement complet du spectacle. Les travaux ont été accusés par le Congrès et les syndicats de mettre en danger le patrimoine mondial protégé par l'UNESCO. Autant dire que la direction de l'INAH et le Conseil National de l'Archéologie (dont j'ai pu par le passé rencontrer certains membres) se lavent les mains et préfèrent accumuler de l'argent sous prétexte d'avoir des crédits pour de nouvelles fouilles.

De son côté le quotidien marxiste La Jornada rapporte le très grand désarroi du secrétaire fédéral au développement touristique. Ce dernier estime cependant qu'il faut se plier aux recommandations faites par l'INAH. Cette suspension des travaux aura selon lui un impact négatif sur l'emploi et l'économie locale (ah! ça faisait longtemps qu'on avait pas lu ce vieil arguments des emplois et de l'économie locale...) . Selon le même article, l'UNESCO a demandé l'annulation pure et simple du projet.

Pour sa part, Kim Goldsmith, archéologue et anthropologue de l'INAH à Teotihuacan, dénonce sur la liste d'infos Aztlan la presse "amarillista" et estime que le site n'est absolument pas en danger. Selon elle, "les seuls "dommages" dont on fait mention, sont une série de lampes provoquant des éclairs qui auraient été montées sur des ciments modernes et en aucun cas les structures préhispaniques." Elle justifie ensuite la construction de ce spectacle ainsi : "Les touristes utilisent Mexico comme base pour visiter Teotihuacan. Ils ne restent pas dans les villes autour de Teotihuacan. En proposant quelque chose à faire le soir, les touristes resteront dans ces villes, y créant une demande de nouveaux services et de nouveaux emplois."

Par expérience personnelle, les spectacles nocturnes comme de celui de Chichen Itza n'ont absolument aucun intérêt scientifique ou culturel. Le texte narré est pavé d'erreurs et de préjugés. Quant à son aspect artistique, ce n'est guère plus brillant. Je me souviendrai toujours de la perception plein de bon sens d'Eduardo Noriega et de Peter Schmidt, responsables du projet Chichen Itza : ils levaient les yeux vers les ciel ou poussaient de grands soupirs... Qui peut garantir que le texte proposé à Teotihuacan sera respectueux des connaissances qu'on a de cette civilisation, sachant qu'elle reste éminemment méconnue, n'ayant pas développé un système d'écriture intelligible comme celui des Mayas ou des Aztèques?

J'opposerai deux autres arguments contre ces "spectacles". D'abord, le prix d'entrée sera sensiblement augmenté. Je me souviens qu'en 2004 on payait 85 pesos pour l'accès à la zone et au son et lumière de Chichen Itza. Les deux sont indissociables et il n'existe aucun tarif pour la visite seule de la zone. Le touriste qui n'est pas un peu attentif se fait donc gruger ! On peut légitimement penser qu'il en sera de même à Teotihuacan même si Kim Goldsmith m'a répondu le contraire.

Cela m'amène à un deuxième argument, celui de retenir les visiteurs dans les alentours de la zone. Les personnes qui restent sur le site pour voir le spectacle sont peu nombreuses en fait. D'une part, la plupart des touristes qui visitent Chichen le font parce que leur séjour à Cancun inclut cette visite. Mais ils restent deux ou trois heures sur le site et retournent aux plages pendant l'après-midi. Beaucoup ne veulent pas perdre non plus une nuit d'hôtel. Une personne qui souhaiterait rester voir le spectacle ne peut même pas prendre un bus pour Valladolid ou pour Mérida après 18 heures. Les personnes qui restent à Chichen pour le spectacle ont des chambres aux hôtels qui jouxtent la zone (Club Med notamment). Hors ces hôtels sont souvent très chers et peu accessibles aux touristes.

Bref, vous l'aurez compris : ce projet est une erreur.
Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Raíces 328 - El Proyecto Uacusecha con Marion Forest

En homenaje a la arqueológa América Vázquezfallecida en el sismo del 19 de septiembre, y al arqueólogo Rodolfo Neftalí Mercado.

Esta semana en Raíces recibimos a una gran promesa de la arqueología francesa en México. Marion Forest es miembro del Proyecto Uacusecha, nacido de la colaboración del Centre National de Recherche Scientifique de Francia, del CEMCA y del INAH. Este equipo binacional explora desde hace varios años el Malpaís michoacano.

Como cada semana, les presentamos este programa en el portal Archive en formato ogg.

Créditos musicales Banda La Michoacana,Silvia Sapichu - Michoacan, MéxicoLila Downs - Tirineni TsitsikiReferencias bibliográficas Lista de publicaciones del Proyecto Uacusecha.

Forest, M. (2016). Urbanismo y sociedad en Malpaís Prieto, norte de Michoacán. Reflexiones acerca de la estructura espacial de un sitio prototarasco (1250-1450 d.C.). En Roskamp y S. Albiez-Wieck (eds.), Nuevas contribuciones al estudio del antiguo Michoacán. [archivo pdf] recuperado de ht…

Sauvetages archéologiques dans la région de Majahua, Nayarit

La côte de l'actuel état de Nayarit ne se limite pas aux touristiques villes de Tepic ou de Puerto Vallarta. Les plages qui la forment ont été occupées depuis des dates reculées. Un projet de fouilles de sauvetage coordonné par José Rodolfo Cid Beziez, archéologue de la direction de sauvetage archéologique de l'INAH et Concepción Cruz Robles, archéologue du Centre INAH Nayarit.

Leur équipe a "râtissé" 300 hectares depuis 2015, situés sur la commune de Compostelle. Au total sept sites d'importances ont été enregistrés : El Arroz, Cerro Canalán, Playa Canalán, El Arenal, Majahua, El Arco et Camino a Majahua. Près de 98000 tessons de céramique appartenant à des cultures et des époques différentes (entre 500 et 1300 de notre ère) ont été récupérés, 426 gravures rupestres enregistrées (dont 112 rien qu'autour du volcan Majahua et d'autres parfois non conclues à Cerro Canalán) et 97 clochettes en métal retrouvées. 

Lorsqu'on regarde le bulletin de l'INAH,…

Raíces 351 - Les briques sculptées de Comalcalco avec Miriam Judith Gallegos

Cette semaine Raíces recevait l'archéologue Miriam Gallegos, chercheuse au Centre INAH Tabasco. Avec son aide, nous avons essayé de comprendre la fabrication et l'utilisation des briques sculptées ou gravées qui sont une quasi-exclusivité architecturale du site maya de Comalcalco, situé au Tabasco. Selon Gallegos, "ils faisaient parie des constructions, présents dans les murs, les voûtes et les lnteaux. Ils supportaient de véritables charges et fonctionnaient comme un matériel de construction, en plus d'être décorés". Dès lors, quelles pouvaient être les valeurs symboliques de ces briques ? Comment étaient-ils élaborés ? Dans quelles constructions pouvaient-ils être vus ou non vus ?

Esta semana en Raíces recibimos a la arqueóloga Miriam Judith Gallegos, adscrita al Centro INAH Tabasco. Con su apoyo, trataremos de entender la fabricación y el uso de los ladrillos esgrafíados o moldeados descubiertos en el sitio maya de Comalcalco, Tabasco. Según Gallegos, "f…