Accéder au contenu principal

Compte-rendu Arqueología mexicana HS 52 La muerte en México

Voici un rapide aperçu de ce que vous pourrez lire dans le dernier hors-série publié ces derniers jours. Aux commandes, Eduardo Matos Moctezuma, figure emblématique de l'archéologie mexicaine moderne et spécialiste des Mexicas.


Sur une trentaine de pages, l'auteur de Muerte al filo de la obsidiana ou de Tenochtitlan, tous deux publiés au Fondo de Cultura Económica, résume différents aspects de la mort chez ce groupe de langue nahua. C'est l'occasion pour Matos de résumer ses théories (souvent contestées par Michel Graulich) sur les différents cieux et inframondes. En plus de cette géographie de la mort, Moctezuma revient sur Tlaltecuhtli, la divinité ambivalente qui dévore et engendre les cadavres. Puis il explique l'importance de la crémation comme funérailles des guerriers morts au combat et identifiés au Soleil. Suit une très courte description du Tlalocan et du Mictlan. Il explique aussi la symbolique des chiffres 4 et 9 dans la pensée mexica sur la mort : le premier se réfèrerait au nombre d'années que dure le voyage vers le Mictlan tandis que le second renverrait au nombre d'étapes vers ce lieu. L'archéologue mexicain propose également d'y voir une référence symbolique à la durée de la grossesse humaine et au pouvoir parturiente de la femme, considérant finalement le Mictlan comme une métaphore de la matrice.

La seconde partie du magazine cherche à généraliser le thème étudié au moyen de photos, cartes et diagrammes simplifiés pour que le public puisse en comprendre le contenu. C'est pourquoi on peut lire cette partie sans respecter un ordre particulier. On notera la représentation des principaux types d'enterrements auxquels sont confrontés archéologues et anthropologues physiques, les différents styles d'architecture funéraire, l'importance des sacrifices humains comme mises à mort hautement ritualisées. Suivent ensuite tout une série de photos d'objets représentant la mort selon certaines cultures (Teotihuacan, Côte du Golfe, Maya, Mixtèques).

On notera une section très intéressante citant différents auteurs de l'époque coloniale : on peut ainsi avoir une vision plus globale des conceptions de la mort parmi les peuples autochtones au moment du contact. On peut voir comment cette conception se métisse pendant la Colonie. Le dernier chapitre détaille une célébration chère aux Mexicains et inscrite au Patrimoine immatériel de l'Humanité: le Jour des Morts. On y apprend qu'il s'agit de plusieurs jours où les défunts sont célébrés en fonction de leur âge ou de leur décès, résultat d'un métissage curieux et unique en son genre.

La bibliographie proposée est certes diverse mais relativement incomplète. Si vous souhaitez en savoir plus sur la conception de la (des) mort(s) selon les Mexicas, je ne saurai que trop vous recommander le travail fouillé, patient et très complet de Nathalie Ragot. Sa thèse doctorale, Les au-delàs aztèques, est disponible dans la collection BAR International Series publiée par l'Université d'Oxford. Elle a également participé à l'ouvrage hommage à Michel Graulich avec l'article "Ad Memoriam : cérémonies post-funéraires et hommages aux défunts chez les Aztèques" publié en 2010. On recommandera ce numéro d'Arqueología mexicana comme une introduction, comme cela est souvent le cas avec la revue de divulgation de l'INAH.




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Des restes humains anciens découverts sur le site de la Morita, Nuevo León

Des archéologues ont mené des recherches dans la grotte préhistorique La Morita II, à Nuevo León, lors de la phase II et III de la saison de fouilles 2023-2024. Ils ont découvert des restes humains datant de 2 500 à 3 000 ans avant notre ère, accompagnés de fragments de vannerie, de textiles et de fibres, probablement issus du linceul qui les enveloppait.  Fouilles des phases II et III, La Morita, Nuevo León. Photo : Moisés Valadez, INAH. L'exploration, menée par l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) et le Centre INAH Nuevo León, a également permis de trouver des ustensiles et des outils à usage domestique-rituel. Selon l'archéologue Moisés Valadez Moreno, les restes humains comprennent des phalanges, des métatarsiens, un cubitus, un humérus, plusieurs côtes et des dents, correspondant probablement à un bébé et deux adolescents en raison de la présence d'os de petite taille. Il est probable que les restes aient été délibérément démembrés et d...

Guiengola : Une cité zapotèque révélée par le LiDAR

L'archéologie, cette quête passionnante du passé, se réinvente constamment grâce aux avancées technologiques. Aujourd'hui, c'est le LiDAR (Light Detection and Ranging), une technologie de télédétection par laser, qui nous offre un aperçu fascinant d'une civilisation méconnue : les Zapotèques de la période Postclassique tardive (environ 1200-1521 après J.-C.). Le site de Guiengola, au sud-est de l'État d'Oaxaca au Mexique, a récemment révélé ses secrets grâce à cette technologie révolutionnaire.  Avant l'utilisation du LiDAR, Guiengola était un site archéologique peu connu, partiellement exploré par des méthodes traditionnelles. La végétation dense et le terrain accidenté rendaient les explorations difficiles et limitaient notre compréhension de ce qui pouvait se cacher sous la surface. Mais l'arrivée du LiDAR a changé la donne.  Fig. 1. Carte du site archéologique de Guiengola, Oaxaca. L'avantage du LiDAR est sa capacité à couvrir de vastes zon...

Conférence en ligne Travesías por agua: Sistemas de navegación en Mesoamérica

Suite à la conférence prononcée par l'archéologue Mariana Favila Vazquez hier à El Colegio Nacional, nous plongeons dans un aspect fascinant et souvent méconnu de l'histoire mésoaméricaine : la navigation préhispanique. Loin de l'image d'une civilisation uniquement terrestre, les peuples du Mexique ancien étaient des marins et des navigateurs aguerris, exploitant fleuves, lacs et mers pour le commerce, la guerre et la vie quotidienne. Transmise en direct sur les réseaux sociaux de la prestigieuse institution mexicaine, l'intervention de Favila Vazquez, met en lumière la navigation maya et son importance.  Dès les années 1970. des archéologues comme Norman Hammond  ont souligné l'ampleur de la navigation maritime maya le long des côtes du Yucatán, principalement à travers l'étude de sources iconographiques. Des travaux plus récents, à partir des années 2010, ont étendu ces études aux eaux intérieures, c'est-à-dire les lacs et les rivières, avec des cont...