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Nouvelles découvertes à El Achiotal y La Corona, Guatemala

Nota bene: Nous remercions les Dr. M. Canuto et Barrientos, co-directeurs du Proyecto Regional Arqueológico La Corona, de l'envoi et de l'autorisation de reproduction des clichés qu'ils ont généreusement partagé avec l'auteur de ces lignes. Si vous souhaitez reproduire ces images, vous devez en faire la demande exprés aux Drs. Canuto et Barrientos. Elles sont protégées par le droit d'auteur.

Trois ans après la spectaculaire annonce de la présence d'un escalier hiéroglyphique à La Corona, site maya du Guatemala, le Middle American Research Institute de l'Université de Tulane en Lousiane est à nouveau sur le devant de la scène. Dans un communiqué de presse publié sur le site du Proyecto Regional Arqueológico La Corona et repris par la National Geographic Society, le centre dirigé par l'archéologue américain Marcello Canuto annonce une double découverte sur les sites d'El Achiotal et de la Corona.

Dans un long billet rédigé avec M. Canuto, T. Barrientos, par ailleurs co-directeur du Proyecto Regional Arqueológico La Corona, et M. Lamoureux Saint-Hilaire, étudiant à Tulane, l'archéologue et épigraphiste David Stuart a publié sur son carnet les notes préliminaires de sa lecture des glyphes présents sur les deux panneaux mis au jours par Lamoureux Saint-Hilaire à La Corona. Canuto explique qu'ils ont été découverts quasiment dans leur état original : on peut encore observer la peinture rouge qui avait été appliquée en surface. Ces panneaux s'ajoutent à la douzaine qui ont été découverts depuis une décennie de fouilles sur le site. Selon Lamoureux Saint-Hilaire, ces panneaux avaient été déposés au coin nord-est du complexe palatiale sous une banquette, après avoir été arrachés et déplacés depuis une autre construction, peut-être un temple.


Éléments 55 et 56, La Corona, Guatémala.
Photo reproduite avec l'autorisation du Middle American Research Institute, 
Proyecto Regional Arqueológico La Corona.

L'élément 55 montre un personnage en train de danser, vêtu comme un dirigeant dont le nom, ? Ti’ K’awiil, correspondrait à Took K'awill, dirigeant de Calakmul répertorié par Martin et Taube (2000:112). Selon Stuart et ses collègues (2015), on peut aussi y lire la date 9.13.10.0.0 7 Ahau 3 Cumku, qui correspondrait au 20 juin 702. Les auteurs considèrent que ce panneau pourrait avoir un pendant avec une image d'un dirigeant de la Corona, comme cela était parfois l'usage iconographique. En tout cas le personnage est mentionné sur différents monuments mayas de la région, une autre fois à La Corona, sur une stèle à El Perú.



Fig. 2. Relief de l'Élément 55, La Corona.
Photo reproduite avec l'autorisation du Middle American Research Institute, 
Proyecto Regional Arqueológico La Corona.

L'élément 56 consiste en un texte bien plus complet que l'élément 55 mais dont il manque la première partie. Stuart et alii le comparent avec les panneaux qui forment l'escalier hiéroglyphique en terme de style : la date a beau être antérieure au panneau de 2012, il n'en reste pas moins que la composition et la dimension des glyphes est semblable. Dans le texte de l'élément 56 il est notamment question de différents événements importants liés à la vie de Chak Ak’ Paat Yuk, souverain de La Corona. Le 7 décembre 688, il part de La Corona ou Saknikte pour rencontrer le souverain de Calakmul, Yuknoom Yich’aak K’ahk’. 4 jours plus tard, "Dindon rouge" arrive à Calakmul et assiste à une rencontre avec le souverain de Calakmul. Le 9 septembre 689, Dindon rouge monte sur le trône de La Corona. Le 9 avril 690, il assiste à l'inauguration d'un temple appelé "wayib" ou Maison du sommeil, en 690, à ses parents et à son frère décédés. 


Fig. 3. Panneau de l'élément 56, La Corona, Guatémala.
Photo reproduite avec l'autorisation du Middle American Research Institute, 
Proyecto Regional Arqueológico La Corona.

La stèle retrouvée à El Achiotal est le résultat des travaux de doctorat entrepris par Luke Auld-Thomas. Le jeune chercheur explique que ce site a été copieusement pillé durant les dernières décennies. Son travail consistait originalement à étudier l'architecture ancienne d'El Achiote. En fouillant l'axe centrale de la pyramide principale du site, son équipe est rapidement tombé sur les restes une chambre. Cette dernière contenait les restes d'une stèle qui y avait été déposée et à laquelle différentes offrandes étaient effectuées longtemps après. L'excellent état de conservation des deux fragments de la stèle, probablement volontairement brisée, a permis à D. Stuart de lire la date du 22 novembre 418 de notre ère. L'épigraphe de l'Université du Texas à Austin resitue cette date dans le cadre géopolitique de l'époque.


Fig.4. Tunnel d'accès à la Stèle, El Achiotal, Guatémala.
Photo reproduite avec l'autorisation du Middle American Research Institute, 
Proyecto Regional Arqueológico La Corona.



Fig.5. Relief de la stèle d'El Achiotal, Guatémala.

Photo reproduite avec l'autorisation du Middle American Research Institute, 
Proyecto Regional Arqueológico La Corona.

Références bibliographiques
Proyecto Regional Arqueológico La Corona. (2015). "Arqueólogos descubren importantes monumentos Mayas", Middle American Research Institute, Tulane University. http://mari.tulane.edu/PRALC/Files/Press%20Release_espagnol_2015_final.pdf .

Stuart, D. , Canuto, Marcello, Barrientos Quezada, T. & Lamoureux Saint-Hilaire, M. (2015). Preliminary Notes on Two Recently Discovered Inscriptions from La Corona, Guatemala. [Carnet] https://decipherment.wordpress.com/. Available at: https://decipherment.wordpress.com/2015/07/17/preliminary-notes-on-two-recently-discovered-inscriptions-from-la-corona-guatemala/ [Consulté le 23/08/2015].

Stuart, D. , Canuto, Marcello, Barrientos Quezada. 2015. The Nomenclature of La Corona Sculpture. La Corona Notes, 2. Mesoweb. http://www.mesoweb.com/LaCorona/LaCoronaNotes02.pdf.

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