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Compte-rendu Arqueología mexicana 141


Avec le jade et l'obsidienne la turquoise constitue un des minéraux les plus utilisés par les peuples de l'ancienne Mésoamérique. Quelques mois après avoir proposé un numéro consacré au jade la revue Arqueología mexicana Nous propose un panorama complet sur les origines, les utilisations et les symbolismes de ce minéral dont les étymologies et les composantes géologiques sont plus diverses qu’il n’y paraît.

Le dossier thématique de ce numéro 141 comporte neuf articles que nous allons présenter sans plus tarder.




Le premier, rédigé par l’archéologue Mutsumi Izeki, revient sur l’étymologie de la turquoise et comment ce vocable a pris une place importante dans la langue nahuatl parlée durant le postclassique. Il explique notamment la différence substantielle qu'il y a entre le jade et la turquoise qui sont toutefois considérées comme des pierres vertes par les Mexicas.

La seconde participation intitulée “Géologie de la turquoise” et œuvre de Ricardo Sanchez. Ingénieur à l’Institut Polytechnique National, Sanchez revient à la fois sur les différences chimiques minéralogiques des pierres vertes, s’intéresse aux différents gisements exploités par les peuples préhispaniques et les tentatives d’imitation de la pierre.

Puis Davide Domenici nous propose une réflexion sur différents masques, boucliers et paquets sacrés ornés de turquoise. L’auteur italien revient notamment sur la notable grotte non identifiée de la Mixteca poblana qui fut pillée et dont le contenu est actuellement présenté au National Museum of American Indians.

Baudelina García y Humberto Medina qui ont bien connu le site d’Altavista, au Zacatecas, rapportent l'existence de plusieurs pièces depuis les fouilles de Manuel Gamio au début du siècle dernier. Comme dans les autres sites mentionnés dans ce numéro, la turquoise est un marqueur de statut social, réservé aux élites.

Le docteur Alfredo Barrera Rubio. archéologue à l’INAH Yucatan, détaille minutieusement les différents disques de turquoise retrouvés dans différents bâtiments de Chichen Itza. Ce ne sont pas moins de

Un parallèle intéressant est proposé avec le Palacio Quemado de Tula, la sœur jumelle de Chichen Itza. Patricia Meehan, Valérie Magar et Robert Cobean détaillent l’élaboration et la valeur symbolique de la turquoise pour les groupes toltèques. Ils nous narrent notamment le processus de récupération, relevé, consolidation et restauration d’un disque retrouvé dans l’offrande 1 du Palacio Quemado.
On fait ensuite un détour par Oaxaca et la turquoise découverte dans la tombe 7 de Monte Albán. Nelly Robles, Maarten Jansen et Ángel Rivera. Les auteurs estiment que le matériel déposé avait valeur d’offrande de remerciement et de pétition. Ils proposent l’hypothèse selon laquelle elle aurait pu sceller ainsi l’alliance entre les lignages des familles gouvernant à Zaachila et à Tilantongo.

Emiliano Melgar, chercheur au Musée du Templo Mayor, propose une étude exhaustive sur les origines possibles de la turquoise fouillée et retrouvées dans les offrandes du Templo Mayor de Tenochtitlan. Le disque de turquoise de l’Offrande 48 est présenté avec force détail et témoigne de la variété des objets qui furent créés et déposés dans le centre cérémoniel. Il observe justement que les objets décrits par les chroniqueurs ne correspondent pas à ceux retrouvés en contexte archéologique. Il estime pourtant que la majorité des pièces de turquoise n’étaient pas toutes utilisées au Templo Mayor.

L’anthropologue américaine Francés Berdan explique l'importance de la turquoise dans les différents registres de tributs et par là même indique les vastes réseaux commerciaux qui étaient en vigueur au moment de la conquête espagnole.

Terminons ce compte-rendu en détaillant les habituels articles et rubriques. D'abord Xavier Noguez nous présente rapidement d'un document colonial intitulé Pintura de la búsqueda de los bultos de los dioses. Réalisé entre 1500  et 1540, ce document correspond en fait à un élément correspondant à un procès d'inquisition.

La sociologue Élisa Ramirez revient sur une forme de communication assez répandue entre  les peuples de cette partie du monde : les devinettes. Elle nous propose deux exemples issus de l'imaginaire yucatèque.

María Castañeda de La Paz Inaugure une nouvelle rubrique et s'intéresse à la maison royale de Tenochtitlan. Dans l'article qui nous concerne, elle revient sur le départ de la mystique Aztlan et s'intéresse au long pèlerinage effectué par les Mexicas jusqu'à la fondation de leur nouvelle ville.

Eduardo Matos Moctezuma Poursuit son décryptage des mensonges des vérités lié à l'archéologie mexicaine.  dans ce numéro il revient sur la pratique du sacrifice humain en Mésoamérique qui, en dépit de preuves archéologiques toujours plus nombreuses et anciennes, continue d'être mise en cause par de nombreux sceptiques.

Suit un article écrit par quatre auteurs : María Barajas Rocha,  Leonardo López Luján,  Giacomo Chiari et Jaime Torres Trejo. Ils reviennent sur le long processus de conservation et de restauration des pigments de couleurs observés sur le monolithe de Tlaltecuhtli. Leur travail propose notamment une classification précieuse et précise des matériaux appliqués sur le monolithe. Ils effectuent un travail remarquable de comparaison avec les sources coloniales et Ils identifient judicieusement l’agglutinant qui a servi à maintenir pendant plus de 5 siècles les couleurs que nous pouvons observer aujourd'hui. Vous pourrez le lire en détail en cliquant ici.

Disque avec mosaïque de turquoise, Offrande 48, Templo Mayor.
Postclassique, Mexica.
Photo: B. Lobjois.

Un seconde article faisant référence au Templo Mayor est l’oeuvre de Diego Matadamas et de Michelle de Anda Rogel. Les jeunes chercheurs proposent une restitution chromatique d’un groupe de neuf sculptures représentant les dieux du pulque et retrouvés adossés contre l'escalier de la Phase III du Templo Mayor. Après un relevé judicieux et précis inspirés des travaux pionniers de Fernando Carrizosa et Lourdes Cué Avalos,  ils ont pu établir les différents pigments chromatiques utilisés sur chacune de ses sculptures et les comparer avec les représentations des dieux du pulque présents dans les documents coloniaux et préhispaniques.

Enfin ce numéro d’Arqueología mexicana est conclu par un papier signé Javier Urcid et Sebastian von Doesburg sur les restes d’un codex de caractère divinatoire retrouvé à San Bartolo Yautepec, à Oaxaca. Le document, récupéré en 2001 dans la couverture d’un manuscrit comportant des chants grégoriens tout aussi inédits, présente des dimensions semblables aux codex Vaticanus B et Laud. Il n’en reste que trois planches dont les chercheurs ont essayé de percer les secrets : style, contenu, sens de lecture, place hypothétique dans le document originale.

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