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Compte-rendu Arqueología mexicana 142


Arqueología mexicana nous propose une réflexion très complète et bien ficelée dans son numéro de novembre-décembre. A première vue, parler de législation pourrait paraître peu lié à ce qui constitue la raison même de la revue co-éditée par l’INAH et l’éditeur Raíces. Cependant il s’agit d’un thème qui nous plonge au coeur du mode de vie des peuples préhispaniques et l’adaptation de ces systèmes à celui importé du royaume de Castille et León.




Le dossier thématique contient huit articles. Dans le premier, rédigé par Carlos Brokmann, il est question de la diversité des systèmes juridiques dans l’ancien Mexique. Un point commun est qu’il s’agit de systèmes de lois reposant sur la tradition orale, répondant à une punition correspondant à chaque acte s’éloignant de la coutume ou de la conduite enfreinte. Si la majorité des documents font surtout référence aux lois et au système juridiques des Mexicas, il serait inapproprié que tous avaient la même organisation ou les mêmes règles de vie sociales à respecter. Brokmann s’intéresse à l’organisation juridiques des Mayas, des Zapotèques, des Mixtèques, des Tenochcas et des Colhuas.

Le dirigeant de chaque ancien groupe était considéré régulièrement comme l’autorité judiciaire suprême. La figure de Nezahualcoyotl, l’ancien tlahtoani de Texcoco, est présentée par certaines sources coloniales, comme l’archétype du dirigeant juste et intègre. Clementina Battcock et Maribel Aguilar ont orienté leur participation autour de deux axes : le gouvernement qu’il réforme et centralise autour de sa personne, comme le présente son descendant Fernanda Alva Ixtlilxochitl, et la réorganisation d’un système judiciaire qui inspira le respect à Tenochtitlan y compris.

Rafael Tena, historien au Colegio de México, présente le contenu de quelques feuillets manuscrits d’un document intitulé Éstas son las leyes que tenían los indios de la Nueva España, Anahuac o México, rédigé par le religieux Andrés de Alcobiz. De fait, Tena établit une comparaison très utile de ce document avec l’Historia de los mexicanos por sus pinturas et il semblerait que tous deux soient des résumés du texte perdu d’Andrés de Olmos. Au delà l’aspect paléographique et historique de ce document, Tena résume à son tour le contenu des différents chapitres:
  • une introduction sur les délits et les peines correspondant aux premiers,
  • un premier chapitre sur les maléfices et les sorciers,
  • le second chapitre sur la luxure et les différents délits sexuels,
  • le troisième chapitre sur les déclarations de guerre,
  • le quatrième chapitre sur les vols,
  • le cinquième chapitre sur les punitions réservés aux enfants dans le cadre familial et éducatif, les cas d’ébriété et expose les cas qui sont jugés dans chaque ville de la Triple Alliance.
  • un dernier chapitre sur les cas conduisant à l’esclavage ou à la peine capitale.

Un autre document intéressant que nous présente Luz María Behar Betancourt est le Mapa Quinantzin. Conservé à la Bibliothèque Nationale de France, on y trouve une planche fragmentaire des délits et peines pour l’élite mexica. Le Mapa Quinantzin considère les délits suivants : vol, dettes et adultère. Il présente aussi les juges et les personnes chargées de faire exécuter les sentences correspondantes.

De son côté Miguel Ángel Segundo revisite la conquête raconté par Hernán Cortés, notamment dans sa deuxième lettre à l’empereur Charles Quint. Il s’intéresse au langage utilisé par le premier pour revendiquer son entreprise légitime de conquête auprès de Diego Velázquez, gouverneur des îles et territoires qui avaient alors été découverts par l’Espagne. Cortés n’hésite pas à indiquer que Moctezuma, conscient du caractère cyclique (et mythologique) du pouvoir, a remis son royaume à Charles Quint de son plein gré.

José Ruben Romero Galvan, en connaisseur et chercheur de l’histoire de la Nouvelle Espagne, revient sur les lents changements concernant la transmission du pouvoir parmi les noblesses autochtones, dont les biens, pouvoirs et prérogatives furent rapidement questionnés jusqu’à la promulgation d’un arrêté royal en 1538 qui garantit le mode traditionnel de choix.

Suit un autre court article signé par Margarita Menegus Bornemann sur un aspect étroitement relié à l’article précédent : il y est question des droits et privilèges de la noblesse autochtone en général, mixteca en particulier. Ainsi le lecteur peut apprécier comment a été effectué l’enregistrement des propriétés et les difficultés inhérentes à ce projet.

Enfin un article de María Castañeda de la Paz fait le point sur les devenirs divers des descendants de Moctezuma pendant le premier siècle de la Conquête : on redécouvre des figures oubliées comme Don Martin Cortés Moctezuma, trois des filles de l’ancien tlahtoani, etc. au gré de leurs vicissitudes.

En complément à ce dossier, le lecteur pourra retrouver les habituelles rubriques et participations. Xavier Noguez nous présente un document à caractère juridique conservé à l’Archive Général de la Nation. à Mexico. Intitulé Las joyas de Martín Ocelótl, il s’agit d’un inventaire du patrimoine d’un natif de Mexico-Texcoco qui s’était fait une solide réputation de riche sorcier. Elisa Ramírez poursuit son catalogue des traditions indigènes mexicaine et reproduit pour cette occasion la création du monde y du ciel selon les Huaves de San Mateo del Mar, à Oaxaca. María Castañeda de la Paz continue sa série de présentation de la maison royale de Tenochtitlan et en présente la figure fondatrice : Acamapichtli, dont les origines sont confuses, fut le premier tlahtoani de Tenochtitlan, alors soumise au tribut d’Azcapotzalco. Le spécialiste des codex Manuel Hermann Lejarazu inaugure une nouvelle section de la revue : il nous invite à nous plonger dans l’ancienne pensée mésoaméricaine en explorant les récits et les descriptions de rituels ou de cosmogonies présentés dans les documents anciens. Enfin Eduardo Matos Moctezuma revient sur l’existence d’un chac mool, une de ces pierres sacrificielles anthropomorphes, qui lui a été présentée dans une collection particulière. C’est l’occasion pour lui de revenir sur les fonctions rituelles de cet objet et sur sa présence dans les beaux-arts du XXe siècle.

Il nous reste à voir les articles qui gravitent autour du dossier principal. À tout seigneur, tout honneur et c’est un papier très précieux que nous proposent Leonardo López Luján et Marie-France Fauvet-Berthelot. Leur patient travail d’historiographes a permis de remettre la main sur des dessins oubliés dans la publication clé Antonio de León y Gama intitulé Descripción histórica y cronológica de las dos piedras. Ils sont un parfait complément du travail de López Luján sur le Catalogue de Guillaume Dupaix publié l’an dernier. Les dessins non publiés correspondent à des pièces qu’on peut encore observer, notamment au Musée National d’Anthropologíe de Mexico, au British Museum de Londres ou au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Il s’agit véritablement d’un patient travail de reconstruction de l’oeuvre de León y Gama que nous vous recommandons chaudement.

La partie ethnographique de ce numéro est assuré par Daniel Nahmad Molinari. Ce dernier a parcouru l’archive photographique de l’anthropologue Robert Weitlaner. Bien plus qu’une simple et courte biographie, cet article met en avant la nécessaire interdisciplinarité auquel se confronte tout bon archéologue en étudiant les groupes natifs modernes.

En ce qui concerne l’exploration archéologique, la lecture de la participation de Gerardo Gutiérrez et Mary Pye mêlent à la fois art rupestre, archéologie du paysage et anthropologie de la religion. Les deux auteurs résument leur très complète étude d’une caverne occupée au Préclassique moyen et située au Guerrero. Située sur les flancs du mont Tlacuilotzin près du village de Techan, cette caverne était le siège de rituels effectués par certains individus lors de dates précises. L’endroit sert toujours de lieu de culte pour les natifs de la région mais les auteurs en sont réduits à plusieurs hypothèses qui seront soumis aux résultats des prochaines saisons de fouilles.

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