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Compte-rendu Arqueología mexicana 145

Le succès de l'actuelle exposition au musée du palais Canton à Mérida a naturellement facilité la publication d'un numéro d’Arqueología mexicana. Les nouvelles données et des interprétations correspondant au site à plusieurs sites mayas de l'Est de l'état du Yucatan forment le dossier central de ce numéro. Alfredo Barrera Rubio, archéologue inscrit au Centro INAH de cet état, en a assumé la direction éditoriale.


Au total ce sont six articles qui forment ce dossier. Le premier d’entre eux, rédigé par Travis Stanton, anthropologue à l’Université de Riverside, en Californie, et Ryan Collins, doctorant en anthropologie à l’Université de Brandeis proposent une série d’hypothèses de travail sur l’origine du peuplement de Yaxuna. Ils reviennent notamment sur la relation possible entre la sédentarisation qui apparaît aux tout débuts du premier millénaire avant notre ère et l’apparition de hiérarchies sociales et donc d’inégalités. Pour ce faire, ils se sont notamment intéressés à la séquence de construction de l'ensemble E de Yaxuna. Si au départ cet espace sacré est ouvert à la communauté, il s'est peu à peu complexifié, s’ouvrant presque exclusivement aux groupes de l'élite aux dépens du reste de la communauté.

Le second article est l’oeuvre de Leticia Vargas et Victor Castillo Borges; co-directeurs du Projet Ek Balam. Les auteurs préfèrent d’ailleurs parler du royaume de Talol dont Ek Balam était la chefferie. Dans une présentation rapide de la peinture murale des 96 glyphes, les deux archéologues évoquent la possible (re)fondation de la ville sous la figure tutélaire de Chak Jutuuw Chan Ek. Le texte incomplet ne permet malheureusement l’origine précise de ce dirigeant venu du nord, probablement pour assister à la cérémonie d'intronisation de Ukit Kan Lek Tok; ce dirigeant identifié physiquement et iconographiquement comme le souverain clé d’Ek Balam. Sous son règne, des liens étroits sont notables avec des sites de l’actuel Quintana Roo : Coba, Xelha; El Meco et San Gervasio. Ces liens se manifestent notamment par la présence de céramiques et la présence de peintres ou d’une école de peintre qui semble avoir avoir travaillé aussi à Chichen Itza. Notons la bibliographie très complète et très dense fournie par les deux auteurs.

Impossible de parler de l’est du Yucatan sans aborder le cas de Chichen Itza. Passablement étudié, ce site connu mondialement fait toujours l’objet de fouilles et d’analyses qui modifient notre compréhension de son interaction avec le territoire qu’il dominait. Sous la plume de Peter Schmidt, directeur du Projet Chichen Itza,Rocio Gonzólez de la Mata, Francisco Pérez Ruiz y José Osorio León. En soi l’article ne propose aucune grande nouveauté. Après la présentation de la séquence céramique, les auteurs reviennent sur la chronologie établie grâce aux styles architecturaux. Ils résument tout aussi rapidement les éléments clés de la vie quotidienne.

Les Drs. Traci Ardren et Alejandra Alonso nous proposent une intéressante immersion dans les travaux qu’elles effectuent sur le site de Xuenkal, site satellite de Chichen Itza, notamment pendant le Classique tardif. Depuis 2004, le projet Xuenkal cherche à comprendre les dynamiques migratoires de cette région. Les auteures ont pu établir que les structures palatiales sont passées au second plan dans le centre de Xuenkal, au profit de nouvelles plateformes adossées où furent construites des habitations. Les fouilles ont mis en évidence la présence de nombreux biens de consommations, parfois originaires de régions très éloignées.
Les aires d’influence variant dans l’espace et le temps, l’article d’Alfredo Barrera Rubio est de grande utilité pour comprendre le poids d’Ek Balam pendant le Classique récent, puis de Chichen Itza. L’auteur nous résume les fouilles effectués sur le site de Kuluba, situé à quelques encablures de l’actuelle Tizimin. La double domination subie par Kuluba se manifestent par une mixité architecturale intéressante, reprenant à la fois des éléments des styles Puuc, Chenes ou Río Bec pendant la domination d’Ek Balam et d’autres éléments pendant la domination de Chichen Itza. D’autres restes archéologiques (peintures murales, céramiques et obsidienne) témoigne de l’interaction avec cette dernière.

Présentant à la fois des données préhispaniques et coloniales, le site de Tahcabo au nord-est de Valladolid a été fouillé par Adolfo Batun, Patricia McAnany et Maia Dedrick. Leur intervention est un excellent moyen de comprendre l’archéologie du paysage. Cet aspect permet là aussi de comprendre l’interaction de groupes avec leur environnement et comment ce dernier a subi différentes modifications. Grâce à une nouvelle chronologie céramique, les archéologues ont pu anticiper la période de construction de Tahcabo au Classique ancien et estime qu’à l’instar de Kuluba, le site faisait probablement partie du royaume de Talol. L’occupation de Tahcabo à l’époque coloniale se manifeste par la construction d’une église et d’habitations autour d’elle-même. Les Mayas devaient alors payer leurs impôts ecclésiastiques et royaux par la production agricole. Enfin Tahcabo fut témoin de la Guerre des Castes qui secoua le Yucatan.

Le magazine compte ses rubriques habituelles. La réflexion de Xavier Noguez sur les armes mexicaines ouvre en fait ce numéro. Elle se fait l’écho d’une exposition qui a eu lieu au Musée National d’Anthropologie de Mexico. Le chercheur du Colegio mexiquense énumère ainsi plusieurs documents et objets qui représentent l’image qui orne le drapeau mexicain. Dans son projet d’études sur la maison royale de Tenochtitlan, María Castañeda nous propose une présentation d’Itzcoatl, figure polémique à l’origine de l’écriture de l’histoire officielle des tenochcas. Elisa Ramírez continue son petit tour des contes et mythes mexicains contemporains : il est question cette fois des mythes de création des pluies et de leur lien avec les grenouilles et les crapauds. Eduardo Matos Moctezuma revient sur une supercherie : pendant près de deux siècle, des moines du couvent de Saint François conservaient un os attribué à Pierre de Gant, un des missionnaires venus accomplir son travail d’évangélisation au tout début de la Conquête. L’archéologue Galindo y Villa ne tarda pourtant pas longtemps à établir qu’il s’agit d’un os de cheval ! La rubrique de Manuel Hermann Lejarazu a pour thème l’origine et la création des paquets sacrés, s’appuyant sur la lecture de Mendieta ou de la Leyenda de los Soles et établissant des parallèles avec les représentations graphiques de ces paquets dans trois codex. On regrettera l’absence de référence aux travaux complets de Guilhem Olivier (1995) sur le sujet.

En avril dernier, un hommage était rendu à Eduardo Matos Moctezuma au Musée d’Arts du Comté de Los Angeles. A la fin de cet événement académique, “très sympathique et émouvant” aux dires de l’intéressé, a été prononcé un discours que reproduit la revue.

Suite à la brillante conférence magistrale donnée lors du dernier Colloque d’Archéologie, de Paléontologie et d’Anthropologie du Nord-est du Mexique, Pilar Casado López s’est associée à Aurora Montúfar, botaniste du Musée du Templo Mayor, pour proposer un article très dense sur les représentations végétales dans l’art rupestre visible sur le territoire mexicain.

On notera la version abrégée et simplifiée d’un article de l’historien français Patrick Johansson (2005) sur le cempoallapohualli, ce troisième calendrier d’usage quotidien peu exploré par les chroniques. L’auteur revient notamment sur les divergences qui surgissent dans les informations fournies par Durán, Sahagún, le Codex Vaticanus A, de León ou de la Serna. Pour résoudre le problème que représentent les jours vagues ou nemontemi, l’auteur considère que les chroniqueurs ont mal compris leurs informateurs. Il fallait bien prendre en compte ces jours vagues, quand bien même ils ne sont marqués par aucune référence à une divinité en particulier, fondant sur une hypothétique chronologie des quatre porteurs d’années prenant en compte les nemontemi présentés dans le Codex Borgia. Dans une démarche iconographique, Johansson compare les représentations des vingtaines et de l’univers dans les Codex Fejérváry Mayer et Laud. Il estime qu’un ajustement de vingt jours avait lieu tous les quatre ans lors d’une fête dédíée au dieu du feu. Cet ajustement provoquait le décalage des vingtaines tous les quatre ans, une vingtaine tardant soixante-douze ans à retrouver sa position juste après les nemontemi.

La proposition de Johansson comporte cependant au moins deux faiblesses. D’une part, à part les chroniques et les articles antérieurs du chercheur de l’UNAM, elle ne prend en compte aucune autre interprétation moderne des calendriers en vigueur chez les mexicas et d’autres peuples mexicains, notamment celles de Michel Graulich. L’historien belge avait pourtant en son temps noté un problème de taille que Johansson laisse complètement de côté: le bissexte. En ne le prenant pas en compte, un décalage subtile, infime a lieu.

Le dernier article de ce numéro est un travail d’ethnomusicologie, d’anthropologie physique et d’histoire de l’archéologie que propose Davide Domenici, chercheur de l’Université de Bologne. Il s’agit des résultats d’analyses effectuées sur un fémur humain adulte, conservé actuellement au Musée national préhistorique de Rome : il présente dix-neuf marques disposées régulièrement dont trois présentent une perforation atteignant le niveau de la moëlle. La tête du fémur, enduite de résine, présente des tesselles de coquillage et d’obsidienne. Il est associé à un autre coquillage probablement utilisé pour provoquer les frictions sur l’instrument. Des traces d’usage répété indique qu’il s’agissait d’un instrument à friction appelé omichicahuiztli. Cependant un document en italien ont permis d’établir que l’objet fut rapporté par un missionnaire depuis la ville mixtèque de Tututepec et était accompagné d’un crâne humain utilisé comme coupe. Domenici propose une hypothèse intéressante en rapprochant cet ensemble d’une représentation du Codex Vindobonensis : un personnage joue de l’omichicahuiztli en le faisant reposer sur un crâne.

Omichicahuiztli, Postclassique récent, Mexica.
Crédit photo : B. Lobjois / Archive personnelle.
Referencias bibliográficas
Johansson K, P. (2005). Cempoallapohualli. La cronología de las veintenas en el calendario solar náhuatl. Estudios de cultura náhuatl, 36, 149-184. [facsimilar pdf] retrouvé de http://www.historicas.unam.mx/publicaciones/revistas/nahuatl/pdf/ecn36/732.pdf

Olivier, G. (1995). "Les paquets sacrés en Mésoamérique ou la mémoire cachée des Indiens du Mexique central (XVe-XVIe siècles)", Journal de la Société des Américanistes, vol. 81, 97-133. DOI : 10.3406/jsa.1995.1585
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