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Batailles et tactiques militaires dans le Yucatan...

Parfois, on aimerait bien bénéficier du prestigieux parrainage de l'INAH pour pouvoir exposer ses idées et ses recherches. L'année dernière, votre serviteur présentait au Museo de Historia Mexicana de Monterrey une conférence intitulée "La Serpiente emplumada en la iconografía de las guerras en Mesoamérica".



En tout cas l'archéologue Eduardo Tejeda Monroy a pu présenter une étude descriptive de différentes peintures murales situées sur les sites de Chichen Itza, Chacmultún, Mulchic (au Yucatan), et Ichmac au Campeche. Invité à participer aux VI Jornadas Permanentes de Arqueología 2010, qui ont lieu actuellement au Museo del Templo Mayor, Tejeda Monroy a choisi d'analyser les systèmes d'armement, la communication et les tactiques de combat représentées sur les peintures susdites. Comme le rappelle à juste titre le communiqué de l'INAH, ce type d'analyse avait déjà été effectué pour les sites de Bonampak, au Chiapas, et de San Bartolo, au Guatemala.

Que résulte-t-il de cet étude ? En ce qui concerne l'armament, Tejeda Monroy a repéré des armes de jet (javeline, atlatl) et des armes pour le combat rapproché (bâton courbé, hache). Nous avons déjà fait un constat identique en nous basant sur les peintures du Temple Supérieur des Jaguars, les reliefs peints du Temple inférieur des Jaguars et ceux du grand terrain de jeu de balle, à Chichen Itza. Ce sont donc deux corps d'armes qui avançaient sur le champ de bataille.

Pour se défendre, les guerriers utilisaient des boucliers de bois et des cuirasses en coton et durcies au sel. Tejeda Monroy s'est appuyé sur les peintures murales du Temple des Grandes Tables situé à côté du Temple des Guerriers. En se référant aux peintures de la Structure 3 de Chacmultun et à celle de l'Edifice des Nonnes de Chichen Itza, Tejada Monroy établit un système de communication qui aurait reposé sur des trompettes, des clairons et des tambours. Pour ce qui est des tactiques au combat, l'archéologue en a mis en exergue deux : celle en file, utilisée lors des déplacements des troupes, et la ligne, utilisée au moment du combat.


Bataille, Temple Supérieur des Jaguars, Chichen Itza.
Postclassique.
Copie par Adela Breton dans Coggins, 1984.
Photo disponible le 7/10/2010 sur http://tinyurl.com/29o3tzs.

Cependant, Tejeda Monroy a soulevé une question importante qui reste sans réponse : les troupes qui partaient au combat étaient-elles "professionnelles" ou étaient elles convoquées au dernier moment ? Par conséquent, si elles étaient "professionnelles", où étaient-elles cantonnées dans la cité ?

J'ignore si le journaliste a intégralement noté les propos de Tejeda Monroy mais je trouve ce panorama de la guerre assez incomplet. Les peintures murales de Chichen Itza révèlent l'utilisation de machines, de remparts qui montrent que les affrontements pouvaient relever d'un certain niveau de sophistication parfois comparables à ce qu'on pouvait trouver en Europe à la même époque.

Relevons aussi l'absence d'une analyse des quetzalcocoa, xiuhcocoa, et mimixcoa enroulant certains guerriers : leur présence auprès d'un nombre restreint d'individus semblent leur conférer un statut particulier que le communiqué de l'INAH n'a pas retranscrit. Il est également surprenant d'observer l'omission du caractère ritualisé de la guerre chez les Mayas. Les aquarelles d'Adela Breton copiant les peintures murales du Temple Supérieur des Jaguars ont souvent été commentés (1984).

Références complémentaires :
  • Thompson, Edward H.
    1904. Archaeological Researches in Yucatan. Memoirs of the Peabody Museum of American Archaeology and Ethnology, Harvard University. Vol. III, No. 1. Cambridge, Massachusetts.
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