jeudi 4 juin 2015

Compte-rendu Arqueología mexicana 133

Le présent compte-rendu a été rédigé à partir de la version électronique de la revue Arqueología mexicana 133. C'est la restauratrice Laura Filloy, experte associée au Musée National d'Antropologie, qui a été chargée de coordonner un dossier que certains attendaient probablement depuis longtemps : le jade. C'est la première fois que le dossier thématique est placé sous la responsabilité d'un coordinateur et c'est une réussite. On note des articles complémentaires suivant une véritable logique. L'expérience est à renouveler donc.

Qu'est-ce que le jade mésoaméricain ? Ce minéral vert d'origine métamorphique avait bien plus de valeurs aux yeux des anciens peuples mésoaméricains que l'or. Les différentes contributions de ce numéro ont en commun la présentation de l'étymologie du mot jade et le constat de l'existence d'un jade mésoaméricain et d'un autre asiatique, la différence résidant dans la composition chimique de chaque minerai.

Filloy Nadal propose de définir les termes pierre verte, jade et jadéite. La restauratrice du Musée National d'Antropologie reprend l'étymolog ie castellane du mot avant de différencier la jade en deux types de pierres : la néphrite ou silicate de calcium et de magnésium du groupe des amphiboles, courant en Asie, et les silicates de sodium et d'aluminium du groupe des pyroxènes, dont les gisements se situent tous le long de la faille de Motagua au Guatémala. De même qu'il s'agit d'un minérai rare, on dispose de peu d'informations sur les sites de transformation (notamment Kaminaljuyú, Tikal, Copán y Calakmul pour la zone maya. L'auteur rappelle les différentes phases d'élaboration et de fabrication en dépit de la dureté du minerai. Enfin elle s'interroge sur les valeurs chromatiques du jade.

Dans un deuxième temps, le géologue Ricardo Sánchez Hernández explique les caractéristiques géologiques du jade, détaillant tour à tour  sa nomenclature, sa minéralogie, sa formation géologique et ses gisements.

Suit un papier de Brigite Kovacevich sur les techniques d'explotation et de manufacture du jade ainsi que sur l'existence d'ateliers spécialisés dont l'existence est corroborée par l'archéologie. C'est l'occasion pour l'auteur de faire des propositions, résultats de l'archéologie expérimentale.



De son côté, le Dr. Taube s'intéresse aux significations et au symbolisme du jade qui remontent au Préclassique et aux Olmèques. Le chercheur de l'Université de Riverside explique que le jade était lié au concept d'abondance et de la vie, pouvant représenter à la fois "l'eau, le maïs et même l'âme". Il revient donc sur la perception du jade principalement chez les Olmèques et les Mayas. Il rappelle une citation importante de Bartholomé de las Casas selon lequel le jade était considéré comme une image du souffle vital, dans la mesure où il était d'usage de déposer une pièce en jade dans la bouche du défunt. De la même manière il reprend l'exemple de K'inich Janaab' Pakal et des jades qui avaient été déposés aussi dans ses mains et près de ses pieds.

Leonardo López Luján et María Gaida cosignent un papier très intéressant sur une pièce archéologique malheureusement disparue après la second guerre mondiale. Il s'agit de la hache Humboldt. Cet objet rituel en jadéitite a connue une histoire mouvementé. Si on connaît l'intérêt et le talent naturel de López Luján pour l'histoire de l'archéologie, l'intérêt scientifique n'est pas absent de ce papier rédigé à quatre mains. De fait, les auteurs rapportent les différents interprétations proposés sur les éléments iconographiques mais se réservent, pour l'heure, d'en proposer une.



Retour chez les Mayas, mais au Préclassique moyen et récent. L'archéologue Christa Schieber est chargée du programme de recherches sur le site guatémaltèque de Tak'akalik Abaj et connaît donc parfaitement bien les petites têtes cérémonielles élaborées comme des mosaïques de jadéite. Au total ce sont sept petites têtes qui ont été retrouvés à côté de petites hachettes élaborées dans le même matériel. Elles formaient des ceintures et de larges colliers réservés à l'élite du site. L'auteur établit un parallèle iconographique frappant avec la Plaque de Leyden, la stèle 2 de Tikal et une autre retrouvée à Copán au Honduras.




Passons chez les Mexicas avec la présentation d'une petite figurine en jadéitite découverte lors des fouilles effectuées à l'emplacement du monolithe de Tlaltecuhtli. Dans un article signé par Leonardo López Luján, Ricardo Sánchez Hernández et Ángel López, on apprend qu'elle faisait partie des 12992 objets enregistrés lors de l'exploration de l'offrande 126. Sa position au sein de l'offrande apporte un élément de réflexion intéressant : elle était située entre un nouveau d'os décharnées et d'animaux marins, évoquant le Mictlán, lieu où, selon certains récits, Quetzalcoatl s'illustra en créant l'humanité. Des traces d'hémitatite ont également relevées sur ce qui semblent être une représentation de Quetzalcoatl. L'objet n'est pas originaire de la zone maya. Les auteurs semblent privilégier le centre du Mexique. De la même manière ils estiment qu'il a pu être élaboré pendant l'Épiclassique, éventuellement au tout du début du Postclassique.




De son côté, le Dr. Miguel León-Portilla s'est intéressé aux utilisations et aux interprétations possible du vocable chalchihuitl en nahuatl. L'érudit mexicain retrace la présence de son glyphe dans différents codex et documents coloniaux. Il met notamment en exergue le fait que chalchihuitl fasse référence à la moralité des individus, au point que le coeur, yóllotl, soit désigné aussi par ce mot. Il compare l'utilisation du glyphe chalhihuitl et ses apparences dans les différents types de textes qui nous sont parvenus.




Dans les traditionnels rubriques que propose Arqueología mexicana, Eduardo Matos Moctezuma s'attarde sur l'existence plus que probable d'un tianquiztli (marché en nahuatl) situé à proximité du palais de Moctezuma. Le professeur émérite de l'INAH confronte différentes sources qui semblent accréditer cette hypothèse.

Le dernière article en la matière met en perspective l'explotation du jade à l'époque actuelle. Rédigé par Mary Lou Ridinger, il a le mérite de montrer la surexplotation du gisement du Motagua pour des marchés principalement asiatique.

On appréciera aussi l'excellente réflexion de Patrick Johannsson, professeur à l'Institut de Recherches Historiques de l'UNAM. Le chercheur français propose un travail qui remet en perspective les rôles et pouvoirs respectifs du tlatoani et du cihuacoatl. Au delà de la dualité, Johannsson essaie de retrouver les principales fonctions du cihuacoatl. Il retient notamment la présence de ce dernier auprès du premier lorsqu'il s'agit de sujets liés à la mort et au sacrifice.

Xavier Noguez revient sur un document peu connu conservé à la Bibliothèque John Carter Brown de l'Université Brown. La Roue calendaire de Boban contient en effet des représentations de deux principaux calendriers utilisés par les Mexicas. Ce document colonial contient en son centre des images de Nezahualcoyotl et d'Itzcoatl. D'autres symboles renvoient à la la création de la Triple Alliance proposé par Nezahualcoyotl.

On appréciera l'article d'Azul U. Ramírez Rodríguez : il s'agit d'une étude ethnoarchéologique dans laquelle l'auteur décrit les coutumes rituelles liées au cycle agricole dans le Rif central marocain. L'auteur rappelle qu'elles sont le résultat d'un syncrétisme remontant à l'Antiquité gréco-romaine et reprenant certaines croyances liées au judaïsme et au christianisme.

Un deuxième article d'ethnoarchéologie a pour sujet l'usage rituel du tabac dans des groupes amérindiens. José Medina González Dávila rappelle que le tabac fumé par ces groupes n'a rien à voir avec le tabac vendu commercialement. Capable de provoquer des hallucinations, il a développé un symbolisme caractéristique reposant sur une "offrande des esprits aux hommes et un moyen de prière." La deuxième partie de l'article propose une étude sur les pipes rituelles.



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