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Compte-rendu Arqueología mexicana HS 78

Si les vins gaulois étaient réputés au point d'être vendus un peu partout dans l'Empire romain, au moment le pulque était produit et consommait un partout dans le Mexique préhispanique. On peut trouver cependant de nombreux différences entre ces deux boissons en terme de production, de consommation et probablement de symbolisme.

Le hors-série 78 d'Arqueología mexicana nous propose une rétrospective visuelle sur l'histoire du pulque. Parmi les nombreuses boissons alcoolisées originaires du Mexique (tequila, balche, sotol, mezcal), le pulque n'est certainement pas la plus connue. Le pulque est l'aguamiel extraite du maguey avant de fermenter. Le maguey avait déjà bénéficié un numéro hors-série (numéro 57) où le pulque avait déjà été évoqué.

Comme souvent au Mexique, de nombreux mythes, anciens et modernes, décrivent la création du pulque. L'un d'entre eux voit intervenir Quetzalcóatl et Mayahuel (ill.1), donnant un nouvel aliment à l'humanité. 

Ill. 1. La déesse Mayahuel, Codex Laud, pl. 16.
Infographie : Arqueología mexicana / Editorial Raíces
On peut aussi rappeler la ruse qui permit à Tezcatlipoca d'enivrer Quetzalcóatl, vieux roi de Tollan : il lui fit boire probablement du pulque à plusieurs reprises, en lui promettant qu'il détenait un breuvage capable de lui ôter ses souffrances (ill.2).

Ill. 2. Quetzalcóatl se laisse enivrer par le pulque offert par Tezcatlipoca, Codex de Florence.Infographie : Arqueología mexicana / Editorial Raíces.
Ce hors-série, édité par Enrique Vela, compte trois grandes sections. Dans une introduction générale mais solide, il nous présente le maguey en termes biologiques, agricoles et industriels. Il est notamment question des différents outils préhispaniques et modernes utilisés dans la collecte de l'aguamiel et le processus de fermentation de la boisson. Cette introduction sert de point d'ancrage aux cinq principales cultures choisies pour orienter ce catalogue visuel. Dans un premier temps, il est question de la fameuse peinture murale des Buveurs : sur les quelques soixante mètres dégagés et restaurés intégralement il y a quelques années dans une des phases antérieures de la Pyramide de Cholula (ill.3), pas moins de cent dix personnages dont quatre femmes âgées se partagent et ingurgitent le précieux liquide, parfois en association avec des félins.

Ill. 3. Fragment de la peinture murale dite des Buveurs, Cholula, Puebla.
Infographie : Arqueología mexicana / Editorial Raíces
Vient ensuite une série d'images du pulque à Teotihuacan, la plupart issue de peintures murales, notamment du quartier de La Ventilla : on y voit notamment des prêtres verser du pulque sur le sol. 

En ce qui concerne les Mayas, tant ceux du Classique que du Postclassique, les représentations de consommation rituelle se font sur des vaisselles peintes à cet effet (ill.4) ou sur dans le Codex de Dresde, avec le dieu Ahkan, lui-même associé à l'agonie et aux morts violentes. Dans le cas maya, il semblerait que le pulque ait été appelé ki' en tzeltal et chih en langue ch'ol (ill.5). Sa fabrication était possible par l'utilisation d'une variante locale du maguey : le hennequen.

Ill. 4. Scène de beuverie, vaisselle cérémonielle maya, Classique, Australian National Museum 82.22.92.
Photo : Justin Kerr, K1453.
Ill. 5. El dios Ahkan, Códice Dresden, láms. 5 y 9.
Infographie: Oliver Santana / Arqueología mexicana / Editorial Raíces
Le Postclassique est probablement l'époque pour laquelle nous possédons la majorité des représentations du pulque. On le voit très présent dans les codex mixtèques, lors de cérémonies d'intronisation, des mariages ou des funérailles. Hermann Lejarazu identifia notamment l'existence d'une femme, 11 Serpent, qui fut démembrée et décapitée dans le Codex Nutall. De son corps parcelé surgit le maguey. Le même chercheur a reconnu différents glyphes toponymiques qui sont associés à cette plante et au pulque.

Vela propose ensuite une page d'images du maguey et du pulque à El Tajín, au Colima, à Oaxtepec ou Cacaxtla. Vient alors un impressionnant corpus iconographique de sculptures en pierre volcaniques, de vaisselles à pulque en céramique, modelées et peintes. Elles sont accompagnées d'images du Codex Mendoza (ill. 6), d'un extrait d'une réflexion de León-Portilla sur le rite de libation du pulque et un autre issu de l'Histoire Générale des Choses de la Nouvelle Espagne.

Ill. 6. Femme âgée du pulque dans une vaisselle, Códice Mendocino, fol. 71r.
Infographie : Arqueología mexicana / Editorial Raíces.
La deuxième partie de ce hors-série essaie de résumer en quelques pages le symbolisme du pulque. En fait, Vela synthétise les travaux de Diego Matadamas, jeune archéologue du Proyecto Templo Mayor, sur les sculptures peintes des centzontotochtin retrouvés dans cette zone archéologique, et cite deux fragments de l'Historia de los Mexicanos por sus pinturas. Le premier rapporte l'invention du pulque quand le second montre le lien entre Mayahuel et le maguey. Ce sont en outre d'autres dieux liés au pulque qui sont présentés dans les pages suivantes, une image en contrepoint d'un chant ou d'une description de leurs attributs respectifs. Il serait pourtant impossible de parler du pulque sans faire état de deux animaux qui sont en rapport avec son invention et son utilisation : il s'agit de l'oppossum et du lapin. 

Dans un troisième et dernier moment, Vela revient sur le devenir du pulque avec l'arrivée des Espagnols. La consommation rituelle oubliée, c'est tout une industrie qui se met en place grâce aux apports des nouveaux venus jusqu'au XXe siècle où peu à peu se dégrade l'image du pulque. Pour illustrer cette période, différentes gravures, peintures et photographies sont proposées au lecteur : on y voit autant les producteurs, que les buveurs et les lieux de consommation du pulque, appelés pulquerías. 

En guise de conclusion, on peut apprécier ce bel effort de résumer autant d'informations en si peu de pages. De fait, un suiveur de la revue aura noté la présence de références directes et indirectes à d'autres numéros d'Arqueología mexicana.

Si vous êtes intéressé(e) par notre compte-rendu d'Arqueología mexicana sur les boissons mexicaines, un petit clic ici s'impose.



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