dimanche 27 février 2011

Vers un dégagement progressif du temple de Quetzalcoatl-Ehecatl

Dans un de ses récents bulletins, l'INAH rapporte l'avancée de fouilles qui ont lieu dernière la cathédrale métropolitaine de Mexico. L'année dernière, le PAU (Programa de Arqueologia Urbana) avait permis la localisation d'un temple rond probablement dédié à Quetzalcoatl-Ehecatl, une des principales divinités des peuples mésoaméricains, à quelques dizaines mètres de la Pyramide double de Tlaloc et de Huitzilopochtli.

Désormais, ce sont 30 mètres de la plateforme de la pyramide ronde qui ont été dégagés par les archéologues. La longueur de la plateforme est estimée à 34 mètres. L'année dernière, Raul Barrera Rodriguez, responsable du PAU, avait proposé un diamètre de 14 mètres. En fait, il semblerait qu'il soit de 18 mètres.


Lors d'une conférence présentée à l'auditorium Eduardo Matos Moctezuma, Barrera Rodriguez a notamment insisté sur les travaux de consolidation et de restauration des stucs peints découverts sur la base de la pyramide. Diego Duran rapporte l'existence du temple de Quetzalcoatl à Cholula et les fêtes qu'on y effectuait en son honneur (2002 : vol. II, VI, 74). Il explique l'importance de cette divinité pour bon nombres de peuples mésoaméricains.

Plus amène à l'exagération et à l'imagination, Bernal Diaz del Castillo propose une vision plus fantastique du temple rond qui sera retrouvé à Tlatelolco, à quelques kilomètres de Tenochtitlan :

"(...) y un poco apartado del gran cú estaba otra torrtecilla que también era casa de ídolos o puro infierno, porque tenía la boca de la una puerta una muy espantable boca de las que pintan que dicen que están en los infiernos con la boca abierta y grandes colmillos para tragar las ánimas; y asimismo estaban unos bultos de diablos y cuerpos de sierpes juntos a la puerta (...)" (1961, chap XXXIX)

Ce passage certainement exagéré propose cependant des éléments intéressants, notamment l'existence d'une "tourelle", dont la porte était encadrée de peintures représentant des gueules de serpent. Ces propos ont ensuite constamment été réutilisés pour définir l'apparence de la pyramide de Quetzalcoatl à Tenochtitlan. L'architecte Ignacio Marquina proposa en son temps une reconstitution de cette pyramide en s'inspirant des deux textes. Mais ces informations concernent d'autres temples d'Ehecatl et non celui qui nous intéresse. Gageons que cet oubli est dû à la seule responsabilité au rédacteur de ce bulletin et non à Barrera Rodriguez.

Cependant la courte description de Diaz del Castillo peut être interprétée différemment. Récemment, Lopez Austin et Lopez Lujan rappellent l'existence d'un problème iconographique dans toute la Mésoamérique : celui de la représentation de la grotte. Celle-ci est présente depuis les Olmèques jusqu'aux Mexicas en passant par les Zapotèques, les Mayas des Hautes et Basses Terres (2009 : 255). Selon Baudez, cette représentation serpentiforme bicéphale visible sur la structure 20 du site de Chicanna n'aurait pas grand-chose à voir avec le serpent à plumes. Il s'agit du monstre terrestre, également représenté sur des poteries ou des stèles pour symboliser la mort ou la naissance d'un nouveau dirigeant assimilé au soleil (2007 : 36, ill. 7).

Bibliographie :
C.-F. Baudez.
2007. "Los dioses mayas : una aparicion tardia", in Arqueologia mexicana, vol. XV, 88, Mexico: Editorial Raices, p. 32-37.

B. Diaz del Castillo.
1961. Historia verdadera de la conquista de la Nueva España, Madrid : Fernández Editores. Disponible en ligne le 26 février 2011 sur : http://www.antorcha.net/biblioteca_virtual/historia/bernal/indice.html .

D. Duran.
2002. Historias de las Indias de Nueva España e islas de tierra firme. 2 vols. Mexico : Cien de México.

A. Lopez Austin & L. Lopez Lujan.
2009. Monte sagrado-Templo Mayor. Mexico : INAH-UNAM.
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vendredi 25 février 2011

Tula voit double

L'ancienne capitale toltèque dont l'aura de pouvoir avait traversé les siècles et les régions se trouve actuellement en pleine pour deux raisons. La première parce que les autorités de l'INAH ont décidé de renvoyer différentes pièces qui avaient été retrouvées lors de campagnes de fouilles effectuées en 2009 et 2010. A l'époque, nous avons longuement évoqué la découverte d'une statue de Xipe Totec, aux abords immédiats de la zone archéologique.

Après une restauration en bonne et dûe forme à l'ENCRYM, l’œuvre a été renvoyée pour occuper une place de choix dans une exposition inaugurée le 23 février dernier au musée de site de Tula. Intitulée Más allá del recinto de Tula Grande, cette exposition proposera de 500 pièces retrouvées à Tula lors des 5 dernières années. On y retrouvera également des vases et autres pièces de céramiques, un bracelet de coquillage, des pièces de jade, tous datés de l'Epiclassique au Postclassique ancien (950-1100 de notre ère).

L'annonce de cette exposition coïncide avec la mise au jour de cinq corps dans un terrain à la périphérie de la Tula contemporaine. L'élément le plus intéressant de cette découverte réside dans l'origine de ces corps. Datés du Postclassique tardif, il s'agirait de Mexicas, selon les propos de l'archéologue Luis Gamboa. Cette découverte n'est pas surprenante en soi. Autant les textes coloniaux que des fouilles passées confirment la présence de cette ethnie. La raison en est essentiellement mythico-politique. Selon les mythes des Mexicas et d'autres peuples mésoaméricains contemporains, Tula est la ville dont est originaire le pouvoir royal de Quetzalcoatl-Topiltzin.



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Carnet du projet Seibal, Guatemala

Takeshi Inomata et Daniela Triadan, professeurs-chercheurs à l'Université d'Arizona (où officie également Michael Smith, ont commencé l'écriture d'un carnet racontant leurs fouilles sur le site maya de Seibal. Cette cité du Peten connut son acmé pendant le Classique, avant de tomber sous le joug de sa rivale Dos Pilas en 730. Néanmoins, le site continua d'être occupé jusqu'au Xe siècle, même après l'abandon de la plupart des villes mayas.

Seibal ou Ceibal connut une première grande période d'exploration dans les années 1960 et avait révélé des stèles au contenu épigraphique de premier ordre.


Inomata et Triadan rédigent quotidiennement un billet et évoquent tout autant la longue préparation du projet et sa mise en oeuvre. Ils présentent aussi longuement leur équipe.

Néanmoins, il est dommage que leurs billets soient mélangés avec ceux d'autres chercheurs travaillant sur d'autres projets. Mais cela a le mérite au moins de faire connaître au grand public les travaux qu'ils effectuent. Mais rares sont les carnets qui proposent de connaître l'avancée des fouilles presque en direct. Deux enterrements ont ainsi été catalogués au moment où nous écrivons ces lignes. Une telle lecture est possible car les lois guatémaltèques sont peut-être moins strictes que les lois mexicaines. Il est en effet difficile, voir presque impossible pour un archéologue travaillant au Mexique de rédiger un tel carnet de notes. Cela est notamment dû aux statuts de l'INAH qui exige que les informes soient avant tout remis à l'Archivo general, situé en face du Templo Mayor. L'INAH règlemente tout aussi sévèrement toute publication de tableaux analytiques, de photos ou dessins, car ils sont sa propriété.

Ce monopole est compréhensible dans la mesure où il s'agit de la sauvegarde du patrimoine mexicain. Ce type de politique est en vigueur depuis la création de l'Inspeccion general de monumentos historicos, pendant le Porfiriat. Néanmoins, à une époque qui exige la circulation de l'information, l'INAH serait bien inspiré de numériser son immense archive et de le mettre à la disposition des mésoaméricanistes du monde. Cela ne relève pas de l'impossible et permettrait sans doute de grandes avancées dans l'interprétation de données à l'accès plus que restreint.

[Note mise à jour le 1er mars 2011 par Cacalotl]
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Los pueblos indigenas hoy 10

Voici le dixième et dernier épisode de la série Los pueblos indigenas hoy, diffusé vendredi 18 février sur Canal 22, la chaîne de télévision de l'UNAM. Après une introduction en langue mixe où la défense de l'environnement et des traditions et coutumes a la part belle, les différents intervenants évoquent les problématiques qui attendent les différents groupes autochtones dans un Mexique pluriculturel.


Vient ensuite une réflexion sur les réformes politiques et légales sur la protection des peuples indigènes, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l'homme.



Une partie du débat s'attarde sur le respect de la femme indigène.




Bon séance...
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mardi 22 février 2011

Tales of Maya Skies

Voici un projet de documentaire destiné pour les domes IMAX et les planetariums américains. Autant dire qu'il ne sera pas facile de les voir. Néanmoins, il y a différentes petites vidéos disponibles sur Internet qui nous permettent de nous faire une petite idée de ce que CyArk, subventionnée de la National Science Foundation (USA), a pu effectuer pour préparer ce documentaire unique sur Chichen Itza.

C'est d'ailleurs la même compagnie qui a travaillé avec l'INAH pour proposer des photos en trois dimensions d'édifices préhispaniques comme le Templo Mayor ou le Palacio Nacional. Ces clichés furent exposées l'année dernière sur les grilles du Sagrario, en face du Templo Mayor de Mexico-Tenochtitlan.

QUEST on KQED Public Media.

Le documentaire n'est malheureusement pas disponible en DVD. On pourrait le regretter car l'anastylose proposée frappe le spectacteur et redonne une image vivante et colorée de la cité maya classée Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO.

Pour l'heure, on peut se contenter de ce site qui explique la méthodologie employée par CyArk pour reconstruire virtuellement Chichen Itza. De nombreuses données (photos, vidéos) sont d'ailleurs téléchargeables librement car le projet se veut code ouvert.
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lundi 21 février 2011

Un extrait des Racines et des ailes, diffusé le 16 février 2011

Notre collègue Marion Forest a mis un lien vers un court extrait du programme Des racines et des ailes, diffusé le 16 février 2011 sur France 3. On peut la voir en action avec Grégory Pereira, près de Zacapu, au Michoacan. On les voit autant fouiller que participer à la vie locale. Et que dire de cette très belle urne funéraire découverte. Magnifique !


Félicitations à toute l'équipe franco-mexicaine du Projet Uacusecha !
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dimanche 20 février 2011

Lettre au gouvernement français

Nous avons reçu en pièce jointe cette lettre circulant dans la communauté mésoaméricaniste francophone. A l'origine de cette initiative, on retrouve Danièle Dehouve, directrice d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, en Sorbonne. Nous en reproduisons le texte et restons à la disposition de nos chers lecteurs, français, mexicains, espagnols, belges, guatémaltèques ou autres qui souhaiteraient la signer. On y retrouve des noms prestigieux de l'américanisme, mais pas seulement. Vous aussi pouvez participer et vous joindre au plus de 150 personnes qui l'ont déjà signée.
LETTRE OUVERTE AU GOUVERNEMENT Français

La décision de la justice mexicaine concernant le jugement de Florence Cassez a déclenché depuis quelques jours en France une série de réactions de la part du gouvernement, des partis politiques et des médias qui viennent d’aboutir à un énorme fiasco. Nous avons assisté à une montée en puissance de prises de position, depuis la déclaration de la ministre des Affaires Etrangères refusant de participer aux manifestations prévues pour l’Année du Mexique en France et l’appel de Martine Aubry demandant aux collectivités locales socialistes de boycotter ces mêmes manifestations et d’annuler celles qui dépendent d’elles. Le 14 février, en dédiant l’année du Mexique en France à Florence Cassez, Nicolas Sarkozy a pris une lourde responsabilité. On ne peut demander à des artistes, des écrivains et des scientifiques français, aussi bien que mexicains, d’accepter d’être utilisés comme moyen de pression dans des affaires qui relèvent de la justice et de la diplomatie. Ce n’est pas acceptable pour nous Français, pas plus que pour nos collègues mexicains. C’est un mélange des genres inadmissible qui a débouché sur la décision, logique, du gouvernement mexicain de se retirer.
L'année du Mexique est un événement destiné à mieux faire connaître ce pays. En aucun cas, elle ne peut être instrumentalisée par les gouvernements comme moyen de pression sur une affaire qui relève du pouvoir judiciaire mexicain et de la diplomatie française. Nous réaffirmons notre attachement aux relations scientifiques, culturelles et humaines avec des partenaires qui nous ont toujours accueilli avec respect, attention et amitié et dont beaucoup d'entre eux ont choisi de faire leurs études en France et de travailler ensuite avec nous.
Nous demandons au président de la République française de revenir sur sa décision de dédier l’Année du Mexique en France à Florence Cassez et réaffirmons notre amitié au Mexique.

Danièle Dehouve, directeur de recherche CNRS, directeur d’études EPHE

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vendredi 18 février 2011

Annulation de l'exposition à Saint Romain du Gal

"La culture prise en otage". "La cultura secuestrada".
Cette formule revient dans les commentaires de nombreux internautes français et mexicains pour dénoncer le gigantesque combat d'egos entre les présidents Felipe Calderón et Nicolas Sarkozy. L'amitié franco-mexicaine restera diplomatiquement marquée par les turpitudes des dirigeants des pays. La culture, prise en otage par deux individus, deux gouvernements contre l'échange interculturel entre 180 000 000 de citoyens. La culture prise en otage par de petits chefs en quête de reconnaissance politique et publique, alors que de rares esprits ouverts au Mexique comme en France, demandent le maintien de l'année du Mexique en France. Ne croyez pas que j'oublie certains (ir)responsables de gauche qui montrent qu'en France comme au Mexique, on a le sang chaud et on ne tourne jamais suffisamment sa langue dans sa bouche avant de parler. Comme le dit l'écrivain mexicain et francophone Alberto Ruz-Sanchez sur son carnet, "Pensar con gatos en la panza es pensar poco". Martine Aubry a par exemple réautorisé l'exposition Drôles d'estampes. Preuve en est qu'on réagit surtout pour occuper plus le terrain politique qu'autre chose en France.
La culture prise en otage se manifeste par l'annulation d'événements majeures de l'Année du Mexique en France. On savait depuis hier que le festival Rio Loco qui devait accueillir 133 groupes et artistes mexicains à Toulouse a été annulé. Au final, les impôts des contribuables mexicains et étrangers au Mexique vont être utilisés pour rapatrier les artistes pour pas moins de 120000 euros.
Désormais c'est la plus petite des trois expositions d'art mésoaméricain qui en fait les frais. : "Trésors du Veracruz"  a été indéfiniment "suspendue" selon la conservatrice du musée  de Saint Romain. Alors que la scénographie était installée, les quelques 200 pièces olmèques, totonaques et huastèques placée, que l'ambassadeur du Mexique en France et le gouverneur de l'état du Veracruz devaient l'inaugurer, l'exposition est vouée à l'annulation.  Pire les pièces repartent au Mexique dès ce samedi, si on en croit le quotidien Libération, repris par son collègue mexicain La Jornada. Nous en avions parlé de cette exposition il y a quelques semaines dans ce carnet. Coût de l'opération : 2 000 000 d'euros à la charge de la CONACULTA, c'est-à-dire des impôts par les Mexicains... Inadmissible.
Quid des deux expos parisiennes sur les Mayas qui doivent avoir lieu à partir dans les prochains mois ? Le soufflé va-t-il retomber ? La Realpolitik reprendra-t-elle le dessus ? La culture, si souvent mise au ban, si peu appuyée par les présidents Calderón et Sarkozy pourra-t-elle reprendre son rôle fédérateur et unitaire des peuples ?

La culture, prise en otage alors que c'est la présumée séquestration d'individus qui est à l'origine de tout cet imbroglio juridico-politico-diplomatique. Ni la France, ni le Mexique ne sortent grandi de cette affaire. La France à cause des déclarations tapageuses de sa ministre des Affaires Etrangères et de son président, en quête d'une popularité depuis longtemps perdue et en dépit du clientélisme qui les caractérisent. Le Mexique à cause d'un nationalisme exarcerbé par son président qui est incapable de respecter la parole donnée à l'étranger et de légitimer un système judiciaire corrompu à tous les niveaux.
Comme le disait récemment la journaliste mexicaine et francophile Denise Maerker, rien n'est cependant perdu. Cela prendra du temps et les choses changeront en même temps que les élections présidentielles en 2012 apporteront certainement un renouvellement de la relation bilatérale. Pour l'heure, nous sommes en deuil : combien de temps les Français devront attendre pour revoir trois expositions majeures sur les peuples mésoaméricains sur leur territoire? Longtemps, très longtemps. Au Mexique, les élus commencent peut-être de mesurer l'ampleur de la décision de Calderon et l'ensemble de la chambre des députés a d'ores et déjà demandé au président mexicain de revenir sur sa décision.  Décision surprenante dans la mesure où tous les partis mexicains s'étaient rangés derrière le chef de l'exécutif pour appuyer son renoncement à l'Année du Mexique en France. Pour quelles raisons se comportent-ils comme des girouettes ?

Je termine cette note en ayant une pensée pour le fils de Sylvianne et Philippe, un des conservateurs de l'exposition de Saint Romain du Gal. Votre travail n'a pas été récompensé, pas plus que celui des conservateurs des musées mexicains, aussi déçus et désamparés que vous. Espérons que vous puissiez revivre le plaisir de revoir les pièces veracruzaines dans une nouvelle expo. C'était juste un entraînement pour la prochaine fois.
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dimanche 13 février 2011

Dans la famille dirigeants de Palenque...

... je voudrais le fils de Pakal II ! Pioche !!!!

Plus sérieusement, l'épigraphie maya a cet avantage formidable sur l'histoire des peuples du centre du Mexique qu'il dispose d'un livre d'histoire sculpté sur les pierres. C'est d'ailleurs  pour cette raison que les épigraphes comme Thompson ou Proskouriakoff pensait que les glyphes mayas n'était qu'un immense registre de noms de souverains avec leur date d'accession au trône et celle de leur décès. Aujourd'hui, grâce à Stuart ou Schele, on sait que ce type d'informations n'est que la partie cachée d'un immense iceberg.
 
Néanmoins c'est grâce aux premiers éléments d'épigraphie maya qu'on doit la compréhension d'une inscription retrouvée à Palenque par l'archéologue Arnoldo González en 1993. Le co-inventeur de la tombe de la Reina Roja avait découvert alors un puzzle que vous pouvez voir ci-dessous. Ces fragments étaient originellement disposés sur le tablero nord du Temple du Soleil de Palenque.
 
 
 Fragments de l'inscription découvert en 1993 à Palenque, Chiapas.
Photo INAH, disponible le 13/02/2011 sur : 

C'est l'épigraphiste Guillermo Bernal Romero qui a été chargé de réorganiser et de traduire cette inscription. Et ces travaux ont abouti à un résultat surprenant et ô combien précieux pour compléter la généalogie des dirigeants de Palenque mais aussi compléter les rapports conflictuels, belliqueux que Palenque entretenait avec Tonina :
"Le 9 septembre 687, les forces de Palenque sont entrées à Po' par le travail de son gouvernant K’inich Kan B’ahlam, fils aîné de K’inich Janaahb’ Pakal", c'est à dire Pakal II, le célèbre souverain palencain enterré sous la Pyramide des Inscriptions.
 
 
Plan de la zone archéologique de Palenque, Chiapas.
Disponible le 13 février 2011 sur : 

Tout irait dans le meilleur des mondes si une deuxième colonne d'inscriptions n'apportaient quelques doutes sur l'identité de ce fils aîné. En effet Bernal Romero a traduit la deuxième colonne de la manière suivante :
"par le travail de Wak[…]nal B’ahlam Ch’aaj Il Sibik Kan, fils de K’inich Janaahb’ Pakal y de Dame Tz’ak-b’u Ajaw".

Bernal explique que Dame Tz’ak-b’u Ajaw avait accouché de cinq fils de Pakal : on avait jusqu'à présent les noms de trois d'entre eux. Il s'agissait de K’inich Kan B’ahlam, né selon les inscriptions le 20 mai 635, de K’inich K’an Joy Chitam, né le 2 novembre 644 et Tiwohl Chan Mat, né le 14 mars 648. En revanche, aucune information n'avait été retrouvée sur Wak[…]nal B’ahlam Ch’aaj Il Sibik Kan. Si on ignore encore sa date de naissance, on sait désormais qu'il avait fait partie de l'expédition victorieuse contre Tonina en 687.

Toujours selon Bernal, on pourrait penser qu'il est mort avec son frère K’inich Kan B’ahlam, lui même décédé en 702, et faisant de K’inich K’an Joy Chitam l'unique héritier du trône. Mais l'épigraphe n'exclut pas une autre possibilité de lecture de cette inscription : Wak[…]nal B’ahlam Ch’aaj Il Sibik Kan pourrait désigner "une entité qui accompagnait K’inich Kan B’ahlam lors de sa campagne contre Tonina". Cette hypothèse est moins farfelue qu'elle n'en a l'air dans la mesure où, comme nous l'avons déjà mentionné à plusieurs reprises sur ce carnet, les anciens peuples mésoaméricains et leurs descendants contemporains donnent une importance particulière à la présence d'un nahual qui accompagne chaque personne.
 
Pour retrouver le bulletin, cliquez sur le titre de cette note ou directement ici.

Bibliographie complémentaire : 
Martin, S. & N. Grube (2008). Chronicle of the Maya Kings and Queens, New York : Thames & Hudson (2 éd.).
Rivero Torres, S. (2000). La guerra entre los antiguos mayas. Memoria de la Primera Mesa Redonda de Palenque. México : INAH.
Stuart, D. et Stuart G. (2008). Palenque. Eternal City of the Maya, New York : Thames & Hudson.
Tiesler, V. & A. Cucina (2004). Janaab' Pakal de Palenque. Vida y muerte de un gobernante maya. Mexico : Universidad Autonoma de Mexico ; Merida : Universidad Autonoma de Yucatan.
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Los pueblos indigenas hoy 9

Cette semaine, le neuvième programme produit par l'INAH et diffusé sur Canal22 avait pour thème le délicat problème de l'éducation des peuples indigènes au Mexique. Car même si la constitution mexicaine garantit le droit à une éducation dans une indigène, dans les faits, ce droit est peu respecté... Voici comment le panel d'experts convoqués réagit. Bon visionnage !









Vous pouvez retrouver ce débat complet en cliquant sur le titre de cette note.
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samedi 12 février 2011

Une dalle sculptée retrouvée à El Tajin, Veracruz

L'INAH revient aujourd'hui longuement sur une découverte faite à la fin 2010 dans le lit d'un ruisseau situé sur le site d'El Tajin, au Veracruz. Bien que légèrement érodée, cette pièce contient différents éléments iconographiques qui ont mis la puce à l'oreille des archéologues travaillant sur le site.

L'information (mal) reprise par El Universal nous offre des détails intéressants sur une sculpture dont le style s'apparente à celui des rares reliefs qui décoraient autrefois les parois du Temple des Niches. D'ailleurs la pierre travaillée gisait dans l'eau à moins de 100 mètres de cette structure. Longue de 86 cm, large de 61 cm et profonde de 15 cm, elle est sculptée en bas-relief.

Ill. 1. Tablero sculpté, grès, Epiclassique, El Tajin, Veracruz

On peut en effet observer un personnage dont le visage est de profil et le corps de face. Chose curieuse, il possède deux bras gauches tandis que son bras droit n'est pas visible. Selon David Andrade Olvera, archéologue travaillant à El Tajin, certains éléments iconographiques représentés sont proches de ceux visibles sur le tablero 28 retrouvé dans les années 80 (Ladron de Guevara, 2010 : 72-74). C'est notamment le cas de la coiffe rectangulaire portée par les deux personnages. En revanche le nouveau venu porte des pendants d'oreilles différents, un collier fait de pièces trapézoïdales et des bracelets. Enfin "il est vêtu un jupon réticulé ceint d'un double corset noué par une frange qui retombe sur le devant", selon la terminologie employée par Andrade Olvera. Enfin, sur la partie inférieur de la pierre, on peut noter la présence d'une série de chalcihuites, des pierres de jade symbolisant l'eau.


Ill. 2. Pyramide des Niches, El Tajin, Veracruz, Epiclassique.
Photo B. LOBJOIS, prise le 9 novembre 2004.

Risquons-nous à quelques commentaires, notamment en ce qui concerne les deux bras gauches. Cette convention artistique est loin d'être isolée en Mésoamérique. Ainsi, dans certains codex, il n'est pas rare de voir certains personnages dont les bras sont représentés de la même manière. Pablo Escalante Gonzalbo y consacre d'ailleurs tout un chapitre dans un ouvrage récemment publié (2010 : 259-280). Il prend  pour exemple ce détail de la planche 17 du Codex Nutall : un homme tient un encensoir et un os utilisé pour l'autosacrifice, à centre-gauche. Ces bras sont gauches. Comme Escalante Gonzalbo, nous pensons que l'artiste n'a pas cherché à donner une vision naturaliste du corps humain. Au pire, il s'agissait de travailler plus efficacement, sinon de l'expression d'un style de représentation.


Ill. 3. Codex Nuttall, pl. 27. Disponible le 12/02/2011 sur : 

En ce qui concerne la présence d'un serpent gravé à l'arrière de la tête du personnage, il s'agit là aussi d'une représentation commune et répandue en Mésoamérique. Les exemples les plus marquants en sont notamment les processions de guerriers sur les banquettes de la Maison des Aigles (Templo Mayor), celles de l'Edifice B (Tula) ou du Mercado (Chichen Itza), mise en valeur par de nombreux chercheurs (Lopez Lujan et Lopez Austin, 2010 : 310-321 ; Lobjois, 2002, Baudez et Latsanopoulos, 2010). Il s'agit probablement de la représentation du nahual de ce personnage, son double animal. Or le serpent ainsi représenté semble souvent indiquer le rang social de la personne qu'il "détermine". On peut donc déduire que les attributs de ce personnage lui donne une importance toute particulière.

Pour les futurs visiteurs d'El Tajin, sachez que la pièce sera présentée ce mois comme "Pièce du mois", avant d'être intégrée définitivement aux collections permanentes du musée de site. En attendant; vous pouvez voir ce petit reportage de la chaîne mexicaine Televisa et disponible sur Youtube.


Bibliographie :
Baudez, Claude-François & Nicolas Latsanopoulos.
2010. « Political Structure, Military Training and Ideology at Chichen Itza ». In Ancient Mesoamerica, 21, Fall 2010, CUP, Cambridge, p. 1-20.
Escalante Gonzalbo, Pablo.
2010. Los códices mesoamericanos antes y después de la Conquista española. Fondo de Cultura Económica, Mexico.
Ladron de Guevara, Sara.
2010. El Tajín. La urbe que representa el orbe. Sección de obras de historia, Fideicomiso Historia des las Américas, Fondo de Cultura Económica-Colegio de México, Mexico.
Lobjois, Bertrand.
2002. Les représentations du serpent à plumes à Chichen Itza. Mémoire de DEA, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris.
Lopez Austin, Alfredo et Leonardo Lopez Austin.
2010. Monte sagrado – Templo Mayor. El cerro y la pirámide en la tradición religiosa mesoamerica. INAH-UNAM, Mexico.
Nuttall, Zelia.
1903. Codex Nutall. Facsimile of an ancient Mexican codex belonging to Lord Zouche of Harynworth, England with an introduction by Zelia Nutall. PMAAE, Harvard University, Cambridge.
Pascual Soto, Arturo.
2006. El Tajín: en busca de los orígenes de una civilización. IIE-UNAM, Mexico.
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mardi 8 février 2011

Los Pueblos indigenas hoy 8

Voici une nouvelle playlist qui vous fera découvrir le huitième programme de la série Los pueblos indigenas hoy. Le thème en est la médecine et la santé indigène. L'introduction met bien en avant le conflit qui existe entre la médecine traditionnelle, fondée sur l'utilisation des ressources offertes par la nature et sur une longue transmission d'informations liées à des traitements ancestraux, et la médecine dite moderne. La narratrice plaide notamment pour une médecine multiculturelle, incluant les techniques et traitements traditionnels. Vous pourrez entendre les intervenants en espagnol, mais parfois quelques mots en zapotèque ou en nahuatl se glissent dans la conversation.

On y parle notamment des plantes médicinales et de leur disparition dûe à la destruction de l'environnement.  On évoque aussi le rôle des médecins allopathes indigènes.






En cliquant sur le titre de cette note, vous tomberez sur la playlist que nous avons élaborée à partir des cinq vidéos mises en ligne sur la chaîne INAHTV, visible sur youtube.  Le programme a été diffusé sur TVUNAM le vendredi 5 février 2011. Pour compléter ce débat, nous ne saurions que trop vous recommander un classique de la littérature anthropologique mésoaméricaine :
LOPEZ AUSTIN, L. (1980). Cuerpo humano e ideología: las concepciones de los antiguos nahuas, UNAM, México.
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jeudi 3 février 2011

8 campements de peuples nomades découverts près d'Ensenada, Basse Californie du Nord

Ensenada est une ville portuaire du nord-est du Mexique, située à quelques encablures de la frontière avec le voisin nord-américain. Elle est plus connue pour sa Bufadora que pour les quelques sites occupés par des groupes nomades il y a environ 8000 ans. Ce passé préhistorique est mis en valeur par l'INAH sur son site internet.
 
Un bulletin d'information publié avant-hier met en exergue les fouilles de sauvetages effectuées par une équipe dirigée par Antonio Porcayo. Ces fouilles ont été ordonnées avant la rénovation d'une route. Huit sites ont donc été retrouvés et fouillés. Les archéologues les ont baptisés Puertecitos, El Regino, El Huerfanito, El Juanjo, Caro´s Cave (la plus grande avec ses vingt mètres carré), Paido´s Cave, El Zacateco y Los Pescadores. Ils formaient un axe de neuf kilomètres à l'est de la Sierra Santa Isabel.

Les archéologues ont mis la main sur du matériel lithique semblables à d'autres campements découverts de l'autre côté de la frontière, dans le comté de Riverside, en Californie. Porcayo a notamment insisté sur les liens plus que vraisemblables que ces nomades avaient avec d'autres populations à la recherche de l'obsidienne, de l'agathe qu'ils exploitaient. Il est également fait état de la présence de pointes de flèches, de restes animaux (mollusques, dauphin, requin, mouton, bélier, cerf), des tessons de céramiques et  chose indispensable pour la datation : des charbons de foyers.
 
Référence : 
Bulletin de l'INAH, disponible le 2 janvier 2011 sur http://www.inah.gob.mx/index.php/boletines/14-hallazgos/4849.
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Los pueblos indigenas hoy 7

Voici le septième débat diffusé vendredi 28 janvier 2011 sur Canal 22, la chaîne TV de l'UNAM. Cette semaine il est question de la religiosité des peuples indigènes. Nous avons préparé une playlist que vous pourrez retrouver en cliquant sur le titre de cette note.





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3e conférence magistrale La Pyramide du Soleil

Cet après-midi, l'INAH retransmettait en direct sur sa chaîne Youtube la troisième et dernière conférence magistrale d'un cycle entamé il y a trois semaines par Eduardo Matos Moctezuma. Rappelons qu'il s'agissait de célébrer les 100 ans d'ouverture au public de la zone archéologique de Teotihuacan en s'intéressant au cas de son monument le plus symbolique : la Pyramide du Soleil.

Nous avons décidé de regrouper ces vidéos sous forme d'une playlist que vous pouvez également retrouver en cliquant sur le titre de cette note.

Aujourd'hui deux locuteurs se sont succédé à la tribune. Le premier fut le physicien Arturo Menchaca Rocha, auteur d'une présentation sur l'archéométrie appliquée à la Pyramide du Soleil.



La docteure Linda Manzanilla Naïm a parlé du système de gouvernement à Teotihuacan et du symbolisme de la Pyramide du Soleil.



Une session de questions aux deux intervenants a clos la double conférence.


Terminons en rappelant que ces conférences magistrales ont eu lieu au Centro de Estudios Teotihuacanos, à côté de la zone archéologique.

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