Accéder au contenu principal

Nouvelles informations sur les fouilles à Zultepec, Tlaxcala

Même si les chroniqueurs de la Conquête ou Cortés lui-même ont souvent fait allusion aux alliés autochtones qu'ils avaient pu réunir, la montée vers le Haut-plateau central et l'arrivée vers Tenochtitlan fut tout sauf une promenade de santé. Depuis quelques années, on savait que les Espagnols avaient souffert une cruelle désillusion à Zultepec, bourgade de Tlaxcala. La déculottée fut telle qu'elle est même absente de nombreuses chroniques.



Ill. 1. Vue de Zultepec-Teocaque.
Crédit photo : Meliton Tapia/INAH.
Disponible le 18/10/2015 sur: http://goo.gl/5g5733.


Dans un billet publié il y a une éternité (en 2008 pour être précis), nous présentions cet épisode terrible de la conquête de la Nouvelle-Espagne, laissant en suspens toute une série d'analyses et d'études qui nous pourraient nous apprendre plus sur cet épineux sujet. Dans un récent bulletin publié sur le site de l'INAH, on en sait désormais un peu plus sur le sujet qui nous intéresse. Autant vous prévenir, les détails qui seront mentionnés dans les lignes suivantes seront certainement peu de votre goût. Il convient pourtant de les comprendre du point de vue d'un groupe autochtone d'il y a 500 ans.

Dans un bulletin publié récemment par l'INAH, Enrique Martínez Vargas (ill. 2), directeur du projet Zultepec-Tecoaque a ainsi rappelé la présence d'individus d'origines, de sexe et d'âge très hétérogène.



Ill. 2. Enrique Martinez Vargas.
Crédit photo: Meliton Tapia/INAH.
Disponible el 18/10/2015: http://goo.gl/rIWBHh.

Accompagné de sa collègue Ana María Jarquín Pacheco, il a précisé que les 550 individus d'une caravane qui accompagnait Cortés avaient été arrêtés puis enfermés dans des bâtiments avant d'être sacrifiés par des Colhuas. Il semblerait que les Zultepecains aient décidé de construire de nouvelles pièces justement pour enfermer leurs prisonniers. Parmi les 15000 objets retrouvés et analysés en laboratoire, différentes images de décapités ont des traits européens et africains. Sur une petite boîte de facture aztèque, une petite croix chrétienne a été incisée.

L'enceinte cérémonielle de Zultepec-Tecoaque était organisé autour de différentes places: la place centrale est formé du temple rond d'Ehecatl-Quetzalcoatl et de celui de Huitzilopochtli sur la place centrale tandis que les temples dédiés à Tlaloc et Mictlantecuhtli avaient été édifiés sur la place Sud. Une troisième place servaient d'espace commun.

Selon les examens de médecine légale, il semblerait que les 550 prisonniers aient été sacrifiés pendant les fêtes des vingtaines pendant 6 mois. Il est notamment probable que les restes retrouvés sur la place centrale correspondent à des individus sacrifiés à Huitzilopochtli, Tezcatlipoca et Quetzalcoatl, notamment lors de la fête de Panquetzaliztli. À l'instar des crânes retrouvés sur l'ancien tzompantli de Tenochtitlan, certains crânes de Zultepec présentent des perforations crâniennes qui laissent croire que les têtes aient été exposées. D'autre part des os semblent avoir été comme des trophées à l'entrée des maisons.


 


Les deux archéologues ont annoncé qu'ils reprenaient les fouilles à Zultepec avec l'espoir de comprendre les conditions de vie de ces prisonniers avant leur immolation.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Des restes humains anciens découverts sur le site de la Morita, Nuevo León

Des archéologues ont mené des recherches dans la grotte préhistorique La Morita II, à Nuevo León, lors de la phase II et III de la saison de fouilles 2023-2024. Ils ont découvert des restes humains datant de 2 500 à 3 000 ans avant notre ère, accompagnés de fragments de vannerie, de textiles et de fibres, probablement issus du linceul qui les enveloppait.  Fouilles des phases II et III, La Morita, Nuevo León. Photo : Moisés Valadez, INAH. L'exploration, menée par l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) et le Centre INAH Nuevo León, a également permis de trouver des ustensiles et des outils à usage domestique-rituel. Selon l'archéologue Moisés Valadez Moreno, les restes humains comprennent des phalanges, des métatarsiens, un cubitus, un humérus, plusieurs côtes et des dents, correspondant probablement à un bébé et deux adolescents en raison de la présence d'os de petite taille. Il est probable que les restes aient été délibérément démembrés et d...

Guiengola : Une cité zapotèque révélée par le LiDAR

L'archéologie, cette quête passionnante du passé, se réinvente constamment grâce aux avancées technologiques. Aujourd'hui, c'est le LiDAR (Light Detection and Ranging), une technologie de télédétection par laser, qui nous offre un aperçu fascinant d'une civilisation méconnue : les Zapotèques de la période Postclassique tardive (environ 1200-1521 après J.-C.). Le site de Guiengola, au sud-est de l'État d'Oaxaca au Mexique, a récemment révélé ses secrets grâce à cette technologie révolutionnaire.  Avant l'utilisation du LiDAR, Guiengola était un site archéologique peu connu, partiellement exploré par des méthodes traditionnelles. La végétation dense et le terrain accidenté rendaient les explorations difficiles et limitaient notre compréhension de ce qui pouvait se cacher sous la surface. Mais l'arrivée du LiDAR a changé la donne.  Fig. 1. Carte du site archéologique de Guiengola, Oaxaca. L'avantage du LiDAR est sa capacité à couvrir de vastes zon...

Conférence en ligne Travesías por agua: Sistemas de navegación en Mesoamérica

Suite à la conférence prononcée par l'archéologue Mariana Favila Vazquez hier à El Colegio Nacional, nous plongeons dans un aspect fascinant et souvent méconnu de l'histoire mésoaméricaine : la navigation préhispanique. Loin de l'image d'une civilisation uniquement terrestre, les peuples du Mexique ancien étaient des marins et des navigateurs aguerris, exploitant fleuves, lacs et mers pour le commerce, la guerre et la vie quotidienne. Transmise en direct sur les réseaux sociaux de la prestigieuse institution mexicaine, l'intervention de Favila Vazquez, met en lumière la navigation maya et son importance.  Dès les années 1970. des archéologues comme Norman Hammond  ont souligné l'ampleur de la navigation maritime maya le long des côtes du Yucatán, principalement à travers l'étude de sources iconographiques. Des travaux plus récents, à partir des années 2010, ont étendu ces études aux eaux intérieures, c'est-à-dire les lacs et les rivières, avec des cont...