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Discussion en ligne avec Eduardo Matos Moctezuma

A l’instar de nombreux quotidiens en ligne, comme Le Monde ou Libé en France, El Universal a effectué un entretien le 28 juin dernier avec Eduardo Matos Moctezuma, accessible en cliquant sur le titre de cette note. Mais dans ce cas, l’archéologue et spécialiste des Mexicas s’est prêté au jeu des questions-réponses avec les internautes. Malheureusement on n’en retient que peu de choses, tant les questions étaient répétitives, et donc les réponses redondantes. On notera aussi la promotion que Matos Moctezuma fait pour l’exposition sur Moctezuma II : mais comme il en est un des commissaires, cela n’est guère surprenant.

Morceaux choisis :
« Comment définiriez-vous la déesse de la Terre ? Que représente-t-elle pour vous ?
- Si tu vas à l’exposition du Museo del Templo Mayor, vous aurez (sic) l’information adécuate sur ce point »
Rien sur le sentiment personnel de Matos…

« Pourquoi ne peut-on pas visiter la pyramide des crânes et la déesse Coyolxahutli (sic) ?
- On peut parcourir cette partie au Nord du Templo Mayor dès maintenant. Si tu visites l’exposition de Moctezuma, tu peux en profiter pour voir ce que tu évoques. »
Si nos souvenirs sont bons, on peut voir la réplique de la pierre de Coyolxauhqui au pied de l’escalier du temple de Huitzilopochtli, la partie sud de la pyramide double.

« En tant que directeur du Projet Templo Mayor, que représente pour vous le fait que Tlaltecuhtli soit dans un musée, après une attente de tant d’années ?
- Il n’a pas fallu attendre beaucoup, puisqu’on l’a découverte en 2006. Maintenant on peut la voir et j’espère que tu le feras. »

« Expliquez-nous comment est organisée l’expo Moctezuma II ?
- Le mieux est que tu la parcoures parce qu’elle est très intéressante. »

Plus surprenantes sont les imprécisions de nombres d’internautes et, celles plus rares, de leur interlocuteur.
« Veuillez excuser mon ignorance mais pourquoi on parle de Tlaltecuhtli au féminin si la terminaison (sic) « tecuhtli » est utilisée pour dire « seigneur ». Et Matos de répondre succinctement « tecuhtli » correspond à une personne et peut être masculin ou féminin ». Si la réponse de Matos Moctezuma est tout à fait correcte, il aurait été judicieux de rappeler que Tlaltecuhtli peut être représenté sous des traits masculins ou féminins. L’archéologue a d’ailleurs rédigé un excellent article sur le sujet.

« Qu’est-ce qui vous a le plus surpris à propos du monolithe de Tlaltecuhtli ?
- L’information qu’il nous donne en ce qui concerne les rituels funéraires. »
Ici encore Matos Moctezuma aurait pu développer sa réponse et parler par exemple de l’offrande 125, de ses silex décorés avec les atours de Xolotl et Quetzalcoatl.
Retenons quand même la publication prochaine d’un livre sur l’histoire de l’archéologie mexicaine et celle à venir de Leonardo López Luján sur l’art monumental mexica. Enfin Matos a évoqué la préparation d’un nouvel ouvrage ayant pour thème la mort dans le Mexique préhispanique.

On appréciera particulièrement la mise au clair de Matos Moctezuma sur des questions pour le moins surprenantes :
"Le gouvernement espagnol est en train d’utiliser d’influences pour modifier l’histoire. Il cherche à faire oublier au Mexique et au monde les détails cruels de la Conquête et de la Colonie et pose en saints évangélisateurs les conquistadores.
- L’archéologie, en tant que partie de l’histoire, doit rester collée à la vérité et non pas inventer quelque chose qui aille dans un sens ou un autre. Je ne sais rien de cette campagne mondiale dont vous parlez."
De la même manière, on retiendra le début d’explication de Matos pour expliquer les différents fragments qui composent le monolithe et son trou au centre : « On pense que ce sont les Mexicas voulurent l’élever et placèrent des rondins de bois dessous, ce qui a pu provoquer la rupture de la pièce". A la différence de López Luján qui n’avait pas manqué de parler de la présence de sandales d’obsidiennes, et donc la représentation d’un personnage, Matos Moctezuma explique simplement qu’on devait certainement voir le nombril de la déesse sur la pièce manquante.
Pour conclure, le salon de discussion d’El Universal laisse un arrière-goût sans saveur. Est-ce les contraintes de temps, la succession rapide des questions ou leur manque de précisions, ce format qui privilégie l’interactivité entre le lecteur et le spécialiste laisse franchement à désirer. Un modérateur était en charge de choisir les questions. Sur les 65 proposées, Matos Moctezuma a répondu à 56.
Sa plus belle réponse est celle qu’il fait à une jeune étudiante en archéologie avide de conseils. « Qu’on ne te dise pas que tu vas mourir de faim. On doit étudier ce qu’on aime et si tu aimes l’archéologie, alors fonce ! » J’aurais aimé avoir des proches et des professeurs qui me motivent de cette manière !

Références :
MATOS MOCTEZUMA, Eduardo. 1990.
« Tlaltecuhtli señor de la tierra ». In Obras, Estudios mexicas, I (tomo 2), E. Matos Moctezuma, Colegio Nacional, Mexico, p. 3-55 [rééd. de ECN, núm 27, IIH-UNAM, Mexico p. 15-40].

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