Accéder au contenu principal

L'ancien calmecac de Tenochtitlan bientôt ouvert au public

Pour changer, parlons encore du Templo Mayor, de la Rue Guatemala et du Serpent à plumes. Voici quelques jours, nous vous annoncions la découverte de ce qui constitue probablement l'ancien temple rond d'Ehecatl-Quetzalcoatl. Cette fois, nous allons remonter un peu plus loin dans nos archives et reparler d'une structure située à quelques mètres de mentionnée dans la note précédente.

C'est par le biais du quotidien La Jornada que nous apprenons que le calmecac de l'ancien centre cérémoniel de Tenochtitlan allait prochainement être proposé à la visite pour le touriste en goguette. Commençons par quelques questions : qu'est-ce qu'un calmecac ? A quoi servait-il ? Où était-il situé ? Qu'y apprenait-on ?

Pour répondre, il convient de se replonger dans les sources coloniales. Chez les Mexicas, l'accès à l'éducation était ouvert aux garçons. Les filles restaient dans le giron maternel pour y apprendre les rudiments du tissage et des travaux domestiques. En revanche,  les garçons, selon leur origine sociale, ouvaient entrer à l'école des futurs guerriers, appelée telpochcalli, et celles pour les futurs prêtres.

Calmecac et tlamecazqui. In Codex Mendocino, fol. 61r, détail.
Consultable le 3 mars 2010 sur 

Situé dans le centre cérémoniel, à côté du Temple rond d'Ehecatl-Quetzalcoatl, le calmecac du Templo Mayor devait être certainement l'un des plus côtés. Là, les jeunes gens issus de la noblesse appelés pipiltin, apprenaient des chants destinés aux dieux, en particulier à Quetzalcoatl. On leur montrait les danses, l'écriture et la compréhension des codex (Sahagun, 2000 : Appendice III, IV, 332) et VII, 336-340).

La discipline qui régnait au telpochcalli aurait été toutefois un peu moindre si on considère l'absolue austérité du calmecac. Il faut dire que c'est du calmecac que sortaient les prêtres les plus importants, notamment le titre de Tlamacazqui Quetzalcoatl, selon Sahagun (2000 : I, V, 73). Sahagun utilise le terme Tlamacazqui pour désigner le pénitent en nahuatl. Mais il parle également de cuacuacuilti.

Cependant le lien avec le serpent à plumes n'est donc pas évident. Si Quetzalcoatl-Ehecatl symbolise le roi-prêtre pénitent de Tula (Sahagun, 2000 : I, III, 308), les anciennes représentations du serpent à plumes ne permettent pas une telle association. Sahagun est cependant très clair : les parents qui "offraient leur fils au dieu Quetzalcoatl Tlilpontonqui pour qu'il entre au calmecac". D'ailleurs les parents déposaient des offrandes devant la statue de Quetzalcoatl à l'intérieur du calmecac. Mais l'élève du calmecac se soumettait à des rituels et des travaux propres à l'école parfaitement inventoriés par Sahagun (2000 : Appendice III, VIII, p. 338-340).

Pour autant de nombreux calpulli avaient leur propre calmecac, comme le rappelle Couvreur (2002, citant CF 1950-1981, 2, p. 206). D'ailleurs Sahagun parle de sept calmecac.

Références bibliographiques.
BARRERA RODRÍGUEZ, Raul et Gabino LÓPEZ ARENAS. "Hallazgos en el recinto ceremonial de Tenochtitlan". In Arqueología Mexicana, vol. XVI, núm. 93, Editorial Raices-INAH, Mexico, pp. 18-25.

Códice Mendocino, Biblioteca Bodley, Oxford. Consultable en ligne le 3 mars 2010, sur : http://commons.wikimedia.org/wiki/Codex_Mendoza .

COUVREUR, Aurélie. 2002. "La description du Grand Temple de Mexico par Bernardino de Sahagún (Codex de Florence, annexe du Livre II)". In Journal de la Société des Américanistes, 88, Musée de l'Homme, Paris, p. 9-46. Document en ligne (pdf) disponible le 3 mars 2010 sur : http://jsa.revues.org/index2742.html .

MATOS MOCTEZUMA, Eduardo. 2008. Tenochtitlan. Fideicomiso Historia de las Américas, Serie Ciudades, Colegio de México-Fondo de Cultura Económica.

SAHAGUN, Bernardino de. 2000. Historia de las cosas de Nueva España. A. Lopez Austin et Josefina Garcia Quintana (éds.), 3 vols, Cien de México, CONACULTA, Mexico. 

SOUSTELLE, Jacques. 1955. La vie quotidienne des Aztèques à la veille de la Conquête espagnole, Hachette, Paris.

2 commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Raíces 328 - El Proyecto Uacusecha con Marion Forest

En homenaje a la arqueológa América Vázquezfallecida en el sismo del 19 de septiembre, y al arqueólogo Rodolfo Neftalí Mercado.

Esta semana en Raíces recibimos a una gran promesa de la arqueología francesa en México. Marion Forest es miembro del Proyecto Uacusecha, nacido de la colaboración del Centre National de Recherche Scientifique de Francia, del CEMCA y del INAH. Este equipo binacional explora desde hace varios años el Malpaís michoacano.

Como cada semana, les presentamos este programa en el portal Archive en formato ogg.

Créditos musicales Banda La Michoacana,Silvia Sapichu - Michoacan, MéxicoLila Downs - Tirineni TsitsikiReferencias bibliográficas Lista de publicaciones del Proyecto Uacusecha.

Forest, M. (2016). Urbanismo y sociedad en Malpaís Prieto, norte de Michoacán. Reflexiones acerca de la estructura espacial de un sitio prototarasco (1250-1450 d.C.). En Roskamp y S. Albiez-Wieck (eds.), Nuevas contribuciones al estudio del antiguo Michoacán. [archivo pdf] recuperado de ht…

Compte-rendu Arqueología mexicana 142

Arqueología mexicana nous propose une réflexion très complète et bien ficelée dans son numéro de novembre-décembre. A première vue, parler de législation pourrait paraître peu lié à ce qui constitue la raison même de la revue co-éditée par l’INAH et l’éditeur Raíces. Cependant il s’agit d’un thème qui nous plonge au coeur du mode de vie des peuples préhispaniques et l’adaptation de ces systèmes à celui importé du royaume de Castille et León.




Le dossier thématique contient huit articles. Dans le premier, rédigé par Carlos Brokmann, il est question de la diversité des systèmes juridiques dans l’ancien Mexique. Un point commun est qu’il s’agit de systèmes de lois reposant sur la tradition orale, répondant à une punition correspondant à chaque acte s’éloignant de la coutume ou de la conduite enfreinte. Si la majorité des documents font surtout référence aux lois et au système juridiques des Mexicas, il serait inapproprié que tous avaient la même organisation ou les mêmes règles de vie soci…

Décès du mayiste Erik Boot

Le nom d'Erik Boot ne vous est probablement pas très familier. Anthropologue néerlandais, diplômé de l'Université de Leyden et épigraphiste très doué, Boot était notamment un chercheur indépendant et un carnetier passionné : il en rédigeait trois en anglais depuis plus d'une dizaine d'années.

Maya News Update, un carnet présentant différentes actualités sur les groupes mayas préhispaniques.Ancien Mesoamerica News Update, carnet d'informations sur les découvertes concernant les anciennes cultures du Mexique et d'Amérique centrale.Maya Glyph Blog, un dernier carnet contenant les différentes propositions épigraphiques de Boot.Ses derniers billets concernaient une exposition sur les Mayas que le gouvernement guatémaltèque avait envoyé aux Pays-Bas en début d'année.
Mais Erik Boot n'était pas qu'un simple carnetier. Il avait notamment publié une quarantaine d'articles et d'essais qu'on peut retrouver sur la page Academia.edu. Comme tout bon may…