vendredi 1 février 2013

Arqueología Mexicana 119

C'est un de ces thèmes qu'on n'espérait plus voir et pourtant il s'agit d'un des aspects les plus fascinants de la société mexicaine et de sa construction au cours des quatre derniers siècles. Les racines africaines du Mexique ne sont pas a priori très présentes dans ce pays, où la dualité européenne et indigène domine la nation mexicaine depuis son indépendance au début du 19e siècle. La déclaration d'indépendance mexicaine a de facto supprimé l'esclavage dans ce qui était la Nouvelle Espagne mais également tout le système de castes alors en vigueur. Dès lors, les minorités africaines et asiatiques ont été diluées dans un inconscient national reposant principalement sur les racines européennes et autochtones. Le système de recensement mexicain utilisé ne propose d'ailleurs aucune option Afrodescendants ou Afromexicains comme il peut le faire pour les autres ethnies autochtones. D'ailleurs, l'arrivée d'Africains sur le territoire mexicain était complètement occulté des livres jusqu'il y a quelques années. Cet effort timide mériterait pourtant plus d'insistance et de consistance de la part des autorités. Pourtant deux des pères fondateurs du Mexique avait une ascendance africaine prouvé : Vicente Guerrero et José María Morelos y Pavón.

Il y a deux ans, Emiliano Gallaga, archéologue et délégué de l'INAH au Chiapas, avait coordonné une publication intitulée Donde están ? et édité par l'UNIversidad de Ciencias y Artes de CHiapas. Elle comporte plusieurs participations rédigées par des anthropologues, archéologues ou historiens. Dans les années 1950 et 1960, l'anthropologue Gonzalo Aguirre Beltrán avait profondément dépoussiéré la place des Afromexicains dans l'histoire du pays, ouvrant la voie (trop confidentielle aux études sur cette communauté). En fait, selon l'aveu même de l'auteur, ces publications devaient être publiées dans la revue Arqueología Mexicana il y a plusieurs années. Ce qui n'eut pas lieu dans un premier temps et nous permet de bénéficier désormais de deux publications complémentaires.

Pour ce numéro spécial, c'est la bioarchéologue Vera Tiesler qui occupe la chaise de coordinatrice de publication. Sauf quelques exceptions, on retrouve globalement les mêmes auteurs que dans Donde están ?. L'article d'Enrique Martínez Vargas et Ana María Jarquín Pacheco est une version simplifié des sacrifices et des actes d'anthropophagie perpétrés à Zultepec en 1520. Pilar Zabala Aguirre revient sur l'assimilation et le métissage: elle s'est intéressée en particulier aux professions et à la place des populations africaines en contexte urbain. Abigail Meza revient sur la présence d'individus d'origine africaine dans les vestiges de l'Hospital Real de San José de los Naturales. Cet endroit, destiné aux populations originaires, servait également pour les métisses. L'état de Campeche et sa capitale-forteresse comptait un cimetière multiethnique : Andrea Cucina, Heber Ojeda Mas et Carlos Huitz Baquero dressent un portrait d'Africains de la première génération à partir d'analyses ostéologiques et taphonomiques. Juan Manuel de la Serna y Herrera revient sur la présence africaine dans l'histoire de l'état de Veracruz, notamment aux alentours de la ville. Vera Tiesler et Douglas Price élargissent le panorama de cette étude en proposant les résultats d'une nouvelle étude archéométrique reposant sur les propriétés isotopiques de leurs restes, notamment leur dentition. L'analyse des dents permet d'identifier le régime alimentaire d'un individu mais également de retracer sa mobilité. Yuri González Díaz explique ensuite brièvement les tentatives de rébellion en Amérique.

En marge de ce dossier, on notera l'article d'Arturo Pascual Soto sur les fragments de peinture murale découverts sous l'Édifice 40 d'El Tajín, Datées de l'Épiclassique, ces peintures contienne une iconographie s'inscrivant dans une tradition mésoaméricaine relativement connue.

De leur côté, Leonardo López Luján poursuit sa série d'articles sur les explorateurs étrangers en terre mexicaine au 19e siècle. En collaboration avec Sonia Pérez, ils reviennent sur les tribulations du capitaine flamand Guillaume Dupaix, qui dessina bon nombre de pièces archéologiques présentes dans des collections particulières.

Enfin une dernière publication tente de justifier et d'expliquer le processus de construction du musée de la zone archéologique de Tzintzuntzan, au Michoacan. Rédigé à quatre mains par la présidente très critiquée du Consejo Nacional de Arqueología, l'archéologue Nelly Robles, et l'archéologue Olga Landa Alarcón, l'article ne manquera d'alimenter la polémique très médiatisée tant au sein qu'en dehors de l'INAH sur le respect du patrimoine national et les libertés prises par l'autorité qui est sensé en assurer l'intégrité.



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