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Izapa, Chiapas abandonné par l'INAH ?!

Si on en croit cet article publié sur le site du quotidien El Sur, le site mixe-zoque d'Izapa, situé dans l'état du Chiapas est en grand danger. Passons rapidement sur l'introduction complètement farfelue proposée par le sieur Rubén Zúñiga : ses connaissances et son sérieux sur la prétendue prophétie de 2012 lui font dire que l'alignement cosmique responsable de la destruction de ce monde sera visible à Izapa. Cela relève évidemment autant des théories New Age que des tenants du complot du NOM (entendez Nouvel Ordre Mondial)... Nous conseillons à M. Rubén Zúñiga d'aller faire un tour sur le carnet de David Stuart pour se rendre compte de la vacuité de sa réflexion.

Ce type d'introduction rend du coup une lecture du reste de son article beaucoup plus sceptique, tout sérieux qu'il prétend être. Car le problème du financement des fouilles et des opérations de conservations et restaurations est récurrent à l'INAH. En effet le cri d'alarme lancé par Emilio Gallega Murrieta, délégué INAH au Chiapas, n'est pas unique en son genre. Combien de sites archéologiques à travers le pays sont laissés à leur compte ? Combien, faute d'une sécurité ou victimes de la corruption de certains gardiens, sont ainsi pillés de leurs pièces les plus significatives ? Quand on visite Chichen, Tulum, Teotihuacan, Monte Alban ou Palenque, les accès sont restreints, ces sites étant victimes d'un tourisme culturel de masse qui les met également en danger.

En revanche on ne peut être que circonspect devant la volonté du gouvernement Calderon de faire fouiller et ouvrir deux nouveaux sites dans la région (Chiapa de Corzo et Lagartero) pour 2012, sans au préalable s'assurer de l'état d'autres sites comme Izapa. Qui plus est, Izapa, comme Chiapa de Corzo est situé à quelques kilomètres de Tuxtla Chico, près de Tapachula. Cette municipalité est devenue la nouvelle destination que les autorités fédérales essaient de promouvoir depuis quelques temps, pour drainer les touristes venant de Palenque.

En ce qui concerne la zone d'Izapa, Gallega Murrieta reconnaît ne pas avoir d'archéologue assigné à la zone, pas plus qu'un projet de sauvegarde et de fouilles. Afin d'assurer les travaux les plus urgents dans le Chiapas, M. Gallega Murrieta avoue s'être réuni avec différents entrepreneurs locaux, récupérant ainsi les fonds suffisants. Que le sauvetage des sites mexicains passent par le secteur privé est préoccupant. Il est rare que des entreprises fassent ce type de dons sans s'assurer une contrepartie à leur avantage. M. Gallega Murrieta a raison de rappeler que le seul état du Chiapas compte 177 sites archéologiques et que seulement 10% de Palenque ont été fouillés : comment garantir la conservation pérenne de ces sites sans faire appel à des parrainages privés ? Il appartient autant au gouvernement fédéral, à ses pendants régionaux et municipaux, ainsi qu'aux autorités de l'INAH à México et au Chiapas d'encadrer strictement ce type d'aide, sous risque de voir se multiplier les problèmes.

Gardons en mémoire comment un hôtel situé sur le site archéologique de Chichen Itza laissait entrer indument des visiteurs de nuit dans des parties interdites au public, en arguant du fait que ses propriétaires étaient également propriétaires des terrains sur laquelle se trouvent les monuments... Selon la loi et la constitution mexicaines, il incombe au minimum à l'INAH d'assurer la sécurité et l'intégrité de chaque zone archéologique du pays. Méfiance donc. 

Revenons maintenant à Izapa. Ce site est situé à quelques encâblures de Tapachula, une des nouvelles destinations touristiques que le gouvernement fédéral cherche à promouvoir sur la côte du Pacifique. La frontière avec le Guatemala reste également proche, comme en témoigne la présence du volcan Tacana  : ce dernier était certainement un azimut privilégié par les anciens habitants d'Izapa pour observer le mouvement des astres et suivre également le calendrier.

Parlons-en justement, des habitants. Izapa, tel que nous le connaissons, est le résultat d'une occupation millénaire. Les fouilles archéologiques ont montré plusieurs étapes au cours desquelles se sont succédé des peuplades mixe-zoques et mayas dès le Formatif (1500 avant notre ère) jusqu'au Classique tardif (vers 800 de notre ère). Izapa aurait ainsi été contemporain des sites olmèques de la Venta, au Tabasco, et San Lorenzo Tenochtitlan, éloignés de plus de 500 kilomètres au nord, sur la côte du Golfe.

Un débat d'experts, Coe et Smith pour ne pas les nommer, a eu lieu pour déterminer la présence d'éléments artistiques olmèques. Car le style artistique est architectural fait beaucoup à penser à cette culture. Cette zone de la Mésoamérique a d'ailleurs continué à manifester des influences d'autres parties. Izapa est situé dans l'ancienne province du Soconusco, avancée la plus lointaine de la Triple Alliance aztèque, notamment parce que le contrôle de la fêve de cacao, massivement produite dans la région, servait de monnaie d'échange.



D'après les descriptions proposées par Malmstrom et Pohl, Izapa est composé de 8 groupes comprenant au total 130 monticules. La principale pyramide, le monticule 60 a les dimensions les plus imposantes du site.

Certaines inscriptions visibles sur une stèle d'Izapa ont provoqué une autre polémique : on y lirait la date originale du calendrier de 260 jours (calendrier vénusien). Cette même date a déjà été observée sur d'autres sites mayas au Classique.

Cette petite vidéo réalisée par le présentateur de la série documentaire Exploration Maya, diffusée sur History Channel, vous donnera une petite idée du site.



Enfin, si vous prenez le métro au DF, vous apercevrez des moulages de nombreuses stèles originaires d'Izapa. Selon un inventaire effectué par Garth, pas moins de 89 stèles auraient été comptées, auxquelles on peut ajouter soixante autels, trois trônes, et  une autre soixantaine d'objets sculptés. Consultez l'article de Wikipedia en anglais pour les voir.

A la lecture de cette note, vous aurez peut-être compris l'importance historique et archéologique d'Izapa et l'inquiétude légitime quant à sa conservation et à l'absence de projet de recherche. Les références disponibles sur la toile reste limitée. En passant au crible Google et d'autres moteurs de recherche comme Ixquick, on peut quand même trouver les liens suivants :

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