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Curieuses découvertes au pied de la Pyramide de la Lune à Teotihuacan

Dans un bulletin publié hier sur le site de l'INAH, Verónica Ortega, sous-directrice de la zone archéologique de Teotihuacan, a annoncé une série de découvertes troublantes reprises dans différents médias mexicains comme la Jornada, Milenio ou El Universal. Cette partie du site est d’ailleurs le pré carré de la chercheuse mexicaine, elle qui fut notamment en charge de la supervision du Palais de Quetzalpapalotl.




“La nature a horreur du vide”, disait Aristote. Force est de constater que le vide était abhorré dans la cosmovision mésoaméricaine. En plus de cent années d’exploration à Teotihuacan, la place située au pied de la Pyramide de la Lune n’a été sondée et fouillée superficiellement que dans les années 1960 ! La Structure A qui la ferme au nord est pourtant en train de révéler des secrets trop longtemps gardés. Mesurant 25 m de côté, cette structure continue de générer de nombreuses interprétations et de polémiques entre spécialiste. Elle est composée en surface d’une dizaine d’autels disposés en forme de quinconce appelé parfois et improprement “croix teotihuacaine”.


Au terme d’une deuxième campagne de fouilles entreprises l’année dernière et dirigées par Verónica Ortega, la structure A a commencé à révéler certains secrets conservés dans son sous-sol. Ortega rappelle que les éléments retrouvés nous donnent un paysage urbain très différent à celui que le visiteur peut observer actuellement. En l’occurrence, la Pyramide de la Lune avait des dimensions moindres et la partie adossée à la Pyramide n'existait pas.


Wikimania temple of the moon 7209566.jpg
Fouilles de la structure 9, Teotihuacan,
Crédit photo : slowking4, prise le 20 juin 2015.
Disponible le 07/05/2015 : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a5/Wikimania_temple_of_the_moon_7209566.jpg/800px-Wikimania_temple_of_the_moon_7209566.jpg


La place était probablement entièrement recouverte de petites cavités. Pour l’heure 400 ont été enregistrées dans la Structure A, mesurant de 20 à 25 cm de diamètre et jusqu’à 30 cm de profondeur. Les Teotihuacains avaient pris soin d’avoir déposé des pierres et des graviers de rivière au fond de chacune. Quel était leur signification ? Pourquoi cette disposition a priori aléatoire de ces cavités ? Quels outils ont été utilisés pour préparer ainsi le sol ?




Cavités retrouvées au coin sud-ouest de la Structure A, Teotihuacan.
Crédit photo : Proyecto Estructura A / INAH.
Disponible le 07/05/2016 :


Le sous-sol de la Structure A a révélé la présence de cinq fosses, détectées préalablement par des puits de sondages et des géoradars. Il révèle notamment la séquence de construction de cette section de la place de la Lune. Le plus surprenant est la présence de cinq stèles en pierre verte, dont deux avaient mises côte à côte dans une fosse. Il s’agit d’espace atteignant 60 cm de large pour une profondeur de 3,5 m à 4 m. Leurs hauteurs varient entre 1,5 m et 1,8 m et leurs masses entre 500 et 800 kgs. La profondeur est un indicateur chronologique. Ces dépôts ont probablement été effectués au vers 100 de notre ère, avant même la construction de la Pyramide du soleil, et sont contemporains de la première phase de construction de la Pyramide de la Lune. La responsable du Proyecto Estructura A explique que ce système de fosses a connu de nombreuses phases d’utilisation pendant pas moins de 500 ans ! Les vestiges de céramiques retrouvés au fur et à mesure de la fouille de ces fosses témoignent d’une grande diversité qui reflète cette chronologie.


Emiliano Melgar, collaborateur du Musée du Grand Temple, a été sollicité pour établir l’origine géographique de la carrière d’où elles furent extraites. Là encore, on ne peut être que surpris et circonspect sur les méthodes et outils employés pour acheter des blocs depuis l’actuel état de Puebla !


Un des derniers aspects spectaculaires de ces fouilles sous la Place de la Lune donsiste en la découverte de deux canaux artificielles au nord et au sud de l’autel central. Situés à peine à 10 cm de profondeur, ces deux canaux ne servaient, selon Ortega, en aucune manière de canalisations pour l’écoulement des eaux de pluies. Tous deux mesuraient 25 m de long, 3 à 5 m de large et jusqu’à 3 m de profondeur.


Vue du canal sud depuis l’escalier sud de l’autel central, Place de la Lune, Teotihuacan.
Crédit photo : Proyecto Estructura A / INAH.


Étant donné le contexte partiel fouillé et enregistré, les hypothèses d’interprétation sont multiples et piégeuses. Mais la présence de pierre verte, de graviers de rivière et des canalisations semble nous orienter vers un lien avec la fertilité et les divinités aquatiques, comme le propose Ortega. Pour l’heure, il nous faudra attendre que la deuxième et dernière saison de fouilles s’achève en juillet prochain et que le long et patient travail de laboratoire nous offrent ces premiers résultats.


Pour en savoir plus sur cette découverte, nous vous invitons à consulter ce diaporama et ce reportage.



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