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Nim Li Punit, quelques amuse-bouches archéologiques et épigraphiques


Geoffrey Braswell est professeur d’anthropologie à l'Université de Californie à San Diego la plupart de l’année. Mais de temps en temps, il lui arrive de crapahuter dans le sud du Bélize, près du lieu-dit Indian Creek, situé dans le district de Toledo. Il est vrai que nous sommes pas trop habitués à parler du Belize dans ce carnet. Il ne faudrait pas oublier pourtant que ce petit pays, autrefois colonie britannique connu en tant qu’ Honduras britannique, était occupé par des groupes mayas il y a encore 500 ans. Des fouilles entreprises par l’équipe binationale dirigée par Braswell donne des résultats tangibles qui sont aujourd’hui dans cet article de Kiddera (2017) publié en ligne sur le site Phys.org. Ce papier fait écho à deux publications plus pointues (Irish & Braswell, 2015; Prager & Braswell, 2016) qu’on peut directement consulter sur le profil Academia de Braswell.
Redécouvert en 1976, Nim Li Punit n’a connu que quelques fouilles systématiques pendant les années 90 du siècle dernier et depuis la seconde moitié de la décennie passée.. Une séquence céramique a permis d’établir que le site a été occupé entre 150 et 850 de notre ère. Des études bioarchéologiques effectuées sur les ossements retrouvées dans quelques tombes ont permis d’établir des liens de parenté entre l’élite de Nim Li Punit et celle de Copán, situé au Honduras (Braswell, 2016: 1). En 2015, l’équipe de Braswell venait achever la fouille et la consolidation de la structure 7 qui contenait deux phases de construction. C’est là qu’ils ont découvert la tombe 5 qui contenaient une grande concentration d’objets dans un espace relativement restreint (Braswell, 2016: ill. 1 et 4).

Un pectoral en jade constitue probablement une des pièces les plus spectaculaires. Elle mesure 19 cm de long, 10 cm de haut et 0,76 cm d’épaisseur. Il convient d’apprécier ce dernier point à sa juste valeur : la dextérité des tailleurs de pierre et la précision des coups qu’ils ont pu porter sans endommager la pièce. Cette minceur permet pourtant d’émettre différentes hypothèses sur la/les technique(s) utilisée(s) pour son élaboration. Détail amusant, Braswell a passé une bonne partie de sa carrière à l’étude de l’obsidienne (Braswell, 1996; Irish & Braswell, 2015; Glascock, M. D., Braswell, G., & Cobean, R., 1998, Braswell et al., 2000). Sur la partie antérieure est inscrit le glyphe ik, vent, avec sa caractéristique forme de T. Ce pectoral avait été déposé en offrande sous une plateforme qui reprend la même forme en T (Braswell, 2016: 2-7). Il était déposé sur une excentrique en obsidienne taillée symétriquement et d’une vaisselle dont la figure central présente des traits anthropomorphes et un bec d’oiseau qui pourrait éventuellement représenter une divinité du vent, comme certaines images postclassiques du centre du Mexique (Braswell, 2016: ill. 4 et 5).
Sur la partie postérieure figurait le texte suivant, contenant trente glyphes répartis sur quatre lignes se lisant de droite à gauche. (Kiderra, 2017)

Partie postérieur du Pectoral du Vent.
Jadéite, Tombe 5, Structure 7, Nim Li Punit, Belize. Classique tardif
Crédit photo: University of California - San Diego
On y retrouve entre autres éléments la date 9.12.0.0.0, 28 juin 672, et le nom probable de son propriétaire, Janaab? Ohl K’inich.
Coïncidence ou non, les stèles 2 et 5 de Nim Li Punit, datées de 721 et 731 mettent en scène deux personnages qui portent un pectoral très semblable (Braswell, 2016: ill. 8 et 9). L’archéologue américain n’exclut pas que le bijou puisse avoir été offert ou échangé par un visiteur de prestige à un dirigeant pour l’heure inconnu de Nim Li Punit (Braswell, 2016: 10).
Mais les analyses d’autres objets font douter Braswell et son équipe : la vaisselle anthropomorphe est datée vers 800 de notre ère et d’autres fragments de céramique ont été datés 400 ans plus tôt ! Alors comment comprendre ce puzzle. On en est évidemment réduits aux hypothèses. La plus solide consisterait en ce que différents objets aient été décontextualisés avant d’être inhumés à nouveau vers 830 dans la Tombe 5, faisant de la Structure 7 un espace consacré au Dieu du vent. Il pourrait aussi s’agir d’une offrande propitiatoire étant donné qu’au niveau macrorégional, un long épisode de sécheresse frappait les principaux centres urbains mayas : il n’eût été guère étonnant de demander l’aide de cette divinité à une époque où l’eau manquait sérieusement et menaçaient tangiblement la survie des groupes concernés.

Références bibliographiques
Braswell, G. (1996). A Maya obsidian source: the geoarchaeology, settlement history and ancient economy of San Martin Jilotepeque, Guatemala (Doctoral dissertation, Tulane University).
Braswell, G., Clark, J., Aoyama, K., McKillop, H., & Glascock, M. (2000). Determining the Geological Provenance of Obsidian Artifacts from the Maya Region: A Test of the Efficacy of Visual Sourcing. In Latin American Antiquity, 11(3), 269-282. doi:10.2307/972178
Braswell, G. & Glascock, M. D. (2002). The emergence of market economies in the ancient Maya world: Obsidian exchange in Terminal Classic Yucatan, Mexico. M. Glascock (ed.), Geochemical evidence for long-distance exchange, 33-52, Newport: Bergin & Garvey.
Glascock, M. D., Braswell, G., & Cobean, R. H. (1998). A systematic approach to obsidian source characterization. In Steven Shackley (ed.), Archaeological obsidian studies, 15-65, New York: Springer.
Irish, M. D., & Braswell, G. (2015). Towards an Archaeological Chronology of Southern Belize. In Research Reports in Belizean Archaeology, 12, 271-279, [archivo pdf] recuperado de ttps://www.academia.edu/15627882/_2015a_Towards_an_Archaeological_Chronology_of_Southern_Belize
Kiddera, I. (24 février 2017). Second largest Maya jade found in Belize has unique historical inscription, retrouvé de https://phys.org/news/2017-02-largest-maya-jade-belize-unique.html
Raíces UDEM. (30 août 2015). Le jade et son exploitation préhispanique avec Laura Filloy Nadal, [archivo audio] retrouvé de http://mexiqueancien.blogspot.com/2015/08/raices-218-le-jade-et-son-exploitation.html
Najera Coronado, M. (2015). Dioses y seres del viento entre los antiguos mayas. Mexico: UNAM; Instituto de Investigaciones Filológicas. Retrouvé le 27/02/2017 http://www.iifilologicas.unam.mx/ebooks/dioses-y-seres-del-viento/#/0 .
Prager, C. M., & Braswell, G. E. (2016). Maya politics and ritual: An important new hieroglyphic text on a carved jade from Belize. Ancient Mesoamerica, 27(2), 267-278, [archivo pdf] recuperado de https://www.academia.edu/29162709/_2016c_Maya_Politics_and_Ritual_An_Important_New_Hieroglyphic_Text_on_a_Carved_Jade_from_Belize

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