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Hayao Miyazaki : quand nature rime avec culture

Je vous propose la réédition de quelques articles écrits sur la défunte gazette de ditaime. Les thèmes sont hétéroclites, à mon image en fait. Il s'agit ici d'une petite chronique sur le studio Ghibli, publiée en février 2005.

L'animation vous fascine ou vous rebute. En tout cas elle ne vous laisse pas insensible. Découvrons-la au travers d'un de ses représentants les plus connus : Hayao Miyazaki. L'actualité culturelle a en effet été marquée par deux événements le concernant et que nous vous proposons de découvrir...

Le réalisateur phare de l’animation japonaise de ces vingt dernières années, Hayao Miyazaki, a connu un succès planétaire avec des productions comme Princesse Mononoke ou Le Voyage de Chihiro. Reculé à plusieurs reprises, son dernier long métrage, Le château ambulant, est sorti le 12 janvier dernier dans les salles obscures françaises. Parallèlement, une exposition, dédiée à l’œuvre de Miyazaki et à celle de Moebius, créateur de la BD Blueberry, se tient actuellement à la Monnaie de Paris. L’occasion était trop belle pour ne pas évoquer ces deux événements attendus par les fans du Studio Ghibli…


Pour l’instant commençons notre voyage miyazakien par son dernier film : Le château ambulant.
Sophie est une jeune et jolie chapelière de 18 ans. A la suite d’un malentendu concernant un élégant et charmant magicien, Hauru, elle est transformée en vieille femme de quatre-vingt-dix ans. Sophie quitte alors sa ville à la quête de ce qui pourra lui rendre son apparence. Perdue dans la montagne, elle trouve refuge dans le mystérieux château d’Hauru composé d’objets en tous genres, ce dernier se déplace grâce au pouvoir d’un adorable petit démon du feu, Calcifer. Sophie apprend ainsi que, pour défaire le maléfice qui la touche, elle devra découvrir le pacte secret qui lie Calcifer et Hauru. Aidé du petit Marko, gardien des lieux en l’absence de son maître, et d’un épouvantail magique appelé Navet, Sophie réussit à se faire engager comme femme de ménage…

C’est sur cette accroche plaisante qu’Hayao Miyazaki saisit rapidement l’attention du spectateur. C’est la première fois que le réalisateur nippon s’attaque à l’adaptation d’un roman européen pour enfants, Howl’s moving castle écrit par l’anglaise Diana Wynne Jones. Un pari qui s’avère en grande partie réussie dans la mesure où Miyazaki-sensei a su allier ses thèmes de prédilection et en trouver de nouveaux. On retrouve ainsi une héroïne jeune et déterminée, une vision magnifiée de la nature, un lieu et une époque imaginaires. Une profusion d’engins et de personnages plus insolites les uns que les autres font leur entrée dans l’univers du réalisateur.

Miyazaki place avant tout « le plaisir du spectateur » comme ligne de conduite à son travail. Visuellement parlant, l’artillerie lourde a été de mise : les couleurs sont variées mais toujours appropriées, l’intégration d’éléments en deux dimensions dans des décors mobiles en trois dimensions se révèle pratiquement imperceptible, et les plans panoramiques sont impressionnants. Le spectateur en prend plein les yeux. Mais il en prend également plein le cœur en riant des affres de la vieillesse que connaissent Sophie ou la Sorcière des Landes ou de la lâcheté d’Hauru, en s’émouvant de l’obstination de l’héroïne pour recouvrer son apparence et trouver l’amour.

Dès lors, nul doute que ce film puisse déconcerter les amateurs des productions de Miyazaki, notamment le public japonais. Le scénario semble parfois mal amené, être moins linéaire. C’est un choix de narration légitime quand on cherche à se renouveler et à montrer plus que ce qu’on sait déjà faire. Il faut savoir que l’œuvre originale de Siana Wynne Jones s’étale sur trois tomes, impliquant certainement quelques coupures. Précisons que Miyazaki s’est inspiré de Strasbourg pour représenter la ville de Sophie et des sculptures « déglinguées » de Jean Tinguely pour la conception du château ambulant.

Bref, même si on croit revoir par moments tel plan de Princesse Mononoke, de Porco Rosso ou du Château dans le ciel, on a besoin de ce genre de repères quand on aime Miyazaki. Un spectateur ignorant de ces œuvres ne sera pas perdu et se laissera bercer par la bande-originale composé par Jô Hisaishi qui a participé à tous les autres anime du maître. Le château ambulant est selon lui son avant-dernier projet.

Pour vous faire une idée plus objective, voici les réactions contrastées de spectatrices à la sortie de la salle:
"Même si Miyazaki reste une valeur sûre, j'ai été déçue par cette anime. L'histoire est très nian nian et la fin digne d'un Disney. De plus, certains personnages ont comme une impression de déjà vu : une grand-mère toujours identique graphiquement, un beau jeune homme qui se transforme en créature volante...
Ses dessins ainsi que les musiques sont tout de même magnifiques et ses personnages toujours très attachants mais un sentiment de déception reste présent à la fin du film."

"Personnellement; j'ai beaucoup aimé. Il y a une ou deux choses que je n'ai pas réellement comprises et qui mériteraient que je le revois (ce n'est pas en raison du manque de linéarité je pense mais j'ai un esprit peut être trop logique et il faut parfois chercher derrière)[...] J'ai remarqué la ressemblance de certains personnages avec d'autres déjà vus mais ça reste secondaire quand on voit la beauté d'Hauru ou les traits de la vieille femme derrière laquelle se cache Sophie.
Ce n'est pas le meilleur des Miyazaki mais il vaut la peine d'être vu! "

Que dire alors de l’exposition qui se tient quai Conti au siège de la Monnaie de Paris jusqu’au 13 mars prochain (veinards de Parisiens !!!)? D’abord c’est un événement en soi dans la mesure où jamais les travaux préparatoires d’un réalisateur japonais d’animation n’avaient été exposés en Europe. Ce sont ainsi environ trois cents dessins originaux (esquisses, aquarelles, roughs, décors finaux…) que le spectateur découvre agencés dans cinq salles. On y retrouve des images des films les plus anciens de Miyazaki comme Nausicaa de la Vallée du vent (1984) et Le Château dans le ciel (1986), ou plus récents comme Princesse Mononoke (1997) et Le voyage de Chihiro (2001). Les amateurs découvrent ainsi des thèmes chers à Miyazaki comme la relation de l’homme avec la nature, l’aviation, la représentation de lieux imaginaires.

Une autre bonne raison de visiter cette exposition est l’hommage rendu à deux dessinateurs qui reconnaissent une influence et une admiration mutuelles vieilles de presque 30 ans. Moebius, alias Jean Giraud, traîne ses crayons de part le monde depuis une quarantaine d’année. Concepteur graphiste pour des films comme Tron, Alien ou Le Cinquième élément, Moebius est avant tout un auteur de BD connu notamment pour L’Incal. Leur rencontre tient du hasard mais les deux hommes partagent une vision commune de la nouveauté scénaristique, de la psychologie de personnages et un intérêt énorme pour l’utilisation des nouvelles technologies dans leur travail.

Vous l’aurez compris, ditaimiennes et ditaimiens, une petite visite s’impose. Elle peut s’effectuer en parallèle ou en complément du Château ambulant et intéressera autant les amateurs de graphisme, que les curieux de Miyazaki désireux de mieux cerner son univers ou que les fans de Ghibli soucieux de voir enfin son travail original et de le comparer à celui de Giraud. Bref, vos yeux crépiteront d’étoiles.



En ce qui concerne le film, rendez-vous sur :
http://www.lechateauambulant-lefilm.com/
http://www.buta-connection.net/ghibli.php3
http://www.kobuta-connection.net/
http://www.nausicaa.net/

Pour l’exposition, visitez les liens suivants, vous y trouverez toutes les informations pour votre visite :
Miyazaki-Moebius
Monnaie de Paris
Site Dvdrama

Merci à Emilie de Butaconnection.net pour sa précieuse aide.
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