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L'art au Mexique

Un de mes articles préférés publié en avril 2005...

« Aaaaahhhh, Esteban, Zia, Tao les cités d’or !! »… Il ne s’agit pas de vous proposer un karaoké des génériques de dessins animés des années 80, mais de vous faire voyager dans le temps et les arts du pays des Cités d’or chères à l’enfance de certaines forumeuses et certains forumeurs.

Parler de l’art au Mexique, c’est comme parler de l’art en Italie ou Chine. Cela relève du défi, tant les styles et les traditions artistiques sont anciennes et variées dans un pays grand comme quatre fois la France. Les premières manifestations esthétiques remontent à 2000 ou 3000 ans avant Jésus Christ. Ce mois-ci, je vous propose simplement de nous attarder sur les civilisations précolombiennes que sont les Mayas et les Aztèques. Bien loin d’être mortes, leurs traditions picturales ont inspiré bon nombre d’artistes mexicains modernes et contemporains comme nous le verrons avec Frida Kahlo et Diego Rivera.


Ill. 1. Carte de la Mésoamérique



Les Mayas
Respectons un tant soit peu la chronologie qui fait des Mayas une civilisation plus ancienne que les Aztèques. Les Mayas sont dans une continuité culturelle initiée par les Olmèques vers 1500 avant Jésus Christ.



Ill. 2. Tête olmèque, basalte, Hauteur : 2,85 m, Musée universitaire de Xalapa, Veracruz.


Les témoignages archéologiques les plus anciens concernant les mayas remontent au deuxième siècle avant Jésus Christ.

Les sociétés mayas se développent autour de grands centres cérémoniels pouvant s’étaler sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Retenons parmi les plus importantes Palenque (voir mes photos de carnet de voyage dans la Gazette n°7), Tikal située au Guatemala dont les pyramides ont depuis servi de décor pour La guerre des étoiles. Tous étaient recouverts de stucs peints de couleurs extrêmement vives dont il ne reste que de très rares fragments à cause des conditions climatiques.


Ill. 3. Vue générale du Temple de la Croix, Palenque, Chiapas.


L’âge d’or des Mayas s’étend de 300 à 800 de notre ère. C’est durant cette période que les arts (architecture, sculpture, céramiques, peintures…) sont les plus variés. On y trouve des encensoirs, des personnages représentés parfois avec expression réaliste.


Ill. 4. Personnages mayas, céramique, origine inconnue, Musée National d’Anthropologie, Mexico.


Certains groupes mayas n’hésiteront pas à effectuer des guerres de conquêtes en plein centre du Mexique comme en témoignent les peintures murales de Cacaxtla


Ill. 5. Peinture murale de la Bataille, Edifice A, Cacaxtla, Tlaxcala (vers 800 après Jésus-Christ).


Les arts se sont développés jusque 1200 après Jésus-Christ dans la cité de Mayapan, influencée par les arts le Mexique central. Pour les explorateurs du XIXe siècle, les Mayas équivalaient, par leur finesse et leur érudition, aux cités grecques antiques. Les raisons de la chute des nombreux royaumes mayas posent encore de nombreux problèmes aux archéologues. Une combinaison de facteurs semble avoir eu raison de leurs richesses : sècheresse prolongée, multiplication des guerres entre cités…



Ill. 6. Relief stuqué, Pyramide de Kukulkan, Mayapan, Yucatan.


Ce sont encore 22 idiomes mayas qui sont parlés actuellement au Guatemala, au Mexique, au Salvador, au Belize et au Honduras.


Les Aztèques


A la période où les Mayas dominaient le sud du Mexique, le centre du pays voyait la succession d’empires politiques et économiques important comme Teotihuacan (150-650 après Jésus-Christ) et Tula (950-1000 après Jésus-Christ).


Ill. 7. Peinture murale dite du Tlalocan, Tepantitla, Teotihuacan, Etat de Mexico.



Ill. 8. Atlantes, Hauteur : 4,5 m, Edifice B, Tula, Hidalgo (Photo de Heath Anderson).


Les récits collectés par les Espagnols rapportent la légende de ce peuple nomade dont le dieu tutélaire, Huitzilopochtli, avait indiqué comme lieu d'établissement un cactus où on verrait un aigle dévorer un serpent (emblème figurant sur le drapeau mexicain). La réalité historique tend à montrer qu’en fait les Aztèques se sont établis à un endroit déjà occupé. A partir du XIIIème siècle, ils ont développé rapidement un empire militaire et commercial considérable, récupérant ainsi des matériaux précieux pour représenter leurs dieux et préparer leurs instruments rituels.

Leur religion était marquée par le respect scrupuleux d’un calendrier de fêtes et de sacrifices importants, animaux et humains. Leur but était la bonne marche de l’univers et ils observaient soigneusement les phénomènes célestes et nocturnes comme les Mayas d’ailleurs. Quoi de plus normal alors que de rappeler les mythes de la création de la présente humanité et le rôle que les dieux ont pu jouer à travers céramiques, sculptures ou peintures. ?




Ill. 9. Serpent à plumes, rampe d’escalier sud, Grand Temple, Mexico, vers 1470.


A la différence des Mayas, les Aztèques possédaient un état centralisé autour de Tenochtitlan. L’empereur (tlatloani en langue aztèque) dirigeait les affaires de l’Empire tandis que le femme-serpent (Cihuacoatl) avait la charge des affaires de la capitale.

Frida Kahlo et Diego Rivera



Ill. 10. Diego et moi, 1931. Frida Kahlo, huile sur toile, 99 x 80cm, Musée d’art moderne de San Francisco.


Leur couple fait la fierté même des Mexicains. Frida (1907-1954) est la quatrième fille d’une mexicaine catholique et d’un austro-allemand juif. Cette double culture s’enrichit fortement de sa passion pour le passé glorieux de son pays. Atteinte par la poliomyélite, gravement blessée dans un accident de circulation à l’âge de 17 ans qui lui de nombreux opérations à la colonne vertébrale, elle a trouvé refuge dans la peinture.

L’exacerbation de ses sentiments, de ses douleurs, de ses rêves peuple bon nombre de ses autoportraits. Elle devient rapidement la coqueluche des Surréalistes européens comme Breton. Elle peint également de nombreux portraits de sa famille ou de ses proches.
Femme en avance sur temps, Frida devient une militante communiste de premier plan. Cet engagement politique n’est pas le fruit du hasard. Elle fréquente l’intelligentsia mexicaine, notamment Diego Rivera, secrétaire général du Parti communiste ouvrier mexicain.

Peintre muraliste, Rivera est l’auteur de très nombreuses fresques ornant la plupart des monuments publics de Mexico. Malgré la grande différence d’âge qui les séparait (Rivera étant né en 1886) et l’opposition de la mère de Frida, leur mariage fut loin d’être celui « d’un éléphant et d’une colombe ». L’un comme l’autre étaient assez volages. Leurs séparations répétées ne mettaient que plus en avant leur amour et leur admiration mutuelle.

Les arts maya, aztèque et teotihuacan ont une importance considérable dans leur carrière personnelle. Nombreuses sont les toiles de Frida où on peut voir des masques de Teotihuacan. Son ennuyeux séjour aux Etats-Unis, alors que Diego avait de nombreuses commandes à y honorer, rappelle le besoin chez Frida de ses racines mexicaines.

Dans son autoportrait de 1932, Frida se peint au centre de l'euvre partagée entre la puissante et moderne industrie américaine à sa gauche, et un profond enracinement des cultures mésoaméricaines à sa droite. On peut voir qu'elle a pris soin de figurer des masques de Teotihucan, un pyramide ainsi qu'une tête de mort sculptée. Cette dernière est semblable à celles visibles sur le râtelier de crânes, autel rituel que les Aztèques et les certains Mayas utilisaient pour exposer les têtes de leurs victimes sacrificielles.


Ill. 11. Autoportrait debout à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, 1932. Frida Kahlo, huile sur Métal, 31 x 35 cm, Collection Manuel et Maria Reyero, New York. In Prignitz-Poda, 2004.


Les fresques ornant le Palais National à Mexico rapportent les principales étapes de l’histoire de ce pays. On y voit notamment Quetzalcoatl, le dieu Serpent à plumes et emblème du pouvoir pour les souverains aztèques, représenté à proximité des héros de l’indépendance Mexicaine (1821) ou de la Révolution (1911-1920).

La fresque ci-dessous fait partie d'un ensemble dont le sujet est l'ancienne Mexico-Tenochtitlan. A l'arrière-plan se détache le Grand Temple consacrée à Tlaloc (dieu de la pluie) et Huitzilopochtli (dieu du soleil). Au centre de l'oeuvre, le tlatoani assiste au marché foisonnant de la ville. De nombreux corps de métiers y sont représentés : vanneurs, oiseleurs...




Ill. 12. Marché de Tenochtitlan, 1945, détail. Diego Rivera, fresque, Palacio Nacional, Mexico.


Malade au point de se faire amputer d’une jambe puis d’être alitée en permanence à cause des séquelles de son accident, Frida s’éteignit en 1954. Diego décéda trois ans plus tard. Aujourd’hui encore, leur place est importante dans l’inconscient mexicain. Ils symbolisent le couple mexicain par excellence mais également l’enracinement profond des arts contemporains de ce pays dans les traditions picturales précolombiennes.

Références bibliographiques :

Maria Longhena, 2001. Le Mexique ancien, Gründ.
Nikolaï Grube, 2002. Les Mayas : art et civilisation. Könemann.
Claude-François Baudez, 2004. Les Mayas. Guide Belles Lettres des Civilisations, Les Belles Lettres, Paris.
Helga Prignitz-Poda, 2004. Frida Kahlo, Gallimard, Paris.
Hayden Ferrera, 1996. Frida, une biographie de Frida Kahlo, Livre de poche, Paris.

Sites internet :

http://perso.wanadoo.fr/fatthalin/louvre/histoire_art/pre_colombien/precolombien1.html (en français)
http://www.mexonline.com/precolum.htm (en anglais)
http://www.fridakahlo.it/ (en anglais)
http://www.chez.com/frida/ (en français)
http://www.diegorivera.com/index.php (en anglais)

Sauf mention contraire, les photos ont été prises par le rédacteur de cet article. Merci de me contacter si vous souhaitez les utiliser
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