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Tribulations en pays maya

Un ressenti de voyage publié dans la Gazette mars 2005 suite à mon voyage de novembre 2004, au sortir d'une douloureuse rupture sentimentale.

Voyage, voyage, nous chantait une femme sans désir... Ce mois-ci découvrez avec votre guide, Cuervo, le Mexique, sous un autre angle, évitez la dictature des grands chemins touristiques...


Le Mexique se limite pas aux sombreros, à ses déserts ou à la mégalopole qui lui sert de capitale : Mexico. En dépit d’un flux touristique de plus en plus important et d’une présence américaine de plus en plus marquée, la République fédérale des Etats-Unis du Mexique a conservé de nombreux endroits où l’authenticité, la curiosité restent souvent de mise. Voici quelques extraits d’un journal de voyage (le deuxième) dans une partie les plus chaudes et les plus colorées de mon pays d’adoption : le pays maya…



Ill. Paysage du Veracruz.


Mérida (Yucatan), jeudi 21 octobre 2004.
Lever à 7 heures du matin. Je pense aller voir la mer aujourd’hui. Direction Progreso à 40 kilomètres au nord de Mérida, à une demi-heure de bus. Pour une fois je suis le seul Occidental du voyage. Tout le monde me regarde, me sourit.
La température frôle presque trente degrés à dix heures du matin. Je pose ma serviette sous un palmier, sur un sable blanc pas toujours propre (pas de pavillon bleu, ici !). L’eau est chaude, pas aussi claire que du côté de Tulum, mais c’est largement suffisant. Entre deux baignades, je m’allonge, je médite, je bronze.
Les restaurants du bord de mer proposent des douches et des vestiaires gratuits, histoire d’appâter le client ensuite. Ca a du bon de faire le touriste gringo de temps en temps entre deux visites de zones archéologiques. Une partie de beach-volley est improvisée avec certains employés du restaurant, prétexte à l’échange et à la curiosité des locaux pour le gringo que je suis…



Ill. Casa de Artesanias, Mérida.


Chichén Itzá (Yucatan), vendredi 22 octobre 2004.
Chichén Itzá est une deuxième maison pour moi : tout y est si familier à mon regard depuis quatre ans que je fréquente mentalement la zone archéologique. Mon travail de terrain ne pourra se faire sur une journée. Francisco, l’un des archéologues du site me propose de passer la nuit au camp de base et de goûter à l’œil aux plats locaux bien épicés. Avant d’aller me coucher, je vais voir un spectacle en son et lumière. Les éclairages rouges, bleus et violets donnent une magie encore plus forte au lieu. Je rentre au campement, humant l’air humide de la jungle et accompagné par les criquets. Ma première nuit en hamac s’annonce dans une pièce réfrigérée par une climatisation bruyante et trop forte, au milieu des tessons de céramiques, et face à un écran de télévision branché sur TV 5.



Ill. Castillo, Chichén Itzá.




Ill. Cuervo à Chichén Itzá.


Mérida (Yucatan), dimanche 24 octobre 2004.
Je retourne au Nest Hostel où mes deux réceptionnistes préférés m’indiquent une cantina familiale excellente, Chez Doña Teo. J’y fais mes deux repas de la journée. Au menu : pozole blanco (un bouillon avec de gros grains de maïs et de la viande de poulet), tamales de mole (préparation à base de farine de maïs, farcie et présentée dans de grandes feuilles de maïs). Je prends le temps de discuter un peu avec le propriétaire : il vient du Véracruz avec toute sa petite famille. Le Yucatan connaît une expansion touristique forte et on n’hésite pas à venir d’autres états pour gagner sa vie. Je me couche le ventre repu le nez encore enivré par la fraîche acidité de l’agua de Jamaïca (infusion glacée de fleur d’ibiscus) et le parfum poivré du chocolat des amandes moulues du mole poblano…



Ill. Couleurs de Mérida.


Palenque (Chiapas), mardi 26 octobre 2004.
Le voyage de nuit dans le bus s’est bien passé, en compagnie de trois compatriotes qui doivent se rendre jusqu’à San Cristobal de Las Casas. L’arrivée à cinq heures du matin nous contraint à attendre l’ouverture des hôtels et de la boulangerie pour mon petit-déjeuner. Le lever du jour lève le voile sur un paysage que je ne soupçonnais pas : les crêtes verdoyantes des collines et des montagnes découpent l’horizon bleu…
Je me rends sur le site archéologique en passant par un parc aménagé au milieu des ruines et des cascades. L’endroit est enchanteur : j’aperçois les toucans dans la canopée, j’entends les singes hurleurs s’égosiller un peu plus loin dans les monts environnants. Une brume légère, chargées d’odeurs de végétation luxuriante, s’évapore entre les arbres…
Le parcours débouche sur la place principale du site. Les reliefs et des stucs peints donne une majesté et une intemporalité que je ressens à la visite de chaque zone archéologique. La visite s’achève par la découverte de la chambre mortuaire du roi Pakal sous la Pyramide des Inscriptions alors que celle-ci n’est plus accessible au public. C’est la première fois que je suis confronté à la moiteur et à la chaleur de la jungle. Heureusement, c’est la fin de la saison humide et les températures restent modérées.




Ill. Rio Otulum, Palenque.




Ill. Pyramide des Inscriptions, Palenque.


San Cristobal de las Casas (Chiapas), mercredi 27 octobre 2004.
Le Chiapas correspond vraiment à l’image que certains amis mexicains m’avaient faite. De nombreux checkpoints militaires jalonnent la route de montagne qui monte jusque San Cristobal. Certaines communautés paysannes revendiquent fièrement leur autonomie. Les graffiti à la gloire de Marcos ornent certains murs. Les nombreuses cultures de maïs à flan de montagne indiquent que le moment de la récolte, donc de la saison sèche, approche. On contourne le lac d’Ocosingo et son église avant d’arriver une heure plus tard à San Cristobal, ancienne capitale de l’état mais toujours festive et colorée…



Ill. Champ de maïs, environs de Ocosingo.


San Cristobal de las Casas et Tuxtla Gutierrez (Chiapas), jeudi 28 octobre 2004.
Je n’aurai passé que trop peu de temps à San Cristobal mais, l’architecture et les couleurs des maisons, des églises, les patios me chauffent le cœur dans une matinée un peu fraîche. Je m’éloigne des marchés d’artisanats trop courus par les touristes pour rejoindre la Calle Real de Guadalupe. Plusieurs boutiques appartiennent à des communautés indigènes qui vendent tissus, vêtements et poupées de Marcos pour une bouchée de pain. Une vendeuse me parle de sa communauté, des tisserandes qui ont fait les vêtements que je viens d’acheter pour mes proches. Je cours vers le terminal de bus pour rejoindre la pieuvre chilangueña et ses vingt-cinq millions d’habitants en passant par Tuxtla Gutierrez beaucoup plus froide et impersonnelle…



Ill. Calle Madero, San Cristobal de las Casas.




Ill. Templo del Carmen, San Cristobal de las Casas.



Vous avez pu entrevoir quelques moments particuliers de mon carnet de voyage. Ce dernier s’est poursuivi jusque novembre 2004 et a duré six semaines. J’ai visité d’autres régions du Mexique, rencontré d’autres gens (étudiants, petits empaqueteurs à la sortie des magasins, archéologues, gardiens). Les Mexicains sont des gens extrêmement chaleureux, souriants et généreux. Leur vie est souvent dure mais ils ont foi en elle. Le retour en France s’est révélé un peu délicat. Mais partager aujourd’hui certaines de mes pensées dans la gazette de ce forum vous donnera peut-être l’envie de découvrir ce beau pays…

Nota bene : Les photos sont le résultat de mon travail. Si vous souhaitez les importer, veuillez m'en demander l'autorisation et indiquer simplement mon nom que je vous communiquerai par MP. Merci !
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