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Découverte de nouveaux éléments architecturaux à Tonina, Chiapas

On connaît souvent l'impact d'un titre et combien il va orienter notre lecture d'un ouvrage ou d'un article. La note publiée ce soir et reprise sur le grand réseau bleu, en dépit de l'utilisation du conditionnel, n'échappe pas à la règle. Et il semblerait presque qu'on assiste à un concours de qui fera la plus belle découverte en Mésoamérique en 2010.  En raison des nombreuses recherches proposées au public, le titre se jouerait entre Chiapa de Corzo et Tonina, tous les deux situés au Chiapas. Il s'agit évidemment d'un léger sarcasme de ma part. Néanmoins c'est quand même la cinquième fois que nous parlons de Tonina sur ce carnet depuis le début de l'année.

Cette fois, il est question de deux scupltures en forme de têtes de serpent, taillées dans des blocs de calcaire et ayant certainement fait office de marqueurs sur le terrain de jeu de balle 1 de l'ancienne cité chiapanèque. On observera d'ailleurs que l'article ne précise de quel terrain il s'agit. Ce qu'on sait également, c'est qu'elles ont été retrouvées dans le Palais de l'inframonde et mesure 80 cm de long chacune.

 Entrée du Palais de l'Inframonde, Classique, Tonina, Chiapas.
Photo Simon Burchell, prise le 11/03/2007,
Disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/LLWUT .

Des répliques de ces sculptures ont été placées sur le terrain de jeu de balle comme le montre la photo suivante :

Photo INAH, disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/nxl9o .

Le résultat final est assez impressionnant.

Terrain de jeu de balle 1, Tonina, Chiapas, Classique.
Photo INAH, disponible le 12/12/2010 sur http://goo.gl/bynQR.

Là où on peut néanmoins se poser quelques questions, c'est sur l'hypothèse de travail proposé par le Dr. Yadeun Angulo, responsable du projet Tonina. Interrogé par nos soins, Ramzy Barrois, docteur en archéologie à l'Université Paris I et spécialiste des terrains de jeu de balle dans les Hautes Terres mayas, a une opinion plus consacrée que le Dr. Yadeun Angulo.

Son hypothèse que les 6 serpents étaient sur le terrain avant 688 est assez intéressante et je suis curieux de comprendre comment il déduit ça. En tout cas, c’est assez séduisant et ça donne une belle perspective historique.

Le premier problème, c’est que si ces serpents sont une métaphore de wakchan (6 cieux), pourquoi seraient-ils une symbolique de l'inframonde ?

En dehors de ça, il y a plein de terrains de jeu de balle qui ont ce type de créatures comme tenon, surtout dans les Hautes Terres Mayas. Il ne s’agit en fait pas d’un serpent, mais d’une créature surnaturelle qui est souvent nommée « monstre-vision ». Ici la gueule est érodée, mais mon billet qu’il y avait un visage à l’intérieur.

Donc, pour répondre à Juan : Non, ce n’est pas WakChan, non, ce n’est pas l’inframonde, mais oui, ces marqueurs là (qui ne servent pas d’embut) sont typiques du jeu de balle des Hautes Terres du Classique Récent…

Les valeurs associées au monstre vision restent à définir. Jusqu’à présent, on se contentait de les lier aux ancêtres, ce qui est insuffisant et injustifié…

N’oublie pas que le Popol Vuh est un récit Quiché de l’époque de la Conquête. Il reprend des mythes plus anciens, mais personne ne peut dire que le Popol Vuh, telle la Bible, est la transposition parfaite d’un récit Préclassique ! C’est impossible. De plus, trop d’éléments retrouvés (archéo, icono et épigraphie) s’opposent au récit Quiché.

La partie géographique existe bel et bien dans le Popol Vuh, après la partie des mythes… Pour le monstre-vision, je ne crois pas qu’il faille l’associé au serpent à plume de Chichen Itza.

On retrouve le serpent-vision sur toute la côte Pacifique du Guatemala au Jalisca, alors qu’il n’y a pas de Serpent à plumes là-bas. En revanche, on retrouve régulièrement une sorte de paire monstre-vision/monstre terrestre.

Je soupçonne que le premier est une représentation du ciel, du supramonde, alors que le second est une manifestation de l’inframonde. Le terrain de Tonina, grâce à ces tenons, pourrait être qualifié de céleste… Il faut encore définir ce que ceci signifie…

Pour compléter l'argumentaire de Barrois, rappelons que l'utilisation de serpent comme marqueurs d'un terrain de jeu de balle n'est en rien exceptionnel.

Prenons comme exemple le grand terrain de jeu de balle de Chichen Itza reprend le même élément architectural. On peut en effet observer quatre têtes se serpent à tenons et des corps emplumés aux extrémités. Pour être plus précis, les marqueurs seraient plutôt les six balles ornées d'un crâne et représentées sur les bas-reliefs des talus inférieurs du terrain de jeu de balle. En voici quelques illustrations.

 Rampe sud-ouest, Grand Terrain de Jeu de balle, Chichen Itza
Epiclassique. Vue depuis le Temple Supérieur des Jaguars.
Photo B. LOBJOIS, prise le 22/10/2004.

Tête et corps de serpent à plumes, rampe sud-ouest.
Grand terrain de jeu de balle, Chichen Itza, Epiclassique.
Photo B. LOBJOIS prise le 22/10/2004



Crâne sur une balle, panneau Nord, bas-relief, 
Grand Terrain de jeu de balle, Chichen Itza, Epiclassique.
Photo : B. LOBJOIS, prise le 22/10/2004.

Vous noterez également la présence d'un anneau sur le deuxième cliché. Ce dernier est sculpté sur les deux faces et sur la tranche par des serpents à plumes ondulants et/ou s'entremêlant. Le terrain de jeu de balle de Chichen reprend et améliore l'iconographie du serpent entrevue à Tonina. Peut-on ou même doit-on nécessaire identifier ce terrain comme celui rapporté dans le Popol Vuh ? D'une certaine manière, nous serions tenté de dire oui, dans la mesure où le GTJB retranscrit et réaffirme la lutte des jumeaux divins contre les seigneurs de l'inframonde. Mais dans ce cas, ce sont tous les terrains de jeu de balle qui ont, per naturam, cette fonction.

Mais, comme insiste Barrois, les créatures représentées à travers ces sculptures ne sont pas des serpents a stricto sensu, sinon des "créatures-vision". Selon lui, associer le serpent à plumes avec ce type de créatures-vision, est vain.

Le terrain de jeu de balle 1 de Tonina au Chiapas n'échappe pas à la règle. Mais il me semble difficile de concevoir qu'il s'agisse exactement du terrain que le Popol Vuh mentionne. Ce type de recherche renvoie à celle de Tollan ou d'Aztlan, qui sont des lieux mythiques. Qui plus est, le lieu de rédaction du Popol Vuh est situé dans la région de Chichiscatenango, au Guatemala voisin. En accord avec Barrois, il convient de rappeler que le Popol Vuh a été rédigé à l'époque coloniale. La distance n'est certainement pas un problème si on considère la proximité de Tonina avec cette partie du Guatemala, mais cela laisse quelques doutes sur l'identification et l'hypothèse proposées par le Pr. Yadeun.

En attendant, vous pouvez toujours jeter un œil au petit diaporama préparé par l'INAH.

Quelques articles et recherches sont disponibles en ligne.
Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (1). "Toniná at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions".Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (2). "Toniná Monument 3 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (3). "Toniná Monument 5 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (4). "Toniná Monument 7 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Peabody Museum of Archaeology and Ethnology (5). "Toniná Monument 141 at the Corpus of Maya Hieroglyphic Inscriptions". Peabody Museum of Archaeology and Ethnology.

Pulido Solís, María Trinidad. 2001. "Altos de Chiapas: Desde San Cristóbal a la Meseta y Depresión Centrales". In Arqueología Mexicana, Vol. IX, numéro 50, juillet-août 2001,  Editorial Raíces, Mexico, pp. 78-85.

Schele, Linda; and David Freidel. 1990. A Forest of Kings: The Untold Story of the Ancient Maya. William Morrow, New York.

Schele, Linda et Mary Ellen Miller. 1992. Blood of Kings: Dynasty and Ritual in Maya Art. Justin Kerr (photographe) (2ème édition avec corrections). George Braziller, New York: .

Sharer, Robert J. with Loa P. Traxler. 2006. The Ancient Maya (6ème édition complètement révisée). Stanford University Press, Stanford.
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