Accéder au contenu principal

Mères préhispaniques

Aujourd'hui, c'est la fête des mères au Mexique. Pour le quotidien El Universal, c'est également l'occasion de se pencher sur la place de la femme et sur le rôle maternelle dans les anciennes sociétés mexica et maya. On pourra regretter que l'auteur de l'article ne prenne pas en compte la place de la femme dans d'autres sociétés précolombiennes. On pourrait même dire que résumer dans un article de presse généraliste un thème aussi général et complexe relève de la gageure tout autant que la note que nous rédigeons.

Il réussit à montrer son rôle central car si l'homme gouverne, c'est bien la vie familiale et société qui s'articule autour de la femme et de la mère. Chez les Mexicas, la femme du petit peuple ou macehualtin passe sa journée entre la maison et le champ. Elle aide autant son époux dans les travaux des champs que son foyer et son calpulli (quartier) en confectionnant les vêtements et les manteaux nécessaires pour sa famille que pour le tribut payé. Chez les femmes pipiltin, appartenant à la haute société mexica, il était courant qu'elles aient à tisser certaines pièces en coton. Elles participaient également aux échanges commerciaux, notamment par l'achat d'esclaves. Grâce aux informateurs de Sahagún, on connaît assez bien l'éducation des jeunes filles par leur propre mère. On leur enseigne le tissage, leur futur rôle de mère. Car c'est avant tout pour leur rôle de génitrice que les femmes mexicas et mayas sont vénérées. 

Du côté maya, la femme noble pouvait exercer le pouvoir, notamment dans le cas d'une régence. On dispose de plusieurs exemples de femmes ayant régné le temps que leur digne rejeton atteigne l'âge raisonnable pour monter sur le trône couvert d'une peau de jaguar. Elles sont également souvent représentées lors des cérémonies d’intronisation, faisant le lien entre le dirigeant défunt, représentant le soleil absorbé par le monstre de la terre, et le nouveau souverain, figurant le soleil émergeant du même monstre. Zac Kuk, mère de Pakal II en est un excellent exemple. Elles peuvent même être à l'origine d'une dynastie comme ce fut le cas de la Dame de Tikal. D'autre part, Diego de Landa explique que les mères yucatèques couvraient d'un coquillage le pubis de leur fille entre trois et douze ans.


Au-delà de l'ethnohistoire et de l'archéologie, les mythes et la cosmovision mésoaméricaine octroient un rôle prépondérant aux femmes et aux déesses. Les mythes de la naissance des jumeaux divins rapportée dans le Popol Vuh maya postclassique et celle de Quetzalcoatl/Huitzilopochtli dans le Mexique central sont très semblables. Une jeune femme vierge tombe enceinte par une parthénogénèse étonnante. Leur progéniture doivent asseoir leur pouvoir en exterminant soit les seigneurs de l'inframonde soit des membres de leur famille. 


Il convient de rappeler le poids des déesses. Chez les Mexicas, Tlaltecuhtli est la déesse de la terre, . Chez les Mayas, c'est la déesse de la Lune, Uh Ixik, qui revêt un aspect essentiel : elle a transmis aux femmes l'art du tissage. La déesse O, la vieille déesse, détient des pouvoirs de divination. Elle est également liée à la fertilité et aux rituels de naissance.

Pour en savoir plus sur ce thème passionnant et beaucoup plus ouvert qu'on ne croit, il convient de consulter différents ouvrages et publications.

Arqueología mexicana. La mujer en el mundo prehispánico. (1998). Vol. V, núm. 29. Mexico : Editorial Raíces-INAH.
Baéz-Jorge, Felix. (2010). "Mitología y simbolismo de la vagina dentada". In Arqueología Mexicana, vol. XVIII, núm. 104, p.51-55. Mexico : Editorial Raíces-INAH.
López Hernández, Miriam. (2011). 
Martin, Simon. y Nikolai. Grube. (2000). Chronicle of the Mayas Kings and Queens. Deciphering the Dynasties of the Ancient Maya. Londres : Thames and Hudson.
Ródriguez-Shadow, María J. et Miriam López Hernández. (2011). Las mujeres mayas en la antigüedad. Mexico : Centro de Estudios de Antropología de la Mujer. Disponible le 11/05/2012 sur : http://www.ceam.mx/images/stories/mujeres_mayas.pdf .
Ródriguez-Shadow, María J. et Miriam López Hernández. (2011). Genero y sexualidad en el México antiguo. Mexico : Centro de Estudios de Antropología de la Mujer. Disponible le 11/05/2012 sur : http://www.ceam.mx/images/stories/articulos_pdf/biblioteca_virtual/publicaciones/genero_y_sexualidad_lopez_y_rodriguez_2011.pdf .
Ródriguez-Shadow, María J. et Miriam López Hernández. (2011). Mujeres y diosas aztecas. Mexico : Centro de Estudios de Antropología de la Mujer. Disponible le 11/05/2012 sur : http://www.ceam.mx/images/stories/articulos_pdf/biblioteca_virtual/publicaciones/mujeres_y_diosas_aztecas.pdf .
Ródriguez-Shadow, María (2011). Las mujeres en Mesoamérica prehispánica. Toluca : Universidad Autonóma del Estado de México. Disponible le 11/05/2012 sur : http://www.ceam.mx/images/stories/articulos_pdf/biblioteca_virtual/publicaciones/las_mujeres_en_mesoamerica_prehispanica.pdf .
Teufel, Stefanie. (2001a). "El arte de tejer". In Los mayas. Una civilización milenaria. N. Grube (ed.), p. 354-355. Cologne : Könemann.
(2001b). "Matrimonios diplomáticos: mujeres en la corte". In Los mayas. Una civilización milenaria. N. Grube (ed.), p. 172-173. Cologne : Könemann.
Velázquez García, Erik. (2004). "La vida cotidiana de los Mayas durante el periodo Clásico". In Historia de la vida cotidiana I. Mesoamérica y los ambitos indígenas de la Nueva España, Pablo Escalante Gonzalbo (coord.), p. 99-136. Mexico : Fondo de Cultura Económica - El Colegio de México.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Des restes humains anciens découverts sur le site de la Morita, Nuevo León

Des archéologues ont mené des recherches dans la grotte préhistorique La Morita II, à Nuevo León, lors de la phase II et III de la saison de fouilles 2023-2024. Ils ont découvert des restes humains datant de 2 500 à 3 000 ans avant notre ère, accompagnés de fragments de vannerie, de textiles et de fibres, probablement issus du linceul qui les enveloppait.  Fouilles des phases II et III, La Morita, Nuevo León. Photo : Moisés Valadez, INAH. L'exploration, menée par l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire (INAH) et le Centre INAH Nuevo León, a également permis de trouver des ustensiles et des outils à usage domestique-rituel. Selon l'archéologue Moisés Valadez Moreno, les restes humains comprennent des phalanges, des métatarsiens, un cubitus, un humérus, plusieurs côtes et des dents, correspondant probablement à un bébé et deux adolescents en raison de la présence d'os de petite taille. Il est probable que les restes aient été délibérément démembrés et d...

Guiengola : Une cité zapotèque révélée par le LiDAR

L'archéologie, cette quête passionnante du passé, se réinvente constamment grâce aux avancées technologiques. Aujourd'hui, c'est le LiDAR (Light Detection and Ranging), une technologie de télédétection par laser, qui nous offre un aperçu fascinant d'une civilisation méconnue : les Zapotèques de la période Postclassique tardive (environ 1200-1521 après J.-C.). Le site de Guiengola, au sud-est de l'État d'Oaxaca au Mexique, a récemment révélé ses secrets grâce à cette technologie révolutionnaire.  Avant l'utilisation du LiDAR, Guiengola était un site archéologique peu connu, partiellement exploré par des méthodes traditionnelles. La végétation dense et le terrain accidenté rendaient les explorations difficiles et limitaient notre compréhension de ce qui pouvait se cacher sous la surface. Mais l'arrivée du LiDAR a changé la donne.  Fig. 1. Carte du site archéologique de Guiengola, Oaxaca. L'avantage du LiDAR est sa capacité à couvrir de vastes zon...

Conférence en ligne Travesías por agua: Sistemas de navegación en Mesoamérica

Suite à la conférence prononcée par l'archéologue Mariana Favila Vazquez hier à El Colegio Nacional, nous plongeons dans un aspect fascinant et souvent méconnu de l'histoire mésoaméricaine : la navigation préhispanique. Loin de l'image d'une civilisation uniquement terrestre, les peuples du Mexique ancien étaient des marins et des navigateurs aguerris, exploitant fleuves, lacs et mers pour le commerce, la guerre et la vie quotidienne. Transmise en direct sur les réseaux sociaux de la prestigieuse institution mexicaine, l'intervention de Favila Vazquez, met en lumière la navigation maya et son importance.  Dès les années 1970. des archéologues comme Norman Hammond  ont souligné l'ampleur de la navigation maritime maya le long des côtes du Yucatán, principalement à travers l'étude de sources iconographiques. Des travaux plus récents, à partir des années 2010, ont étendu ces études aux eaux intérieures, c'est-à-dire les lacs et les rivières, avec des cont...