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Découverte d'une nouvelle occurence de la fermeture de baktun à la Corona

Le Projet Régional Archéologique La Corona (PRALC) est le fruit d'une collaboration entre le Middle American Research Institute, centre de recherche de l'Université de Tulane en Louisiane et celle de la Valle de Guatemala. Situé au coeur du Peten, dans la biosphère La Corona est également appelé site Q par Peter Mathews pour qué ? en espagnol, Sak Nikté en maya. Le site est connu depuis les années 1960 par un pillage systématique : une trentaine de panneaux portant le glyphe-emblème (ill. 1) de ce site sont actuellement éparpillés un peu partout dans le monde, en particulier au Peabody Museum d'Harvard. Voici une petite vidéo de présentation.



Placé sous la direction de Marcello Canutto, enseignant à l'Université de Tulane et Tomas Barrientos, archéologue à l'Universidad del Valle de Guatemala, le projet a déjà fait quelques révélations surprenantes. Son emplacement était stratégique : il était situé au centre des routes qui rejoignaient la côte du Golfe du Mexique et les Basses Terres Centrales, dans un environnement particulièrement doté en eaux douces.

 
Ill. 1. Glyphe-emblème de Sak Nikté (La Corona, Guatemala)
Dessin de Stanley Guenter (Canuto et Barrientos, 2011: 16)
Reproduit avec l'autorisation de Marcello Canutto.

Le site a notamment connu son acmé pendant le Classique. D'autres glyphes ont permis d'établir que La Corona était allié à Calakmul grâce au mariage diplomatique d'une fille du roi Yuknoom Took' K'awiil, souverain de Calakmul entre 702 et 731, avec un souverain local en 721. Deux autres mariages de ce type sont également répertoriées dans des inscriptions remontant au VI et VIIe siècke. Cette alliance établissait de fait une rivalité entre La Corona et Tikal, grand ennemi de Calakmul.

Il y a quelques jours Canutto et Barrios ont présenté à la presse un travail d'épigraphie qui a fait l'effet d'une petite. Jusqu'à présent, on croyait que seul le monument 6 d'El Tortuguero était le seul à contenir la date 13.0.0.0.0 4 Ahaw 3 K’ank’in (23 décembre 2012) qui marque le début d'un nouveau bakt'un. Ce n'est désormais plus le cas. Treize blocs sculptés composent l'Escalier hiéroglyphique 2 (EH2). Neuf autres avaient été découverts puis abandonnés par des pilleurs. Leur décontextualisation laisse pourtant penser qu'ils faisaient probablement partie de l'EH 2. Sur le bloc 5 (ill. 2) l'archéologue et épigraphiste David Stuart a déchiffré la date qui mettra en émoi toute la communauté new age et les studios d'Hollywood.

Ill. 2. Bloc 5, Escalier hiéroglyphique 2, La Corona, Guatemala
Photo: David Stuart-La Corona Archaeological Project.
Disponible le 30/06/2012 sur : 
Reproduit avec l'autorisation de David Stuart.

Malheureusement, point de descente de dieu ni de fin du monde annoncée. Navré de vous décevoir ! Selon Stuart, enseignant-chercheur à l'University of Texas at Austin, elle rapporte la visite d'un dirigeant de Calakmul à Sak Nikté le 29 février 696. Comment expliquer la présence de fin de baktun dans ce site ? Pour Stuart (ill. 3), il faut la relier au chaos géopolitique ambiant dans cette région et au besoin du souverain de faire référence à cette date. Pour Canutto, cette projection dans le futur avait peut-être pour but de montrer qu'en dépit de la récente défaite de Calakmul contre Tikal, le roi était toujours bien vivant et garantissait sa protection à ses vassaux, que la stabilité était encore de mise. La date marque un changement de calendrier important comme le premier janvier pour nous.

Ill. 3. Relevé du bloc 5, Escalier hiéroglyphique 2, La Corona, Guatemala
Photo: David Stuart-La Corona Archaeological Project.
Disponible le 30/06/2012 sur : 
Reproduit avec l'autorisation de David Stuart

Selon la lecture de Stuart, trois autres dates du Bloc 5 font état d'autres événements qui montrent que La Corona/ Sak Nikte' était clairement sous influence de Calakmul:
  • 9.10.2.1.10 10 Ok 8 Kumk’u : jeu de balle à Sak Nikte’ (La Corona) impliquant Yuknoom Ch’een de Calakmul. Il convient de commenter à ce titre que Sak Nikte disposait d'un petit terrain de jeu de balle, mais en position centrale comme dans d'autres sites.
  • 9.13.3.16.17 8 Kaban 10 Kumk’u : visite de Yuknoom Yich’aak K’ahk’ à Sak Nikte'
  • 10.0.0.0.0 7 Ahaw 18 Sip : nouveau katun
Pour si on en doutait encore, les Mayas se projettaient dans l'avenir dans la mesure où leur perception du temps est cyclique, à différence de la nôtre qui est linéaire.

Le Middle American Research Institute de l'Université de Tulane fait bien les choses et propose une actualisation constante sur le site internet et le groupe (restreint) Facebook du projet. Plusieurs rapports de fouilles sont disponibles et permettent de comprendre tous les travaux entrepris depuis 2008. Celui publié pour la campagne 2011 compte pas moins de 500 pages !

Je tiens à remercier publiquement le Dr David Stuart de m'avoir autorisé à reproduire sa photo et son relevé du Bloc 5 et le Dr Marcello Canutto pour sa relecture et l'autorisation à reproduire le glyphe-emblème de Sak' Nikte.

Références bibliographiques:

Canutto, Marcello et Tomas Barrientos. 2011. "La Corona: un acercamiento a las políticas del reino Kaan desde un centro secundario del noroeste de Petén". In Estudios de Cultura Maya, XXXVII, p. 13-43. Mexico: Instituto de Investigaciones Filológicas/UNAM. Archivo pdf disponible el 29/06/2012 en : http://www.iifilologicas.unam.mx/estculmaya/uploads/volumenes/xxxvii/lacorona.pdf .

Stuart, David. 2012. Notes on a new text from La Corona. Disponible en linea el 30/06/2012 en Maya Decipherment: http://decipherment.wordpress.com/2012/06/30/notes-on-a-new-text-from-la-corona/ .

Autres références :
Site du MARI, Tulane University : http://mari.tulane.edu/index.html .
Site du PRALC :  http://mari.tulane.edu/PRALC/index.html .
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