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Rififi à l'INAH

Depuis quelques jours une (bonne) surprise attend les visiteurs du Museo Nacional de Antropología à Mexico. Différents syndicats de chercheurs et d'enseignants de l'INAH occupe l'entrée et les guichets du musée. Le visiteur (mexicain ou étranger) peut donc accéder gratuitement à toutes les salles du musée. Mieux encore: les archéologues, historiens et autres ingénieurs de recherche vous feront visiter gratuitement le musée. Imaginez-vous en train de visiter gratuitement le Louvre avec un titulaire de chaire d'histoire de l'art à la Sorbonne ! Bonus, certains livres publiés par l'INAH sont même offerts aux visiteurs ! 

Mais d'où vient cet élan de générosité ?

Sur Facebook, les comptes Académicos INAH et Investigadores INAH ont publié dans plusieurs langues (français, allemand, anglais, italien et espagnol) le texte qu'ils distribuent à l'entrée du MNA. Les personnes directement mis en cause par les manifestants sont le directeur de l'INAH, le Dr Alfonso de Maria y Campos Castelló
 et la coordinatrice du Consejo Nacional de Antropología et chargée du Projet Monte Alban, l'archéologue Nelly Robles restent muets, attendant probablement que l'orage passe.

Les accusations sont graves. Selon le tract, la Dr Robles et le CNA auraient autorisé :
  • la construction d'un musée de site directement sur une structure préhispanique du site de Tzintzuntzan au Michoacan, en se basant sur le simple que des fouilles de sauvetages avaient été préalablement effectuées. Or la loi mexicaine est stricte: rien ne peut être construit sur des vestiges anciens. A titre de comparaison, on pourrait imaginer que l'état français décide de construire un musée à l'intérieur des arènes de Lutèce.
  • l'aménagement de cafétérias, de parkings et leur concession à des entreprises privées sur l'emplacement des forts Loreto et Guadalupe, hauts lieux de la résistance mexicaine lors de l'Intervention française au Mexique.
Une conférence de presse avec les manifestants a eu lieu au MNA le 24 juillet, expliquant les enjeux de cette occupation du musée. Les employés des centres INAH de province rejoignent progressivement le mouvement, comme lors des manifestations contre les concerts à Chichen Itza ou contre le projet de spectacle son et lumière à Teotihuacan. Ils exigent notamment de discuter directement avec le ministre mexicaine de l'éducation nationale, supérieur M. de Maria y Campos et de Mme. Robles.

Il convient cependant de noter que plusieurs chercheurs appartiennent à la Section 10 du Syndicat National des Travailleurs de l'Education, ce dernier étant à la botte de Mme Elba Esther Gordillo, dirigeante autocrate de ce syndicat depuis près de 30 ans, qui fait et défait les élections mexicaines grâce à ses réseaux et et qui s'oppose à une réforme fondamentale de l'éducation et du statut des personnels enseignant. Bien qu'elle le nie, la famille de Mme. Gordillo est notamment directement impliquée dans le parti Nueva Alianza, parti d'opposition. Au-delà de la légitime défense du patrimoine mexicaine, il ne fait nul doute que cette manifestation est également politique. Personne dans cette histoire n'est donc blanc ou noir... J'insiste également sur le fait que la défense du patrimoine mexicain dépasse les clivages politiques et concerne TOUS les Mexicains.

Face à cette occupation, la Dr Diana Magaloni, directrice du MNA, reste prudente et ne semble pas avoir fait de déclaration officielle sur le sujet. Les manisfestants seront probablement délogés aujourd'hui pour l'inauguration d'une exposition temporaire sur les samourais japonais.

Si les jours de M. Alfonso de Maria y Campos Castelló
 sont de toute manière comptés, rien ne laisse penser que la future administration Peña Nieto nomme la personne adéquate à la direction de l'INAH, ni ne propose une véritable politique de développement de l'INAH. La culture ne fait pas partie du (pseudo-programme) du président élu de manière controversée le 1er juillet dernier : son épouse est une ancienne actrice de feuilletons de bas gamme et lui-même n'a pas été capable de citer trois livres qui ont marqué sa vie lors du dernier Salon du Livre de Guadalajara. Sans oublier le projet de spectacle son et lumière que M. Peña Nieto avait presque fini d'imposer à Teotihuacan à la fin de la décennie précédente lorsqu'il était gouverneur de l'Etat de Mexico.


Rien ne filtre sur le site de l'INAH ni sur les comptes Twitter des différents centres INAH présents dans chaque état de la fédération mexicaine. Silence assourdissant que les médias mexicains relient timidement comme El Informador ou La Jornada.
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