Accéder au contenu principal

Nouvelles données sur les fouilles au Templo Mayor de Tlatelolco

L'INAH n'a pas le monopole des exclusivités... C'est peut-être ce que mzr, auteur d'un article sur le site du quotidien El Universal, a voulu montrer. Mais ce (cette) journaliste a confondu vitesse et précipitation. La découverte des cinquante corps européens enterrés sous le Gran Basamento de la zone archéologique de Tlatelolco. Car si l'article précise, à juste titre, que cette découverte date décembre 2008, il oublie de rappeler que l'information a été diffusée sur plusieurs sites dont le nôtre.

Néanmoins deux informations importantes sont proposées : l'exposition au public de la fameuse Caja de Agua dans les prochains mois et la découverte d'une phase ancienne du Templo Mayor de Tlatelolco.



Templo Mayor de Tlatelolco, Mexica, Postclassique.
Photo : B. LOBJOIS, prise le 25 juillet 2007.

Revenons en détail sur la seconde information. Il y a trois mois, les archéologues dirigés par Salvador Guillem Arroyo, directeur du projet et de la zone archéologique de Tlatelolco, ont buté contre une phase de construction ancienne du Templo Mayor, après avoir percé un long tunnel de sept mètres. Si vous observez le cliché ci-dessus, vous pourrez observer la bâche qui en protège l'entrée.

Selon les hypothèses de Guillem Arroyo, cette phase pourrait remettre en cause la chronologie de la pyramide et du centre cérémoniel de Tlatelolco. C'était avec la même hypothèse qu'avaient été dirigés les travaux du Gran Basamento et avaient finalement abouti à la découverte de ces squelettes européens. Il avait été même proposé d'identifier cette structure avec l'édifice des Aigles de Mexico-Tenochtitlan, tant pour sa fonction militaro-rituelle que symbolique.

Dans le cas du Templo Mayor, Guillem Arroyo estime que cette phase de construction pourrait dater des XII et XIII siècles, et donc plus ancienne que le Templo Mayor de Tenochtitlan. Il espère prouver cette datation ancienne par le biais des prochaines fouilles d'une offrande rencontrée au bout de ce tunnel. Il pense qu'il s'agit d'une offrande à Tezcatlipoca, dieu des commerçants. Mais ces hypothèses multiples, quand bien même sensées, ne pourront être que vérifiées que par le résultat du terrain. Il convient en effet de s'interroger sur l'identité du destinataire de cette offrande. Tezcatlipoca n'était pas la principale divinité lié aux commerçants: Nappatecuhtli ou Quetzalcoatl pouvaient être invoqués par cette catégorie sociale importante de l'ancienne Mésoamérique.






Afficher Zones archéologiques présentées sur Mexique Ancien sur une carte plus grande

C'est ce qu'imaginent désormais les archéologues, puisqu'une offrande a été repérée et sera fouillée lors de la prochaine campagne. Mesurant onze mètres de haut, elle est déjà considérée comme plus ancienne que le Templo Mayor. Guillem Arroyo estime qu'elle a été construite entre 1100 et 1200 de notre ère. De la même manière, l'offrande repérée aurait été faite pour honorer Tezcatlipoca (dieu des marchands). Cette dernière identification pose problème dans la mesure où différentes divinités sont associés aux marchands comme Nappatecuhtli ou même Quetzalcoatl.

Vous l'aurez compris : même si les hypothèses de Salvador Guillem Arroyo s'avèrent intéressantes et ambitieuses, elles n'en restent pas moins fragiles. Souhaitons toutefois le meilleur pour son équipe et leurs futures recherches.
1 commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Curieuses découvertes au pied de la Pyramide de la Lune à Teotihuacan

Dans un bulletin publié hier sur le site de l'INAH, Verónica Ortega, sous-directrice de la zone archéologique de Teotihuacan, a annoncé une série de découvertes troublantes reprises dans différents médias mexicains comme la Jornada, Milenio ou El Universal. Cette partie du site est d’ailleurs le pré carré de la chercheuse mexicaine, elle qui fut notamment en charge de la supervision du Palais de Quetzalpapalotl.



“La nature a horreur du vide”, disait Aristote. Force est de constater que le vide était abhorré dans la cosmovision mésoaméricaine. En plus de cent années d’exploration à Teotihuacan, la place située au pied de la Pyramide de la Lune n’a été sondée et fouillée superficiellement que dans les années 1960 ! La Structure A qui la ferme au nord est pourtant en train de révéler des secrets trop longtemps gardés. Mesurant 25 m de côté, cette structure continue de générer de nombreuses interprétations et de polémiques entre spécialiste. Elle est composée en surface d’une dizaine …

Découverte d'une deuxième structure sous la Pyramide du Castillo à Chichen Itza.

La pyramide du Castillo à Chichen Itza est probablement le monument le plus représenté et le plus publié sur la toile. C'est une icône au-delà du simple qu'elle ait été reconnu comme faisant partie des 7 merveilles du monde moderne. Le site yucatèque a récemment défrayé la chronique pour ces concerts sompteux inaccessibles pour le commun des mortels, la présence illégale de vendeurs dans la zone archéologique et des tarifs d'entrée prohibitifs dont le gouvernement décide de la hausse à sa guise, etc.

On en oublierait presque que Chichen Itza est une zone archéologique, c'est-à-dire, un lieu dédié à la recherche scientifique.


Cette fois-ci, avec un outil semblable conceptuellement parlant, une équipe mixte de recherches UNAM-INAH a entrepris une prospection électrique en trois dimensions de la Pyramide du Castillo. L'archéologue Denisse Argote Espino est devenue une spécialiste en la matière, apportant sa technique innovante à El Pañhü, Hidalgo, ou à Teteles de Ocotit…

Carbone 14 - L'Amérique latine pillée !

Dans son programme du 5 novembre 2016, Vincent Charpentier recevait André Delpuech, responsable des collections précolombiennes du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac pour discuter du pillage et des ventes des objets précolombiens.Voici peu, les policiers de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (Ocbc) procédaient à des saisies conservatoires de pièces archéologiques sud-américaines, mises aux enchères dans de grandes salles des ventes. Ainsi, désormais, le Mexique, le Guatemala l'Equateur ou le Pérou interviennent au nom de la sauvegarde de leur patrimoine. L'Amérique latine est l'objet d'un très intense pillage de son patrimoine précolombien. A la base, sont les huaqueros, les pilleurs de tombes...Qu'en est-il de la circulation de ces collections archéologiques provenant des Amériques, du pillage de sites, du trafic illicite, de la traçabilité des objets ? De ce patrimoine mis aux enchères, parfois acquis par les musées, que penser des fa…